« C’est une expérience violente » …

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Centenaire de Verdun: «un moment charnière, mais pas une rupture»

media En dix mois, la bataille de Verdun aura fait au total 770 000 morts, blessés et disparus. AFP / STP

Ce 21 février 2016 marque le centenaire du début de la bataille de Verdun, dans l’est de la France. Devenue le symbole de la Première Guerre mondiale, elle durera dix mois et fera plus de 300 000 morts. Entretien avec Nicolas Offenstadt, maître de conférences à l’Université Paris I, membre de la Mission du Centenaire.

RFI : Pourquoi les Allemands attaquent-ils Verdun le 21 février 1916 ?

Nicolas Offenstadt : En 14-18, tous les commandements, alliés comme allemand, ont l’obsession de la percée. Dans une guerre que les militaires assimilent à une guerre de siège, il est très important pour les commandements de percer le front pour provoquer de nouveau une guerre de mouvement, afin de bousculer l’ennemi et l’emporter. D’une certaine manière, Verdun est une bataille comme les autres, une bataille pour obtenir la percée et la victoire.

Il y a aussi un élément plus particulier à la géographie de Verdun : le secteur de Verdun forme un saillant dans les lignes allemandes, ce qui peut permettre de prendre de flan tout un ensemble de positions allemandes. Pour le commandement allemand, l’idée est donc de réduire ce saillant qui constitue un risque pour ses troupes.

L’objectif est également d’attaquer les Français avant que les Britanniques soient pleinement opérationnels. Enfin, dans le plan des Allemands, Verdun devait sans doute participer d’une offensive plus générale.

Si Verdun forme un « saillant » dans la ligne de front allemande, si elle est à ce point stratégique, pourquoi ses forts ont-ils été désarmés ?

Verdun n’était pas forcément stratégique du côté français. Et le front durant cette guerre est extraordinairement long, il y a 800 km de zone de front. On ne s’aperçoit de l’importance de Verdun que lorsque l’on voit que les Allemands préparent quelque chose de lourd. Ce n’est que progressivement que la bataille est devenue aussi importante et qu’elle a cristallisé une résistance française. Jusqu’au dernier moment, on ne s’attendait pas à une offensive sur ce point-là parce qu’il y en avait beaucoup d’autres possibles. Au moment où l’on a commencé à voir ce qu’il se passait, les défenses ont été renforcées.

Par ailleurs, le général Joffre pense qu’avec la guerre des tranchées et l’artillerie lourde, les forts n’auront plus le rôle majeur qu’ils ont pu avoir avant la guerre de 1870.

L’artillerie joue un rôle essentiel pendant la bataille. Plus d’un million d’obus sont tirés le 21 février. Elle est plus importante que l’infanterie ?

En tout cas, elle joue un rôle décisif. D’abord parce que toutes les grandes batailles sont annoncées par ce qu’on appelle dans le langage de l’époque « une préparation d’artillerie ». L’idée est que pour que les fantassins puissent avancer, il faut que les lignes ennemies soient affaiblies, voire complètement détruites. Les fantassins croient ainsi avant l’assaut que les lignes ennemies sont affaiblies et qu’ils vont donc arriver sur un terrain qui leur est déjà préparé. Mais ils le croient souvent à tort ; l’artillerie ne peut pas tout faire.

L’artillerie joue donc un rôle fondamental dans la bataille, mais aussi dans la violence de la guerre de 14 puisqu’elle cause plus des deux tiers des morts. Elle joue également un rôle important dans la violence qui s’exerce sur les esprits. Les bombardements troublent les combattants et vont provoquer beaucoup de chocs traumatiques.

Philippe Pétain prend le commandement de Verdun le 25 février 1916. Il est remplacé par Robert Nivelle deux mois plus tard, le 29 avril. Alors qui est le véritable « vainqueur de Verdun » ?

Chacun, de manière différente, va en sortir glorieux. C’est Verdun qui va donner à Nivelle beaucoup d’aura dans le commandement. Fort de cette gloire, c’est lui qui va organiser en 1917 l’offensive du Chemin des Dames. Pétain va aussi s’auréoler de cette gloire d’avoir tenu, d’avoir organisé toute la défense de la bataille durant son premier temps.

« C’est la bataille où il fallait être », dit-on à l’époque. Comment s’est construit ce mythe de Verdun ?

Il y a plusieurs éléments. D’abord parce qu’un nombre colossal de soldats, les deux tiers de l’armée française, y sont passés. Le deuxième élément, c’est que Verdun est une bataille défensive. L’idée est de sauver le territoire de l’invasion allemande. C’est l’héroïsme de la résistance. C’est une victoire défensive, contrairement aux autres batailles de 1915, 1916 et 1917 qui sont des offensives menées avec les alliés.

