Agence française de développement: la « jungle » de Calais

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A Calais, les migrants de la « jungle » attendent l’évacuation en continuant de rêver du Royaume-Uni

Farhad attend assis sur une chaise, bonnet vissé jusqu’aux sourcils. Comme lui, dans ce grand conteneur transformé en salle commune, six autres jeunes hommes patientent. Tous sont Afghans. Ils habitaient jusqu’ici dans la « jungle » de Calais, un vaste bidonville boueux et insalubre, installé non loin du port de Calais et de l’entrée du tunnel sous la Manche, et où séjournent actuellement entre 3 000 et 4 000 migrants. Ce soir, les sept jeunes hommes espèrent dormir au chaud, dans un vrai lit, et non plus dans un abri de fortune exposé aux vents et à la pluie.

Mais pour ça, Farhad, 18 ans, doit d’abord obtenir une place dans le Centre d’accueil provisoire (CAP). Financé par l’Etat, il se dresse depuis janvier à deux pas des centaines de tentes montées par les migrants dans la jungle. Entre les deux camps, un simple grillage. « J’ai des amis qui vivent au centre depuis quelques jours, raconte Farhad, le survêtement maculé de boue. Ils m’ont dit qu’ici, ce serait un peu mieux que dans la jungle, alors j’ai décidé de venir. Je pense que je serai un peu plus en sécurité. »

© Fournis par Francetv info

« Ce n’est pas humain de vivre dans ces conditions »

Mais il ne reste plus que 220 places libres dans les grands conteneurs blancs aménagés du CAP. Depuis l’annonce de l’évacuation imminente de la moitié sud de la jungle par les forces de l’ordre, près de 300 migrants ont déjà choisi de rejoindre ces petits appartements. L’évacuation, elle, est pour l’instant suspendue à une décision du tribunal administratif de Lille, attendue mercredi 24 ou jeudi 25 février.

La plupart des migrants ne sont toutefois « pas inquiets », selon Christian Salomé, de l’association l’Auberge des migrants. « Ils ont déjà dû fuir leur pays, en laissant leur famille, rappelle-t-il. Alors s’ils doivent reprendre leur sac à dos et repartir sur les routes, ils le feront. Mais à moins qu’on les force à bouger, ils resteront dans la jungle. »

Farhad, lui, a déjà passé deux mois dans le froid et la boue du camp de migrants. « Evacuer la jungle, d’un côté, c’est une bonne chose : ce n’est pas humain de vivre dans ces conditions, reconnaît-il. Mais on ne sait pas où on va nous emmener. »

« Nous, ce que nous voulons, c’est rester ici et essayer de monter dans un camion pour rejoindre le Royaume-Uni. » – Farhad, migrant afghan

Le Royaume-Uni, « un pays riche, où l’on peut trouver du travail »

Comme beaucoup d’autres migrants de la jungle, le jeune Afghan essaye chaque jour de passer la frontière, sauf ces dernières 48 heures. « J’étais trop fatigué, avec l’hiver », explique Farhad en serrant les mains. Sur les lits superposés du CAP, il pourra récupérer un peu. Avant de recommencer, inlassablement, de tenter de traverser la Manche. « Je me donne un an pour y arriver, sourit-il, plein d’espoir. Après, j’essaierai d’aller dans un autre pays de l’Europe. »

La France ? Farhad refuse d’y rester. « Si je voulais vivre ici, je ne serais pas dans la jungle depuis deux mois ! Je serais déjà à Paris ou dans un centre [d’accueil et d’orientation] ailleurs en France, en train de faire une demande d’asile. »

« La vie en France est trop difficile. Les Français ne veulent pas de nous » – Farhad, migrant afghan

Comme beaucoup de jeunes, Farhad concentre donc tous ses espoirs sur le Royaume-Uni, « un pays riche, où l’on peut trouver du travail ». « D’ailleurs dans la jungle, presque tous les bénévoles sont britanniques », remarque-t-il.

La petite file de migrants qui doit passer à l’accueil administratif du CAP avance un peu. Chacun doit se présenter, puis écouter le règlement du centre, traduit dans sa langue d’origine. Une fois le règlement signé, leur empreinte est enregistrée au poste de sécurité. Elle leur permettra, avec un code, d’entrer et sortir du CAP comme bon leur semble.

