« Arrêtons de paniquer »

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La France attire de nouveau les entreprises étrangères, mais pas les emplois

En deux ans, l’Hexagone a pris un sérieux retard dans la course à l’implantation de sièges sociaux étrangers en Europe, au profit de la Grande-Bretagne

Marc Lhermitte© DR

Après avoir chuté entre 2010 et 2013, les projets d’implantation d’entreprises étrangères en France rebondissent nettement. Problème : le poids des charges et la complexité du marché du travail français pèsent sur la création d’emplois

Cocorico ! Le rebond de l’attractivité française se confirme. Mieux : il accélère. Dans son baromètre 2015, le cabinet EY recense 608 projets d’implantations étrangères en 2014. C’est 18 % de plus que l’année dernière, soit près d’une centaine de projets supplémentaires. Une dynamique supérieure aux résultats européens (+10 %), allemand (+9 %) ou britannique (+11 %), même si ces deux pays continuent d’attirer davantage d’entreprises (respectivement 763 et 887 projets en 2014), l’Hexagone campant sur la troisième place du podium. Mais les bonnes nouvelles s’arrêtent là. Car si la France attire de nouveau les investisseurs, ces derniers n’y créent que peu d’emplois. « Nous sommes le premier pays européen en termes d’investissements étrangers pour des sites de production, mais aussi celui où la création d’emploi est la plus faible », décrypte Marc Lhermitte, associé chez EY.

Londres change de statut. Quand les investisseurs étrangers créent en moyenne 39 emplois par site en Allemagne ou 71 en Grande-Bretagne, les embauches ne dépassent pas 25 salariés en France. Un chiffre en baisse par rapport à 2013 (-11 %). En cause, un coût du travail parmi les plus élevés d’Europe. Au quatrième trimestre 2014, le coût horaire de la main-d’œuvre dans l’ensemble de l’industrie et des services marchands était en effet 20 % supérieur en France (35,70 euros) à la moyenne de la zone euro (29,80 euros). Avec 33,20 euros de l’heure, l’Allemagne est seulement 11,4 % au-dessus de la moyenne de la zone euro. C’est la première raison invoquée par les investisseurs interrogés par EY. « Tous expliquent que la baisse de charge engagée par le CICE va dans le bon sens, mais qu’il faut aller plus vite, plus loin, plus fort », commente Marc Lhermitte. La deuxième raison la plus souvent évoquée reste, malgré les efforts de simplification du gouvernement, la complexité de l’environnement juridique et administratif.

L’autre enseignement principal de l’étude, c’est que la France a accusé en deux ans seulement un incroyable retard dans la course à l’installation des sièges sociaux. Avec 23 projets, l’Hexagone était encore en 2012 en troisième position européenne derrière l’Irlande (27) et le Royaume-Uni (29). En 2014, la France est tombée à la cinquième position avec seulement 11 projets. Dans le même temps le Royaume-Uni s’est échappé en tête avec 57 projets de sièges sociaux. « Londres a dépassé son traditionnel statut de capitale financière pour devenir une capitale économique à part entière, grâce à une fiscalité compétitive sur les revenus des dirigeants et, dans une moindre mesure, par le taux attractif de l’impôt sur les sociétés », explique Marc Lhermitte.

Problème de rémunération. Un retard colossal que le gouvernement semble considérer aujourd’hui comme irrattrapable. « Dans la compétition fiscale internationale, nous ne sommes pas les mieux positionnés – c’est un fait – pour conserver et attirer les sièges sociaux et les directions générales », a expliqué fin avril Emmanuel Macron au Financial Times, la bible des milieux d’affaires européens, au moment de la vente d’Alcatel à Nokia. Désormais, le ministre français de l’Economie ambitionne plutôt de « faire de la France le hub européen pour la recherche et le développement ». Le pays dispose pour cela d’une arme fiscale d’attraction massive : le crédit d’impôt recherche (CIR) le plus généreux d’Europe. Problème, cette dépense fiscale de 6 milliards d’euros – la deuxième plus importante après le CICE – n’a pas empêché la France d’accuser là aussi « un retard croissant sur les centres de recherche et développement », constate Marc Lhermitte.