La bataille de Verdun est ainsi instrumentalisée dans le mythe national français. Va être construite l’idée qu’il y a eu un soldat de Verdun qui a eu un courage supérieur. Alors que la souffrance que les soldats ont connue à Verdun a été aussi vécue par les autres ailleurs.

Et côté allemand, ce n’est qu’une bataille comme une autre ?

Côté allemand, cette instrumentalisation de Verdun va être beaucoup moins intense que côté français. L’héroïsme des soldats est aussi exalté, mais surtout par les nationalistes et parfois même contre le commandement allemand. Les nazis vont ensuite instrumentaliser le souvenir de Verdun dans une mise en scène d’une communauté du peuple des tranchées, qui deviendra la communauté nazie.

C’est une bataille qui a duré dix mois, qui a fait environ 150 000 morts de chaque côté, mais Verdun a-t-elle été un tournant dans la Première Guerre mondiale ?

Oui et non. C’est sans doute un moment charnière, où la guerre industrielle s’accélère, mais ce n’est pas une rupture profonde dans la manière de faire la guerre.

100e anniversaire : comment Verdun s’est imposée comme la bataille mythique de la 1ère guerre mondiale (et ce que cela dit de notre rapport à la guerre)

Atlantico : Verdun symbolise, plus que tout autre bataille, la guerre de 1914-1918. Comment a-t-elle réussi à éclipser totalement tous les autres lieux de la Première Guerre Mondiale ? Ce phénomène a-t-il été rapide ou s’est-il construit lentement dans le temps ?

Sophie Laurant : Ce phénomène a été très rapide. Dès les premiers jours de la bataille, on sait qu’il se passe quelque chose d’étonnant à Verdun. Il y a une profonde surprise de la part des Français de se faire attaquer à cet endroit-là. Que ce soit le militaire, le politique et même l’opinion publique, tout le monde en France est pris au dépourvu. C’est cet aspect qui va nourrir le mythe dans un premier temps. Le mythe de Verdun va grossir sans cesse jusqu’à bien après la guerre mais il faut bien savoir qu’il s’amorce dès les premiers jours de la bataille.

On sent très vite qu’il se passe quelque chose de différent là-bas.

Il y a différentes raisons à cette impression. La première de cette prise de conscience d’une bataille à part – quand bien même elle n’a pas été dans les faits si différente des autres – c’est à cause de la gigantesque préparation d’artillerie allemande à partir du 21 février 1916 à 7h du matin. Il y a alors un feu roulant d’obus incroyable. Près d’1,5 millions de tonnes d’obus en 24h. C’est un tapis d’artillerie que l’on n’avait jamais vu auparavant.

Il y a plein d’autres raisons qui font qu’à la fois Verdun est devenu est mythique et en même temps une bataille qui résume toutes les problématiques de 1914-1918. Tout d’abord psychologiquement, c’est la France qui est attaquée. Elle est en position défensive, ce qui va d’ailleurs toujours mieux à un pays pour réaliser l’union sacrée. Le fait d’être attaqué rend juste l’action de se défendre. Cela justifie l’idée d’une guerre juste.

Par ailleurs, devant la surprise de l’attaque, les Allemands progressent très vite dans un premier temps. Puis, à partir du 25 février, ils vont être stoppés. Et malgré les nouvelles tentatives d’offensives, ils vont globalement piétiner à chaque fois sur très peu de kilomètres. Cet aspect joue dans l’élévation de Verdun au rang de mythe car la défense tient bon.

Verdun est une guerre très longue et très meurtrière mais ce n’est pas le combat qui provoqua le plus de morts entre 1914 et 1918. Il y a moins de tués à Verdun par exemple que sur la Somme alors que la seconde bataille dure 3 mois de moins que la première. Néanmoins, dans la mémoire des Français, Verdun apparaît comme la bataille la plus horrible et la plus meurtrière.

Il faut aussi savoir que lorsque l’offensive allemande est lancée, les Parisiens apprennent très vite la nouvelle. Et il y a une forte angoisse qui monte car il y a eu un peu plus d’un an plus tôt la bataille de la Marne, où Paris a été sauvé in extremis. Les habitants de la capitale pensent donc à ce moment-là que ça recommence. Par conséquent, les politiques sentent cette angoisse. Ils demandent donc aux militaires de tenir coûte que coûte sur la rive droite alors qu’ils auraient très bien pu décider de se replier et d’abandonner la ligne. L’idée était de tenir, quitte à être écharpé sur place. Cela aussi a renforcé le mythe de Verdun.