Avec une mise en garde, toutefois : si un migrant quitte le centre pendant plus de 48 heures, sans donner de nouvelles, son empreinte sera supprimée du fichier et sa place allouée à quelqu’un d’autre. Farhad, lui, ne désespère pas de se retrouver dans cette situation un jour. Mais seulement si cela signifie qu’il est enfin arrivé au Royaume-Uni, caché dans un poids lourd.

Plus de 100 000 réfugiés enregistrés en Grèce et en Italie depuis le 1er janvier

L’Express

Des migrants et des réfugiés arrivent en canoë sur l'île grecque de Lesbos depuis la Turquie, le 23 février 2016 à Mytilene. © afp.com/ARIS MESSINIS Des migrants et des réfugiés arrivent en canoë sur l’île grecque de Lesbos depuis la Turquie, le 23 février 2016 à Mytilene. Le nombre de migrants entrés en Grèce depuis le début de l’année équivaut à celui atteint au mois de juin 2015, selon les chiffres de l’OIM.

La guerre qui continue de faire rage en Syrie et en Irak chasse toujours plus de familles sur les routes de l’exil. En date du 22 février, la Grèce avait enregistré 102 547 arrivées depuis le 1er janvier 2016, selon l’office des migrations (OIM). 7507 sont arrivés en Italie.

A titre de comparaison, en 2015, le chiffre de 100 000 arrivées avait été atteint au mois de juin. Le périple des migrants reste toujours dangereux. Au cours de cette période, 413 migrants ont perdu la vie.

Au nord de la Grèce, la police a commencé mardi à transférer en car à Athènes des centaines de migrants afghans, bloqués à la frontière gréco-macédonienne après le refus de la Macédoine de les laisser entrer sur son territoire pour continuer leur périple vers l’Europe du nord.

La Macédoine autorisait ces derniers mois l’accès aux Syriens, Irakiens et Afghans mais, dimanche, elle a décidé d’interdire le passage aux Afghans en imputant la responsabilité de cette décision à ses pays voisins, la Serbie, la Croatie et la Slovénie. Entre le 11 et le 17 février, plus de 7200 réfugies ont traversé la Grèce en direction de la Macédoine.

Migrants, attentats : Amnesty épingle l’Europe et la France

Amnesty International a épinglé mercredi la réaction « honteuse » des pays européens à la crise des migrants ainsi que la réponse « liberticide » de la France aux attentats terroristes de 2015 dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde.

Plutôt habituée à fustiger les dictatures pour leurs abus, l’organisation cible cette année le Vieux Continent, qui « se targue d’avoir le système de protection des droits le plus sophistiqué de la planète », selon son directeur pour l’Europe John Dalhusien.

« C’est toujours le cas mais les jours où on pouvait croire cela comme acquis sont révolus », a-t-il déploré devant la presse.

Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty, a qualifié de « honteuse » l’attitude des pays européens face à la crise des migrants qui fuient la guerre au Proche-Orient.

« L’UE, qui compte plus de 500 millions d’habitants et qui constitue l’ensemble politique le plus riche de la planète, s’est singulièrement montrée incapable d’apporter une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains », insiste Amnesty dans son rapport.

« Seule l’Allemagne a fait preuve d’une volonté politique à la mesure de l’importance du problème », estime l’ONG. « La plupart des dirigeants européens ont préféré prêter l’oreille aux discours tonitruants hostiles aux immigrés, motivés par la peur de l’insécurité et d’une perte de souveraineté nationale. Résultat: les seules mesures sur lesquelles ils ont pu s’entendre sont celles qui visaient à renforcer la « forteresse Europe » », ajoute-t-elle.

Amnesty critique aussi la réponse politique aux attentats sanglants qui ont frappé Paris en janvier et en novembre 2015.

– « 70 ans de progrès en danger » –

Selon l’organisation, ces attaques « ont donné une nouvelle impulsion en France en particulier, mais également ailleurs en Europe, à toute une série de mesures représentant une menace pour les droits humains ».

Dans le cadre de l’état d’urgence décrété depuis novembre par Paris, « les autorités françaises ont, en l’espace de quelques semaines, réalisé 2.700 perquisitions sans autorisation judiciaire, qui ont débouché sur l’ouverture de seulement deux informations judiciaires en lien avec des actes terroristes ».