72 projets de centres de R&D ont ainsi été signés au Royaume-Uni l’année dernière, 47 en Allemagne et seulement 27 en France. « Entre les pôles de compétitivité, la French Tech, les 34 plans industriels lancés par Arnaud Montebourg [qu’Emmanuel Macron vient de ramener à une dizaine, NDLR] la politique d’innovation française n’est pas assez lisible, décrypte Marc Lhermitte. Nous sommes à un tournant critique. Sans lâcher sur la bataille des sièges sociaux, nous devons absolument passer à la vitesse supérieure sur les thématiques d’innovation, pour lesquelles la France est reconnue, davantage que le Royaume-Uni ou que l’Allemagne. »

La France a la capacité de former et retenir les nouveaux talents. « Par contre, nous avons un véritable problème de rémunération, notamment sur les managers internationaux et sur les entrepreneurs. » Un problème directement lié au poids des charges sociales et de la fiscalité, qui a déjà poussé des directions entières de groupes du CAC40 vers Londres, Honk-Kong ou Singapour, alors que les allègements de charges du pacte de responsabilité ciblent principalement les bas salaires. Si la France veut conserver sa place dans le trio de tête des destinations européennes préférées pour les investisseurs, il faudra en faire davantage.

« La France attire, cette année, plus de projets d’investissements étrangers que l’année précédente »: Marc Lhermitte – 27/05

EY dresse un portrait « gris foncé » de l’attractivité de la France

Marc Lhermitte, associé au cabinet de conseil et d’audit EY, publie aujourd’hui son Baromètre annuel sur l’Attractivité de la France. Intitulé « La France distancée », il dépeint un tableau nettement moins rose que celui présenté fin mars par Business France, l’organe de Bercy chargé de promouvoir la France à l’étranger.

Une ligne de production de voitures Yaris (Toyota), à Onnaing (Hauts-de-France). AFPUne ligne de production de voitures Yaris (Toyota), à Onnaing (Hauts-de-France). AFP

L’an dernier, votre Baromètre était titré « Le grand écart » et présentait la France en progression aux yeux des investisseurs étrangers. L’année 2015 n’a pas été l’occasion de transformer l’essai?

Non, malheureusement, notre constat pour 2015 est gris foncé. La France prend le contre-courant de la dynamique européenne. Si l’image s’améliore, c’est vrai, les résultats ne sont pas là. Et la France est le seul pays du Top 15 européen qui recule cette année! Après la période 2012-2013 où le diagnostic a été posé du manque de compétitivité coût de la France, la période 2013-2014 a été le moment du démarrage des réformes et un frémissement de notre attractivité, l’année 2015 est celui de la déception. Comme si la France avait atteint un plafond de compétitivité.

Le discours pro-business, lancé le 1er janvier 2013, semble bel et bien ancré au sein du gouvernement avec des porte-paroles très en vue, comme Manuel Valls et Emmanuel Macron. Ne convainquent-ils pas?

La volonté réformiste du gouvernement passe par une parole qui ne se traduit pas assez en actes. Et un vrai marketing de la France ne peut pas seulement se limiter à une politique de communication et d’image. A un moment donné, il faut vraiment s’attaquer au produit et au prix. D’autant que l’Allemagne et le Royaume Uni, qui sont nos deux grands adversaires pour attirer des capitaux étrangers, creusent la différence. A eux trois, ils pèsent la moitié des projets étrangers en Europe, mais la France ne représente plus que 12%… Si notre compétitivité salariale est désormais égale à celle de l’Allemagne, la puissance de leur économie et la promesse d’accéder au marché d’Europe centrale séduit énormément les Chinois. Quant à l’Angleterre, alors même qu’ils sont en pleine tempête politique, liée au Brexit, ils savent rassurer les investisseurs. Voyez Cameron qui annonce encore une baisse de l’impôt sur les sociétés, à 17%. Voilà des mesures concrètes qui rassurent vraiment les entreprises.

Vous tirez en particulier la sonnette d’alarme sur l’installation de sièges sociaux étrangers en France. Alors que leur nombre en Europe a presque doublé en 2015, à 294, vous n’en décomptez que onze pour la France, soit autant qu’en 2014. Une vraie divergence avec l’optimisme de Business France qui a trouvé une progression de 69% avec 27 nouveaux quartiers généraux mondiaux ou européens. Comment l’expliquez-vous?

Business France et EY n’ont pas la même base de référence. Et lorsque Business France nous transmets ses fichiers, nous retirons les projets qui n’en sont encore qu’au stade de l’intention. Déformation professionnelle d’auditeur, sans doute. Mais tous ceux qui étudient cette question, des chambres de commerce, à Terra Nova ou l’Institut Montaigne, disent la même chose que nous: il y a une érosion dramatique du nombre de centres de décision qui choisissent de s’installer en France! Même le Conseil d’analyse économique [ndlr : pourtant proche de Matignon] l’a dit fin avril: en 30 ans, la France est passée de la première à la quatrième place en Europe.