C’est une bataille par ailleurs où 70% des effectifs de l’armée française vont se relayer grâce au système de noria qu’instaura Pétain à sa prise de commandement. Verdun est donc un univers partagé dans la mémoire collective plus que n’importe quelle autre bataille. A titre de comparaison, la campagne de la Somme a été moins longue et il y a moins eu ce système de relais. L’autre aspect particulier à Verdun est que le front ne fait que 8 kilomètres de long. Alors que pour ce qui concerne la Somme, les soldats sont face à des grandes plaines. Donc forcément, un ancien de Verdun rencontre un autre ancien de Verdun, ils ont un vécu et des histoires partagés. Cet aspect a été essentiel dans la mythification de la bataille.

Au-delà du vécu et des particularités de Verdun, qui construit son mythe ?

Le mythe de Verdun a aussi été construit par la propagande. Mais globalement, tout le monde a élevé cette bataille au rang de mythe. Ce n’est pas forcément une démarche volontaire. Néanmoins, forcément, comme cette guerre dure, la propagande l’utilise. La rhétorique est claire : « On tient. Ils ne passeront pas ! » L’héroïsme des soldats y est salué. La ville de Verdun est présentée comme une ville martyre.

Et puis une personnalité émerge petit à petit de cet enfer. Il s’agit de Pétain qui découvre les médias à ce moment-là. C’est surprenant car à l’origine il n’aimait pas tellement les journalistes, ni se mettre en avant. Finalement, il se rend compte que ce n’est pas si désagréable qu’il le pensait. Il va donc rapidement en jouer et exploiter cette image pour devenir le « sauveur de Verdun », quand bien même c’est loin d’être le seul.

Pétain n’est pas le seul sauveur de Verdun. Quel autre personnage aurait tout autant mérité les lauriers de cette victoire ?

Avant Pétain, il y avait de Castelnau, le bras droit de Joffre, qui était arrivé 10 jours avant celui qui est resté dans la mémoire collective comme « le sauveur de Verdun ». A son arrivée sur place, de Castelnau se rend compte que les défenses sont vraiment mauvaises et il va prendre des mesures d’urgence cruciales pour les renforcer. Il observe par ailleurs que le commandement en chef n’est pas à la hauteur et il demande donc à Joffre s’il peut agir. Ce dernier lui donne alors les pleins pouvoirs. Enfin, il change de général pour nommer Pétain le 25 février dans l’urgence.

Il sait que Pétain est un bon tacticien et, de fait, il va totalement réorganiser la défense, bien que les Allemands soient au plus fort de leur offensive et que les conditions soient dramatiques. Malgré tout, ça va beaucoup mieux fonctionner. Bien sûr, Pétain va amplifier ce phénomène de mythification de sa personne en se faisant prendre en photo avec des poilus. Il deviendra populaire auprès des gens car les simples soldats se rendent  compte de l’amélioration de l’organisation et de l’alimentation. Pétain est très présent et cultive le mythe du général proche de ses hommes afin de renforcer sa popularité. Pétain n’est pas un grand génie militaire mais plutôt un homme de la défensive : il n’a pas d’idées sur comment mener une attaque, mais c’est un excellent logisticien. En effet, il sait organiser une défense irréprochable, il sait faire en sorte que les communications passent, il a un bon état-major bien organisé et il sait assurer l’intendance (livraison de la soupe et des armes, deux aspects très importants en temps de guerre). Même si ce n’est pas fabuleux, c’est essentiel.

C’est donc pendant la guerre que naît rapidement le mythe ?

Tout à fait. A l’époque, la propagande était énorme. Par rapport à la bataille de la Somme, Verdun est pour la France un mythe indétrônable d’une part parce que la bataille de la Somme est un souvenir que l’on partage avec les Anglais et d’autre part parce qu’elle a occasionné plus de morts côté anglais que côté français. En plus, c’est l’Angleterre qui lancé les hostilités et la bataille s’est achevée dans un bain de sang, ce qui est beaucoup moins glorieux…

Verdun  est un mythe « bizarre », on en revient à la comparaison avec la bataille de la Somme : Verdun n’est pas une grande victoire française mais à l’inverse de la Somme, on peut dire que la France a gagné alors qu’elle était attaquée. C’est pourquoi pendant la guerre la propagande a beaucoup aidé.

Après la guerre, le mythe perdure parce que comme la plupart des soldats, enfin une grande partie, sont passés par Verdun, ils reviennent à Verdun saluer leurs camarades défunts. De grands rassemblements d’anciens combattants ont lieu dès 1918, les soldats y viennent par centaines de milliers. Ces rassemblements ne cesseront qu’avec la mort des anciens combattants. Verdun devient alors un lieu de mémoire. L’ossuaire est construit dans les années 1920 par l’évêque de Verdun pour les vestiges inidentifiables de combattants (on y trouve autant d’Allemands que de Français). Cet ossuaire est maintenant un sanctuaire où les gens, que l’on appelle désormais pèlerins, se recueillent. On y trouve autant d’Allemands que de Français : le mythe de « plus jamais ça » se transforme à Verdun en mythe-ville de la réconciliation franco-allemande et de l’amitié.