« Tout au long de l’année, elles ont initié des poursuites contre des personnes accusées « d’apologie du terrorisme », une infraction définie en termes vagues. Dans un certain nombre de cas, ces poursuites constituaient manifestement une atteinte au droit à la liberté d’expression », ajoute l’ONG.

« De nombreux gouvernements se sont fourvoyés dans leur réponse aux menaces sécuritaires pesant sur les nations, a martelé Sali Shetty. Ils ont étouffé la société civile, s’en sont pris au droit au respect de la vie privée et au droit à liberté d’expression – en les présentant comme contraires à la sécurité nationale, à l’ordre public et aux « valeurs nationales+ ».

Selon le secrétaire général d’Amnesty, « plus de 70 années de travail acharné et de progrès humains sont en danger » par la faute des gouvernements qui cherchent à court-circuiter des institutions comme les Nations unies, la Cour pénale internationale ou des mécanismes régionaux tels que le Conseil de l’Europe.

« Le conflit syrien est un terrible exemple des conséquences humaines catastrophiques de l’incapacité du système des Nations unies à s’acquitter de son rôle déterminant pour le respect des droits fondamentaux et du droit international, et à garantir l’obligation de rendre des comptes », a-t-il souligné.

Il a appelé les principaux leaders à profiter de l’élection à la fin de l’année du prochain secrétaire général des Nations unies pour « avancer dans le sens des réformes » et donner « un nouvel élan à une organisation qui en a « désespérément besoin ».

Amnesty s’alarme de la réponse sécuritaire dans de nombreux pays

PARIS (Reuters) – Amnesty International s’alarme mercredi des atteintes aux droits fondamentaux dans de nombreux pays, dont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au nom d’une nécessaire riposte à la menace d’attentats sur leur sol.

Dans son rapport annuel, l’organisation estime que de nombreux gouvernements « se sont fourvoyés dans leur réponse aux menaces sécuritaires pesant sur les Nations ».

« Ils ont étouffé la société civile, s’en sont pris au droit au respect de la vie privée et au droit à la liberté d’expression, et ont cherché carrément à rendre les droits humains indésirables, en les présentant comme contraires à la sécurité nationale, à l’ordre public et aux ‘valeurs nationales' », déclare son secrétaire général Sali Shetty.

Parmi les pays ayant porté des « coups aux droits humains », l’ONG cite la France, qui a musclé à plusieurs reprises son arsenal législatif après les attentats de janvier et de novembre 2015, qui ont fait au total 147 morts.

Amnesty International égrène les mesures visant à compléter la législation anti-terroriste mise en place depuis 2012 et la loi visant à prolonger de 3 mois, à partir du 26 février, l’état d’urgence décrété au lendemain des attentats du 13 novembre.

Celui-ci prévoit des mesures s’écartant du régime judiciaire ordinaire « avec des perquisitions à domicile sans mandat, des assignations à résidence, et le pouvoir de dissoudre des associations ou groupements vaguement décrits comme participant à des actes portant atteinte à l’ordre public », rappelle-t-elle.

Amnesty International avait appelé en vain, début février, le gouvernement français à renoncer à la prolongation de l’état d’urgence, dont l’ONG juge l’impact disproportionné et dont la mise en oeuvre a donné lieu, selon elle, à des « dérives ».

« On entend que les droits pourraient être une menace pour la sécurité. C’est une tendance dangereuse », a déclaré mardi Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France, lors d’une conférence de presse.

Elle a insisté sur le caractère « trop vague, sur la base de suspicions » des critères retenus pour certaines mesures, comme le fait pour une personne d’être en voie de radicalisation.

L’ONG cite le cas du décret du 5 février 2015 réglementant le blocage administratif des sites internet, notamment ceux accusés d’incitation ou d’apologie du terrorisme.

Elle souligne que 700 personnes environ ont fait l’objet de poursuites pour ces chefs en vertu d’une nouvelle disposition qui avait été introduite dans la loi antiterroriste de 2014.

« Compte tenu de la définition très vague de cette infraction, les autorités ont souvent poursuivi des personnes pour des déclarations qui ne constituaient pas des incitations à la violence et relevaient de l’exercice légitime de la liberté d’expression », estime l’ONG.

