« On ne se rend pas compte de la chance qu’on a en France »

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L’Obs
Hella Kherief, aide-soignante, lors de son témoignage dans "Envoyé Spécial" © Copyright 2018, L’Obs Hella Kherief, aide-soignante, lors de son témoignage dans « Envoyé Spécial » Hella Kherief, aide-soignante à Marseille, était l’un des seuls témoins à avoir accepté de témoigner à visage découvert sur la situation dans les Ehpad privés lucratifs.

Elle a parlé. On lui a demandé de partir. Hella Kherief, aide-soignante à Marseille, a été licenciée de l’hôpital privé dans lequel elle exerçait au lendemain de la diffusion d’un reportage d' »Envoyé spécial ». Comme le raconte le HuffPost, elle était l’un des seuls témoins à avoir accepté de témoigner à visage découvert. Comme le dit France inter, elle venait de signer son CDI.

Mais c’était sept jour avant la diffusion de l’émission de France 2, dans lequel Hella Kherief raconte les conditions difficiles dans lesquelles étaient traités les résidents des Ehpad privés lucratifs.

« Comme ça, sur le champ, sans explication »

Dans « Envoyé spécial », elle raconte comment elle fut licenciée pour insubordination d’un précédent établissement appartenant au groupe Korian. L’aide-soignante avait simplement demandé des couches supplémentaires pour les patients. L’affaire est toujours en cours aux prud’hommes.

« Le lendemain de la diffusion du reportage, Hella m’a téléphoné. Triste, révoltée », raconte Julie Pichot, journaliste réalisatrice de l’enquête d' »Envoyé spécial » dans un message posté sur sa page Facebook ce mercredi 3 octobre. « On venait de lui annoncer la fin de sa période d’essai. Comme ça, sur le champ, un matin après une nuit de boulot, sans explication. »

Hella Kherief avait commencé à travailler quelques jours dans cet établissement privé « au sein duquel elle faisait des vacations depuis deux ans ». « Un hôpital au sein duquel elle se sentait bien, avec une équipe solide et des moyens ». Un établissement qui n’appartient « ni au groupe Korian, ni au groupe Orpea », concernés par l’enquête diffusée dans l’émission de France 2.

« Elle a osé parler. Non pas pour dénigrer les Ehpad privés lucratifs mais pour dénoncer l’insoutenable », écrit Julie Pichot. « Elle a mis des mots sur l’indicible. Elle nous a montré en images l’indigne pour éveiller les consciences. » Et d’asséner :

« Voilà ce qu’il se passe aujourd’hui quand on ose lancer l’alerte. Il faut soutenir les lanceurs d’alerte et soutenir Hella Kherief qui demande simplement à continuer son travail d’aide-soignante. »

AUSSI SUR MSN : Seniors : quelles alternatives aux Ehpad ?

Jeanne Bulant
La jeune femme avait livré à Envoyé Spécial des détails sur les conditions de travail des aides-soignantes et sur l’accueil des patients dans les EHPAD.

Lecteur vidéo depuis : Dailymotion (Politique de confidentialité)

Hella Kherief est l’une des rares à avoir pris la parole à visage découvert, le 20 septembre dernier dans un reportage d’Envoyé Spécial, sur France 2, pour dénoncer des cas de maltraitance dans les maisons de retraite. Le lendemain, la jeune femme découvre que l’hôpital où elle avait signé un CDI a mis fin à sa période d’essai.

Dans une publication Facebook, la journaliste qui avait recueilli son témoignage rapporte qu’Hella Kherief a été licenciée « sans explication » supplémentaire. Une information confirmée par l’avocate de la jeune femme à franceinfo.

Une personne âgée tenant le bras d'une aide-soignante en juillet 2017, dans un établissement EHPAS parisien. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP Une personne âgée tenant le bras d’une aide-soignante en juillet 2017, dans un établissement EHPAS parisien.

« S’il fallait le refaire, je le referais »

Dans le reportage, elle dénonce les conditions de travail des employés et les conditions d’accueil des patients. Elle explique notamment que lors de ses missions d’intérim de nuit, il arrivait qu’elles ne soient que deux aides-soignantes pour prendre en charge 94 personnes.

« On venait de lui annoncer la fin de sa période d’essai. Comme ça, sur le champ, un matin après une nuit de boulot, sans explications » raconte la journaliste à l’origine de l’enquête. Elle ajoute: « Hella Kherief n’a jamais regretté son témoignage. S’empressant de me dire que s’il fallait le refaire, elle le referait ».