Par ailleurs, une véritable économie touristique s’est mise en place, on trouve même à Verdun une petite buvette dénommée « L’abri du pèlerin ».

Comment ce mythe de Verdun a-t-il évolué au fil du temps ?

C’est un mythe qui a évolué, on a pu y voir l’union sacrée des poilus pendant la guerre et même l’Union sacrée de la nation derrière eux. Après la guerre, le mythe évolue en même temps que la ville : on passe de « plus jamais cette horreur » à « Verdun, ville de paix ». Verdun fait d’ailleurs partie de l’association des villes de paix, à l’instar d’Hiroshima et Sarajevo car ces villes ont tellement souffert de la guerre qu’elles se sentent liées par un pacte d’amitié. En outre, le centre mondial de la paix au sein duquel se rencontrent des pays belligérants a été créé à Verdun.

Verdun a été élevé au rang de mythe depuis des décennies. Ce mythe a-t-il tout de même été remis en question ?

Un grand nombre de contre-vérités ont été remises en question. On a notamment longtemps dit que c’était la guerre la plus meurtrière, or c’est faux. On a par ailleurs pris argent comptant les justifications des Allemands. Erich von Falkenhayn, le commandement en chef allemand a dit qu’il avait attaqué à Verdun pour « saigner à blanc » l’armée française. Mais cette théorie est complètement fausse. Il a donné ce justificatif après la guerre. En réalité, il a lancé son offensive à Verdun pour couper le front français en deux et s’ouvrir la porte de Paris. Il pensait que la défense française était exsangue et qu’il allait pouvoir rapidement percer la ligne de front. Finalement, il a raté et l’offensive s’est enlisée. Le nombre de pertes françaises était à peine plus élevé du côté français que du côté allemand. Donc si l’objectif réel était de saigner l’armée française, le résultat est loin d’avoir été atteint. Donner cette explication lui permettait en fait de justifier les pertes allemandes abyssales (140 000 morts allemands contre 160 000 côté français). C’est un peu cher payé pour tenter de saigner à blanc l’armée adversaire. Donc son justificatif a posteriori ne tient pas. D’ailleurs, il a été débarqué. Les historiens ont longtemps repris à tort ce justificatif erroné, qui arrangeait les Français car c’était une façon aussi de mettre en avant l’image d’Allemands sanguinaires et violents. En réalité, les raisons de l’offensive de Verdun sont beaucoup plus classiques : briser le front ennemi et reprendre l’initiative.

Alors que le mythe de Pétain en tant que « sauveur de Verdun » a lui aussi été remis en cause, on a également souvent affirmé que Verdun était la première bataille moderne et industrielle. Mais cette interprétation n’est pas tout à fait juste. A Verdun, il y avait à la fois des armes nouvelles (premier combats d’avions, lance-flammes, etc.) et des corps-à-corps à la baïonnette. L’historiographie a donc permis de battre en brèche un certain nombre de contre-vérités liées à la mythification de cette bataille qui reste tout de même l’une des plus violentes de 14-18.

Verdun, symbole d’un patriotisme terrien et défensiste, pour lequel gagner est regagner ce que l’on a perdu

Il y a 100 ans, débutait l’enfer de Verdun

Le 21 février 1916, à 7h15, tombait non loin de la Meuse une première bombe allemande. Le début de la sanglante bataille de Verdun dont la France commémora le centenaire en mai prochain.

© Fournis par JDD
Les fameuses « grosses Bertha », les canons allemands responsables du « trommelfeur » (Sipa press).

C’est l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité, avec celle de la Somme (juillet-novembre 2016). Il y a tout juste 100 ans, le 21 février 1916 à 7h15, la première bombe allemande est tombée dans les environs de Verdun.

S’est ensuivi un déluge de feu qui a ravagé la région toute la matinée, visant, notamment, les positions défendues par trois divisions françaises. L’événement est appelé le « trommelfeur » (le bombardement en roulement de tambour). Un obus tombe toutes les 15 secondes.

Le chef d’état-major allemand, Erich von Falkenhayn, joue en fait son va-tout. Pour les Allemands, prendre la vallée de la Meuse aurait été une victoire décisive dans le cours de la Grande guerre. Erich von Falkenhayn explique à ses troupes vouloir « saigner l’armée française » pour en finir avec cette « guerre de positions ». Le général espère mettre un terme à une guerre de tranchées débutée en septembre 2014 avec la bataille de la Marne.

Une bataille pour rien ?