Amnesty International fustige la gestion par l’Europe de la crise des migrants

Le Monde.fr | Maxime Turck

Des migrants à la frontière entre la Grèce et la Macédoine près d'Idomeni, le 24 février 2016.

Hasard du calendrier, Amnesty International publie son rapport annuel mercredi 24 février, le lendemain du démantèlement avorté de la « jungle » de Calais. L’ONG y interpelle l’Union européenne (UE), et la France, sur leur gestion de la crise des réfugiés. « On demande à la France et à la Grande-Bretagne de respecter le droit des réfugiés », explique Jean-François Dubost, responsable du programme « Personnes déracinées » pour Amnesty International France.

« L’Union européenne s’est montrée incapable d’apporter à cette crise une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains », dénonce l’organisation dans son rapport. En 2015, plus d’un million de réfugiés ont accosté sur les côtes grecques ou italiennes pour fuir les persécutions. Plus de la moitié vient de Syrie, les autres d’Erythrée, d’Afghanistan ou encore d’Irak. Face à cet afflux de réfugiés, les services d’accueils grecs ont rapidement été débordés.

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« Cela fait plusieurs années que le gouvernement grec aurait dû mettre ses installations au niveau. Mais il ne peut pas assumer seul une crise d’une telle ampleur », précise M. Dubost. En effet, légalement, les demandeurs d’asiles doivent être pris en charge par le pays où ils sont situés. Mais la Grèce n’a pas la capacité pour assurer un accueil décent ni traiter les demandes d’asile de centaines de milliers de réfugiés.

Amnesty International plaide, à l’instar du président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour un partage de l’accueil entre les Etats membres. « Pour l’instant, seule l’Allemagne a eu une action positive, même si [la chancelière Angela] Merkel commence à changer de position. Il faut qu’il y ait plus de solidarité », indique l’ONG.

Droit international sur l’asile ignoré

Au contraire, Amnesty international critique les choix opérés par plusieurs pays, en particulier ceux d’Europe centrale. En Hongrie, le gouvernement de Viktor Orban a, dès le mois de septembre 2015, pris la décision de construire une clôture barbelée afin de sceller sa frontière serbe.

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Dans son sillage, c’est presque tous les pays de la « route des Balkans » qui ont pris des mesures similaires, faisant fi du droit européen et international sur l’asile. « Il faut que l’Union européenne soit plus ferme avec ses membres qui ne respectent pas le droit international », peste M. Dubost.

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Mais ce qui inquiète le plus l’ONG, c’est l’accord conclu en novembre 2015 entre le gouvernement turc et l’UE. La Turquie, qui compte déjà sur son sol plus de deux millions de Syriens, s’était engagée à prendre en charge les nouveaux migrants. Depuis les derniers bombardements d’Alep, qui ont causé ces dernières semaines un exode massif, la situation est différente : « Beaucoup de Syriens sont renvoyés dans leurs pays. Avec cet accord, l’Union européenne ne fait que déplacer le problème pour s’en débarrasser. »

Lire aussi :   Crise migratoire : un accord minimal entre l’UE et la Turquie

Pessimiste, le spécialiste ne voit pas beaucoup de motifs d’espoirs pour l’avenir : « Au vu de l’évolution de la situation, notamment en Afghanistan, il risque d’y avoir encore plus de réfugiés en 2016. Si l’Europe ne prend pas ses responsabilités, on court à la catastrophe… » Depuis le début de l’année, plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe en traversant la Méditerranée, soit autant que lors du premier semestre 2015, selon l’Organisation internationale pour les migrants (OIM).

Calais : les limites des solutions d’hébergement proposées aux migrants

Le Monde.fr Manon Rescan (avec Maryline Baumard)

Un homme chemine dans le nouveau camp de conteneurs de Calais.

Le tribunal administratif ne tranchera finalement que mercredi 24 ou jeudi 25 février sur l’évacuation de la partie sud de la « jungle » de Calais. Un recours en référé, introduit par des associations d’aide aux migrants, suspend pour l’heure l’arrêté préfectoral qui ordonnait aux habitants du bidonville de quitter les lieux, menacés de destruction, avant 20 heures mardi 23 février.

