La guerre des fachos!! cas balistique

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La propagande de Daech s’en prend aux militants du Front National

Le Figaro

Eugénie Bastié

C’est la première fois que l’État islamique s’en prend directement au parti de Marine Le Pen. Dans son magazine d’une centaine de pages, il s’en prend également aux musulmans de France qui condamnent le djihad.

figarofr: Rassemblement du FN le 1er mai place de l'Opéra. © PIERRE ANDRIEU/AFP Rassemblement du FN le 1er mai place de l’Opéra. Dans le dernier numéro de son magazine de propagande en français «Dar-al-islam», Daech évoque sur plus d’une centaine de pages les attentats de Paris, et les menaces à venir. «La question n’est plus de savoir si la France sera de nouveau frappée par des attentats comme ceux de Novembre dernier. Réveillez-vous pauvres fous. Les seules questions pertinentes concernent les prochaines cibles et la date.» écrivent les auteurs dans leur «éditorial».

Pour la première fois, la propagande de l’État islamique s’en prend directement au Front National. Une photo du cortège annuel du parti de Marine Le Pen le 1er mai est publiée dans les pages, accompagnée de cette légende: «Rassemblement d’idolâtres du FN. Des cibles de choix».

Plusieurs responsables du Front national ont réagi à cette menace inédite. Le secrétaire national du FN Nicolas Bay a ainsi interpellé directement le premier ministre sur Twitter: «Manifestations du FN dans la ligne de mire de l’État islamique… Satisfait Manuel Valls?» Quant à Florian Philippot il a tweeté: «À travers le Front national, le FN s’en prend à la France».

Nombre de commentateurs et personnalités politiques avaient opéré un rapprochement entre FN et État islamique. «Voter FN, c’est Voter Daech» avait ainsi déclaré l’ancien président de la région Bourgogne François Patriat au moment des élections régionales. Le journaliste Jean-Jacques Bourdin avait lui aussi établi sur RMC un parallèle entre l’organisation terroriste et le parti d’extrême-droite, ce qui avait mis Marine Le Pen dans une colère noire, qui avait elle-même tweeté sur compte des photos de propagande de Daech.

Est-ce cette mise en perspective qui a poussé l’État islamique à désigner les membres du FN pour cibles? C’est l’analyse de Romain Caillet, expert en questions islamistes: «Le slogan irresponsable «Voter FN, c’est voter Daesh» a peut-être agacé les jihadistes et provoqué ces menaces dans le magazine de l’#EI», a-t’il avancé sur son compte Twitter. Contacté par Le Figaro, le chercheur rappelle que les tensions entre l’extrême-droite et les djihadistes ne sont pas nouvelles: à l’époque de Forsane Alizza, le groupuscule islamiste avait projeté de s’en prendre à des militants identitaires. D’ex-membres de Forsane Alizza ont rejoint Daech, ce qui pourrait expliquer que le Front national soit pris pour cible.

Trois «testaments» de djihadistes du 13 novembre sont publiés: ceux d’Omar Mostefaï, d’Abdelhamid Abaaoud et de Bilal Hadfi. Dans le etstament de ce dernier, on trouve un appel à s’en prendre aux lieux de culte. «Détruisez leurs demeures ainsi que leurs lieux de culte comme ils détruisent nos mosquées», peut-on lire dans ce texte posthume.

Les musulmans contre le djihad sont fustigés

Dans le reste du magazine de propagande, les auteurs évoquent longuement leurs «ennemis», fustigent les musulmans de France qui affirment que le djihad violent n’est pas la solution et tentent de démonter longuement les arguments de leurs adversaires à grand recours de hadiths (paroles de Mahomet). Daech n’épargne personne. Le Conseil Français du Culte musulman (CFCM), l’UOIF, les Frères musulmans, Tariq Ramadan, les salafistes sont dénoncés, car ils affirment que Daech n’a rien à voir avec l’islam. L’imam de Brest Rachid Houdeyfa, conspué en France pour ses prêches radicaux, est qualifié «d’imam serpillière», et l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou de «caniche d’Alain Juppé».

Ce n’est pas la première fois que Daech s’en prend aux musulmans de France qui ne le soutiennent pas. Tout l’argumentaire de sa propagande en français vise à se légitimer comme seul détenteur du «vrai islam» tandis que toutes les autres institutions musulmanes seraient dévoyées. «Daech manifeste un grand mépris pour la communauté musulmane en France. Leur idée est de ‘pourrir’ au maximum la vie des musulmans français pour pousser les plus fondamentalistes à les rejoindre.», analyse Romain Caillet.

L’État islamique dénonce aussi l’état d’urgence, qui provoque «des perquisitions totalement arbitraires, des assignations à résidence aux effets contreproductifs et une surveillance de masse qui tourne à la politique totalitaire». Ce magazine, fabriqué en Syrie est diffusé sur la toile par l’agence de communication de l’Etat islamique al-Hayat media center, qui diffuse aussi Dabiq, autre magazine de propagande en anglais.