Après la déferlante de bombes, des milliers de fantassins allemands prennent possession du terrain. Mais ils sont freinés par les exploits de la brigade du colonel Emile Driant : ces 1.200 poilus, qui sont décimés par les tirs ennemis, réussissent à freiner le mouvement ennemi.

Le 22 février, les premiers renforts arrivent, la ligne de front s’installe et la très longue bataille de Verdun débute. Elle va durer 300 jours et 300 nuits. Plus de 300.000 soldats y sont tués, autant sont portés disparus dans les deux camps.

© Fournis par JDD Les troupes françaises du colonel Emile Driant ont réussi à tenir le centre du front, malgré leur infériorité numérique (Sipa press).

En décembre 2016, quand la bataille prend fin, les lignes n’ont presque pas bougé. Mais il ne s’agit en rien d’un match nul, mais bien d’une victoire défensive des Français. Verdun marque le basculement de la Première guerre mondiale et, à partir de janvier 1917, les alliés reprennent peu à peu du terrain.

L’échec de la bataille du Chemin des dames, où 270.000 Français périrent en avril-mai, paralyse toutefois l’avancée des troupes. Il faut l’entrée en guerre des Etats-Unis, la défaite des Austro-Hongrois et la seconde bataille de la Marne – dévastatrice pour les Allemands – pour mettre un terme au conflit.

Il y a 100 ans, débutait l'enfer de Verdun © Sipa press Il y a 100 ans, débutait l’enfer de Verdun

« C’est une boucherie inouïe »

René Prieur, 23 ans, était à Verdun le 21 février 1916. Un siècle plus tard, son carnet et ses lettres racontent l’horreur des premiers jours de la célèbre bataille.

Thomas Wieder

C’est un petit paquet de feuilles jaunies par le temps, qui sommeille aujourd’hui dans le tiroir d’une vieille commode. Une vingtaine de pages noircies d’une écriture fine, qui racontent l’une des semaines les plus sanglantes de l’histoire de France. Un récit clinique, celui des tout premiers jours de la bataille de Verdun, tels que les a vécu un jeune homme de 23 ans que rien ne prédestinait à ce rôle de chroniqueur.

Il s’appelait René Prieur. Né le 10 août 1891, ce fils d’un professeur d’histoire enseignant au lycée Charlemagne, à Paris, fait partie des quelque trois millions et demi de jeunes Français qui ont répondu à l’ordre de mobilisation générale en août 1914. Etudiant en médecine au moment de la déclaration de guerre, cela fait maintenant huit mois qu’il se trouve dans le secteur de Verdun quand, à l’aube du lundi 21 février 1916, les Allemands déclenchent l’opération Gericht, début de ce qu’on appellera plus tard la bataille de Verdun.

Quand commence l’offensive, ce matin-là, René Prieur, lui, est au bois des Fosses, près de Louvemont. Situé à une dizaine de kilomètres au nord de Verdun et à peu près autant des batteries allemandes, ce petit village abrite l’un des postes de secours que le 29e régiment d’infanterie territoriale a installé près de la ligne de front pour recueillir et soigner les blessés. A la tête d’un petit groupe d’infirmiers, il a notamment pour mission de tenir un registre précis de ce qui se passe dans son secteur. Une tâche dont il s’acquitte dès le premier soir de l’offensive, en commençant par dresser la liste des blessés de la journée avant de résumer en quelques lignes ces premières heures de la bataille : « Aujourd’hui, j’ai dû faire de nombreux pansements, diriger les brancardiers et choisir les chemins les moins exposés pour aller ramasser les blessés, installer un 2e poste de secours, à droite de celui où j’étais établi pour abriter tous les blessés. Nous avons reçu beaucoup de gaz lacrymogènes, le bombardement ne cesse pas et les nouvelles les plus invraisemblables circulent. »

René Prieur, à droite, devant le poste de secours du bois des Fosses, près de Louvemont (Meuse), mi-février 1916.

Le médecin-auxiliaire René Prieur (tenant une canne) entouré d’infirmiers membres du 29e R.I. territoriale, dans le secteur de Verdun, janvier-février 1916.

Pour René Prieur, la nuit du 21 au 22 février sera courte. Une heure de sommeil à peine puis le bombardement à nouveau, un bombardement « plus intense » que la veille et qui place maintenant Louvemont sous le feu direct de l’ennemi – le petit village, entièrement ravagé dans les jours et les semaines qui suivent, ne sera jamais reconstruit. En ce deuxième jour de bataille, le jeune médecin raconte : « L’abri de droite en sortant du poste a été détruit par un 305 pendant que j’aidais l’infirmier Mathiot du 165e à arrêter une hémorragie d’un blessé atteint à la cuisse. Le poste était encombré. Plusieurs morts gisaient à l’entrée, dont trois à genoux, le sac encore au dos. Plusieurs blessés ont été tués par le 305 et à côté de moi. »

Lettre de René Prieur à son père Raoul écrite au bois des Fosses, 22 février 1916.