Elle rapporte aussi qu’Hella Kherief, aujourd’hui « triste » et « révoltée », avait signé un CDI ans un hôpital privé marseillais une semaine avant la diffusion du reportage, et qu' »elle s’y sentait très bien ».

Hella Kherief, aide-soignante, a perdu son travail après son témoignage sur les Ehpad dans « Envoyé Spécial »

L’hôpital a mis fin à sa période d’essai au lendemain de la diffusion du reportage sur France 2.

Hella Kherief, aide-soignante en Ehpad, licenciée par son hôpital après son témoignage dans "Envoyé Spécial"

Envoyé Spécial / France 2
Hella Kherief, aide-soignante en Ehpad, licenciée par son hôpital après son témoignage dans « Envoyé Spécial »

ENVOYÉ SPÉCIAL – Elle était l’un des seuls témoins à avoir accepté de témoigner à visage découvert. Hella Kherief, aide-soignante à Marseille, a été licenciée de l’hôpital privé dans lequel elle exerçait au lendemain de la diffusion d’un reportage « d’Envoyé spécial« , dans lequel elle racontait les conditions difficiles dans lesquelles étaient traités les résidents des Ehpad privés lucratifs.

« Le lendemain de la diffusion du reportage, Hella m’a téléphoné. Triste, révoltée », raconte Julie Pichot, la journaliste réalisatrice du reportage, dans un message posté sur sa page Facebook ce mercredi 3 octobre. « On venait de lui annoncer la fin de sa période d’essai. Comme ça, sur le champ, un matin après une nuit de boulot, sans explication », poursuit-elle.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fphoto.php%3Ffbid%3D2202116419859614%26set%3Da.1751520954919165%26type%3D3&width=630Hella Kherief, 29 ans, avait signé son CDI « sept jours avant la diffusion du reportage », le 20 septembre. Elle avait donc commencé à travailler quelques jours dans cet établissement privé « au sein duquel elle faisait des vacations depuis deux ans ». « Un hôpital au sein duquel elle se sentait bien, avec une équipe solide et des moyens », raconte Julie Pichot.

La journaliste précise que cet établissement n’appartient « ni au groupe Korian, ni au groupe Orpea », ces Ehpad privés lucratifs concernés par l’enquête diffusée dans l’émission de France 2. Le reportage montrait le manque criant de personnel présent dans ces établissements exigeant parfois plusieurs milliers d’euros par mois de la part des familles pour héberger un proche. Les personnes âgées y sont parfois laissées dans des conditions déplorables, sans aide pour se nourrir et sans assistance au quotidien.

Hella Kherief « a osé parler, estime Julie Pichot. Non pas pour dénigrer les Ehpad privés lucratifs mais pour dénoncer l’insoutenable. Elle a mis des mots sur l’indicible. Elle nous a montré en images l’indigne pour éveiller les consciences. »

Dans le reportage, la jeune mère de famille racontait qu’elle avait été licenciée d’un établissement du groupe Korian pour insubordination, après avoir réclamé des couches supplémentaires pour ses patients, comme le rappelle France Inter. Elle a poursuivi la société aux prud’hommes. La procédure est toujours en cours.

Le (sénile) sinistre de l’intérieur fait une fugue

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330Comment Gérard Collomb a tout fait pour partir du gouvernement (contre l’avis d’Emmanuel Macron)

Franceinfo
L’ancien maire de Lyon a finalement passé la main au Premier ministre Edouard Philippe. Un départ tumultueux qui a secoué le gouvernement et l’Elysée.

© Fournis par Francetv info Gérard Collomb va pouvoir faire son retour à Lyon. Le ministre de l’Intérieur démissionnaire a passé la main au Premier ministre Edouard Philippe, mercredi 3 octobre, à la place Beauvau. La conclusion d’un week-end effréné, qui a pris de court l’Elysée. Retour sur les derniers jours de Collomb au gouvernement.

Samedi 29 septembre. La section locale de La République en marche effectue sa rentrée à Lyon. « La salle était froide, il s’est rendu compte qu’il n’avait plus grand monde autour de lui. (…) Il a paniqué », raconte un cadre local dans Le Figaro. Sa femme Caroline, référente du parti présidentiel dans la ville, fait l’objet d’une certaine défiance. Elle presse régulièrement son époux de quitter le gouvernement. Le ministre sent-il le vent tourner dans son fief ?