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Daech menace de s’attaquer au Front national et à ses militants, « des cibles de premier choix »

TERRORISME – Une menace inédite. Comme le relève Metronews, le groupe jihadiste Etat islamique (ou Daech) a publié samedi 6 février le 8e numéro de Dar al-Islam, son magazine en langue française. En couverture, on retrouve Abdelhamid Abaaoud, l’organisateur des attentats du 13 novembre tué cinq jours plus tard dans l’assaut du Raid à Saint-Denis.

Mais ce qui interpelle, c’est surtout que Daech a décidé de cibler pour la première fois dans un document officiel le Front national. Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes, souligne que les militants frontistes sont qualifiés d' »idolâtres » et de « cibles de premier choix » par le groupe jihadiste, qui publie une photo d’un défilé du 1er mai du parti d’extrême-droite.

« Renforcer les extrémistes d’en face afin de monter vers l’affrontement »

« Le slogan irresponsable ‘Voter FN, c’est voter Daech’ a peut-être agacé les jihadistes et provoqué ces menaces », estime aussi Romain Caillet. Jacques Raillane, ancien diplomate et blogueur pour Le Monde, juge de son côté que cette désignation du FN comme ennemi est « très classique » car Daech « renforce les extrémistes d’en face afin de monter vers l’affrontement ».

On remarque par ailleurs, sur la photo de rassemblement diffusée par l’Etat islamique, que les visages des femmes ont été floutés. Ce qui a notamment fait réagir Kelly Betesh, responsable du FN dans les 5e et 6e arrondissement de Paris et « visage de la dédiabolisation » du parti, qui a ensuite publié un montage détournant le slogan « Je suis Charlie » pour écrire: « Je suis une cible de premier choix ».

Kelly Betesh n’est cependant pas la seule au FN à réagir à ce message des jihadistes. Toujours sur Twitter, l’eurodéputé et secrétaire général du Front national, Nicolas Bay, a ainsi interpellé Manuel Valls, sous-entendant que le premier ministre était responsable en lui demandant s’il était « satisfait ».

Lire aussi :

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« Pour Daech, le FN a raison: les musulmans n’ont rien à faire en France »

la-presidente-du-front-national-marine-le-pen-lors-de-l-universite-d-ete-du-front-national-a-marseille-le-6-septembre-2015_5409773Plusieurs djihadistes francophones ont exprimé leur contentement après la forte progression du Front national aux élections régionales.

AFP Photo / Anne-Christine Poujoulat

Selon plusieurs spécialistes, l’organisation Etat islamique (EI) se réjouit de la progression du vote frontiste, constatée lors du premier tour des régionales. Elle y verrait une occasion de grossir ses rangs avec les musulmans inquiets du climat en France.

« Toujours pas de communiqué de l’EI pour revendiquer et se réjouir des résultats d’hier soir… » Cette boutade, émise par un député PS au lendemain du premier tour des régionales sur Twitter, n’est peut-être pas si anodine. Elle illustre un débat qui commence à s’ouvrir au sein de la classe politique, au fil des élections. La montée en puissance du Front national, qui a obtenu près de 30% des voix dimanche, est-elle du pain bénit pour l’organisation Etat islamique?

Le groupe terroriste n’a évidemment pas commenté publiquement les résultats. Mais certains de ses membres francophones ne cachent pas leur joie. Interrogé sur une possible victoire du parti frontiste par David Thomson, spécialiste du djihadisme, un partisan de Daech résume: « Ce serait une humiliation pour ces pseudo-musulmans de la République qui défendent les valeurs de la laïcité. Et les vrais musulmans, ça les poussera à faire la hijra [émigrer en terre d’Islam, comme la Syrie, NDLR] ». Un autre qualifie le FN de « parti le moins hypocrite » et espère que certains vont « prendre conscience et plier bagage ».

« L’EI se nourrit de la conception de laïcité du FN »

Dans cette sombre logique, la progression de l’extrême-droite, dont les positions sont réputées « dures » envers l’islam, pousserait les musulmans à se sentir davantage stigmatisés. Un sentiment qui pourrait inciter les modérés à se replier sur eux, à durcir leur pratique de la religion puis à quitter la France pour un pays où ils se sentiraient plus libres pour vivre leur foi. Une aubaine pour Daech, qui cherche à recruter pour son califat. « Le postulat de l’EI se nourrit de la conception à sens unique de la laïcité du Front national qui consiste, sinon à chasser les musulmans, au moins à les appeler à faire profil bas en ne leur laissant aucune place possible pour exprimer leur croyance », observe le journaliste Nicolas Hénin, auteur de Jihad Academy (Fayard, 2015).