Depuis l’annonce du démantèlement du campement, les autorités, préfecture du Pas-de-Calais comme ministère de l’intérieur, n’ont cessé de répéter qu’une « solution » serait proposée « à tous » et que « chaque migrant » aurait « une place » d’hébergement d’urgence.

Pour accueillir les 800 à 1 000 personnes concernées selon elle – 3 455 selon l’association L’Auberge des migrants – la préfecture les oriente vers plusieurs dispositifs : un centre d’accueil provisoire à Calais, parc de conteneurs transformés en dortoirs, et des centres d’accueil et d’orientation (CAO) créés depuis l’automne et dispatchés sur l’ensemble du territoire.

Lire aussi :   A Calais, la pression monte avant l’évacuation de la zone sud de la « jungle »

Objectif officiel : ne conserver que des hébergements structurés et contrôlés à Calais pour, à terme, n’accueillir que 2 000 personnes dans le camp (contre 3 700 aujourd’hui – 7 000 selon les associations) ; et orienter les migrants vers les procédures de demande d’asile plutôt que de les laisser chercher à rejoindre la Grande-Bretagne.

Officieusement, l’Etat français a surtout besoin de disperser les migrants afin de crever l’abcès calaisien où il est accusé de ne pas agir pour améliorer les conditions sanitaires dans lesquelles les migrants sont installés.

Reste que les solutions d’accueil sont critiquées par les associations qui accompagnent les habitants du bidonville, et que le démantèlement du camp risque de déplacer le problème de Calais à d’autres zones.

A Calais, un camp de conteneurs pour 1 500 personnes

125 conteneurs peuvent accueillir 1 500 migrants dans le centre d'accueil provisoire de Calais.

Un alignement de conteneurs en fer-blanc empilés et numérotés derrière des barbelés. Tel est le visage du Centre d’accueil provisoire (CAP), le nouveau « campement humanitaire » promis par le gouvernement depuis la fin de l’été pour améliorer les conditions de vie des personnes installées à Calais. Ces 125 boîtes en dur et chauffées peuvent accueillir au total 1 500 personnes réparties en dortoirs de douze lits. Selon la préfecture, 300 places y sont aujourd’hui encore disponibles.

Pour les organisations non gouvernementales, il s’agit toutefois d’une installation « inhumaine ». « On ne peut qu’être debout ou couché ; toute installation de mobilier y est interdite, toute intimité impossible… », notaient les signataires d’une tribune contre le démantèlement du camp, publiée lundi, par 250 personnalités de la vie civile, artistique, associative et politique sur le site du Monde et de Mediapart.

Lire la tribune :   Calais : ne réduisons pas la France « à des barbelés et des bulldozers »

Ce nouveau centre d’accueil ne disposait pas à son ouverture de lieu de convivialité contrairement à ceux improvisés, avec le temps, à Calais. Au fil des semaines, plusieurs préaux ont été dédiés au vivre ensemble, ainsi que des conteneurs. Reste que nombre de ceux qui y logent repartent manger dans les cuisines collectives de la « jungle », où ils retrouvent leur communauté.

Afin d’augmenter le nombre de places libres, les résidents du CAP sont aussi largement sollicités pour partir sur d’autres communes françaises. Des équipes de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) leur expliquent que leur demande d’asile sera plus rapidement traitée. Mardi 23 février, sept Iraniens et cinq Afghans du CAP ont été convaincus de prendre le bus pour une ville dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Des centres d’accueil « improvisés »

Depuis l’automne, les habitants du bidonville de Calais qui le souhaitent peuvent bénéficier d’un transfert vers des centres d’accueil et d’orientation (CAO) ouverts un peu partout sur le territoire, à l’exception de la région Nord-Pas-de-CalaisPicardie.

Ces structures sont pensées comme des lieux de « repos » pour les migrants, qui y trouvent, outre des conditions de vie salubres, « un temps de répit au cours duquel ils pourront bénéficier d’un accompagnement et reconsidérer leur projet de migration vers le Royaume-Uni », avait promis le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve. En résumé : un endroit pour faciliter le dépôt d’une demande d’asile en France s’ils le souhaitent.