La récente annonce du groupe parapétrolier français Technip d’installer un nouveau siège social à Londres après sa fusion avec l’Américain FMC en témoigne.

Je ne peux pas commenter cette affaire particulière. Mais la suprématie de Londres est un élément frappant de notre étude européenne. Quand l’Europe attire 294 centres de décision, c’est Londres qui remporte la part du lion, avec 150 projets! Paris n’est donc pas seule à souffrir de cette prédominance britannique. Munich, Francfort et même Bruxelles et Genève sont également perdantes !  Londres a su créer un véritable siphon à sièges sociaux avec un coût fiscal de l’impatrié alléchant, un mode de rémunération des cadres ultra avantageux et un taux d’impôt sur les sociétés en-dessous des 20% et de plus en plus bas. Même si cela masque d’autres difficultés pour les entreprises, comme la difficulté de recrutement ou le coût de l’immobilier. Et là encore, l’attraction britannique est si forte qu’aujourd’hui, Birmingham ou Manchester apparaissent comme des réservoirs de développement.

La France a donc perdu la bataille?

Bien sûr que non! Les raisons d’espérer sont nombreuses. Le poids de 20% du total des implantations étrangères en France du numérique et des services aux entreprises, deux secteurs à haute valeur ajoutée donne une note d’optimisme. Tout comme le nombre de centres de recherche et développement, qui a doublé en 2015. L’attractivité de nos régions et des métropoles Lyon, Toulouse et Marseille reste un atout à soutenir. Enfin, le projet du Grand Paris devrait susciter un regain d’intérêt de la part des investisseurs étrangers. Autant de promesses à moyen terme qu’il faut concrétiser. Le découragement est donc temporaire mais il faut passer la seconde!

Attractivité. L’Europe devient très attirante, pas la France [étude EY]

Le baromètre de l’attractivité du cabinet EY montre que la France est distancée en Europe au niveau des implantations internationales. Un recul inquiétant où seules l’industrie et la French Tech contrebalancent la donne. Tout comme la 5ème place mondiale de Paris devant Pékin et Berlin. Entretien avec Marc Lhermitte, associé EY en charge de ce baromètre.

C’est la première fois, depuis la crise, que la France est distancée par le Royaume-Uni et l’Allemagne pour son attractivité en Europe, c’est inquiétant ?

Oui, effectivement. Depuis dix ans, la France maintenait son niveau de projets d’implantations venues de l’étranger mais dans le même temps, l’Allemagne triplait ce chiffre et la Grande-Bretagne le doublait. Cette année, cet écart s’est totalement creusé. La France voit même ces implantations diminuées de 2 % (de 608 à 598 implantations) alors que l’Europe connaît, au global, une croissance de 14 %. Il ne faut pas tourner en rond. En 2015, les grandes entreprises numériques ou les plateformes de services qui sont venus s’installer en Europe ont fait simple et rapide : elles sont allées en priorité vers des pays avec une économie flexible et compétitive en Grande-Bretagne. Ou une économie puissante et variée en Allemagne.

C’est vraiment la faible compétitivité de la France qui est ciblée ?

Malheureusement oui. Alors que l’économie repart en Europe, avec un prix du pétrole bas et une parité euro-dollar, le triptyque connu de la France ne passe plus : coût salarial plus élevé, manque de flexibilité dans le travail et fiscalité très lourde. Oui, les réformes sont en cours avec le CICE et la fameuse loi du travail mais il ne suffit pas d’aller juste mieux, il faut aller mieux que les autres. Il faut se rendre à l’évidence, le prix de la France et de ses atouts, innovation et savoir-faire industriel avec une forte RetD, est trop élevé actuellement. Les sièges sociaux des grandes entreprises étrangères nous échappent. On arrive à capter encore des agrandissements d’usine dans l’industrie et des projets dans le nouveau sillage de la French Tech.

L’attractivité de la Fance en Europe en 2014

Ce sont ces derniers secteurs qui peuvent montrer un signe postif en France ?