23 février : « Les Allemands lancent de plus en plus de gaz lacrymogènes. Il est impossible de prendre les noms des blessés. » 24 février : cette fois, « les Allemands sont là ». Tout près. Si près qu’à la nuit tombée, « ramenant des blessés gisant dans la neige », René Prieur se trouve sous le feu direct de « sentinelles ennemies ». Au cours de cette seule journée, « j’ai été enseveli quatre fois sous des trous d’obus », écrit le jeune homme qui, pour la première fois, avoue qu’il pense à sa propre mort : « Bien qu’il faisait froid et grelottant, boueux, sanglant, j’ai dormi de fatigue après une pensée pour maman, mon cher papa, ma petite Henriette (…), songeant à la mort possible, à l’éternité peut-être très proche et troublante, revoyant rapidement ma vie et me recommandant à Dieu. Oh mon Dieu, ayez pitié de moi dans ma faiblesse où je crie avec sincérité du fond de mon être. »

25 février 1916. « La nuit, il a neigé et le sol est blanc », constate René Prieur à son réveil, à 7 heures du matin. Un matin anormalement calme. « Rien de particulier » sinon « l’attente d’une contre-attaque qui peut-être nous délivrera ». Espoir hélas vite dissipé car à 10 heures, surgissant du petit bois qui surplombe Louvemont, c’est une « patrouille allemande » qu’aperçoit le jeune médecin. La suite, la voici : « Mettant mon sac au dos, ma couverture en bandoulière, je me suis avancé tout seul, tendant en avant mon mouchoir blanc et par dessus mon brassard de la Croix Rouge, criant : “Nous sommes prisonniers !” On me répond en français, tout en me mettant en joue à 10 mètres : “Nous ne sommes pas des barbares, on ne vous fera pas de mal, combien d’hommes sont avec vous ?

– Environ 25.

– Dites leur de sortir sans arme.”

Et je crie : “Allons mes amis, avancez sans arme, on ne vous fera pas de mal.” Mes amis sortent et je préviens le caporal allemand qu’il reste des blessés. Il me dit : “On va venir les chercher, ils seront soignés.” Alors le caporal et 4 soldats du 8e nous ont mené à travers le bois des Fosses saccagé, détruit, défoncé, vers le sentier où il y a encore l’écriteau Herbebois Wavrille. Le 75 tire et des Allemands tombent. Mes amis me suivent en ordre, sautant par dessus les troncs d’arbre. Le caporal allemand me demande si j’ai faim. J’accepte un bout de pain noir mais je lui montre que j’ai encore des vivres dans ma musette. Vers le milieu du ravin de l’Herbebois, nous rencontrons un officier. Il nous fait arrêter. Il me dit de rester seul, que je serai conduit près du médecin plus tard. Mes amis me quittent et défilent devant moi en me serrant la main pendant que le 75 tire avec rage. Je leur dis : “Au revoir et bon courage, ils ne sont pas à Verdun et nous les aurons quand même !” Alors l’officier dit : “Français, braves, bons soldats.”

Louvemont (Meuse), 1915

Aujourd’hui (cliquer pour agrandir)

25 février, 16 heures. Quatre heures que René Prieur est aux mains de l’ennemi. Après une brève accalmie, les combats reprennent. Et la fin d’après-midi sera terrible. « Le 75 fauche tout, les bras, les têtes, les membres volent en l’air. Je suis éclaboussé de sang. Le ravin est comblé de morts qui s’amoncellent et, vers quatre heures et quart, quand je me dégage de dessous ma tranchée et des arbres, je marche sur des morts. Je ne sais pas où je vais. Je n’ai rien vu de plus infernal. J’entendrai toute ma vie le son métallique du 75, les branches craquant sinistrement, les cris des blessés, le nombre inouï de morts. » Le récit fait penser à celui des jours précédents. A ceci près que c’est maintenant le carnage causé par des obus français que décrit René Prieur. Et que c’est désormais à des soldats ennemis qu’il apporte les premiers soins. « Je panse des blessés allemands », écrit le jeune médecin, non sans s’étonner au passage de la qualité des pansements allemands, « petits » et « peu pratiques ».

René Prieur dans une tranchée près du village de Haumont-près-Samogneux, en 1915. Détruit pendant la bataille de Verdun, le village n’a pas été reconstruit après la guerre.

