9.jpgTrump président : Ce qu’il faut retenir de son premier discours à contre-courant de sa campagne

VIDEO. Trump président : Ce qu’il faut retenir de son premier discours à contre-courant de sa campagne

Donald Trump livre son discours de victoire à l’élection présidentielle américaine, le 9 novembre 2016., Evan Vucci/AP/SIPA

Après l’annonce des résultats, Donald Trump a pris la parole ce mercredi à New York, à l’hôtel Hilton. Le 45ème président des Etats-Unis a livré un discours de quinze minutes assez consensuel, à contre-courant du ton adopté pendant sa campagne, dont voici les temps forts.

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1. Un Donald Trump étonné ?

S’attendait-il à gagner ? S’il était surpris de sa propre victoire, Donald Trump n’en a rien montré. Il a en tout cas temporisé au début de son allocution, parlant plus lentement que de coutume, et répétant « merci, merci beaucoup ».

2. Pas d’insultes à Hillary Clinton

Le milliardaire affublait quasi systématiquement sa rivale de l’adjectif « corrompue » pendant la campagne (« Crooked Hillary » en VO). Mais ce mercredi, aucun nom d’oiseaux pour Hillary Clinton, sobrement appelée par son prénom, ou bien « ancienne secrétaire d’Etat ». Le candidat républicain s’est payé le luxe d’être fair-play, reconnaissant la combativité de sa rivale et la félicitant pour sa campagne. « Je viens de recevoir un appel de la secrétaire d’Etat Clinton, qui nous a félicités pour notre victoire, et je l’ai félicitée pour cette dure et longue campagne (…) Nous devons être reconnaissants pour tout ce qu’elle fait pour ce pays ».

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3. Un discours de rassembleur

« Il est temps pour l’Amérique de panser les blessures de la division, il est temps de se rassembler, comme un peuple uni. Je serai le président de tous les Américains ». La posture est assez classique pour un président fraîchement élu, mais peut surprendre venant du très clivant Donald Trump. Le magnat de l’immobilier s’est adressé aux « nombreux » (selon ses propres termes) électeurs qui n’ont pas voté pour lui : « notre mouvement est composé d’Américains de toutes sortes d’origines. Nous allons travailler ensemble pour reconstruire la Nation ».

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4. De la pommade pour les vétérans

Alors que Donald Trump avait touché à un symbole sacré aux Etats-Unis en critiquant le vétéran Mitt Romney et un soldat, il a eu un mot pour les vétérans dans son discours. « Nous allons enfin nous occuper de nos merveilleux vétérans (…) les vétérans sont des gens incroyables ».

5. Un message à la communauté internationale

Conscient de l’inquiétude suscitée chez certains par sa victoire, Donald Trump s’est adressé à « la communauté internationale » : « bien que nous mettrons toujours les Etats-Unis en premier, nous aurons des relations honnêtes. Nous nous entendrons avec tous les autres pays qui ont la volonté de s’entendre avec nous (…) Nous chercherons des partenariats plutôt que des conflits ». Un indice sur une future politique étrangère très différente de Clinton, plus va-t-en-guerre qu’Obama.

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7. La touche « American dream »

On ne peut s’empêcher de penser aux livres de développement personnel écrits par Trump en entendant certains passages de son discours. « Chaque Américain et Américaine aura l’opportunité de réaliser entièrement son potentiel. Les femmes et les hommes oubliés dans ce pays, ne seront plus oubliés ».

Et de conclure : « Pour être véritablement « historiques », nous devrons faire du bon boulot. Et je vous promets de faire du bon boulot », continue Donald Trump. « Nous allons travailler pour vous rendre fiers de votre président. J’aime ce pays. Merci beaucoup ». Après ce discours modéré, qui tranche avec ses déclarations incendiaires de la campagne, il a savouré sa victoire en prenant un bain de foule.
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Présidentielle américaine: Donald Trump sur la scène internationale, ça va ressembler à quoi ?