En témoignent, par exemple, les pressions du maire FN de Fréjus, David Rachline, qui se bat contre l’ouverture d’une mosquée dans sa commune. Nicolas Hénin, par ailleurs ancien otage de l’EI, ajoute: « Pour les djihadistes, le FN a raison quand il dit ‘la France aux Français’. Selon eux, les musulmans n’ont rien à faire dans une société occidentale comme la France, jugée terre de mécréants. L’EI a tout intérêt à ce que les musulmans se sentent de plus en plus mal à l’aise. »

« Le discours islamophobe légitime le discours de l’EI »

Pour plusieurs spécialistes, il existe un lien de dépendance entre les extrêmes, politique et religieux. Lesquels s’alimenteraient entre eux à travers leurs idées discriminatoires. « Le discours islamophobe légitime le discours djihadiste de l’EI qui lui-même légitime le discours islamophobe. Cela fonctionne comme un cercle vicieux », note le sociologue Samir Amghar, auteur de Le Salafisme d’aujourd’hui (Michalon, 2011). Pour le chercheur, l’organisation terroriste pourrait ainsi profiter de la montée du FN pour inciter, en réaction, ses fidèles à commettre des attentats en France. Et par contrecoup, à créer un climat d’insécurité propice au parti frontiste. D’autant que, après le chômage, la menace terroriste arrive en seconde position dans l’explication de vote des régionales.

Sur le plan idéologique aussi, poursuivent les spécialistes, le FN et l’EI partagent quelques valeurs communes mêmes s’ils sont, en apparence, radicalement opposés. « Il y a la même méfiance envers la mondialisation, une certaine vision conservatrice… », énumère Samir Amghar.

Un rapprochement qui fait bondir Aymeric Chauprade. Pour l’eurodéputé, qui vient de quitter la formation d’extrême-droite, il est inconcevable de mettre sur le même plan son ancien parti et le groupe djihadiste. « Oui, le Front a grandi sur la question identitaire. Mais il cherche à faire baisser le communautarisme là où Daech veut la guerre civile et monter la communauté musulmane contre les autres. » L’élu reconnaît toutefois « une faiblesse programmatique » du FN sur la question de l’intégration des musulmans en France.

L’État islamique vote Front national

Le 8 octobre 2015, dans le sud de la France I SYLVAIN THOMAS / AFP

Le 8 octobre 2015, dans le sud de la France I SYLVAIN THOMAS / AFP

Toute politique qui déboucherait sur des conflits confessionnels et des replis identitaires sert la stratégie de Daech, qui vise à déclencher des représailles contre des musulmans pour les pousser à se radicaliser.

Avec les coups de tonnerre du 13 novembre qui ont marqué les semaines ayant précédé les élections régionales, les terroristes de Daech ont déjà marqué un point dans l’électorat français. La xénophobie se libère dans l’extrême droite, la radicalisation des islamistes sort de l’ombre, les risques d’affrontements s’accroissent.

Dans ce contexte, les candidats frontistes ont martelé le thème de l’insécurité à l’occasion des élections régionales. Ils en ont tiré des dividendes. Les résultats l’ont confirmé à l’issue du premier tour, grâce à la fois à une plus forte mobilisation de l’électorat FN et à des votes d’adhésion que la crainte de nouveaux attentats a libéré. «Après les attentats, on observe parmi les préoccupations des Français un pic sur les thématiques favorables au Front national (insécurité, immigration…)», notait un sondage Ipsos peu avant que le rendez-vous des urnes. Le parti de Marine Le Pen enregistrait alors une poussée des intentions de vote de quatre points par rapport aux sondages réalisés avant les attentats.

Pourtant, rien n’a jamais démontré que la mise en œuvre des thèses sécuritaires frontistes seraient plus efficaces pour la paix dans le pays que les politiques appliquées jusqu’à ce jour par les partis au gouvernement. On peut même craindre le contraire.

Fracture et réactions identitaires

Compte tenu des déclarations assumées des dirigeants du Front national, tant à propos de l’immigration que des musulmans, le vote FN revient à donner quitus aux élus frontistes pour élargir la fracture entre nationaux et immigrés, entre chrétiens et musulmans. On serait alors bien loin de l’esprit de la loi de 1905 sur la laïcité qui est l’un des socles de  la vie en collectivité de tous les Français, quelle que soit leur confession. La montée de l’extrême droite est ainsi de nature à aggraver les oppositions qui existent déjà au sein de la population.