25 février, toujours. Arrive maintenant la nuit. C’est alors que, près d’un « immense trou d’obus », René Prieur tombe par hasard sur deux officiers allemands. Une conversation s’engage. « Très polis ces officiers me parlent de la guerre. Ils m’annoncent la prise de Verdun pour le 27 [février], le Kaiser à Verdun le 1er [mars], me montrent des cartes, affirment que tout se déroule mathématiquement. Je réponds qu’ils ne passeront pas, parce que persuadé sincèrement que les Allemands pouvaient passer les deux premiers jours, [qu’]ils ont été retenus, et que maintenant les réserves nombreuses en hommes, artillerie, vivres, étaient là. D’ailleurs voici 6 jours que le bombardement ne cesse pas, voyez, j’ai encore pour 3 jours de vivres dans ma musette. Nous avons tout de même des repas chauds ! Ils sourient , disent : Français, braves !, mais Verdun : bald kaput ! Et la conversation continue pendant que nos canons tirent toujours mais avec moins d’intensité dans le ravin. Vers 7 heures, un blessé atteint à la cuisse me conduit vers le poste de secours en suivant un cordon blanc. Des brancardiers portent des blessés dans des toiles de tente et se guident avec de grandes cartes du bois des Fosses. Dans le poste il y a deux médecins. L’un est officier et fume, l’autre, sous-officier, fait des pansements et j’aide à panser les blessés. On m’offre à boire du café, à manger du pâté de foie en conserve.

(…) En avant du poste, les Allemands creusent de petites tranchées individuelles, font du feu, installent chacun leur toile de tente et le canon gronde toujours et les obus éclatent sinistrement semant la mort. De nombreux blessés allemands arrivent au poste de secours. Un bon feu flambe dans un âtre où réchauffe du café dans de grandes marmites. Les infirmiers sont très occupés et travaillent sans arrêt, prenant pansements, morphine, iode dans de grands paniers. Je remarque qu’il y a très peu d’ouate et qu’on se sert de préférence d’un tissu qui y ressemble et se rapproche du papier. Exténué, je demande la permission de me reposer. On me prête une couverture. Je m’enroule dedans et reposant la tête sur mon sac, je m’endors profondément jusqu’au matin à 10 heures, j’ai dormi si profondément que je n’ai même pas bougé quand un 75 est tombé sur le poste de secours. Mais au réveil le poste est vide, les médecins allemands ont pu évacuer leurs blessés. Comme j’ai dormi tout de même, c’est la 1ère fois que je dors vraiment depuis 10 jours ! »

C’est sur ces mots, rédigés le 26 février 1916 « au poste de secours allemand en avant du bois des Fosses, à droite de Louvemont », que s’achève le petit carnet de René Prieur. Ce qui lui arrivera dans les jours qui suivent ? Impossible de le savoir aujourd’hui. Aucun autre écrit intime n’a été conservé dans les archives familiales. Aucune lettre non plus. Ou plutôt si, quelques lettres, mais écrites par ses camarades et non par lui-même, et qui disent toutes la même chose : passée la date du 24 février, personne n’est en mesure de dire ce qu’est devenu René Prieur, ni même s’il est encore vivant. C’est notamment le cas du commandant Dath, chef du bataillon dont dépend le jeune médecin, qui, le 21 mars, adresse ce bref courrier au père de celui-ci :« Je suis resté avec M. Prieur, médecin auxiliaire, jusqu’au 24 février dans la soirée. Je ne l’ai quitté que vers 16h30 lorsque les derniers éléments de mon bataillon, menacés d’encerclement ont dû quitter le bois des fosses. M. Prieur, avec le personnel du service de santé qui restait alors dans les abris, a dû rester auprès des nombreux blessés des différents corps qui qui concouru à la défense du bois. Il a dû tomber entre les mains de l’ennemi le soir vers 17 heures. Il est probable que vous ayez maintenant de ses nouvelles d’Allemagne, à moins qu’il n’ait été maintenu dans la région envahie pour continuer ses soins aux blessés non transportables. Dans ce dernier cas, vous auriez plus difficilement de ses nouvelles car je sais que les Allemands n’accordent pas facilement la liberté d’écrire à ceux de nos compatriotes qui doivent être maintenus en pays envahi. Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments très distingués. »

A la lecture de ce courrier, qui formule des hypothèses plus qu’il n’apporte de réponse, on imagine dans quelle inquiétude fut alors plongée la famille du jeune médecin. Inquiétude d’autant plus grande que les dernières nouvelles données directement par le jeune homme, une lettre à sa famille datée du 23 février, étaient tout sauf rassurantes. « Mon cher papa, voici la 50e heure de bombardement. (…) C’est effrayant. Nous avons reçu des gaz, des obus asphyxiants, des obus lacrymogènes, de tout. Quelques-uns sont devenus fous. (…) Tout va bien, mais quel déluge de feu, de fer, que de destructions, de ruines, de morts, de blessés. C’est une boucherie inouïe. Mais les Boches n’auront pas Ver… qu’ils ont bombardé, et nous les repousserons. Je vais bien, j’ai pu manger, boire, dormir quelques heures après trois jours. (…) Allons, confiance et courage. Je t’embrasse de tout mon coeur, ainsi que maman et la sœur. René. »

Lettre de René Prieur à son père Raoul écrite au bois des Fosses, 23 février 1916.