Présidentielle américaine: Donald Trump sur la scène internationale, ça va ressembler à quoi ?

Sevnica (Slovénie), le 9 novembre 2016. Des habitants du village natal de Mélania Trump installent des drapeaux américain, européen et slovène pour célébrer l’életion de Donald Trump., Jure MAKOVEC / AFP

ETATS-UNIS – Donald Trump a donné quelques indications sur sa façon d’envisager la géopolitique durant la campagne…

C’est fait. Donald Trump est le prochain président des Etats-Unis. Tout au long de la campagne, le magnat de l’immobilier n’a cessé de défrayer la chronique, y compris lorsqu’il abordait la question des relations internationales, multipliant les propositions isolationnistes. 20 Minutes les a reprises pour imaginer ce que pourrait donner la présidence Trump en matière de géopolitique…

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Commencer par « s’isoler » des musulmans étrangers et clandestins

Les ennemis ont un nom. Ce sont d’abord les musulmans étrangers et les immigrés clandestins. Le 7 décembre 2015, après la tuerie de San Bernardino (Californie), Donald Trump avait réclamé, ni plus ni moins, que « l’arrêt total et complet de l’entrée des musulmans aux Etats Unis ».

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Les immigrés clandestins, en particulier les Mexicains, ne sont pas plus appréciés par le 45e président des Etats-Unis. Très décriée, l’une de ses propositions de campagne était d’expulser tous les immigrés illégaux du pays – estimés à 11 millions – avant de renforcer le mur entre les Etats-Unis et le Mexique qui, dans son esprit, en paierait d’ailleurs le coût. Autant d’exemples qui illustrent bien la volonté isolationniste du président républicain.

Ne pas s’engager sur le conflit syrien

François Hollande regrette encore que Barack Obama a décommandé, à la dernière minute à l’été 2013, une opération de représailles prévue contre Bachar al-Assad qui venait d’employer des armes chimiques contre son peuple. Le président français et celui qui pourrait lui succéder en 2017 devraient encore moins compter sur Donald Trump dans le dossier syrien.

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Isolationniste, celui-ci n’entend pas s’engager sur un conflit international, à moins qu’il n’y ait un « intérêt direct » pour les Etats-Unis. Durant la campagne, il s’agissait pour lui de se démarquer du camp démocrate. En meeting à Fort Lauderdale (Floride), en août, il a, par exemple, estimé que l’organisation Etat islamique avait été « fondée » par Barack Obama et co-fondée par « cette tordue (sic) d’Hillary Clinton ».

  • Et si les Etats-Unis sortaient de l’OTAN pour se rapprocher de la Russie

L’OTAN est « obsolète » et « pourrait mener à la Troisième guerre mondiale ». Voilà comment Donald Trump s’exprimait au sujet de l’organisation internationale en avril 2016. Considérant que les Etats-Unis « investissent beaucoup trop d’argent » dans cette organisation, le nouveau président n’a pas caché ses intentions de s’en détacher, malgré les critiques.

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Une position qui illustre sa volonté de rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine. Donald Trump considère ainsi que la Crimée est russe et envisage de ne pas intervenir si les Etats baltes venaient à être attaqués par leur grand voisin.

  • Le Japon et la Corée du sud vont pouvoir se débrouiller seuls

Durant ses deux mandats, Barack Obama avait fait de l’Asie son « pivot stratégique » entraînant même quelques tensions avec la Chine. Son successeur est sur une vision totalement opposée. Face à la menace nord-coréenne, lui propose de laisser se débrouiller le Japon et la Corée du sud en leur offrant le droit de se doter de l’arme nucléaire. De son côté, la Chine peut s’attendre de la part du magnat de l’immobilier à une véritable « guerre économique ».