Toujours et encore l’industrie avec 35 % des implantations françaises. Là, la France a réussi à capter des grands du machinisme agricole comme Class ou des équipementiers généralistes comme Siemens ou Bosch. Ou dans l’aéronautique Kuka aérospace. Là, l’industrie affiche de l’agilité et de la haute valeur ajoutée, certes accompagnées par des activités plus automatisées également.
Les activités tertiaires et commerciales représentent 40 % des implantations. Dans ce lot,  agences commerciales ou centres de contacts tirent leur épingle du jeu. Mais aussi certaines nouvelles activités liées au numérique et à l’attirance de la French Tech. Là, la France récolte ses fruits de son soutien à l’entrepreneuriat. Un début encourageant si on parvient à inverser le fameux mécanisme pour retrouver de la compétitivité.

Au niveau des villes, le Grand Paris semble tirer son épingle du jeu ?

Heureusement car c’est une vraie locomotive.Iil se situe à la 5ème place mondiale, quand on demande aux investisseurs étrangers quelle capitale peut produire le prochain Google? San Fransisco arrive en premier, puis Shangai, Londres, New-york…et Paris avant Pékin et bien avant Berlin par exemple. La promesse du futur grand Paris est un atout qui va irriguer les métropoles régionales. Dans l’Ouest, le classement des villes les plus dynamiques, place Nantes en quatrième position devant Bordeaux et Lille, et après Lyon, Toulouse et Marseille. Une belle preuve de la vitalité de la capitale régionale où là encore la French Tech et les pôles de compétitivité donnent tous leurs effets.

Attractivité : la France de plus en plus distancée en Europe

Guillaume de Calignon

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Attractivité : la France de plus en plus distancée en Europe

+ DOCUMENT – Le nombre de projets d’investissements étrangers dans l’Hexagone a reculé de 2 % l’an passé, selon une étude du cabinet EY. En Europe, ils ont pourtant nettement progressé (+14 %) en 2015.

« Peut mieux faire. » Le bulletin scolaire de la France en matière d’attractivité laisse encore à désirer. Le baromètre annuel publié par EY , montre que l’Hexagone reste le troisième pays accueillant les investisseurs étrangers sur le Vieux Continent, mais qu’il ne profite pas de la soudaine envie d’Europe de leur part. Le nombre de projets d’investissements recensés par EY a reculé de 2 % l’an passé, à 598, en France alors qu’il a progressé de 14 % en Europe, à 5.083. Quant aux emplois liés à ces investissements, ils ont grimpé de 8 % dans l’Hexagone (13.639 postes créés), mais de 17 % sur le continent (217.696).

« La tendance européenne est très dynamique avec un nombre record d’investissements étrangers sur le Vieux Continent », note Marc Lhermitte, associé en charge de l’attractivité de EY. « Les économies des pays émergents connaissent des difficultés et, dans ce contexte, l’Europe est vue comme rassurante et stable, juge-t-il. Mais, si la France s’accroche, elle perd tout de même du terrain face à l’Allemagne et à la Grande-Bretagne. »

Toujours les mêmes freins

En effet, le Royaume-Uni caracole en tête du classement, tant en nombre de projets (1.065) qu’en nombre d’emplois créés (42.336), suivi par l’Allemagne (946 projets et 17.126 emplois). L’écart se creuse. Par exemple, les Chinois ont investi dans 74 projets de l’autre côté du Rhin et dans 68 projets outre-Manche en 2015. La France n’en a accueilli que 14. De même, l’Hexagone sort des cinq premiers pays européens dans lesquels s’implantent le plus les centres de décision. Seuls 11 projets de centres de décision ont été présentés dans l’Hexagone l’an dernier, contre… 150 en Grande-Bretagne. Or, le nombre de centres de décision implantés en Europe a progressé de 80 % l’an passé. La France ne profite donc pas de l’embellie. Le groupe parapétrolier Technip, qui vient de fusionner avec FMC, a d’ailleurs décidé la semaine dernière d’installer son siège social à Londres.

La performance de l’Hexagone n’est toutefois pas décevante dans tous les domaines. Le pays reste le premier en Europe à accueillir les investissements industriels. C’est le cas depuis dix ans et encore en 2015, avec 212 projets, contre 142 par exemple en Allemagne. Mais il y a un bémol : « Il s’agit en majorité de projets d’extension de capacités, ­souvent petits », note l’expert d’EY.