Combien de temps les parents du jeune homme resteront-ils sans nouvelles de leur fils ? Difficile à dire. Le seul indice dont on dispose est une lettre conservée dans les archives familiales et datée du 11 juin 1916, dans laquelle le jeune homme décrit sa nouvelle vie : « Nos santés sont excellentes malgré le mauvais temps. J’ai fait très peu de musique cette semaine mais on va s’y remettre. On travaille et on lit encore bien plus, n’est-ce pas le moment ou jamais ? Le temps passe vite ainsi. Il ne manque que vous tous. Je pense que ce sera à la fin de l’année qu’on se retrouvera. Je reçois bien lettres et colis. »

René Prieur en captivité au camp de Mannheim (Allemagne), en 1916.

Croix de guerre

De la lecture, de la musique, des colis… Ce que décrit ici René Prieur n’est autre que sa vie dans un camp de prisonniers, en l’occurrence celui de Mannheim, au sud-ouest de l’Allemagne, d’où il ne sort qu’à l’automne 1916 grâce, si l’on peut dire, à une péritonite. Evacué vers la Suisse par la Croix-Rouge, le jeune homme, selon une pratique alors en vigueur, est ensuite « échangé » contre un médecin allemand prisonnier en France. De retour dans le secteur de Verdun au début de 1917, il ne sera démobilisé qu’en 1919, sans imaginer qu’il sera à nouveau appelé sous les drapeaux vingt ans plus tard, en 1939, cette fois comme médecin capitaine.

Marié à Madeleine Bonnecaze, sœur d’un camarade médecin rencontré lors de sa captivité à Mannheim, René Prieur aura trois enfants, onze petits-enfants et seize arrière-petits enfants, dont l’auteur de ces lignes. Jusqu’à sa mort, en 1981, à l’âge de 89 ans, il gardera sous son lit une vieille valise marron en carton bouilli remplie de vieux souvenirs. Parmi eux, sa croix-de-guerre et une petite liasse de feuilles jaunies où l’on peut lire, écrit au crayon noir : « Evénements survenus depuis le 21 février 1916 ».

  • Popol974                 Com et Com et commémorations, ce sont les activités principales de l’hôte de l’Elysée. Quoi d’étonnant de le voir aussi bas dans les sondages, au ras des pâquerettes, là où sont ses actions. Voilà 100 ans, ma grand-mère était une victime de la grande guerre, elle était enceinte suite à un viol par un soldat allemand (malheureusement elle n’a pas du être la seule à subir les assauts de ces soldats). Mon père l’a su très tard et moi encore plus tard. Quelle horreur cette guerre! 
  •  Notsag                   Hans ! Ja ! Pan ……. Qu’ils reposent en paix. ! ! ! Répondre
  •  Z-zette                 Mémoire ; Nous, on commémore la bataille de Verdun en Février : mon grand-père a été tué à l’ennemi le 27 février 1916, il était sergent , il avait 32 ans et ma grand-mère avait 6 ans… Répondre –
  •  Yesterday            Mon arrière grand-père est mort pour la France à Verdun en Juin 1915 à Verdun; il était lieutenant, ma grand-mère avait 11 ans !    encore une commémoration de hollande ??? il a oublié la Saint Valentin !
  • Anguerrand –              Une pensée pour mon grand père
    Il a fait Verdun, le chemin des Dames, toutes ces horreurs dans des conditions épouvantables autrement pire que les pauvres  » sans papiers » qui reçoivent des aides d’un tas d’ONG. Il avait de plus été gazé à l’Ypérite ( gaz moutarde). Je pense souvent à tous ceux qui ont combattus pour sauver la France. Ils doivent se retourner dans leur tombes quand ils voient que l’on accueil nos ennemis intérieur, que l’on nous interdit de critiquer cette invasion, et que notre pays deviendra une terre d’islam et qu’aucun parti ne crie au scandale pas meme le FN devenu muet et ne bouge pas d’un pouce.
  • Fran6           FN; Je pense qu’ils ont raison de rien dire pour le moment, la bien-pensance pourrait hurler à la récupération surtout que, Pétain entre en scène pour de bon dans cette guerre
  • Deudeuche –           Pertes prussiennes???  1813 , 1870. , on parle bien des Allemands en 1916!
  • alexandre  •           vaut mieux oublier Verdun, où est mort mon grand-père, quand les politiques ouvrent les portes de la France à n’importe qui et n’importe quoi
    Quoique vu le nombre de commentaires……

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