Le programme de Trump et les enjeux de sa présidence

TRUMP PROMET DE SECOUER L'ORDRE ÉTABLI

Le président américain élu, Donald Trump, a fait campagne en promettant de secouer l’ordre établi à Washington et une fois à la Maison blanche, il sera en mesure de modifier en profondeur la politique américaine dans de nombreux domaines, du commerce international à la santé en passant par l’immigration et la fiscalité. /Photo prise le 15 octobre 2016/REUTERS/Jonathan Ernst

WASHINGTON (Reuters) – Le président américain élu, Donald Trump, a fait campagne en promettant de secouer l’ordre établi à Washington et une fois à la Maison blanche, il sera en mesure de modifier en profondeur la politique américaine dans de nombreux domaines, du commerce international à la santé en passant par l’immigration et la fiscalité.

Mais la mise en oeuvre de ses propositions nécessitera la coopération du Congrès, qui n’est pas garantie sur le long terme au vu de ses relations tendues, voire conflictuelles, avec plusieurs dirigeants républicains et de leurs divergences idéologiques.

Ses principales propositions, thème par thème:

IMMIGRATION

Dès son entrée en campagne, Trump a annoncé qu’il ferait construire un « mur géant » le long de la frontière avec le Mexique pour empêcher l’immigration clandestine.

La construction, chiffrée entre 10 et 12 milliards de dollars, sera financée par le Mexique, a-t-il affirmé en se disant prêt, dans le cas contraire, à « saisir » les sommes que les Mexicains sans papiers installés sur le territoire des Etats-Unis transfèrent aux membres de leur famille restés dans leur pays d’origine. Il pourrait aussi relever les frais de visa, appliquer des taxes sur les produits mexicains ou réduire les sommes versées au titre de l’aide internationale.

Donald Trump s’est aussi engagé à tripler le nombre d’agents des services de l’immigration et des douanes et à créer une force spéciale chargée d’identifier les migrants sans papiers.

Seront expulsés en priorité les ressortissants étrangers sans papiers s’étant rendus coupables de crimes, ceux arrivés récemment sur le sol des Etats-Unis ou étant restés au-delà de l’expiration de leur visa.

Quelque onze millions d’étrangers sans-papiers vivent aux Etats-Unis.

Le site d’information Politico a estimé à 166 milliards de dollars (150 milliards d’euros) au moins le coût de l’expulsion de tous les clandestins et de la construction d’un mur à la frontière mexicaine. Si de nombreux élus républicains peuvent soutenir ces propositions, ils pourraient renâcler à l’idée de devoir en assumer le coût.

COMMERCE

Le promoteur immobilier estime que la Chine, le Japon, le Mexique, le Vietnam et l’Inde lèsent les Etats-Unis en dévaluant leur monnaie et en fermant leurs marchés à certaines exportations américaines et il reproche aux accords de libre-échange internationaux signés par les Etats-Unis d’avoir pénalisé les travailleurs américains et la compétitivité des entreprises.

Il a promis de rompre le Partenariat transpacifique (TPP), un vaste accord commercial liant les Etats-Unis et onze autres nations qui n’est pas encore en vigueur, et a affiché son intention de renégocier ou de rompre l’Alena, l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique entré en vigueur en 1994.

Comme président, il peut de sa propre initiative relever certains droits de douane et retarder le TPP même contre l’avis du Congrès.

Des économistes estiment que de telles décisions nuiraient à l’économie car elles se traduiraient par d’importantes hausses de prix sur les produits importés tout en pénalisant les exportations américaines.

Pour ce qui est des relations avec la Chine, Trump s’est dit prêt à accuser officiellement Pékin de manipulation des taux de changes et à imposer des droits compensatoires sur les produits « made in China ». Il a aussi dit vouloir dénoncer devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) plusieurs politiques gouvernementales chinoises de subvention des exportations.

Sur le dossier des délocalisations, un autre de ses chevaux de bataille, Trump a notamment promis de surtaxer à 35% les voitures assemblées par Ford au Mexique.

POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET FISCALITÉ

Trump a promis d’importants allégements d’impôts via une réduction du nombre de tranches d’imposition conjuguée à une baisse des taux de taxation, mais aussi de préserver les programmes fédéraux de santé Medicare (pour les seniors) et Medicaid (pour les populations à faible revenu), qui représentent près d’un tiers de la dépense publique des Etats-Unis. programmes fédéraux. Les budgets du département de l’Education et de l’Agence fédérale de protection de l’environnement seraient en revanche réduits.

Une telle stratégie se traduirait par une forte augmentation de la dette publique, selon le Center for a Responsible Budget, un organisme non-partisan.

Le nouveau président a aussi promis une augmentation notable des crédits alloués à la défense et aux grands travaux d’infrastructures.

En matière de fiscalité, il peut compter sur le soutien du Congrès puisque le Parti républicain a dit vouloir refondre le code des impôts en baissant les taux d’imposition et en supprimant des niches fiscales. Une telle réforme en profondeur ne manquerait toutefois pas de susciter de fortes réticences.

La promesse de Trump de préserver certains dispositifs fédéraux de protection sociale pourrait par ailleurs mécontenter les plus radicaux des républicains du Congrès.

SANTÉ

Trump a promis d’abroger l' »Affordable Care Act », une loi sur l’accès des bas revenus à l’assurance santé plus connue sous le surnom d' »Obamacare », et de la remplacer par un texte qui renforcerait le contrôle des Etats sur le programme fédéral Medicaid tout en renforçant la latitude laissée aux compagnies privées d’assurance.

Mais il aurait besoin pour cela d’une majorité élargie de 60 voix au Sénat et la suppression de l’Obamacare pourrait susciter réactions négatives dans l’électorat car elle a permis à plusieurs millions d’Américains d’avoir accès à une couverture médicale.

La future administration Trump pourrait donc choisir de saper l’Obamacare sans aller jusqu’à sa suppression, notamment en nommant à la tête du dispositif des responsables alignés sur les positions du président.

RÉGULATION FINANCIÈRE

Donald Trump a promis le « démantèlement » de la réforme financière dite Dodd-Frank adoptée en 2010 après la crise, mais il n’a donné que très peu de détails sur ce projet.

Le programme du Parti républicain, lui, prône le retour à la loi Glass-Steagall, le texte adopté pendant les années 1930 qui forçait les banques à séparer leurs activités d’investissement de celles de dépôt. Mais de nombreux parlementaires républicains s’y opposent.

POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Trump a déclaré vouloir « mettre KO » l’organisation Etat islamique et, pour ce faire, il se dit ouvert à une coopération avec la Russie. Mais il maintient le secret sur les détails de sa stratégie pour que l’ennemi, dit-il, soit pris de court.

Il a expliqué qu’il donnerait à l’état-major 30 jours après sa prise de fonction (le 20 janvier) pour élaborer de nouveaux plans.

En Syrie, un président Trump pousserait à la création d’une « zone de sécurité » pour les Syriens à l’intérieur des frontières de leur pays, à charge pour les pétromonarchies du Golfe de la financer. Il refuse en revanche d’accepter des réfugiés syriens sur le sol des Etats-Unis.

Trump a aussi dit vouloir augmenter la taille et la puissance de feu de l’armée américaine afin de la rendre « si forte et si puissante que personne n’osera s’en prendre à nous ».

RUSSIE ET OTAN

Donald Trump a dit souhaiter une « très, très bonne » relation avec la Russie. Il a précisé qu’il était prêt à coopérer avec Moscou dans la lutte contre l’Etat islamique et qu’il étudierait la possibilité de reconnaître la Crimée, région d’Ukraine annexée par Moscou en 2014, comme un territoire russe, ainsi que la levée des sanctions contre la Russie dans ce dossier.

Il a également critiqué l’Otan, estimant que certains alliés des Etats-Unis n’avaient pas tenu leurs engagements en matière de défense. En juillet, il a déclaré que si la Russie attaquait un pays membre de l’Alliance atlantique, il vérifierait, avant de prendre la défense de celui-ci, qu’il est à jour de ses contributions au budget de l’Otan.

