Celui-là est notre ennemi!

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ImagehorrorsoflifeTrump-Poutine: lune de miel à Helsinki?

Le sommet Trump-Poutine, ce lundi, annonce-t-il un nouveau départ pour les relations russo-américaines?

Et maintenant, Poutine ! Un mois après sa rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jong-un et quelques jours après le sommet de l’Otan, Donald Trump, tout juste remis de sa visite chahutée au Royaume-Uni, est sous les feux des projecteurs à Helsinki (Finlande) où il a atterri ce matin à 10 heures.

Rarement rencontre entre deux grands leaders n’aura paru aussi surréaliste et paradoxale. Depuis son élection, Donald Trump ne cesse d’exprimer sa volonté de se rapprocher avec son homologue russe. Dimanche, au terme de sa visite d’une semaine en Europe (incluant un sommet de l’Otan et une rencontre avec la reine d’Angleterre) il déclare que « l’Europe est un ennemi » en raison de ce que l’Union européenne fait aux Etats-Unis en matière commerciale.

Dans la foulée il ajoute que « la Russie est un ennemi également, mais seulement sur certains aspects ». Le paradoxe de cette présentation surréaliste tient à ce que les contentieux entre Moscou et Washington sont innombrables : guerre de Syrie, guerre dans l’Est de l’Ukraine, annexion de la Crimée (dont la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders a réaffirmé récemment qu’elle était illégale), ingérence russe des lors des élections américaines de 2016 et, voilà deux jours, mise en examen de douze agents du service de renseignement militaire russe (le GRU) par le super-procureur américain Robert Mueller. Tous les ingrédients de la guerre froide, en somme.

Un timing « propice »

Précisément, la rencontre Trump-Poutine se tient à Helsinki, lieu emblématique de la guerre froide. C’est dans la capitale de la Finlande, en effet, que Gerald Ford et Leonid Brejnev avaient signé, en août 1975, les célèbres accords de détente qui portent le nom de la ville nordique. En septembre 1990, un mois après l’invasion du Koweït par l’Irak et un an avant la chute de l’URSS, George H. Bush et Mikhaïl Gorbatchev s’étaient rencontrés dans cette même capitale qui, au XIXe siècle, fut celle du Grand-Duché de Finlande, alors rattaché à l’empire tsariste.

« La rencontre Trump-Poutine s’est longtemps fait attendre, note Tatiana Kastouéva-Jean de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Mais, un an et demi après son arrivée à la Maison Blanche, le président américain constate que, pour le moment, ‘l’enquête russe‘ le concernant, aux Etats-Unis, n’aboutit pas. Du coup, le timing est propice à une telle entrevue. » Le sommet d’Helsinki constitue la première rencontre en tête-à-tête entre les deux présidents qui ne soit pas organisée en marge d’une rencontre internationale.

Rétablir un canal de discussion Moscou-Washington

Syrie ? Ukraine ? Sanctions économiques contre la Russie ?… On ne sait pas, au juste, quels seront les thèmes dominants de la discussion, même si Donald Trump a annoncé la semaine dernière que la Syrie et l’Ukraine figureraient parmi les thèmes principaux. Avant d’ajouter, comme il le fait souvent, que tout était possible, envisageable, ouvert à la discussion : « Nous verrons ce qui se passera, c’est juste une rencontre libre, a-t-il déclaré la semaine passée. L’agenda ne devrait pas être serré et je ne pense pas que la rencontre prendra beaucoup de temps. Nous verrons où cela nous mènera, cela pourrait amener des résultats productifs, très productifs, mais peut-être que non. » Une manière pour l’auteur de L’Art du deal, de laisser toutes les options ouvertes.

L’essentiel est de se parler, estime le président des Etats-Unis, qui accorde, en bon homme d’affaires, une importance considérable aux relations personnelles entre leaders. Le simple fait d’établir un canal de discussion direct pourrait déjà être présenté au public américain comme un succès, tant la relation entre Moscou et Washington est dégradée depuis des années.