Il défie Emmanuel Macron

Ces derniers mois, Gérard Collomb a dû avaler quelques couleuvres. Interrogé en mai sur la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires, il avait sorti son « joker ». Surtout, il y a eu l’affaire Benalla, qui a contraint le ministre de l’Intérieur à des explications devant la commission d’enquête parlementaire. Face aux députés, Gérard Collomb avait affirmé qu’il ne connaissait pas l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron, rejetant de fait la responsabilité sur la présidence. Gérard Collomb, l’un des plus solides soutiens du chef de l’Etat, semblait prendre ses distances. Ces temps-ci, raconte Le Monde, les deux hommes ne déjeunaient plus en tête-à-tête à l’Elysée, comme ils en avaient pourtant l’habitude chaque lundi.

Ces dernières semaines, Gérard Collomb a surtout pris ses libertés, défiant à plusieurs reprises Emmanuel Macron. Début septembre, sur BFMTV, le ministre évoque un « manque d’humilité » de l’exécutif et dénonce dans la foulée l’isolement du président :

« Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. »

Gérard Collomb

lors d’un déjeuner avec la presse

Coup de théâtre, le 18 septembre : il annonce sa candidature aux élections lyonnaises de 2020, fixant au passage la date de son départ en 2019 après les européennes. Cette annonce lui vaut de vives critiques. Lundi, Daniel Cohn-Bendit brocarde le ministre de l’Intérieur, au micro de franceinfo : « Il a droit à la retraite. Qu’il quitte ce ministère, qu’il aille s’occuper de ses petits-enfants, des pâquerettes, des bons restaurants de Lyon. » Les termes sont durs, violents même. D’autant qu’ils sont prononcés par un homme qui bénéficie de l’oreille attentive du président.

Il médiatise sa volonté de départ

Dans la soirée du lundi, Gérard Collomb rédige une lettre de démission dans son bureau de la place Beauvau puis file à l’Elysée, alors qu’il doit partir en Guinée. Pendant une heure, le cortège attend son ministre dans la cour de l’hôtel de la place Beauvau. En vain. « L’image de cette voiture vide, et des collaborateurs interloqués allant et venant, en a marqué plus d’un », décrit L’Opinion. Il est remplacé au pied levé par le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne.

A l’Elysée, Emmanuel Macron tente de convaincre son ministre de rester encore un peu. En effet, ce départ contrarierait ses plans : dans l’esprit du président, aucun remaniement n’est prévu avant les élections européennes de 2019. Gérard Collomb croit bon de médiatiser le refus présidentiel : dans la soirée, il en informe Le Figaro et révèle sa volonté de départ. Une initiative personnelle, puisqu’il n’a même pas prévenu ses conseillers avant de décrocher le téléphone, selon Le Parisien. L’annonce fait grand bruit. Tous les médias reprennent l’information et s’interrogent sur ses conséquences au sein du gouvernement.

Il organise son retour à Lyon

Le lendemain matin, lors du petit-déjeuner hebdomadaire de la majorité, personne n’ose aborder le problème. Jusqu’à l’intervention de Richard Ferrand, du moins. « Est-ce que Gérard Collomb est là pour longtemps ? » s’interroge le président de l’Assemblée nationale sous les « rires étouffés des convives », rapporte Libération. Edouard Philippe coupe court à la discussion, précise L’Opinion. Et pour cause : lui-même n’est « pas dans la boucle ». Conscient de la gravité de la situation, le Premier ministre observe avec attention le bandeau de BFMTV qui évoque la vraie-fausse démission de son ministre de l’Intérieur.

A l’image du député des Républicains Jean Leonetti, l’opposition dénonce une « mise en scène » visant à rendre sa légitimité au ministre, fragilisé par ses récentes déclarations. Une vraie-fausse démission doublement gagnante pour Beauvau et l’Elysée ? Il n’en est rien : en coulisses, Gérard Collomb organise déjà son retour à Lyon et avertit Emmanuel Macron de son départ, par téléphone, avant de recevoir celui qui lui a succédé à la mairie, le fidèle Georges Képénékian, dans l’optique que celui-ci lui cède sa place.

« Nous avons convenu depuis longtemps que je reviendrai à la tête de la mairie pour préparer les échéances futures. »

Gérard Collomb

au « Figaro »

Officiellement, Gérard Collomb est toujours en poste et la situation vire à l’absurde, mardi, en milieu d’après-midi. Alors que le cabinet de Gérard Collomb publie l’agenda du ministre, comme si de rien n’était, Le Figaro publie un extrait de son entretien avec le démissionnaire contrarié : l’ancien maire de Lyon y annonce maintenir son choix de partir.

