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9Financement de groupes armés en Syrie : quatre questions sur les aveux du cimentier Lafarge

Le géant suisse des matériaux de construction a admis, jeudi, avoir « indirectement » financé, en 2013 et 2014, des groupes armés en Syrie, pour maintenir en activité sa cimenterie, en pleine guerre civile.

La cimenterie Lafarge située au nord de la Syrie.
La cimenterie Lafarge située au nord de la Syrie. (DANIEL RIFFET PHOTONONSTOP)
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Benoît ZagdounFrance Télévisions

LafargeHolcim plaide coupable. Le géant suisse des matériaux de construction a reconnu, jeudi 2 mars, avoir « indirectement » financé des groupes armés en Syrie, en 2013 et 2014, pour maintenir en activité sa cimenterie dans ce pays déchiré par la guerre civile. Des aveux qui soulèvent plusieurs questions.

Comment Lafarge s’est retrouvé mêlé au conflit syrien ?

La cimenterie en cause est située dans le nord-ouest de la Syrie, à Jalabiya, à 150 km au nord-est d’Alep, l’une des villes au cœur du conflit syrien entre le régime de Bachar Al-Assad, les rebelles syriens et les jihadistes.

Le site industriel est rachetée en 2007 par le Français Lafarge, qui a, depuis, fusionné avec le Suisse Holcim. L’usine représente l’un des investissements étrangers les plus importants jamais consentis en Syrie en dehors du secteur pétrolier : les trois ans de travaux ont coûté environ 680 millions de dollars.

La cimenterie est mise en route en 2010, un an avant le début du soulèvement contre le régime syrien. Alors que la guerre civile fait rage, le géant maintient son site en activité. En septembre 2014, l’organisation jihadiste Etat islamique (EI) finit toutefois par en prendre le contrôle.

La cimenterie du groupe Lafarge en Syrie.
La cimenterie du groupe Lafarge en Syrie. (DANIEL RIFFET / PHOTONONSTOP / AFP)

Quels soupçons pèsent sur le cimentier ?

Le Monde révèle l’affaire en juin 2016. Le quotidien affirme que Lafarge a missionné un intermédiaire pour obtenir de l’EI des laissez-passer pour ses employés aux checkpoints. D’après le journal, le siège de Lafarge à Paris était au courant de ces négociations.

Le journal évoque un laissez-passer estampillé du tampon du groupe jihadiste, permettant aux camions de circuler pour approvisionner le site, et laissant supposer le paiement de taxes. Il mentionne l’intervention d’intermédiaires et de négociants visant à vendre au cimentier du pétrole raffiné par l’EI.

Une enquête de « L’Œil du 20 heures » de France 2 confirme ces informations, en novembre 2016. Ainsi, lorsqu’en 2013, l’EI prend le contrôle des puits de pétrole à proximité de l’usine – pétrole nécessaire pour faire tourner la cimenterie – l’entreprise aurait fait appel à des fournisseurs locaux, eux-mêmes en affaires avec les jihadistes. Dans un e-mail obtenu par France 2, un intermédiaire en lien avec les fournisseurs demande à être payé.

 

Comment se défend l’industriel ?

Jeudi matin, LafargeHolcim a reconnu, en partie, les faits et a tenté de se justifier dans un communiqué. Alors que le conflit prenait de l’ampleur, « la détérioration de la situation politique en Syrie a entraîné des défis très difficiles quant à la sécurité, aux activités de l’usine et aux employés », explique le groupe.

Aussi, entre les « menaces pour la sécurité des collaborateurs » et les « perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l’usine et distribuer ses produits », la filiale locale de Lafarge a tenté d’amadouer les diverses « factions armées » qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie.

La filiale locale de Lafarge a « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions », détaille LafargeHolcim. Toutefois, une enquête interne « n’a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées », assure le groupe.

« Rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l’usine étaient inacceptables », admet le groupe. « Les responsables des opérations en Syrie semblent avoir agi d’une façon dont ils pensaient qu’elle était dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés, ajoute-t-il. Néanmoins, l’enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur. »

Le groupe est-il inquiété par la justice ?

Depuis octobre 2016, le cimentier est visé par une enquête préliminaire ouverte après une plainte de Bercy. Le ministère de l’Economie accuse notamment LafargeHolcim d’avoir enfreint les sanctions édictées par l’Union européenne contre le régime de Bachar Al-Assad et plus généralement l’interdiction de toute relation avec les organisations terroristes présentes en Syrie.