Plus largement, Donald Trump veut que le Japon, l’Allemagne, la Corée du Sud et l’Arabie saoudite contribuent davantage au financement de l’aide militaire fournie par les Etats-Unis. « Nous ne pouvons plus défendre tous ces pays », a-t-il argumenté.

COUR SUPRÊME

L’un des neuf sièges de la Cour suprême américaine est vacant et plusieurs autres le seront probablement au cours des prochaines années, ce qui donnera au nouveau président la possibilité de nommer des juges conservateurs susceptibles de siéger pendant des décennies.

La liste des magistrats qu’il considère comme aptes à intégrer la Cour suprême a été saluée par l’aile la plus conservatrice du camp républicain et par des sénateurs du « Grand Old Party ».

TRUMP PRÉSIDENT

LES PREMIERS MOTS DE DONALD TRUMP, 45e PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

Ah oui quand même… Donald Trump président des Etats-Unis : ce que ça va concrètement changer pour vous

Yannick Mireur

Ah oui quand même… Donald Trump président des Etats-Unis : ce que ça va concrètement changer pour vous

Economie, commerce, image des Etats-Unis, vision du monde : voici ce que l’élection de Trump va changer pour les Européens.

L’élection de Donald Trump est un saut dans l’inconnu, imprévu, et peut s’interpréter comme l’expression du profond malaise d’une partie de l’Amérique avec les évolutions du monde et de la place des Etats-Unis. Ce malaise couve depuis 15 ans, c’est pourquoi il s’agit surtout d’un rendez-vous de l’Amérique avec elle-même et d’un rejet de la candidature d’Hillary Clinton et de ce qu’elle représente aux yeux d’une majorité d’Américains, à savoir un système qui exhale compromis et conformisme. Si la victoire de DJT se confirme, elle sera autant un rejet de sa rivale démocrate. Elle est aussi une demande de vérité du langage politique ; ce qui peut laisser perplexe compte tenu des mensonges ou des rumeurs proférés par Trump, comme par exemple l’illégitimité de Barack Obama qui ne serait pas né aux Etats-Unis…

Pour l’Europe, les conséquences de ce séisme politique, qui est une sorte de caisse de résonance à grande échelle du vote britannique pour la sortie de l’UE, ne sont pas directes. Les échanges  économiques et commerciaux n’ont pas de raison d’être affectés. Le lien civilisationnel qui lie historiquement Europe et Amérique autour de l’émancipation individuelle et de la liberté, qui est au fond le cri du cœur de l’électorat américain, sort au contraire renforcé, même si cela peut paraître paradoxal et si DJT n’en est pas le porte-drapeau idéal. Le vote Trump exprime la déshérence de l’Amérique sur son identité, ce qu’elle est et où elle va, sentiment largement diffus aussi en Europe et en France.

Ce qui peut donc changer, c’est la vision du monde. Cela veut dire pour l’Europe une prise de conscience qu’en matière d’affaires mondiales, l’Amérique ne sera pas le pilote qu’elle a été jusqu’ici et qu’il faudra se prendre davantage en charge, se muscler, se réformer économiquement pour se donner les moyens exigés par les risques de la sécurité internationale. L’Alliance atlantique ne sera pas mise en cause, mais l’exigence d’une défense européenne pourrait retrouver son actualité. Londres étant ici un acteur clef, la sortie possible du Royaume-Uni rend cependant difficile une relance des discussions entre Londres et Paris en la matière.