Il sèche les questions au gouvernement

L’information fait vibrer les téléphones des députés, réunis à cet instant à l’Assemblée nationale, pour la séance de questions au gouvernement. Gérard Collomb est absent des premiers rangs de l’Hémicycle – officiellement, il doit assister aux séminaires de deux services de police. Après avoir essuyé des critiques en début de session, le Premier ministre Edouard Philippe est littéralement pris de court. « Je proposerai au président de la République les décisions qui s’imposent », se contente-t-il de déclarer.

Cette fois, l’Elysée n’a pas d’autre choix que d’accepter la démission. Et Emmanuel Macron d’annoncer dans une déclaration à l’AFP attendre « que le Premier ministre lui fasse des propositions » pour le remplacer.

Les conseillers et le président lui-même organisent les réactions officielles sur la messagerie Telegram, rapporte Le Figaro. Le locataire de l’Elysée regrette ainsi que Gérard Collomb se soit « mis dans la situation le conduisant à devoir démissionner » et charge Edouard Philippe d’assurer l’intérim à l’Intérieur, à la veille du Conseil des ministres.

Il passe enfin ses pouvoirs à Edouard Philippe

Dans les rangs de la majorité, certains mesurent le vilain coup infligé à la présidence. « C’est vrai que ce n’est pas très élégant », estime le député LREM Jean-Baptise Moreau sur franceinfo.Gérard Collomb « aurait dû dire qu’il souhaitait maintenir sa démission » au moment où Emmanuel Macron lui renouvelait son soutien.

Mercredi matin, la passation de pouvoir est un peu froide. Edouard Philippe est en retard et le ministre démissionnaire patiente pendant une dizaine de minutes, seul, les bras croisés. Après son bref discours, le Premier ministre regarde à peine son interlocuteur lors de la poignée de mains.

L’ancien locataire de la place Beauvau part avec fracas, mais sans grand désaccord de fond avec l’Elysée et Matignon, comme il l’explique au Figaro : « Je soutiendrai leur politique que je trouve adaptée aux enjeux qui sont ceux de la France. »

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Gérard Collomb : le fidèle de la macronie annonce sa démission

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomd a annoncé sa démission du gouvernement mardi 18 septembre. Officiellement, il veut se présenter aux élections municipales de Lyon (Rhône), mais le ministre n’était pas sorti indemne de l’affaire Benalla.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a annoncé sa démission du gouvernement mardi 18 septembre pour se présenter à la mairie de Lyon (Rhône). Gérard Collomb fait partie du premier cercle des fidèles d’Emmanuel Macron qu’il a accompagné tout au long de la campagne présidentielle, jusqu’à la consécration. Pour le remercier, le chef de l’État lui offre le prestigieux ministère de l’Intérieur. Mais malgré sa fidélité, il garde sa liberté comme sur la question des 80km/h, où il avait pris « un joker« .

Une décision prise très en avance

Le ministre se trouve particulièrement fragilisé avec l’affaire Benalla. Le 6 septembre dernier, il alerte sur la façon d’exercer le pouvoir par l’exécutif. « Peut-être les uns et les autres, nous avons manqué d’humilité« . À ce moment là, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, l’opposition pointe le départ annoncé d’un deuxième ministre d’État après celle de Nicolas Hulot. Emmanuel Macron avait prévenu que les ministres candidats aux municipales devraient quitter le gouvernement. La décision de Gérard Collomb, annoncée très en avance, pose dès aujourd’hui la question d’un remaniement ministériel.

Démission de Gérard Collomb : « Emmanuel Macron voulait rompre avec l’impression de cacophonie, c’est raté »

Nicolas Chapuis, journaliste chargé de la rubrique police au « Monde », a répondu aux questions d’internautes sur la démission de Gérard Collomb.

LE MONDE

Paris, le 7 janvier 2018. Hommage aux victimes des attentats de janvier 2015 dans un Hypercacher parisien. Gérard Collomb, ministre de l'interieur, Emmanuel Macron, président de la République.

Après la démission du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, Nicolas Chapuis, journaliste chargé de la rubrique police au service Société du « Monde » a répondu aux questions des internautes.

Zellie Chatelier : Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il refusé sa démission à plusieurs reprises ?

Le chef de l’Etat ne voulait pas se faire dicter son agenda et voulait surtout éviter de donner l’impression de réagir sous la pression. Après la démission de Nicolas Hulot au retour des vacances, Emmanuel Macron voulait éviter la perte d’un deuxième ministre d’Etat. Il savait que cela serait interprété comme le signe d’une crise profonde au sommet de l’Etat. A raison.