Selon le gouvernement, près de 2 700 personnes venues de Calais ont rejoint la centaine de structures existantes, abritées dans une très grande variété de lieux, d’après un inventaire réalisé par la Cimade : centres de vacances, auberges de jeunesse, maisons diocésaines, anciennes bases aériennes ou centres protestants…

Des Soudanais au centre d'accueil et d'orientation du Mans le 22 février.

Le hic : « C’est un dispositif improvisé, observe Gérard Sadik de la Cimade. Ils savent à peine où ils partent et ils sont pris en charge par des travailleurs sociaux qui, parfois, ne connaissent pas les procédures d’asile » pour ceux qui en font la demande. A certains endroits, l’accompagnement des migrants s’est même révélé dramatiquement lacunaire en l’absence de traducteurs par exemple, dans des zones reculées, loin des grandes villes. Au point que certains migrants ont préféré retourner à Calais.

Lire le reportage:   Migrants : à Langres, « on attend et il ne se passe rien »

Le risque de transfert vers un autre pays

Tous les migrants ne peuvent pas demander l’asile en France. Et cela ne leur est guère expliqué avant leur départ de Calais. Ce qui permet de comprendre pourquoi 20 % des départs en CAO se soldent par une évaporation dans la nature des exilés.

Selon M. Sadik, environ 50 % des personnes accueillies dépendent de la procédure dite de « Dublin », du nom de la réglementation européenne qui impose à tout individu arrivant dans l’Union de demander l’asile uniquement dans le premier pays où il a posé le pied. Ce qui contraint en théorie le pays où ils sont installés de les transférer vers le pays où ils peuvent demander l’asile.

« Ces pays, c’est la Hongrie par exemple, dans le collimateur de la Commission européenne pour sa politique hostile aux migrants », rappelle Gérard Sadik.

Lire aussi :   La Hongrie sermonnée pour sa politique hostile aux migrants

« Normalement il n’y a pas d’arrestation ni d’assignation à domicile dans les CAO » pour les migrants devant quitter le territoire, rappelle encore M. Sadik. Mais il redoute le scénario observé dans trois préfectures : à Toulouse, à Dijon et à Nantes, des migrants qui avaient été accueillis dans des CAO ont été relogés dans des hôtels avant d’être arrêtés, menacés d’être transférés vers leur pays d’arrivée en Europe.

Ces cas sont minoritaires. Mais ils contribuent à pousser une partie des habitants de la « jungle » à ne pas rejoindre ces centres d’accueil.

Pour les autres, la procédure de demande d’asile en France peut aller assez vite, leur permettant d’être éligibles à d’autres formes d’hébergement spécifique classique comme les CADA (Centres d’accueil de demandeurs d’asile) et l’AT-SA (Accueil temporaire-Service asile).

Le déplacement vers d’autres camps improvisés

Mais tous les migrants ne veulent pas s’installer en France ni se soumettre à son administration. Christian Salomé, de l’association l’Auberge des migrants interroge : « Que propose-t-on à ceux qui veulent rejoindre un époux en Grande-Bretagne ? Rien. En fait, on leur demande seulement d’aller camper ailleurs. »

Selon Vincent De Coninck, bénévole au Secours catholique, l’expulsion des récalcitrants, si elle a lieu, « risque d’entraîner le déplacement des migrants vers d’autres camps dans la région, ce qui ne ferait que déplacer le problème. »

Dans la "jungle" de Calais le 23 février.

Le camp de Grande-Synthe, dans le département voisin du Nord, a ainsi grossi ces derniers mois. Caen, Cherbourg et d’autres villes côtières voient aujourd’hui les arrivées augmenter tout comme la Belgique dans la région de Zeebrugge ou les Pays-Bas, près du port de Rotterdam. Redoutant des arrivées massives d’anciens habitants de la « jungle », Bruxelles a ainsi rétabli temporairement des contrôles à sa frontière avec la France, mardi.

« Pourquoi ne crée-t-on pas des centres d’accueil dans les 150 kilomètres aux alentours, des maisons des migrants? », plaide François Guennoc, de L’Auberge des migrants, reprenant une idée maintes fois proposée et toujours écartée.