Des ONG ont, elles aussi, saisi la justice. Dans sa plainte, Sherpa vise plus largement des faits de financement du terrorisme, de complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, de mise en danger délibéré d’autrui, d’exploitation du travail d’autrui et de négligence.

La justice va enquêter sur le cas de Lafarge en Syrie

Le parquet a ouvert une enquête préliminaire, après une plainte contre le cimentier.

storybildLa plainte du ministère de l’Economie porte sur une interdiction d’acheter du pétrole en Syrie. (Photo: Keystone)


Une faute?

Le gouvernement français a saisi la justice sur de possibles infractions commises par le cimentier Lafarge en faisant fonctionner une usine en Syrie, malgré des interdictions européennes, a appris jeudi l’AFP de sources concordantes. Le parquet a ouvert une enquête préliminaire sur la base de cette plainte en octobre.

Le ministère de l’Economie a confirmé le dépôt d’une plainte au parquet de Paris, sans autre précision. Le fonctionnement de la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, sous la responsabilité d’une filiale locale de Lafarge, a déjà fait polémique quand le journal Le Monde avait révélé en juin de possibles arrangements avec l’organisation État islamique (EI).

La plainte du ministère de l’Economie porte, elle, sur une interdiction d’acheter du pétrole dans ce pays, édictée par l’Union européenne en 2012 dans le cadre d’une série de sanctions contre le régime de Bachar el-Assad, a expliqué une source proche du dossier. Cette plainte remonte à fin septembre.

Usine évacuée en 2014

De son côté, l’ONG Sherpa, qui défend les victimes de «crimes économiques», avait déposé une plainte avec constitution de partie civile en novembre. Elle dénonçait notamment des faits de financement du terrorisme et visait plus spécifiquement les possibles arrangements de Lafarge avec l’EI pour faire fonctionner l’usine en 2013 et 2014, jusqu’à ce que l’organisation djihadiste, en prenne le contrôle en septembre 2014. Cette plainte visait à obtenir l’ouverture d’une information judiciaire confiée à des juges d’instruction, ce qui n’est pas encore le cas à l’heure actuelle.

Suite aux révélations du Monde, le groupe LafargeHolcim, issu de la fusion en juillet 2015 de Lafarge avec le saint-gallois Holcim, avait dit en juin enquêter sur son usine en Syrie. Celle-ci, située à 150 kilomètres au nord-est d’Alep, avait été évacuée en septembre 2014, et le groupe avait depuis écarté tout projet de redémarrage.

En juillet, une mission parlementaire française sur les moyens du groupe djihadiste, affirmait dans son rapport que «rien» ne permettait d’établir que Lafarge ait pu «participer directement ou indirectement, ni même de façon passive, au financement de Daech» (acronyme arabe de l’EI)

Image d’illustration. Site du cimentier Lafarge à Paris, en 2009. © Keystone

France

Activités du cimentier Lafarge en Syrie: Bercy saisi la justice

Le ministère français de l’Économie a confirmé le dépôt d’une plainte au parquet de Paris. En juin 2016, «Le Monde» affirmait que le groupe s’était arrangé avec l’Etat islamique pour faire fonctionner une cimenterie

Le ministère français de l’Économie a saisi la justice cet automne sur de possibles infractions commises par le groupe cimentier Lafarge en faisant fonctionner une usine en Syrie, malgré des interdictions européennes, a appris l’AFP jeudi de sources concordantes.

Bercy a confirmé le dépôt d’une plainte au parquet de Paris, sans autre précision. Le parquet a ouvert une enquête préliminaire sur la base de cette plainte en octobre, a indiqué une source judiciaire.

Possibles arrangements avec l’EI

Le fonctionnement de la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, sous la responsabilité d’une filiale locale de Lafarge, a déjà fait polémique quand le journal Le Monde avait révélé en juin de possibles arrangements avec l’organisation Etat islamique (EI).

La plainte du ministère de l’Economie porte, elle, sur une interdiction d’acheter du pétrole dans ce pays, édictée par l’Union européenne en 2012 dans le cadre d’une série de sanctions contre le régime de Bachar el-Assad, a expliqué une source proche du dossier. Cette plainte remonte à fin septembre.