La perception qu’ont les étrangers du territoire France s’améliore aussi. En février 2016, 80 % des 205 dirigeants interrogés par EY jugeaient l’attractivité de l’Hexagone « plutôt » ou « très satisfaisante ». Cependant, « la fin du French bashing ne se traduit pas en French buying », selon EY. Les dirigeants sont moins nombreux qu’il y a un an à être enclins à investir en France. Sans surprise, le niveau des charges sociales, de la fiscalité et le manque de flexibilité du droit du travail sont cités comme autant d’obstacles. « Le magasin France semble plus accueillant qu’avant, mais les produits qu’il vend sont toujours considérés comme trop chers », résume Marc Lhermitte. Muriel Pénicaud, la directrice générale de Business France, en convient : « La France a des atouts, mais aussi des sujets de vigilance. Notre attractivité progresse, mais il nous faut continuer à faire des réformes en matière sociale et fiscale. »

Les investisseurs étrangers préfèrent l’Allemagne et le Royaume-Uni à la France

ATTRACTIVITE – En 2015, les implantations étrangères ont progressé de 9 % en Allemagne et de 20 % au Royaume-Uni alors qu’elles ont reculé de 2 % en France, révèle le baromètre du cabinet E & Y…

Ça ne va pas mieux. Au contraire : l’an dernier, la France a attiré 598 projets d’investisseurs étrangers, soit un recul de 2 % par rapport à 2014, révèle ce mardi le baromètre de l’attractivité des pays réalisé par le cabinet E & Y.

Si l’inflexion est légère, « elle est perturbante pour deux raisons », souligne Marc Lhermitte, associé chez E & Y. « D’abord parce qu’elle s’inscrit dans un contexte de forte croissance des investissements étrangers en Europe : ils ont progressé de 14 % l’an dernier, avec 5.083 nouvelles implantations, un record depuis que nous avons lancé notre baromètre en 1997. Ensuite, parce que la France est le seul pays européen à enregistrer une baisse de ces projets. »

« La France était devenue une terre de promesses »

Contrairement à ses voisins, la France n’a pas su tirer son épingle du jeu dans un contexte pourtant redevenu très favorable au Vieux continent. Le ralentissement de la croissance chez les émergents, la baisse des prix du pétrole et la parité euro-dollar ont en effet incité les investisseurs à reconsidérer l’Europe, cette « valeur refuge ». Mais ils ont surtout été attirés par l’Allemagne (+9 % avec 946 implantations en 2015 contre 870 en 2014) et encore davantage par le Royaume-Uni (+20 %, avec 1.065 projets en 2015 contre 887 en 2014).

Et pourquoi pas par la France ? Marc Lhermitte met en avant « la déception » des investisseurs internationaux – « la France était devenue une terre de promesses après le rapport Gallois, mais ils estiment que la volonté de relancer la compétitivité du site France s’est peu concrétisée ».

Malgré le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le Pacte de compétitivité, les mesures de soutien aux PME ? « Les trois quarts des décideurs internationaux continuent de penser que la fiscalité française est peu ou pas du tout attractive et que le coût du travail est trop élevé », répond Marc Lhermitte. Et d’ajouter : « Ce n’est pas forcément la réalité, mais c’est la perception qu’ils en ont ».

>> A lire aussi : Des patrons étrangers expliquent pourquoi ils ont choisi d’investir en France

Le problème, comme le rappelle l’expert, c’est que la France est en concurrence avec l’Allemagne, terre de l’exportation, et le Royaume-Uni, capitale de la finance. « Ces atouts justifieraient un coût du travail moins élevé en France », ajoute Marc Lhermitte.

Les investisseurs ont d’ailleurs été particulièrement séduits par la flexibilité (ou la précarité, c’est selon) offerte par les contrats britanniques dits « zéro heure ». Et la menace du Brexit ? « Pour l’instant, elle ne les décourage pas. Mais cela peut évoluer : notre enquête a été réalisée en février 2016 et elle recense les annonces, il est donc possible que certaines ne se concrétisent pas », répond l’associé.

Si la France a dû mal à se vendre, elle y parvient malgré tout. Il ne faut pas noircir le tableau : l’Hexagone reste le troisième pays européen attirant le plus d’investisseurs étrangers. Ces derniers sont notamment séduits par ses infrastructures, la qualité de sa main-d’œuvre ou encore son soutien à la recherche et à l’innovation.

Et si la France a attiré moins de projets l’an dernier, ceux-ci ont été plus créateurs d’emplois avec 13.639 nouveaux postes contre 12.579 en 2014, soit une hausse de +8 %. La France reste par ailleurs le pays qui accueille le plus de projets d’usines en Europe (212, contre 183 pour le Royaume-Uni et 142 pour l’Allemagne).