« Sous Bill Clinton, déjà, l’Amérique avait tenté de nouer un partenariat pour la réforme avec la Russie, rappelle le think-tank Carnegie Endowment, dans un texte publié la semaine dernière. Il s’agissait alors, dans l’esprit des Américains, d’inciter la Russie à adopter l’économie de marché et à se transformer en une société démocratique ». Sans succès.

A son tour, l’administration de George W. Bush avait espéré que les attentats du 11-Septembre conduiraient à une sorte d’union sacrée des « deux grands » sur l’autel de la lutte contre le terrorisme. Cela n’avait pas vraiment marché, en dépit d’une phase initiale d’entente entre Bush fils et Poutine, en 2001-2003. Enfin, la politique du « reset » tentée par Barack Obama en 2008, après la guerre entre la Russie et la Géorgie, n’eut pas davantage de succès.

Deux visions du monde

A chaque fois, les tentatives de rapprochement ont échoué. Car les deux pays sont porteurs de deux visions du monde divergentes. « Jusqu’à l’avènement de Trump, les Etats-Unis se sont présentés comme les champions d’un ordre libéral international, poursuit le think-tank Carnegie Endowment. Historiquement, l’Amérique cherche à promouvoir le libéralisme au-delà de ses frontières, dans l’économie comme dans la politique ».

Or, la politique étrangère russe s’appuie sur une approche très différente, où la défense des intérêts de Moscou l’emporte sur toute autre considération. Quand les Etats-Unis ont cherché à promouvoir un ordre international libéral, la Russie a fait de la résistance, surtout lorsque ses intérêts étaient directement concernés, comme en Géorgie ou, plus récemment, en Ukraine.

Donald Trump s’est maintes fois déclaré désireux de changer le cours des relations bilatérales entre Washington et Moscou, dont les arsenaux nucléaires représentent 92% du total existant sur la planète. Récemment encore, il a plaidé pour la réintégration de la Russie au sein du G8. A Moscou, dans les couloirs du Kremlin, beaucoup rêvent d’un coup d’éclat de l’imprévisible Trump, qui pourrait aller jusqu’à reconnaître le territoire ukrainien de la Crimée [annexé en 2014] comme étant une partie intégrante de la Russie. Une perspective qui inquiète nombre de pays européens. Et pour cause, nombre d’Etats partisans d’une ligne dure contre la Russie ont connu naguère l’occupation soviétique : Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, sans oublier, dans une autre catégorie, la Finlande et la Suède.

Si Washington devait reconnaître l’annexion de la Crimée, nul doute que Moscou cesserait de soutenir les groupes séparatistes du Donbass, dans l’Est du territoire ukrainien. « Un tel deal reviendrait à légitimer la manière forte, s’alarme un diplomate scandinave. Ce serait une victoire totale de Moscou, et une incitation à recommencer d’autres « coups de mains » ailleurs, dans quelques années, par exemple dans les républiques baltes ».

Un deal gagnant-gagnant?

Un tel accord semble toutefois improbable : « Il serait immédiatement dénoncé par le Congrès américain », souligne l’universitaire russe Vladislav Inozemtsev, dans une récente tribune publiée par Le Monde. Tatiana Kastouéva-Jean, de l’Ifri, ne croit pas davantage à un tel scénario : « Cela nuirait grandement à l’image de Trump sur la scène américaine. »

Même s’il ne devait pas aboutir à l’un de ces « deals » chers au président américain, la rencontre d’Helsinki pourrait se révéler gagnant-gagnant. Trump entend démontrer que, comme sur le dossier nord-coréen, il peut se passer des diplomates du département d’Etat et des instances multilatérales pour traiter les questions internationales. Quant à Vladimir Poutine, un accord quelconque lui permettrait de montrer à son opinion publique qu’avec Washington, il négocie de superpuissance à superpuissance.

Qui sait ? Même en l’absence de résultats concrets, le sommet d’Helsinki pourrait simplement contribuer à créer une atmosphère de dialogue constructive. Ce serait alors le début, à petits pas, du fameux « reset » souhaité par Barack Obama.