Lire aussi :   Supprimer la « jungle » de Calais ne fera pas disparaître les migrants

« S’il n’y a pas d’alternatives pérennes, et en quantité suffisante, proposées par les autorités pour répondre aux besoins vitaux, cela va pousser les migrants à être encore plus dans l’informel, déplore Jean-François Corty, de Médecins du monde. Demain, ils seront moins visibles, peut-être, mais en retour plus exposés aux violences (des passeurs, des extrémistes racistes) et donc plus vulnérables. »

Les associations redoutent particulièrement que des dizaines de mineurs isolés ne disparaissent dans la nature.

Frédéric Van Gansbeke, président de la fédération du commerce de Calais, estime que le printemps et ses nouvelles arrivées risquent de chambouler les plans étatiques, dans une région habituée aux démantèlements successifs des lieux d’accueils pour les migrants pour les réinstaller ailleurs.

Il y a moins d’un an que la préfecture avait fait déménager les migrants vers la lande, encourageant leur installation dans cette nouvelle jungle dont elle souhaite les déloger aujourd’hui.

« Jungle » de Calais: La Belgique rétablit temporairement des contrôles à sa frontière avec la France

BELGIQUE FRONTIERES FRANCE

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Commentaires

Francoise  •                                 Par contre la dérive terroriste des muzz…………… ça ne les inquiète pas………..

  • ramona  •                         Amnesty International blablabla. La police a très bien travaillé pour notre sécurité. BRAVO.
  • Pascal  •                              Bref selon amnistie machin,il fallait subir les attentats et ne rien faire pour éviter qu’ils se reproduisent…
  • Alain  •                               130 morts, cela ne leur suffit pas à ces bobos inutiles……
  • beaudelaire  •                 Une association qui ferait bien de trier ses cibles !!!!
    De leur point de vue les terroristes sont des gentils ???
  • Julien  •                            Amnesty devrait plutôt militer pour la fermeture de mosquées. Ma liberté n’a pas bougé d’un iota, pas contre ma sécurité me semble suffisamment menacée comme cela. La sécurité est LA donnée fondamentale qui fait que l’on peut vivre dans un pays.
  • firewall  •                         En France !!!!! quelques-unes des associations pro-racailles et subventionnés avec du fric du contribuable
    Médecins du Monde, le Fnars, Emmaüs, le Secours catholique, la Cimade, le Secours islamique, ATD Quart Monde et CCFD Terre solidaire, Licra, SOS Racisme et la Ligue des droits de l’Homme
  • franek  •                            pourquoi ces bobos ne vont pas en syrie dire ça les yeux dans les yeux à daech
  • Gégé  •  ils devraient plutôt s’alarmer de la montée du terrorisme
    Rezaiguia  •                    Amnesty s inquiète……! elle préfère peut-être qu’on laisse libre cours à tous les terroristes….

Lucas  •                                     Une pure idiote, qui ne sert à rien et qui devrait plutôt penser à la retraite.