D’autant que l’ascension fulgurante de Trump, après le Brexit, ressemble à l’effondrement d’un monde. C’est tout le sens de l’Alliance atlantique, de ce que représente les démocraties représentatives américaine et européennes qui est en question ; non pas remis en cause mais en besoin de réaffirmation, de retour aux sources. La réappropriation des fondamentaux par les peuples, à travers une vision politique qui a fait une part excessive aux minorités, y compris aux minorités de pensée, est l’exigence de l’heure. Il peut y avoir des désaccords euro-américains sur certains sujets internationaux, et les risques et les tensions internationaux en sortiront accentués – quoiqu’il soit difficile de prédire qui sera en charge de la politique extérieure et de défense américaine et les idées d’un président Trump sur un sujet qu’il ignore souverainement. Pour autant, c’est une réinvention politique, le besoin de retremper les principes fondateurs, qui résulte de cette élection. Il sera difficile aux responsables européens de la mettre en œuvre avec un président Trump. L’incompréhension mutuelle et probablement le mépris réciproque, feront vraisemblablement obstacle à une coopération efficace entre les deux blocs.

 

Donald Trump n’a pas d’idées pour le monde

Donald Trump lors de son discours annonçant la victoire, le 9 novembre 2016 | MARK WILSON / AFP

Donald Trump lors de son discours annonçant la victoire, le 9 novembre 2016 | MARK WILSON / AFP

Parmi les propositions du candidat républicain qui concernent l’étranger: la construction d’un mur pour arrêter les immigrés mexicains, «effacer» Daech…

A l’exception de Vladimir Poutine, la plupart des dirigeants dans le monde, et en particulier les alliés des États-Unis, sont pris à contre-pied par la victoire de Donald Trump. Wishfull thinking, confiance dans les sondages ou préférence pour le statu quo? Quelles que soient les raisons, ils misaient sur l’élection d’Hillary Clinton. Ils avaient aussi du mal à imaginer que la première puissance mondiale porterait à sa tête un trublion, non seulement inexpérimenté mais affichant une méconnaissance non feinte des réalités internationales. À tel point que plusieurs dizaines d’anciens experts républicains de la politique étrangère ont signé une pétition mettant en garde contre les conséquences internationales d’une présidence Trump.

En politique étrangère, Donald Trump est une page blanche. Les seules indications sur la stratégie qu’il pourrait poursuivre sont apportées par ses déclarations pendant la campagne électorale. Et elles ne sont pas rassurantes. Le «président élu» est une sorte d’isolationniste. L’Amérique d’abord, voilà sa feuille de route. Au lieu de gaspiller son argent dans des aventures extérieures, elle doit investir chez elle pour le bien-être de ses citoyens. En cela, il ne se distingue pas de Barack Obama. Celui-ci était arrivé au pouvoir en 2008 en affirmant que le «nation building» commençait «à la maison», avant d’être rattrapé par les turbulences du monde.

Effacer Daech, construir un mur

Dans le même temps, Donald Trump a eu quelques saillies guerrières, promettant d’éradiquer par exemple l’État islamique avec des bombes bien placées, y compris l’arme nucléaire. Si toutefois la Russie est mieux placée pour faire le travail, il est prêt à lui laisser la place en Irak comme en Syrie.

Les plus inquiets doivent être cependant les voisins et les alliés des États-Unis. Avec le Mexique, il a promis de construire «dès le premier jour» de sa présidence un mur qui sera payé par les Mexicains. En Europe, il ne voit pas l’utilité de l’OTAN, la plus vieille et longue alliance dans laquelle l’Amérique a été impliquée dans son histoire. En tous cas, les Américains ne continueront pas à payer pour la défense de leurs amis. Depuis des décennies, les dirigeants américains parlent de «burden sharing», le partage du fardeau, entre Washington et les capitales européennes. Mais les États-Unis ont continué à supporter le plus gros des dépenses de l’OTAN. Pas par simple générosité. Parce que c’est dans leur propre intérêt.