Trump conciliant avec Poutine à Helsinki, tollé à Washington

Jerome CARTILLIER et Gaël BRANCHEREAU
Trump conciliant avec Poutine à Helsinki, tollé à Washington

Helsinki (AFP) – Donald Trump a obstinément refusé lundi de condamner Moscou pour l’ingérence dans la campagne présidentielle américaine lors d’un sommet à Helsinki avec Vladimir Poutine, suscitant un tollé à Washington pour son ton résolument conciliant avec l’homme fort du Kremlin.

A l’issue d’un tête-à-tête de deux heures, les deux hommes ont affiché leur volonté d’écrire un nouveau chapitre des relations entre Washington et Moscou.

Mais c’est l’attitude du 45e président des Etats-Unis sur la question brûlante de l’ingérence russe dans la campagne 2016, attestée de façon unanime par les enquêteurs du FBI et les agences américaines du renseignement, qui a provoqué la stupéfaction. Encore lundi, le chef du renseignement, Dan Coats, a confirmé ses certitudes.

« J’ai le président Poutine qui vient de dire que ce n’était pas la Russie (…) Et je ne vois pas pourquoi cela le serait », a lancé M. Trump, laissant entendre qu’il était plus sensible aux dénégations du dirigeant russe qu’aux conclusions de ses propres services.

« Le président (Poutine) conteste avec force », a-t-il insisté.

Lors de son vol de retour de la capitale finlandaise, le président américain a pu constater les conséquences de ses égards vis-à-vis de son homologue russe, se retrouvant vertement critiqué jusque par des ténors du parti républicain.

Le sénateur républicain John McCain a ainsi dénoncé « un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine ».

La vague d’indignation, d’une rare intensité, a conduit M. Trump à assurer qu’il gardait une « IMMENSE confiance » dans ses services de renseignement.

« Toutefois, je dois aussi reconnaître qu’afin de construire un avenir meilleur, nous ne pouvons pas nous tourner exclusivement vers le passé – étant les deux plus grandes puissances nucléaires mondiales, nous devons nous entendre! », a-t-il ajouté sur Twitter.

– « Triste jour pour l’Amérique »-

Le milliardaire américain, au pouvoir depuis 18 mois, affiche de longue date l’espoir de nouer une relation personnelle avec M. Poutine, un ex-officier du KGB qui dirige la Russie depuis 2000.

Donald Trump doit réaliser que « la Russie n’est pas notre alliée », a lancé le chef de file des républicains au Congrès américain Paul Ryan.

Le chef de l’opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a lui accusé le président de la première puissance mondiale de s’être montré « irréfléchi, dangereux et faible » face à son homologue russe.

Nancy Pelosi, chef de l’opposition démocrate à la Chambre des représentants, a évoqué « un triste jour pour l’Amérique ».

Vladimir Poutine, qui a une nouvelle fois nié toute ingérence, souhaitait-il voir Donald Trump l’emporter face à la démocrate Hillary Clinton?

« Oui », a répondu ce dernier sans détour. Raison avancée? « Il parlait de normalisation des relations russo-américaines. »

L’enquête menée à Washington sur l’interférence russe en faveur de Trump dans la campagne présidentielle de 2016 a été relancée de façon spectaculaire, à trois jours du sommet, par l’inculpation de 12 agents du renseignement russe accusés d’avoir piraté les ordinateurs du parti démocrate.

« Cette enquête est un désastre (…) qui a eu des conséquences négatives sur les relations des deux premières puissances nucléaires du monde », a lancé M. Trump, le président russe à ses côtés. « Nous avons mené une campagne remarquable et c’est la raison pour laquelle je suis président », a-t-il ajouté.

– Ballon de foot –

Vladimir Poutine a lui ensuite réclamé, sur la chaîne américaine Fox News, que les relations américano-russes ne soient pas « prises en otages » par cette enquête, manifestation à ses yeux d’une « lutte politique interne aux Etats-Unis ».

Il a ainsi donné raison à Donald Trump qui, peu avant la première poignée de main, avait de manière surprenante de la part d’un président américain attribué dans un tweet les mauvaises relations entre Washington et Moscou à… « des années de stupidité de la part des Etats-Unis » et à la « chasse aux sorcières » menée selon lui par le FBI qui enquête sur l’ingérence russe.