Romanin : La démission de Gérard Collomb est-elle une conséquence même indirecte de l’affaire Benalla ?

L’affaire Benalla a clairement abîmé la relation qui existait entre les deux hommes. Plutôt que de jouer le rôle de rempart, Gérard Collomb a choisi pendant les auditions de se déporter, d’affirmer qu’il n’avait été mis au courant de rien. L’épisode a participé à la décomposition gouvernementale actuelle.

AndyNmr : Est-ce légal qu’un maire quitte son poste en vue de le céder à une personnalité politique ?

Cette manœuvre est tout à fait légale. Gérard Collomb, réélu maire de Lyon en 2014, avait cédé son poste à son suppléant quand il est devenu ministre, en 2017. Il a tout à fait le droit de le reprendre en quittant ses fonctions au gouvernement.

Eugène Varlin : Je n’ai rien compris à cet épisode. Je croyais que Collomb devait démissionner après les européennes de 2019 ? Qu’est-ce qui l’a amené à accélérer sa décision ?

Vous n’êtes pas le seul à n’avoir rien compris, et l’épisode assez unique que nous venons de vivre garde une grande part de mystère. Gérard Collomb voulait à tout prix se présenter à sa propre succession à Lyon. C’était un secret de polichinelle. Tout le monde l’interrogeait sans cesse sur le moment où il lâcherait le manche du ministère. Pour couper court aux spéculations, il a jugé bon dans son interview à L’Express il y a deux semaines d’annoncer un calendrier, avec un départ en juin. A partir de là, tout s’est accéléré, car de nombreux acteurs de la sécurité (policiers, gendarmes, notamment) ont commencé à juger que la situation n’était pas tenable. Un ministre sur le départ n’a pas les moyens d’enclencher des réformes. Politiquement, c’était également compliqué. Cela créait un angle d’attaque pour l’opposition trop évident. Enfin, Gérard Collomb s’est rendu compte ce week-end, après un meeting raté à Villeurbanne (Rhône), que la bataille était loin d’être gagnée à Lyon, et qu’il fallait qu’il sorte de cette ambiguïté au plus vite.

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Lors de la passation des pouvoirs entre Gérard Collomb et Edouard Philippe, le 3 octobre.

Jean Fort : Pensez-vous qu’il soit possible que la démission de M. Collomb entraîne un remaniement global ? Y a-t-il des réactions de la part des syndicats de police et autres fonctionnaires de l’intérieur ?

L’hypothèse d’un remaniement d’ampleur est plausible, mais je ne vais pas me lancer dans des conjectures. C’est in fine la décision d’Emmanuel Macron, je ne sais même pas si elle est définitivement arrêtée, et je ne suis pas dans son bureau.

Les syndicats de police ont réagi. Ils sont globalement très remontés contre Collomb et jugent qu’il y a abandon de poste. Yves Lefebvre, le patron d’Unité SGP Police-FO, l’un des deux principaux syndicats de gardiens de la paix, déclarait hier : « Sa décision est une marque de défiance à l’égard des gardiens de la paix. Quand on est le premier flic de France, il faut avoir la même passion pour le métier que ceux qui sur le terrain se prennent des pavés dans la gueule tous les jours. » Quant à la haute hiérarchie policière, elle se tient à son devoir de réserve, mais il ne faut pas être grand clerc pour lire une critique dans le tweet d’Eric Morvan, le directeur général de la police nationale, ce matin : « Les policiers restent mobilisés, en toutes circonstances, avec un sens élevé de l’Etat et de leur mission. Gratitude immense pour les femmes et les hommes de la police judiciaire qui, loin du bruit, ont arrêté Redoine Faïd, pour la force du droit et le respect des victimes. »

PML : Edouard Philippe reprend la casquette de Gérard Collomb. Macron n’a personne d’autre pour le poste ?

Pour éviter les critiques sur une vacance du pouvoir Place Beauvau, le chef de l’Etat a confié l’intérim à Edouard Philippe. Dans ce ministère très exposé, chaque minute sans ministre peut être préjudiciable. Imaginez les conséquences si un attentat survenait alors qu’il n’y a pas de ministre en place… En revanche, rien ne les obligeait à mettre en scène cette passation de pouvoir très étrange avec un Gérard Collomb contraint de patienter pendant vingt minutes sur le perron en attendant le premier ministre, un Edouard Philippe de marbre pendant tout le discours, tous les gradés des forces de l’ordre présents, etc. Cette « cérémonie » surréaliste aura surtout laissé le sentiment d’un grand flottement à la tête de l’Etat.