« La French tech, ça fonctionne ! »

Et elle dispose même d’une nouvelle carte, selon Marc Lhermitte : son industrie numérique (e-commerce, conception et intégration de logiciels, projets informatiques, etc.) : « Pour la première fois, les investisseurs ont évoqué les start-up françaises. La France est désormais identifiée comme un territoire favorable à ce type d’activité. La French tech, ça fonctionne ! ». Paris figure même au 5e rang des métropoles jugées capables de faire naître le prochain Google, après la Silicon Valley, New York, Shanghai et Londres.

Autre élément favorable : la cote d’attractivité du pays progresse. En effet, 80 % des dirigeants étrangers se déclarent « plutôt » ou « très » satisfaits de la France, soit +12 points par rapport à 2014. « Sans doute parce que sa communication est moins clivante – elle est passée d’un marketing très guerrier avec Arnaud Montebourg à une image plus positive avec Emmanuel Macron. Et puis, les investisseurs font probablement preuve d’empathie avec cette France touchée par deux fois par les attentats en 2015 », analyse Marc Lhermitte.

Ils ne semblent pas pour autant prêts à sauter le pas : moins d’un quart envisage des projets dans le pays en 2016 (-11 points). Si le french bashing perd du terrain, la France continue de susciter plus d’affection que d’adhésion.

> A lire aussi : «Les investisseurs étrangers ne critiquent pas la France comme le font les entrepreneurs français»

Implantations d’entreprises étrangères : la France perd de son attractivité

ECONOMIE – La France est en perte de vitesse en terme d’implantation d’entreprises étrangères, selon le baromètre annuel Ernst & Young. Tour d’horizon des difficultés de l’économie française vues de l’étranger et de ses capacités de rebond.

"La France a des réserves de créativité et d’entrepreneuriat qui ne sont pas moins importantes que dans d’autres pays européens. Le problème, c’est les conditions de réalisation des projets", souligne Marc Lhermitte, auteur du  baromètre annuel Ernst & Young.

« La France a des réserves de créativité et d’entrepreneuriat qui ne sont pas moins importantes que dans d’autres pays européens. Le problème, c’est les conditions de réalisation des projets », souligne Marc Lhermitte, auteur du  baromètre annuel Ernst & Young.                   Photo:AFP PHOTO FRANK PERRY

Plutôt qu’augmenter les salaires, Emmanuel Macron veut que les entreprises investissent

EMMANUEL MACRON

Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron estime que les entreprises doivent préférer les investissements productifs aux augmentations salariales, dans un entretien aux Echos qui paraît ce mardi 24 mai.

« Sur la fonction production, nous avons rattrapé une bonne partie de notre retard compétitivité-coût des années 2000 via le pacte de responsabilité, le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et la fin de la modération (salariale) allemande depuis 2013. Mais il faut tenir et maintenir l’impact de cette dévaluation fiscale. Et la clef, c’est la modération salariale », a déclaré Emmanuel Macron.

« Il faut privilégier l’investissement productif »

« Je leur dis: ‘Ayez une préférence pour l’investissement et l’emploi-formation plutôt que pour les dividendes et les salaires!' », a-t-il lancé. « Pour relancer l’industrie française, il faut du temps et il faut privilégier l’investissement productif. Pour les salaires, il faut privilégier des négociations salariales au plus proche de la situation de l’entreprise », a-t-il souligné.

Interrogé sur la nécessité d’aller au delà de la future loi El Khomri, qui se limite essentiellement au temps de travail, Emmanuel Macron répond « oui ».

« Il faudra élargir le champ de la négociation collective au niveau de l’entreprise à d’autres domaines. Plus on ira vers l’entreprise, plus ce sera efficace. On ne peut pas prétendre aimer l’industrie et refuser les conditions de son succès », argumente-t-il.

Opposé à une loi pour limiter le salaire des patrons

Concernant le débat sur la limitation des salaires des patrons, l’occupant de Bercy réitère son opposition au passage par la voie législative.

« Évitons la réponse réflexe consistant à dire: ‘Il y a un problème, faisons une loi.+ Il est hypocrite de déclarer ‘limitons la rémunération des dirigeants à 100 fois le SMIC’, alors que suivant la Constitution la loi ne peut pas limiter la rémunération des patrons avec un plafond fixe », a-t-il dit.