Désireux de donner une image positive de leur rencontre, les deux dirigeants aux parcours très dissemblables ont insisté sur leur volonté d’aller de l’avant.

« J’espère que nous avons commencé à mieux nous comprendre », a déclaré M. Poutine, évoquant des pourparlers « très réussis et très utiles », tandis que M. Trump louait un dialogue « direct, ouvert et très productif ».

Indignation aux Etats-Unis face aux égards de Trump pour Poutine

Indignation aux Etats-Unis face aux égards de Trump pour Poutine
Poignée de main entre Donald Trump et Vladimir Poutine le 16 juillet 2018 à Helsinki

AFP, publié le lundi 16 juillet 2018 à 23h57

Les propos de Donald Trump aux côtés de Vladimir Poutine ont scandalisé lundi la classe politique américaine jusque dans les rangs républicains, où l’on s’inquiète de la « faiblesse » affichée par le président des Etats-Unis, accusé de traiter son homologue russe en allié plutôt qu’en adversaire.

Comme souvent, l’un des plus virulents a été le sénateur républicain John McCain. Cet élu respecté a dénoncé l' »un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine ».

« Il est clair que le sommet d’Helsinki était une erreur tragique », a-t-il estimé dans un communiqué au vitriol, jugeant que la conférence de presse commune des deux hommes au terme de leur rencontre dans la capitale finlandaise était l’une « des performances les plus honteuses d’un président américain ».

Debout face aux journalistes avec le maître du Kremlin, le locataire de la Maison Blanche s’en est pris à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016. Il a semblé mettre sur le même plan les conclusions du renseignement américain en ce sens et les dénégations de Vladimir Poutine.

Une telle attitude n’a pas trouvé beaucoup de défenseurs à Washington, au sein d’une classe politique globalement hostile à Moscou. D’autant que l’issue du sommet était scrutée à la loupe, tant planait sur le milliardaire républicain le soupçon de vouloir se réconcilier à tout prix avec le président russe, pour concrétiser une promesse électorale qui butait jusque-là sur l’enquête Mueller et sur les soupçons de collusion entre son équipe de campagne et le Kremlin.

« Il n’y a pas moralement d’équivalence entre les Etats-Unis et la Russie, qui demeure hostile à nos idéaux », a réagi le chef de file des républicains au Congrès, Paul Ryan, appelant Donald Trump à « réaliser que la Russie n’est pas notre alliée ». Le président de la Chambre des représentants a tenu à écarter tout « doute »: « la Russie a interféré dans notre élection et continue à tenter de fragiliser la démocratie ici et dans le monde ».

– « Incroyable capitulation » –

Pour le sénateur républicain Lindsey Graham, souvent en phase avec Donald Trump, ce dernier a « raté une occasion » de « lancer un avertissement ferme au sujet des prochains scrutins », et cela « sera considéré par la Russie comme un signe de faiblesse ».

D’autres membres du Sénat sont allés plus loin, qualifiant ses propos de « honte » comme Jeff Flake, ou, comme le président de la commission des Affaires étrangères Bob Corker, estimant que Vladimir Poutine était sorti « largement gagnant » de ce sommet.

De manière plus attendue, l’opposition démocrate a aussi vivement condamné le comportement du président des Etats-Unis.

« C’est de la folie », a attaqué l’ex-secrétaire d’Etat John Kerry, dénonçant une attitude « indéfendable ». « Irréfléchi, dangereux et faible », a renchéri le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

« Qu’est-ce qui peut bien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des Etats-Unis ? », a-t-il questionné. Selon lui, « des millions d’Américains vont continuer à se demander si la seule explication possible à ce comportement dangereux est la possibilité que le président Poutine possède des informations nuisibles au président Trump ».

Mais au-delà d’Helsinki, c’est toute la tournée présidentielle en Europe, au cours de laquelle Donald Trump a étalé ses critiques vis-à-vis de ses alliés avant d’afficher une certaine entente avec Vladimir Poutine, qui « a été un doigt d’honneur géant » à l’égard « de son propre pays », de l’avis du sénateur démocrate Chris Murphy.