Lire aussi: Lafarge serait complice de «troubles arrangements» avec l’Etat islamique

De son côté, l’ONG Sherpa, qui défend les victimes de «crimes économiques», avait déposé une plainte avec constitution de partie civile en novembre. Elle dénonçait notamment des faits de financement du terrorisme et visait plus spécifiquement les possibles arrangements de Lafarge avec l’Etat islamique pour faire fonctionner l’usine en 2013 et 2014, jusqu’à ce que l’organisation djihadiste en prenne le contrôle en septembre 2014. Cette plainte visait à obtenir l’ouverture d’une information judiciaire confiée à des juges d’instruction, ce qui n’est pas encore le cas à l’heure actuelle.

Lafarge a fusionné en 2015 avec le groupe suisse Holcim.

Activités du cimentier Lafarge en Syrie: Bercy a saisi la justice

Activités du cimentier Lafarge en Syrie: Bercy a saisi la justice

Une usine du groupe Lafarge à Paris, le 7 avril 2014FRANCK FIFE

Le ministère français de l’Économie a saisi la justice cet automne sur de possibles infractions commises par le groupe cimentier Lafarge en faisant fonctionner une usine en Syrie, malgré des interdictions européennes, a appris l’AFP jeudi de sources concordantes.

Bercy a confirmé à l’AFP le dépôt d’une plainte au parquet de Paris, sans autre précision.

Le parquet a ouvert une enquête préliminaire sur la base de cette plainte en octobre, a indiqué à l’AFP une source judiciaire.

Le fonctionnement de la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, sous la responsabilité d’une filiale locale de Lafarge, a déjà fait polémique quand le journal Le Monde avait révélé en juin de possibles arrangements avec l’organisation État islamique (EI).

La plainte du ministère de l’Economie porte elle sur une interdiction d’acheter du pétrole dans ce pays, édictée par l’Union européenne en 2012 dans le cadre d’une série de sanctions contre le régime de Bachar el-Assad, a expliqué une source proche du dossier à l’AFP. Cette plainte remonte à fin septembre.

De son côté, l’ONG Sherpa, qui défend les victimes de « crimes économiques », avait déposé une plainte avec constitution de partie civile en novembre. Elle dénonçait notamment des faits de financement du terrorisme et visait plus spécifiquement les possibles arrangements de Lafarge avec l’Etat islamique pour faire fonctionner l’usine en 2013 et 2014, jusqu’à ce que l’organisation jihadiste en prenne le contrôle en septembre 2014. Cette plainte visait à obtenir l’ouverture d’une information judiciaire confiée à des juges d’instruction, ce qui n’est pas encore le cas à l’heure actuelle.

Lafarge a fusionné en 2015 avec le groupe suisse Holcim.

Lafarge admet avoir « indirectement » financé des groupes armés en Syrie

Le géant suisse des matériaux de construction LafargeHolcim a admis jeudi avoir « indirectement » financé en 2013 et 2014 des groupes armés en Syrie, pays déchiré par la guerre civile, pour maintenir en activité sa cimenterie.

Alors que le conflit prenait de l’ampleur, « la détérioration de la situation politique en Syrie a entraîné des défis très difficiles quant à la sécurité, aux activités de l’usine et aux employés », explique LafargeHolcim dans un communiqué.

Aussi, entre les « menaces pour la sécurité des collaborateurs » et les « perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l’usine et distribuer ses produits », la filiale locale de Lafarge a tenté d’amadouer les diverses « factions armées » qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie.

Elle a « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions », détaille LafargeHolcim.

Etat islamique
Une enquête interne « n’a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées », note le groupe.

Mais selon Le Monde, qui avait révélé l’affaire en juin, ces arrangements ont notamment profité à l’organisation État islamique (EI).

Le quotidien indiquait que Lafarge avait missionné un intermédiaire pour obtenir de l’EI des laissez-passer pour ses employés aux checkpoints. Le siège de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts, selon Le Monde.

Le journal a aussi évoqué un laissez-passer estampillé du tampon de l’EI, permettant aux camions de circuler pour approvisionner le site, et laissant supposer le paiement de taxes.

Il a également mentionné l’intervention d’intermédiaires et de négociants visant à vendre au cimentier du pétrole raffiné par l’EI.

L’organisation jihadiste avait fini par prendre le contrôle du site en septembre 2014.

La cimenterie en cause est située à Jalabiya, à 150 kilomètres au nord-est d’Alep. Elle avait été achetée en 2007 par le français Lafarge, qui a depuis fusionné avec le Suisse Holcim, et mise en route en 2010.

L’usine représentait l’un des investissements étrangers les plus importants jamais consentis en Syrie en dehors du secteur pétrolier: les trois ans de travaux ont coûté environ 680 millions de dollars.
Durant la période pour laquelle le groupe est mis en cause, « les activités de Lafarge en Syrie ont fonctionné à perte » et « représentaient moins de 1% du chiffre d’affaires », assure l’entreprise.