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Lors de la passation de pouvoir entre Gérard Collomb et Edouard Philippe, mercredi matin.

Ours : On parle de la mairie de Lyon avec la démission de Georges Képénékian, mais quid de la présidence de la Métropole de Lyon, bien plus importante et que Collomb avait également abandonnée ?

On peut estimer en effet que ça fait partie de ses objectifs. Il a répondu ceci dans son interview au Figaro, hier soir, à la question de savoir s’il choisirait la ville ou la métropole :

« Je mènerai partout des listes. Mais comme vous le savez, ce sera d’abord le choix des habitants de la Métropole de Lyon. Le moment venu, avec celles et ceux qui auront été élus, nous déciderons ensemble. Ce qui m’importe, c’est qu’il y ait une unité de pensée entre la Métropole et la ville de Lyon, car c’est comme cela qu’au cours de ces dernières années nous avons construit une agglomération où dynamiques économique, sociale et environnementale se conjuguent. »

Adinaieros : En dix-huit mois, ce gouvernement est déjà particulièrement remanié. Les européennes étant souvent cruelles pour le gouvernement en place, est-ce que cela ne complique pas le probable remaniement de Macron après les élections ?

Quand on regarde dans le rétroviseur, les mouvements au gouvernement sont nombreux et importants. Emmanuel Macron voulait rompre avec l’impression laissée par Hollande d’une cacophonie. Du point de vue de la continuité gouvernementale, c’est raté. Cela pose aussi la question de l’entourage de M. Macron. Combien de poids lourds lui reste-t-il ? La campagne des européennes se complique très clairement pour La République en marche.

馬先生 : Comment est jugé le bilan de l’action de Gérard Collomb en tant que ministre ?

Il laisse un bilan très mitigé. Du côté des forces de l’ordre, l’impression générale est qu’il n’a pas vraiment lancé de chantier structurel important. La police de sécurité du quotidien (son totem) ne produit encore aucun effet sur le terrain. Son succès repose sur l’engagement de nouveaux effectifs d’ici à la fin du quinquennat. Or, rien ne dit que son successeur voudra reprendre à son compte l’ensemble du projet. Il devait également présenter un « plan stup’» d’ici à la fin de l’année, dont l’avenir est désormais incertain. Enfin, des réformes techniques sont engagées avec la fusion des directions des achats et du numérique entre la police et la gendarmerie. Le processus devrait se poursuivre. Sur le terrain, il laisse l’image d’un ministre pragmatique, mais davantage intéressé par sa ville de Lyon que par son job à Beauvau.

Sur le volet asile et immigration, il a fait voter une loi, qui a provoqué un début de rupture au sein du groupe parlementaire de La République en marche. Sur le volet terroriste, le vote de la loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme a fait entrer une partie des dispositions de l’état d’urgence dans le droit commun. Quant au volet « islam », pas grand-chose n’a été fait. Mais le dossier est davantage géré par l’Elysée.

Charlie Vandekerkhove
Une passation de pouvoir improvisée a eu lieu ce mercredi matin entre Gérard Collomb et Edouard Philippe. Le Premier ministre est chargé de prendre l’intérim place Beauvau en attendant un remaniement en bonne et due forme, qui pourrait concerner plusieurs portefeuilles.

Gérard Collomb sera remplacé temporairement par Edouard Philippe après sa démission. © Stéphane de Sakutin – AFP Gérard Collomb sera remplacé temporairement par Edouard Philippe après sa démission. Il y a eu la crise Hulot, voici la crise Collomb. Des trois ministres d’Etat nommés dans le premier gouvernement d’Edouard Philippe, il n’en reste aucun. François Bayrou, Nicolas Hulot et maintenant Gérard Collomb ont choisi de démissionner, ce dernier laissant derrière lui un exécutif et un président particulièrement fragilisé, après une succession de polémiques politiques et médiatiques. Lundi, Emmanuel Macron a refusé la démission de son ministre de l’Intérieur, qui avait dit son intention de briguer à nouveau la mairie de Lyon. Le chef de l’Etat pensait sans doute gagner ainsi du temps, avant un remaniement inévitable.