La communauté du renseignement est aussi montée au créneau.

L’actuel directeur du renseignement Dan Coats a défendu dans un bref communiqué les évaluations « claires » de ses services sur une ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur les « efforts en cours » de Moscou pour « saper » la démocratie américaine.

Son prédécesseur James Clapper a lui carrément dénoncé sur CNN « une incroyable capitulation » du président des Etats-Unis, qui « semblait intimidé par Vladimir Poutine ».

Quant à l’ex-patron de la CIA John Brennan, en poste sous la présidence démocrate de Barack Obama, il a estimé que la « performance » de Donald Trump à Helsinki n’était « rien de moins qu’un acte de trahison ».

Lors de son vol de retour d’Helsinki, le président américain a tenté d’apaiser la controverse en clamant sur Twitter son « IMMENSE confiance » dans les agents du renseignement, tout en réaffirmant sa volonté de tourner la page.

Trump prend parti pour Poutine, contre ses propres services

– À Helsinki, le président des Etats-Unis a obstinément refusé de condamner Moscou pour l’ingérence dans la campagne présidentielle américaine.

À Helsinki

Sous les yeux d’un Poutine buvant visiblement du petit-lait, Donald Trump lâche une réponse surréaliste ce lundi au palais présidentiel d’Helsinki où il donne une conférence de presse avec son homologue russe, au terme de leur sommet bilatéral de quelques heures, face à une salle pleine à craquer de journalistes. Du jamais-vu. Le reporter de l’agence AP vient tout juste de lui demander qui il croit, concernant l’existence d’une immixtion russe dans la campagne présidentielle de 2016. Ses propres services qui affirment unanimes qu’il y a eu une attaque russe massive pour orienter le cours de l’élection? Ou Poutine qui dément absolument? À la stupéfaction générale des journalistes, Donald Trump ne veut pas trancher. «J’ai confiance dans les deux. Je fais confiance à mes services, mais la dénégation de Vladimir Poutine a été très forte et très puissante», déclare-t-il.

Ce faisant, il assène un coup terrible aux services de renseignement de son propre pays, au vu et su de la planète entière. C’est une manière de dire qu’il est si soupçonneux à l’encontre de l’enquête russe qu’il pencherait presque pour «la vérité» que Poutine entend imposer. «Ce que j’aimerais savoir, c’est où sont passés les serveurs?» (du Parti démocrate, qui ont été hackés par la Russie, NDLR), s’interroge Trump. Il insiste: «Et où sont passés les 33.000 e-mails de Hillary Clinton, ce n’est pas en Russie qu’ils se seraient perdus!» Pour le président américain, «il n’y a jamais eu collusion, l’élection, je l’ai gagnée haut la main», sans l’aide de personne. «Cette enquête russe nous empêche de coopérer, alors qu’il y a tant à faire», dit Trump.

Poutine jubile

Sur l’estrade, où les deux hommes sont côte à côte, Poutine jubile, comme s’il assistait à un spectacle qui ne semble pas le concerner mais dont il se délecte néanmoins. Événement sans précédent dans l’histoire des deux pays, Trump ouvre un boulevard à son homologue qui a toujours défendu une forme de relativisme, destiné à démontrer que les institutions démocratiques des États-Unis ne sont pas plus fiables que la parole du président russe. C’est une technique éprouvée.

«Moi aussi j’ai travaillé dans les services de renseignement, lance le chef du Kremlin au journaliste américain. Mais la Russie est un pays démocratique. Les États-Unis aussi non? Si l’on veut tirer un bilan définitif de cette affaire, cela doit être réglé non pas par un service de renseignement mais par la justice.» Au reporter qui le presse de dire s’il est intervenu dans le processus électoral américain, il répond seulement: «Je voulais que Trump gagne parce qu’il voulait normaliser les relations russo-américaines… Mais laissez tomber cette histoire d’ingérence, c’est une absurdité totale!… La Russie ne s’est jamais ingérée dans un processus électoral et ne le fera jamais.»