« Erreurs de jugement »

Le cimentier est visé par une enquête préliminaire ouverte en octobre, après une plainte de Bercy.

Le ministère de l’Economie accuse notamment LafargeHolcim d’avoir enfreint les sanctions édictées par l’Union européenne contre le régime de Bachar al-Assad et plus généralement l’interdiction de toute relation avec les organisations terroristes présentes en Syrie.

Des ONG ont aussi saisi la justice. Dans sa plainte, Sherpa vise plus largement des faits de financement du terrorisme, de complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, de mise en danger délibéré d’autrui, d’exploitation du travail d’autrui et de négligence.

« Rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l’usine étaient inacceptables », admet le groupe jeudi.

« Les responsables des opérations en Syrie semblent avoir agi d’une façon dont ils pensaient qu’elle était dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés. Néanmoins, l’enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur », ajoute-t-il.

Battant sa coulpe, l’entreprise a mis en place un comité éthique, intégrité et risques ainsi qu’une série de mesures visant entre autres à évaluer plus rigoureusement ses partenaires.

Lafarge reconnaît des arrangements «inacceptables» avec des groupes armés en Syrie

  LIBERATION, avec AFP
Le cimentier français Lafarge est accusé par deux ONG d’avoir financé le groupe jihadiste Etat islamique Photo FRANCK FIFE. AFP

Le géant suisse des matériaux de construction LafargeHolcim a admis avoir conclu des arrangements «inacceptables» avec des groupes armés pour maintenir l’activité d’une cimenterie en Syrie, en 2013 et jusqu’à son évacuation en 2014.

Le géant suisse des matériaux de construction LafargeHolcim a admis avoir conclu des arrangements «inacceptables» avec des groupes armés pour maintenir l’activité d’une cimenterie en Syrie, pays déchiré par la guerre civile, en 2013 et jusqu’à son évacuation en 2014.

La filiale locale qui appartenait alors au français Lafarge «a remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions», explique le groupe dans un communiqué. Une enquête interne «n’a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées», ajoute LafargeHolcim.

Selon le Monde, qui avait révélé l’affaire en juin, ces arrangements ont notamment profité à l’organisation Etat islamique. Le groupe cimentier est visé par une enquête préliminaire ouverte en octobre, suite à des plaintes d’ONG et de Bercy.

La cimenterie en cause est située à Jalabiya, à 150 kilomètres au nord-est d’Alep. Elle avait été achetée par le français Lafarge, qui a depuis fusionné avec le Suisse Holcim, en 2007 et mise en route en 2010.

Alors que la guerre civile prenait de l’ampleur dans le pays, «la détérioration de la situation politique en Syrie a entraîné des défis très difficiles quant à la sécurité, les activités de l’usine et les employés», explique LafargeHolcim. «Cela incluait des menaces pour la sécurité des collaborateurs ainsi que des perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l’usine et distribuer ses produits.»

Un laissez-passer tamponné par l’EI

Selon le quotidien, la cimenterie a alors négocié des droits de passage aux check-points tenus par les jihadistes pour que ses camions puissent passer et s’est approvisionné auprès de négociants en pétrole, dont les champs étaient tenus par l’EI, finançant ainsi indirectement l’organisation terroriste. Preuve de ces accords : un laissez-passer tamponné par l’EI daté de septembre 2014.

«Rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l’usine étaient inacceptables», admet aujourd’hui le groupe. «Les responsables des opérations en Syrie semblent avoir agi d’une façon dont ils pensaient qu’elle était dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés. Néanmoins, l’enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur», ajoute-t-il.

Toujours selon le Monde, quand le groupe a finalement quitté le site, en 2014, un intermédiaire lui aurait proposé de relancer son activité en faisant un deal : protection de l’EI contre un partage des bénéfices. Offre que Lafarge a décliné. La cimenterie fait maintenant office de base pour les forces occidentales françaises, américianes et britaniques.

Suite aux révélations de cet été, plusieurs ONG, puis le ministère de l’Economie, ont porté plainte contre le cimentier, l’accusant notamment de financement du terrorisme et d’avoir enfreint les sanctions édictées par l’Union européenne contre le régime de Bachar al-Assad.