Mais sa stratégie a échoué, Gérard Collomb est revenu à la charge, contraignant le président à finalement accepter son départ mardi soir. Dans la précipitation, il a été décidé qu’Edouard Philippe prendrait l’intérim, et la passation officielle entre les deux hommes a eu lieu ce mercredi peu après 9 heures à Beauvau. Elle a d’ailleurs commencé par une séquence parlant d’elle-même: Gérard Collomb, arrivé sur place le premier, a été filmé en train d’attendre l’arrivée d’Edouard Philippe, seul sur le perron de son ex-ministère pendant 15 bonnes minutes. Les deux hommes se sont ensuite retrouvés, avant de sortir prendre la parole chacun son tour, lors de longues minutes tendues. Quant à la suite, il est trop tôt pour la dire. Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, cette crise de gouvernance illustre une certaine improvisation du chef de l’Etat.

« Il a refusé de faire ce qu’il fallait faire, ce qui lui a été suggéré plusieurs fois, notamment par Edouard Philippe au moment de la démission de Nicolas Hulot: un large remaniement ».

Ministres septuagénaires fatigués

« Peut-être que c’est l’une des clés de l’intérim actuel de Gérard Collomb par Edouard Philippe, c’est faire passer l’idée d’un large remaniement, et régler tous les problèmes d’un coup: les ministres septuagénaires fatigués, les secrétaires d’Etat restés anonymes, et les ministres qui ont bien travaillé, mais sont arrivés au bout de leur tâche », explique l’éditorialiste politique sur BFMTV.

« Il est trop tôt pour dire si on aura un remaniement poste à poste ou un remaniement plus large », estime l’éditorialiste de BFMTV Laurent Neumann, rappelant qu’Edouard Philippe militait pour cette deuxième option avant l’été, avant même le départ de Nicolas Hulot. « Cela n’a pas été le choix d’Emmanuel Macron, il n’est pas impossible qu’il s’en morde les doigts vu le scénario que l’on voit aujourd’hui », poursuit l’éditorialiste.

Plusieurs noms circulent pour prendre la suite de Gérard Collomb Place Beauvau. Mais comme le souligne aussi la nomination provisoire d’Edouard Philippe, l’exécutif manque de réservoir et peine à trouver un remplaçant à ce poste stratégique.

Nyssen, Mézard et Gourault sur la sellette?

Le ministre du Budget Gérald Darmanin, le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux ou encore l’ancien patron de la police nationale Frédéric Péchenard sont cités comme successeurs potentiels. Des six principaux ministres dans l’ordre protocolaire en place au début du mandat d’Emmanuel Macron, il ne reste aujourd’hui plus que Jean-Yves Le Drian, aux Affaires étrangères, dont le nom circule également pour prendre le relais de Gérard Collomb.

« Pour remplacer le numéro 2 du gouvernement, il faut une stature avec si possible un ancrage territorial », indique une source gouvernementale citée par l’AFP.

Dans l’hypothèse d’un remaniement plus large, plusieurs noms de ministres sur le sellette circulent également. François Nyssen, tout d’abord, fragilisée depuis des mois, attaquée pour son bilan mais aussi pour l’affaire des travaux réalisés lorsqu’elle dirigeait la maison d’édition Actes Sud.

En coulisses, les noms de Jacques Mézard, le ministre de la Cohésion des territoires, et de Jacqueline Gourault, la madame Corse du gouvernement, qui était rattachée à Gérard Collomb à l’Intérieur, sont également cités. Mais aussi, pourquoi pas, Nicole Belloubet, la garde des Seaux, d’après nos confrères du Parisien. « Il faut également sortir une demi-douzaine de secrétaires d’État qui ne servent à rien », achève un conseiller de l’exécutif cité par le quotidien. Le remaniement devrait intervenir d’ici la fin de la semaine. %MCEPASTEBIN%%MCEPASTEBIN%

«Quand vous êtes témoin, vous devez les dénoncer ! »

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Antoine Sfeir est mort: le journaliste et politologue est décédé à l’âge de 69 ans

Geoffroy Clavel / Le HuffPost
Antoine Sfeir est mort, le journaliste et politologue est décédé à l'âge de 69 ans
Antoine Sfeir est mort, le journaliste et politologue est décédé à l’âge de 69 ans

POLITIQUE – Figure très respectée du monde politique et académique, il était aussi un visage familier des Français qui ont souvent entendu ses analyses sur Europe1 ou l’émission « C dans l’Air ». Le journaliste et politologue franco-libanais Antoine Sfeir est mort dans la nuit de dimanche à lundi 1er octobre, à l’âge de 69 ans, a annoncé la revue « Les Cahiers de l’Orient » qu’il avait fondée en 1986.