Vladimir Poutine a été piqué par la question d’un journaliste de Reuters qui évoquait la possibilité d’une extradition des douze agents russes suspectés par le procureur Robert Mueller d’avoir piraté le compte du serveur démocrate. «Nous y sommes prêts à condition que cette coopération soit réciproque», a rétorqué le chef du Kremlin, laissant entendre que les États-Unis devaient eux aussi poursuivre les espions américains opérant sur le sol russe.

«Notre relation n’a jamais été aussi mauvaise mais depuis quatre heures, cela a changé»

Donald Trump

Avant la séance de questions, la conférence de presse avait pourtant plutôt bien commencé, les deux hommes mettant l’accent sur la nécessité de reconstruire une relation «très détériorée» sur une base pragmatique. «Notre relation n’a jamais été aussi mauvaise mais depuis quatre heures, cela a changé», avait déclaré Donald Trump, visiblement satisfait, mais plutôt sérieux et contenu.

Lisant ses fiches d’un ton neutre, Vladimir Poutine, lui, avait énuméré une longue liste de sujets sur lesquels Washington et Moscou pourraient coopérer, de l’établissement d’un cessez-le-feu entre Israël et la Syrie sur le plateau du Golan jusqu’au désarmement bilatéral entre les deux plus grandes puissances nucléaires, en passant par la dénucléarisation de la péninsule nord-coréenne.

» LIRE AUSSI – Syrie et Iran au cœur des discussions entre Trump et Poutine

Cerise sur le gâteau, le chef du Kremlin a aussi proposé de prolonger l’accord de livraison de gaz qui unit son pays à l’Ukraine et qui doit expirer à la fin de cette année. Une initiative susceptible d’apaiser à la fois Washington et l’Union européenne. Mais très vite, la relation russo-américaine a été rattrapée par ses vieux démons, ceux de l’ingérence russe dans le scrutin présidentiel de 2016. Toutes les inquiétudes que les observateurs américains et européens nourrissaient vis-à-vis de l’ambiguïté de Trump sur la Russie, et de sa capacité à être manipulé par l’ex-espion du KGB Vladimir Poutine, ont soudain trouvé confirmation.

«Un signe de faiblesse»

Ce lundi soir, des réactions indignées commençaient à fuser depuis Washington. «La Maison-Blanche est maintenant confrontée à une seule, sinistre question: qu’est-ce qui peut bien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des États-Unis», a écrit le chef de l’opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, sur Twitter après la conférence de presse commune des deux dirigeants à Helsinki, parlant de propos «irréfléchis, dangereux et faibles».

«Le président Trump a raté une occasion de tenir la Russie clairement responsable pour son ingérence dans les élections de 2016 et de lancer un avertissement ferme au sujet des prochains scrutins», a regretté le sénateur républicain Lindsey Graham. «Cette réponse du président Trump sera considérée par la Russie comme un signe de faiblesse», a ajouté cet élu souvent en phase avec le milliardaire républicain. «C’est une honte», a dénoncé pour sa part l’ancien sénateur d’Arizona Jeff Flake, dans l’opposition républicaine à Trump. «Je n’aurais jamais pensé voir un jour notre président américain se tenir à côté du président russe et mettre en cause les États-Unis pour l’agression russe.»

La « faiblesse » de Trump face à Poutine scandalise jusque dans les rangs républicains

Le président américain a refusé, lundi en Finlande, de condamner la Russie pour son ingérence dans l’élection qui l’a porté au pouvoir en novembre 2016.

Le Monde

Donald Trump et Vladimir Poutine en conférence de presse à Helsinki (Finlande), le 16 juillet.

Les réactions n’ont pas tardé à fuser, chez les politiques américains, après les propos tenus par Donald Trump lors du sommet d’Helsinki, lundi 16 juillet. Le président des Etats-Unis a obstinément refusé de condamner Moscou pour l’ingérence dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Il a opté pour un ton résolument conciliant avec son homologue russe, Vladimir Poutine.