Cependant, Donald Trump est allé plus loin. Il parait décidé à présenter la facture, en particulier aux États prospères. L’Allemagne par exemple en Europe. Ou le Japon et la Corée du sud, en Asie. Ces deux pays, pense-t-il, ont les moyens de se défendre eux-mêmes contre d’éventuelles menaces extérieures sur lesquelles ses connaissances sont limitées. Et s’ils ont besoin d’une protection nucléaire, qu’ils construisent eux-mêmes leur arme atomique, a-t-il dit sans égard pour la spirale de prolifération qu’une telle mesure pourrait provoquer.

Douter du réchauffement climatique

Il se fait fort de dénoncer l’accord sur le climat signé par les États-Unis, comme près de deux cents Etats dans le monde, à la suite de la COP21. Il veut en finir avec les accords commerciaux et les obligations de l’Organisation mondiale du commerce. Il se propose d’imposer des droits de douane de 45% sur les importations chinoises aux États-Unis, sans apparemment se soucier des conséquences sur les relations politiques avec Pékin. Il estime que Barack Obama a fait trop de concessions à l’Iran et veut donc renégocier l’accord sur le programme nucléaire iranien de juillet 2015. Et remettre en cause la normalisation des rapports avec Cuba.

Un lieu commun veut que le président des États-Unis, une fois au pouvoir, ne mène pas la politique étrangère pour laquelle il a été élu. Les circonstances sont plus fortes que les théories. En 2000, George W. Bush avait promis une diplomatie «modeste» et il a été un des présidents les plus guerriers des dernières décennies. Avec Trump, il faut être prudent dans les pronostics. Les observateurs américains et étrangers se sont trop souvent trompés à son sujet, c’est un président si atypique que rien n’est exclu. Y compris qu’il essaie au moins de mettre en œuvre ce qu’il a dit pendant la campagne.

L’ampleur de la victoire du magnat de l’immobilier a une signification qui dépasse les décisions qu’il sera amené à prendre sur des sujets concrets. Elle témoigne d’un rejet plus fondamental du monde dessiné par la globalisation. Elle porte un nouveau coup d’arrêt à une politique d’ouverture et de libre-échange qui a laissé au bord de la route des centaines de milliers d’Américains qui se sentent méprisés par les «élites». Elle ébranle les certitudes sur lesquelles est fondé le système international depuis la fin de la Guerre froide. Les puissances dites «révisionnistes», celles qui comme la Russie et la Chine, travaillent à changer ce système, même si la seconde en a largement profité, ne peuvent que s’en féliciter. Six mois après le Brexit, les Européens ont matière à méditer.

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  • Lucien           discours pas du tout à contre courant !!!! c’est simplement que la grosse propagande anti trump, dont les discours et la présentations furent honteusement déformés par les merdias mainstream, n’a pas marché. Maintenant, on va vite voir les caniches retourner leur veste

    ChrisChris               Le premier problème de Trump pendant sa campagne a été sa grande gueule.

    On verra si les actes vont suivre maintenant.

  • Deudeuche – Laissons nous aller
    Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii Haaaaaaaaaaaaaaaa!
  • vangog – Georges Clooney, Meryl Streep et Bob de Niro en pleurs…
    car la candidate Goldmann-Sachs et du Qatar-Arabie saoudite est K.O debout! les lobbies Hollywoodiens et Washingtoniens aux abois…du pur spectacle à l’américaine!
  •  zouk – Election de Trump
    Oui, il va falloir sortir de nos ornières, reconstruction de l’Europe, redéveloppement de nos atouts (intelligence artificielle, numérisation de tous les aspects de l’économie….) et surtout révision de nos rapports avec les grands émergents: Russie et Chine pour commencer, Inde ensuite,puis…..? la liste est longue.
  • nicolas             Trump n’a pas d’idée pour le monde? Hé bien c’est une très bonne nouvelle car on voit le résultat des « idées  » de ses prédécesseurs. …

    OlivierOlivier             Trump n’est pas un interventionniste, il va s’occuper des USA et les fonctionnaires US de par le monde (soldats et autres agents) vont rentrer au pays …Il va faire énormément d’économies sur ce plan-là … et surtout la Paix …
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