« Pourquoi limiter le débat aux patrons par ailleurs? Que ferait-on pour les artistes? Pour les sportifs? », a-t-il ajouté. « C’est (…) la responsabilité des conseils d’administration de fixer le niveau acceptable. C’est ce que nous avons défendu chez Renault en tant qu’Etat actionnaire » en votant contre la rémunération du PDG Carlos Ghosn, a affirmé le ministre.

« Une des faiblesses françaises est que l’on a des conseils d’administration insuffisamment respectueux des actionnaires. On est trop souvent dans la connivence avec des administrateurs parfois trop proches des dirigeants », a-t-il estimé.

LIRE AUSSI :• Salaire des patrons: Macron contredit Valls (et lui-même)

• Gérard Collomb soutient Emmanuel Macron pour 2017

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 Commentaires

julien  •                        C’est incroyable le nombre de commentaires négatifs (j’en ai pas vu un seul de positif en fait) alors que l’article nous dit clairement que la France est la 3e destination européenne derrière la GB et l’Allemagne (ce qui était déjà le cas il y a 10 ans et qui pourrait imaginer que ça changerait) mais en plus que la France reçoit le plus d’implantation d’usines et que les projets, même moins ombreux, ont créé plus d’emplois, donc ce sont de meilleurs investissements qu’avant. Quand on crie « Notre ennemi c’est le capital », il ne faut pas s’étonner de le voir préférer d’autres destinations

  • FRANCKY  •       la france attire plus que des profiteurs
  • Gros  •                  Cela vous étonne ? regardons juste nos innombrables lois sur le travail, nos taxes et retaxes, nos grèves à répétitions, notre gouvernement mollachu, etc…etc….

    Si vous étiez millionnaires, investiriez-vous en France, c’est là la question à vous poser ?
    Et en plus, si vous gagniez de l’argent avec votre investissement, vous auriez droit à la ponction gouvernementale sur votre bénéfice à la hauteur de 50 à 75 %.
    Alors, oui……je préfère investir ailleurs.
  • Acke  •                 Ce n’est pas la faute au savoir faire toujours aussi reconnu de l’ouvrier ou de l’artisan français si le pays régresse mais aux incapables qui l’ont dirigés ces dernières décennies et qui par leur politique ont découragés les matières grises des dernières générations à mettre leurs compétences au service du pays. Elles se trouvent aujourd’hui aux Etats-Unis, en Allemagne et en Angleterre…
  • Laurent  •           Mais qui peut encore trouver la France attrayante, hormis les réfugiés économiques ? C’est un pays dont la ponction fiscale est telle qu’elle ferait à la fois trembler de frousse et pâlir de jalousie le plus vorace des requins. Nous sommes pompés pour alimenter des caisses publiques que d’autres s’empresseront de vider sans jamais y avoir cotisé.

    Kerema29           Bof! Avec M. Mulliez première fortune de France de 40 milliards d’euros, nous pouvons lui demander d’investir 1 milliard en France et on bat Mercédès et ses 500 millions en Pologne….

    Pas de surprise    La France est un pays de mentalité socialiste ou on parle des 32 heures, ou on insulte les entrepreneurs, ou l’absentéisme est record (fonction publique : il faut le voir pour le croire) et ou les coûts sociaux sont énormes (avec les impôts, bien sûr). De ce fait, quel entrepreneur étranger va investir dans un pays qui possède la culture de la grève et des défilés-casseurs ?

    mdi                          c’est certain que le dirigeant la chemise en lambeau, extirpé par les crs ça fait pas réver…rip France, je crains le plus dur devant

    Louis A                   Pas grave, la France va réformer le monde et imposer ses acquis sociaux à l’ensemble de la planète.

    untel                     Attention aux imitations ! les Chinois vont nous copier les blocages de sites pétroliers.

    La Corrèze avant le Péloponnèse    Même si ce n’est pas le sujet de l’article, on voit clairement que l’Allemagne est non seulement compétitive (entre 2008 et 2015 : l’Allemagne a créé 130.000 emplois industriels bien payés quand la France en détruisait 500.000) mais elle investit massivement dans les nouveaux pays de l’UE qui, du coup, connaissent un « boom » économique. Pendant ce temps, la France « frontiste » de MLP et JLM maugrée et regarde les trains passer.