Sur les échanges de la journée :   Vladimir Poutine domine la rencontre d’Helsinki face à Donald Trump

Le chef de l’opposition démocrate au Sénat américain, Chuck Schumer (Etat de New York), a accusé le président américain de s’être montré « irréfléchi, dangereux et faible » face à Vladimir Poutine. « La Maison Blanche est maintenant confrontée à une seule, sinistre question : qu’est-ce qui peutbien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des Etats-Unis, a-t-il écrit sur Twitter après la conférence de presse commune des deux dirigeants dans la capitale finlandaise. Des millions d’Américains vont continuer à se demander si la seule explication possible à ce comportement dangereux est la possibilité que le président Poutine possède des informations nuisibles sur le président Trump. »

A Helsinki, le locataire de la Maison Blanche s’en est notamment pris à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle qui l’a porté au pouvoir, et il a semblé mettre sur le même plan les accusations du renseignement américain en ce sens et les dénégations de Vladimir Poutine.

« Erreur tragique »

« Dans toute l’histoire de notre pays, les Américains n’avaient jamais vu un président des Etats-Unis soutenir un adversaire de l’Amérique comme Donald Trump vient de soutenir le président Poutine », a déploré Chuck Schumer. Et d’estimer :

« Pour le président des Etats-Unis, être du côté du président Poutine contre les forces de l’ordre américaines, les responsables américains de la défense et les agences américaines du renseignement est irréfléchi, dangereux et faible. »

La conférence de presse commune de Donald Trump et Vladimir Poutine a été « un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine », a renchéri le sénateur républicain John McCain (Arizona). « Il est clair que le sommet d’Helsinki est une erreur tragique », a ajouté dans un communiqué l’élu de 81 ans qui a exprimé publiquement son désaccord avec le président Trump à plusieurs reprises par le passé.

Le chef de file des républicains au Congrès des Etats-Unis, Paul Ryan, a quant à lui appelé Donald Trump à « réaliser que la Russie n’est pas notre alliée ». « Il n’y a pas moralement d’équivalence entre les Etats-Unis et la Russie, [un pays] qui demeure hostile à nos idéaux et à nos valeurs fondamentales », a-t-il dit.

Trump tente d’éteindre l’incendie

Le directeur du renseignement américain, Dan Coats, a lui aussi réagi, défendant les évaluations « claires » de ses services sur une ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur les « efforts en cours » de Moscou pour « saper » la démocratie américaine.

Tentant d’éteindre l’incendie, Donald Trump a réagi sur Twitter, disant avoir une « immense confiance » dans le renseignement américain : « Comme je l’ai dit aujourd’hui et à plusieurs reprises auparavant, j’ai une IMMENSE confiance dans MES agents du renseignement. Toutefois, je dois aussi reconnaître qu’afin de construire un avenir meilleur, nous ne pouvons pas nous tourner exclusivement vers le passé – [la Russie et les Etats-Unis] étant les deux plus grandes puissances nucléaires mondiales, nous devons nous entendre ! »

« Faiblesse », « honte », « folie »… : l’attitude de Trump face à Poutine unanimement condamnée

SudOuest.fr avec AFP.
"Faiblesse", "honte", "folie"… : l’attitude de Trump face à Poutine unanimement condamnée
La classe politique américaine condamne unanimement l’attitude de Trump, dénonçant sa faiblesse face à Poutine.

YURI KADOBNOV AFP

La « faiblesse » du président américain face à son homologue russe est unanimement dénoncée, jusque dans ses propres rangs.

Les propos de Donald Trump aux côtés de Vladimir Poutine ont scandalisé lundi la classe politique américaine jusque dans les rangs républicains, où l’on s’inquiète de la « faiblesse » affichée par le président des Etats-Unis, accusé de traiter son homologue russe en allié plutôt qu’en adversaire.

Comme souvent, l’un des plus virulents a été le sénateur républicain John McCain. Cet élu respecté a dénoncé l’ »un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine ». « Il est clair que le sommet d’Helsinki était une erreur tragique », a-t-il estimé dans un communiqué au vitriol, jugeant que la conférence de presse commune des deux hommes était l’une « des performances les plus honteuses d’un président américain« .