Le cimentier Lafarge admet des « arrangements » avec des groupes armés en Syrie

 LEXPRESS.fr avec AFP

Le Monde avait révélé en juin « les troubles arrangements » de Lafarge avec l’EI pour qu’une de ses cimenteries puisse continuer à fonctionner en 2013 et 2014. (Photo d’illustration: une autre usine du groupe en Syrie, à Kerbala)

a-general-view-of-kerbala-cement-factory-in-the-southern-province-of-kerbala_5782711REUTERS/Mushtaq Muhammed

Dans un communiqué publié ce jeudi, l’entreprise de matériaux de construction reconnaît avoir remis des fonds à des intermédiaires pour assurer l’activité d’une de ses cimenteries en Syrie entre 2013 et 2014. Cet argent aurait bénéficié « à des groupes armés », dont Daech.

LafargeHolcim a-t-il financé le terrorisme? Le géant des matériaux de construction a admis ce jeudi avoir conclu des arrangements « inacceptables » avec des groupes armés pour maintenir l’activité d’une cimenterie en Syrie, pays déchiré par la guerre civile, en 2013 et jusqu’à son évacuation en 2014.

La filiale locale qui appartenait alors au français Lafarge « a remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions », explique le groupe dans un communiqué.

LIRE AUSSI >> Le cimentier français Lafarge a-t-il négocié avec Daech en Syrie?

« Des défis très difficiles quant à la sécurité »

Une enquête interne « n’a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées », ajoute LafargeHolcim. Selon Le Monde, qui avait révélé l’affaire en juin, ces arrangements ont notamment profité à l’organisation État islamique (EI). Le groupe cimentier est visé par une enquête préliminaire ouverte en octobre, à la suite de plaintes d’ONG et de Bercy.

La cimenterie en cause est située à Jalabiya, à 150 kilomètres au nord-est d’Alep. Elle avait été achetée par le français Lafarge, qui a depuis fusionné avec le Suisse Holcim, en 2007 et mise en route en 2010.

Alors que la guerre civile prenait de l’ampleur dans le pays, « la détérioration de la situation politique en Syrie a entraîné des défis très difficiles quant à la sécurité, les activités de l’usine et les employés », souligne LafargeHolcim.

« Des erreurs de jugements significatives »

« Cela incluait des menaces pour la sécurité des collaborateurs ainsi que des perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l’usine et distribuer ses produits. » « Rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l’usine étaient inacceptables », admet le groupe.

« Les responsables des opérations en Syrie semblent avoir agi d’une façon dont ils pensaient qu’elle était dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés. Néanmoins, l’enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur », ajoute-t-il.

A la suite des révélations du Monde, plusieurs ONG, puis le ministère de l’Economie, ont porté plainte contre le cimentier, l’accusant notamment de financement du terrorisme et d’avoir enfreint les sanctions édictées par l’Union européenne contre le régime de Bachar al-Assad.

Lafarge admet des arrangements avec des groupes armés en Syrie pour protéger une cimenterie

L’entreprise basée suisse des matériaux de construction LafargeHolcim a avoué ce jeudi avoir conclu des accords avec des groupes armés pour assurer la protection d’une de leur cimenterie en Syrie entre 2013 et 2014, alors que le groupe Lafarge était une entreprise française.
Le cimentier a avoué avoir conclu des arrangement mais n’a pas cité de noms.©Franck Fife/AFP

En juin dernier, le journal Le Monde soupçonnait l’entreprise de matériaux de construction Lafarge d’avoir conclut des arrangements financiers profitant au groupe Etat islamique dans le nord de la Syrie, là où la firme disposait d’une cimenterie. Les faits reprochés auraient été commis entre 2013 et 2014. Ce jeudi 2 mars, l’entreprise a reconnu la véracité des accusations.

Après que d’autres enquêtes journalistiques aient été faites, le ministère de l’Economie a porté plainte contre le groupe à l’automne dernier, ce dépôt de plainte a été confirmé le 19 janvier 2017.

Il portait sur de possibles infractions commises aux interdictions européennes comme celle d’acheter du pétrole en Syrie par exemple ou « d’avoir eu des relations avec des organisations terroristes présentes en Syrie ». Une autre plainte a été déposée par une ONG, Sherpa, qui lutte contre les « crimes économiques ».

Ce jeudi 2 mars, Lafarge a admis avoir conclu des arrangements« inacceptables » pour assurer la sécurité de leur cimenterie située en zone de conflit entre 2013 et 2014.

La filliale locale, qui appartenait au groupe français Lafarge, a bien « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions ».

Pour autant, on ne connait pas encore l’identité des groupes avec lesquels il y aurait eu des arrangements.