La nouvelle du décès de cet inlassable pédagogue du monde arabe et musulman a immédiatement été suivie d’une pluie d’hommages de la part du monde médiatique et politique, de gauche comme de droite.

« Antoine Sfeir était un passeur entre deux mondes, l’Orient et l’Occident. Il avait de l’Islam, dans ses multiples visages et dans son histoire, une connaissance profonde et chaleureuse », a écrit le président du Modem François Bayrou en saluant un « ami ». « Grande tristesse d’apprendre la disparition d’Antoine Sfeir dont la parole était toujours bienvenue et instructive pour faire la pédagogie des complexités de l’islam et du monde arabe », s’est émue la présidente LR de la région Ile-de-France Valérie Pécresse.

Plusieurs personnalités du monde des médias ont également rendu un hommage vibrant à la finesse des analyses de ce travailleur inlassable.

Grand spécialiste du monde arabe et musulman, auteur de nombreux essais sur le sujet, Antoine Sfeir était né le 25 novembre 1948 à Beyrouth. Il fut coresponsable du service étranger du quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour de 1968 à 1976, année où, en pleine guerre civile au Liban, il est enlevé par des milices palestiniennes qui l’ont torturé pendant une semaine. Une expérience qu’il évoquera par la suite et dont il garda toute sa vie des séquelles.

Il sera ensuite tour à tour journaliste à La Croix et au Pèlerin, collaborateur des journaux Le Point, L’Opinion et Le Figaro, ainsi que des revues Études, Esprit, Afrique et Asie Modernes et Politique internationale.

Imperméable aux polémiques et porté par un naturel pondéré, Antoine Sfeir avait néanmoins dû faire face à des accusations de complaisance envers le régime de Ben Ali, avec le livre « Tunisie, terre de paradoxes », publié en 2006, et exhumé au moment du printemps arabe. Il reconnaîtra s’être trompé sur la nature du régime.

Chevalier de la Légion d’honneur, Antoine Sfeir présidait depuis 2014 l’ILERI (Institut libre d’étude des relations internationales). Avec son dernier opus, « L’Islam contre l’Islam: l’interminable guerre des sunnites et des chiites » (2012), il a remporté le prix Livre et droits de l’Homme à Nancy.

 

Mort du politologue Antoine Sfeir, spécialiste du monde arabe

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xxxxx        un grand monsieur, toujours juste dans ses analyses et ne prenant jamais parti pour quiconque… une figure qui s’en va
stefbenfica         RIP Monsieur Sfeir. Vous avez essayé de faire comprendre le moyen-orient.
Nicole           j’aimais bien ses interventions dans C dans l’air : toujours juste, une très grande connaissance du monde arabe, jamais partisan et sachant faire comprendre son point de vue, son analyse des problèmes manquera …
condoléances à sa famille
alain           Si tous les analystes politiques ,commentateurs en tous genre et autres tribuns avait le talent de ce monsieur ,çà seraient apaisant . Mais bon ,faut rêver . RIP …
Jean Kaysse .           Un type bien, un esprit clair voyant et sage, intéressant et ça, c’est de plus en plus rare.
letmethink          Je l’aimais bien pour la profondeur de ses analyses. RIP!!
Schutter          GRAND MONSIEUR, c’est très triste condoléance à sa famille.
pihoui          Un grand Monsieur nous quitte !
CALMOS          rip
sandrine            Paix à son âme

AvatarRaskolnikov       Mince… une rare intelligence dans ce monde moderne où le brouhaha règne..

Avatarbien           J’aimais bien ce politologue, il savait bien de quoi il parlait, paix à son âme.

AvatarFrancois     un homme qui meurt, c’est une bibliothèque qui brule..

Avatartpl               Quel dommage! Je ne partageais tous ses points de vue mais j’écoutais toujours avec grande attention ses analyses sur le Moyen Orient. Une très grande perte pour la culture française….Respect.

AvatarFLO92          Un monsieur qui parlait en bonne intelligence, très cultivé. Une vraie perte. Paix à son âme.

Avatarle Fonz       il était bien ce monsieur, paix à son âme.

AvatarNicole        C’était un sage intelligent, agréable à écouter .Mes condoléances a la famille .

Avatarlili Rose     Il était fort intéressant mince autant de savoir qui s’envole et la relève est désastreuse

Avatarfrancoise   Un homme qui savait de quoi il parlait, rien à voir avec les journaleux actuels.

AvatarPipirompi  Un grand analyste, effectivement ça fait un moment que je ne l’ai plus vu sur les écrans..RIP