« La Russie n’est pas notre alliée »

Debout face aux journalistes avec le maître du Kremlin, le locataire de la Maison Blanche s’en est pris à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016. Une telle attitude n’a pas trouvé beaucoup de défenseurs à Washington, au sein d’une classe politique globalement hostile à Moscou. D’autant que l’issue du sommet était scrutée à la loupe, tant planait sur le milliardaire républicain le soupçon de vouloir se réconcilier à tout prix avec le président russe, pour concrétiser une promesse électorale qui butait jusque-là sur l’enquête Mueller et sur les soupçons de collusion entre son équipe de campagne et le Kremlin.

« Il n’y a pas moralement d’équivalence entre les Etats-Unis et la Russie, qui demeure hostile à nos idéaux », a réagi le chef de file des républicains au Congrès, Paul Ryan, appelant Donald Trump à « réaliser que la Russie n’est pas notre alliée ». Le président de la Chambre des représentants a tenu à écarter tout « doute » : « la Russie a interféré dans notre élection et continue à tenter de fragiliser la démocratie ici et dans le monde« .

« Irréfléchi, dangereux et faible »

Pour le sénateur républicain Lindsey Graham, souvent en phase avec Donald Trump, ce dernier a « raté une occasion » de « lancer un avertissement ferme au sujet des prochains scrutins », et cela « sera considéré par la Russie comme un signe de faiblesse« . D’autres membres du Sénat sont allés plus loin, qualifiant ses propos de « honte » comme Jeff Flake.

De manière plus attendue, l’opposition démocrate a aussi vivement condamné le comportement du président des Etats-Unis.
« C’est de la folie », a attaqué l’ex-secrétaire d’Etat John Kerry, dénonçant une attitude « indéfendable ». « Irréfléchi, dangereux et faible », a renchéri le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

« Qu’est-ce qui peut bien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des Etats-Unis ? Des millions d’Américains vont continuer à se demander si la seule explication possible à ce comportement dangereux est la possibilité que le président Poutine possède des informations nuisibles au président Trump »

« Un acte de trahison »

La communauté du renseignement est aussi montée au créneau. L’actuel directeur du renseignement Dan Coats a défendu dans un bref communiqué les évaluations « claires » de ses services sur une ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur les « efforts en cours » de Moscou pour « saper » la démocratie américaine.

Son prédécesseur James Clapper a lui carrément dénoncé sur CNN « une incroyable capitulation » du président des Etats-Unis, qui « semblait intimidé par Vladimir Poutine ».

Quant à l’ex-patron de la CIA John Brennan, en poste sous la présidence démocrate de Barack Obama, il a estimé que la « performance » de Donald Trump à Helsinki n’était « rien de moins qu’un acte de trahison« .

Jugé trop conciliant avec Poutine, Trump provoque un tollé à Washington

US President Donald Trump and Russia's President Vladimir Putin attend a joint press conference after a meeting at the Presidential Palace in Helsinki, on July 16, 2018. 
Brendan Smialowski / AFP

Alors qu’il rencontrait son homologue russe à Helsinki, le président américain a refusé de condamner Moscou pour son ingérence dans la campagne de 2016.

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commentaires

sylvainLes Américains ne veulent surtout pas la paix !! comment réussiraient ils à vendre toutes leurs armes aux Neuneus de l’OTAN ou autres lécheurs de yankee si la Russie redevient une nation « du bien » ?
Grand Paris En attendant en Russie le mondial de la coupe du monde c’est passé sans émeutes sans boutiques pillées sans voitures brûlées enfin bon tout ce qu’il ce passe en France pour la victoire des bleus.Qu’es ce que cela aurait été si ils avaient perdu ?…..
TwingoIl dit ce qu’il pense !,
pollux1000  Oulala,on a pas droit à une nouvelle guerre,mince alors.
On essaie d arrondir les angles,mince alors.
Sinon,des élections sans magouille,ça existe réellement??
DEFCOM Ce n’est donc pas Trump le plus dangereux, mais bien les Américains.
Lorsque Trump veut faire la guerre, une partie de son peuple lui tape dessus et si par malheur il veut faire la paix, l’est l’autre partie qui lui tape dessus.
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