  • Checkyourself  •            Cette femme laide voudra remettre l’Europe sur les mains des musulmans maudits .
  • Feunier  •                      Amnesty international mon Q!
    On ne veut pas de cette racaille chez nous! 
  • Baghera  •                    Et celle la,l’UE voudrait priver les citoyens suisses de leurs fusils d’assauts,parce que les arabes importés massivement font du terrorisme avec leurs armes illégales, il faut priver les citoyens suisses blancs de leurs armes légales : c’est logique !
    .. »Après les attentats terroristes de Paris, la Commission européenne veut durcir la législation sur les armes. Certains voient déjà rouge en Suisse après ce rapport dévoilé vendredi. La Suisse étant membre de l’espace Schengen, elle est obligée de reprendre de nouvelles règles dans son droit. Sinon, elle pourrait dans le pire des cas devoir se passer de la coopération en matière de douane, de justice et de police et donc aussi d’asile. »
    Et voilà comment l’oligarchie anti-blanche qui domine en Suisse aussi arrive à faire passer des projets contre la volonté du peuple. Sous le prétexte de la « coopération avec l’UE ».
    On rappellera qu’en dépit d’une énorme quantité d’armes à feu, la Suisse possède un des taux d’homicide les plus bas au monde. Il n’y a en réalité quasiment aucun rapport entre la disponibilité des armes à feu et les homicides.
    Les civils suisses on d’autant plus besoin de leurs armes individuelles, que l’UE montre qu’elle trahit ses propres citoyens.
    C’est le propre des dictatures que de vouloir désarmer les citoyens.
    C’est le propre d’un homme libre que d’avoir le droit d’être armé.
    danielle  •                     Dans le cas d’espèce Amnesty sort totalement de son rôle et devrait donc être poursuivie par tous les pays mis en cause, pour ingérence dans la politique migratoire intérieure de pays souverains qui n’ont donc pas à tenir compte des désidératas de cette association dont le caractère politique ancré à gauche n’est plus à démontrer !
    Qu’elle nous dise déjà pourquoi, dans le cas qui nous intéresse, elle ne s’adresse pas avec autant d’arrogance, et en priorité, à tous les pays fortunés de confession musulmane et qui ne sont pas en guerre, pour accueillir leurs frères touchés par ces conflits et obligés de fuir leurs pays !
    Il serait bon en effet, de temps à autre, de rappeler à l’ordre tous ces donneurs de leçons qui de plus en plus se croient tout permis.
  • Mika  •                              Il faut aider son prochain, c’est dans la bible mes frères
  • Virtual  •                           c’est plein de « discours tonitruants hostiles aux immigrés, motivés par la peur de l’insécurité et d’une perte de souveraineté nationale » dixit Amnesty International par ici :))
  • BOMEC  •                           Amnesty international devait plutôt forcer tous les pays riches musulmans a accueillir tous ces migrants ,dont ils partagent la même religion
  • Pragm  •                             Amnesty International nous critique, ça veut dire qu’on est sur la bonne voie et qu’il ne faut surtout pas relâcher l’effort. Tout le monde sait qu’Amnesty International est devenu une organisation pro-islamiste au nom de la liberté d’expression. Ils sont contreproductifs pour la paix dans le monde, ils défendent les indépendantistes et les islamistes à travers le monde et s’étonne que le monde musulman soit en feu…
    Tonton Cristobal  •             Amnesty International ferait mieux de critiquer les passeurs et autres mafias qui font du trafic d’êtres humains.
    C’est un peu facile de critiquer les Européens: qu’elle y aille, cette Geneviève Garrigos, construire en 1 an seulement des logements, des hôpitaux, des écoles, des infrastructures pour des millions de migrants, et créer les sociétés qui vont leur fournir un emploi. On verra si elle fait mieux que les pays européens.
    Toutes ces associations, c’est juste du bla-bla a peu de frais. Méprisable!

    Solange                               Je ne comprends pas que tous les intellectuels de gauche et autres artistes qui critiquent la France pour cette « jungle » ne prennent pas un clandestin dans le coffre de leur voiture pour lui faire traverser la Manche via l’Eurostar. Sinon je suis partisan pour re-localiser tous ces migrants dans des camps loin de calais pour soulager les habitants, par exemple dans des camps aux frontières de nos voisins : Belgique, Allemagne, Suisse, Italie et Espagne, ainsi ils seront plus proches de la porte.

    nimbus                                 En clair il faut organiser l’accueil de ces migrants à Calais pour qu’ils puissent essayer de passer en fraude en Angleterre. Situation absurde.

    François CASSOU             … et moins qu’amicale pour l’Angleterre )

    Christian                            Normal pour un journal comme Le Monde de pointer les limites des solutions d’hébergement proposées aux migrants et il faut essayer d’améliorer la situation… Le problème est qu’il est impossible de sortir d’un chapeau des solutions totalement satisfaisantes, immédiates et définitives à proposer à toutes les personnes qui voudraient venir en Europe. Il sera toujours facile de critiquer.

    Michel J                            Donc vous approuvez le positionnement de F Hollande, de son premier ministre et du ministre de l’intérieur ?

    ROLAND GUERRE         Les « propositions » du gouvernement ne répondent pas aux problèmes posés. De fausse solution en fausse solution, la situation des migrants se dégrade. Les mineurs ne sont pas pris en charge, la scolarisation n’est pas assurée. La solution doit être définie avec les organisations humanitaires, qui sont sur le terrain, afin que les migrants soient accompagnés, dans le respect de leurs libertés fondamentales, les jeunes scolarisés, formés, la possibilité de travailler ouverte…

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