Ces arrangements devaient permettre d’assurer le passage des employés et les approvisionnements de l’usine sans encombres alors que la région où se trouvait l’usine était en proie à des conflits armés.

Le groupe Lafarge, qui a depuis fusionné avec l’entreprise suisse Holcim, avait acheté cette usine en 2007 et commencé à l’exploiter en 2011. Elle a fonctionné jusqu’en 2014 soit trois ans pendant lesquels se déroulaient la guerre civile et l’émergence du groupe Etat islamique dans le pays.

Selon les révélations du Monde, le groupe franco-suisse a reconnu que sa cimenterie avait passé des arrangements financiers avec des groupes armés entre 2012 et 2014

Selon les révélations du Monde, le groupe franco-suisse a reconnu que sa cimenterie avait passé des arrangements financiers avec des groupes armés entre 2012 et 2014 – MEIGNEUX/SIPA

Syrie : Lafarge reconnaît des arrangements « inacceptables » avec des groupes djihadistes

Selon « Le Monde », le groupe franco-suisse Lafarge Holcim vient de reconnaître avoir conclu des arrangements « inacceptables » pour assurer la sécurité d’une cimenterie en Syrie.

Quelles sont les sources de financement de Daech en Syrie ? La contrebande de pétrole, des financements extérieurs et la levée d’impôts sont les trois piliers identifiés jusqu’ici. Il faudrait aussi y ajouter le soutien direct ou indirect de certains grands groupes industriels, prêts à tous les compromis pourvu que les usines tournent. C’est ce que confirme ce jeudi 2 mars le journal Le Monde, qui révèle que le groupe franco-suisse LafargeHolcim vient de reconnaître, dans les conclusions d’une enquête interne, avoir « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions ». Et les auteurs du rapport d’avouer : « Avec du recul, les conditions exigées pour assurer la continuation du fonctionnement de l’usine étaient inacceptables ».

Avec du recul, les conditions exigées pour assurer la continuation du fonctionnement de l’usine étaient inacceptables

LafargeHolcim, dans les conclusions d’une enquête interne

Droit de douane et contrebande de pétrole

Le 21 juin 2016, Le Monde publiait une longue enquête qui levait le voile sur les arrangements entre la cimenterie de Jalabiya, dans le nord-est de la Syrie, « fleuron du cimentier français (Lafarge) au Proche-Orient » et l’organisation Etat islamique (EI), Daech. Le cimentier a ainsi cherché à faire tourner coûte que coûte son usine inaugurée un an à peine avant le début des affrontements en Syrie. Notamment en nouant des accords avec les groupes armés locaux. Mais à partir de 2013, les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) – qui deviendra l’EI à partir de juin 2014 et la proclamation du « califat » – prennent position dans la région.

La direction de l’usine les traite alors comme n’importe quel groupe armé, négociant des droits de passage pour les camions avec le groupe djihadiste. L’usine se fournit également en pétrole – indispensable à la fabrication du ciment -, dont les champs sont tenus par les hommes de Daech. Une entente financière qui aurait duré jusqu’au 19 septembre 2014, jour où l’EI prend possession, du site poussant Lafarge à abandonner ses activités.

A l’époque des révélations, un rapport parlementaire consacré à Daech et ses moyens opérationnels avait pourtant affirmé que « rien ne permet d’établir que le groupe (Lafarge ndlr), ou ses entités locales, ont participé, directement ou indirectement, ni même de façon passive, au financement de Daech ».

Lafarge, partenaire de l’édition 2016 de Paris Plages

Des faits qui n’avaient pas empêché la Mairie de Paris de renouveler son partenariat avec le cimentier pour son édition 2016 de Paris Plages. Lafarge étant chargé d’acheminer 3.500 tonnes de sables depuis la Normandie.

Il y a du sang sur le sable que nous allons mettre sur ces plages !

Danielle Simonnet, conseillère PG de Paris

Une décision qui avait à l’époque ulcéré la conseillère de Paris du Parti de gauche Danielle Simonnet. « Comment peut-on le lundi en séance de conseil de Paris, faire, à juste titre, une minute de silence pour l’ensemble des victimes des actes terroristes commis par Daech, et le mardi, tranquillement, voter une délibération pour pouvoir user du financement d’un partenaire qui n’a pas hésité à collaborer avec Daech ? », avait-elle interrogé au moment des délibérations. Dénonçant : « Il y a du sang sur le sable que nous allons mettre sur ces plages ! » Lafarge vient de lui donner raison.

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