     

  • Lyana                     Le problème c’est l’image qu’ils en ont. Ils pensent que les français travaillent peu et que le « coût du travail » y est élevé, alors que la réalité est bien différente.
    Le fumeux « coût du travail » est plus élevé en Allemagne. Et le nombre d’heures travaillés en France est supérieur à la moyenne, on est toujours au-dessus de l’Allemagne malgré les 35h. Quand aux grèves, en moyenne un salarié français ne fait grève qu’une fois dans sa carrière.
    Les investissements reculent mais on est toujours dans le top 3 européen des investissements étrangers

  • Leo62                    Normal, si on peut mieux exploiter dans ces pays où le libéralisme est roi !

  • baccarat54120    Les grèves à répétition ne vont certainement pas inciter les entrepreneurs à investir chez nous….
    Merci la CGT…

  • ouille31                 On se demande bien pourquoi en voyant la chienlit actuelle ? Une poignée de rougeâtres qui paralyse un pays…..Bravo la France, ça donne envie d’investir ! En plus des taux de prélèvement des plus élevé en Europe….tout est dit

  • Petermartial        Et Hollande trouve que ça va mieux ?? Ses amours peut être mais pas la France. Mdr

  • Patrick Touzaint ·    Il est drôle lui, les salaires n’augmentent pas et les entreprises n’investissent pas !!!
    • Avatar Winterhuder     Ce n’est pas avec les populations issues des citées, en charge de contrôles et prompts à humilier occidentaux, asiatiques et sud-américains que

      cette attractivité va décoller. Le paradoxe d’Aéroports de Paris est aujourd’hui d’employer toute une catégorie d’individus issus d’un environnement culturel forgé par « La Haine » de Kassovitz. Fait sociologique qu’on ne rencontre pas dans les autres hubs européens, Heathrow, Vienne ou Frankfurt.

    • Avatar Stav DURAN       L’ATTRACTIVITE de la FRANCE est toute relative, sinon comment expliquerions-nous nos 5.6 millions de chômeurs (et 5.6 mn de fonctionnaires), nos enormes dettes avouées et surtout en hors-bilan (dont retraites de millions de fonctionnaires), nos deficits commerciaux et budgetaires permanents, nos faibles investissements dans les start ups, le non-renouvellement du CAC40 qui est tres peu technologique, etc etc. ?

      .
      Il faut aussi savoir reconnaitre que ce qui reste d’attractivité pour les groupes étrangers reposent sur l’instable triptyque suivant:
      .
      1) Les niches fiscales les plus avantageuses des 34 pays de l’OCDE pour ce qui a trait a la R&D. Mais ceci a un cout: cela se paie en manque a gagner de recettes fiscales, donc deficits et dettes accrus…
      .
      2) Des valorisations d’entreprises (en bourse et hors bourse pour les sociétés non cotées) qui étant très basses attirent les investisseurs étrangers. Malheureusement les centres de décision disparaissent alors de FRANCE, les brevets parfois aussi, et certains emplois se trouvent délocalisés. Mais c’est le prix à payer du matraquage des patrimoines et d’une culture qui hait le risque.
      .
      3) A notre situation géographique clé en EUROPE quand il s’agit de décider ou implanter les centres de logistique (stockage et ré-expéditions).

    • Avatar Jean Aymard de Lisle LamVotre site flouté pour ceux qui ont un bloqueur de pub m’incite à aller voir l’Express, le temps que vous compreniez que c’est la qualité de l’information qui vous amènera des lecteurs et non la pub intrusive.

    • Avatar konkera      Ce n’est pas encore la russie et ce ne sera jamais la russie. Dieu Merci.
    • Avatar Wanguard wanguard    NAN ! La France ce sont les fainéants aux 35 h, 5-6 semaines de congés payés, hyper protégés par un code du travail de milliers et milliers de pages et des charges sociales ahurissantes.


      D’aucuns bien informés – et mauvaises langues- vous expliqueraient que la France c’est aussi le paradis des niches fiscales qui font que ceux qui ont les moyens de naviguer dans ce maquis en profitent pleinement (donc les grosses sociétés) pendant que les plus petits n’ont droit à rien du tout et se font exploiter par les plus gros.  Ceci expliquant certainement cela.

    • Etrangers vous dites oui mais une bonne part font partie de la mafia ou pour blanchir de l’argent sale

    • replique               Ce sont des entreprises françaises qui sont rachetées par des étrangers, donc pas vraiment d’investissement et de création. Et je ne trouve pas cela encourageant si nos entreprise sont vendues aux étrangers.
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