Forts d’une légitimité nouvelle tirée des urnes, les extrémistes au racisme décomplexé ne manqueraient pas de s’y engouffrer

On n’est pas dans une hypothèse d’école. Forts d’une légitimité nouvelle tirée des urnes, les extrémistes au racisme décomplexé ne manqueraient pas de s’y engouffrer pour déclencher des conflits à l’intérieur de la population, aussi bien contre des immigrés que d’autres Français en fonction de leur confession. Et de créer ainsi des ambiances délétères propices à toutes les formes de représailles, dans tous les sens, les victimes d’hier devenant les agresseurs de demain dans une spirale infernale.

Ces représailles seraient évidemment le meilleur moyen de provoquer des réactions identitaires qui elles-mêmes, en créant un terreau favorable aux affrontements, ne peuvent qu’engendrer une escalade. C’est le sens des propos du Premier ministre Manuel Valls lorsqu’il évoque le risque de «guerre civile». Or, c’est l’objectif même des terroristes de Daech.

L’affrontement des extrêmes, une stratégie globale

Ces  fanatiques «sont dans une logique de fin des temps, de calendrier apocalyptique. (…) Ce qu’ils veulent, ce sont des représailles, ils veulent qu’on tue des musulmans.(…) Ils veulent la guerre civile en France», martelait Jean-Pierre Filiu, professeur d’études moyen-orientales à Sciences Po sur France Inter au lendemain des attentats du 13 novembre.

Il ne s’agit pas d’un mauvais scénario. L’action de ces fanatiques consiste précisément à déstabiliser les sociétés –pas seulement occidentales– afin que les musulmans glissent vers le fondamentalisme et le djihad.

D’autres spécialistes de l’islam sont sur la même ligne, comme Gilles Kepel, politologue, membre de l’institut universitaire de France. «Ce que souhaite l’EI, c’est déclencher la guerre civile, affirmait-il aussi au lendemain des attentats de Paris. La multiplication des attentats aveugles va organiser des lynchages de musulmans, des attaques de mosquées, des agressions de femmes voilées et ainsi provoquer des guerres d’enclaves qui mettront à feu et à sang l’Europe, perçue comme le ventre mou de l’Occident.» Répondre aux attentats par des politiques qui divisent, c’est donc faire le jeu de Daech.

La France n’est, à ce titre, qu’un pays parmi d’autres dans lequel Daech met en œuvre sa stratégie en fonction de ses objectifs et de ses fondements idéologiques expliqués entre autres par Graeme Wood, politologue américain spécialiste du monde musulman et du Moyen-Orient. Une stratégie qui s’inscrit dans le temps et l’espace.

La France, en l’occurrence, a connu le même type d’agression que l’Espagne, la Turquie ou la Russie. La Grande Bretagne n’a pas été épargnée, la Tunisie non plus à plusieurs reprises, ni le Liban, l’Egypte, le Kenya, le Nigéria ou l’Indonésie… Et pour François Heibsbourg, après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, «l’hyper terrorisme est encore à venir».

Ainsi, l’Europe n’est pas seule dans la ligne de mire. La stratégie de Daech est globale. Et à chaque attentat, l’objectif consiste à déclencher des réactions qui favorisent le repli identitaire et la montée des idéologies extrêmes pour dégénérer en affrontements.

L’unité comme riposte

Bien sûr, le terrorisme doit être combattu. Mais les réponses militaires et sécuritaires, si elles sont nécessaires, ne permettront pas à elles seule d’éradiquer le mal. Des réponses politiques doivent être trouvées, notamment sur le terrain social, pour empêcher la tentation du repli identitaire. Et, pour combattre le djihad en France, «la recherche de l’unité nationale est la seule riposte politique adéquate, précisément parce que les terroristes cherchent à faire vaciller la République», résume Gilles Kepel.

Plus le vote extrême sera important, plus le risque de fracture sera grand

À l’inverse, si les solutions qui pourraient être recherchées devaient concourir à ce repli identitaire, c’est la capacité offerte aux Français de vivre ensemble qui serait mise en péril. Cette déstabilisation de la société, avec les risques décrits par les spécialistes, servirait alors les desseins des terroristes de Daech.

Heureusement, on n’en est pas là et les exécutifs régionaux n’exercent pas leurs compétences dans les domaines concernés. Malgré tout, plus le vote extrême sera important, plus le risque de fracture sera grand.

Aussi, les électeurs qui veulent tester le FN aux manettes du pouvoir, au prétexte que les partis de gouvernement traditionnels tant à droite qu’à gauche les ont déçus, opèrent un choix par élimination fort dangereux pour l’avenir. Il n’est pas d’autre solution dans une démocratie laïque que de préserver la sécurité au sein de la nation sans jouer une partie de la population contre une autre. Sinon, c’en est fini de cette démocratie.

« Entre “kalach” et “Martel” » : ce que dit vraiment Gilles Kepel sur le FN et le terrorisme

Le Monde.fr Juliette Harau

Le politologue Gilles Kepel, le 24 janvier 2012 à Paris.

« Entre “kalach’” et “Martel” », l’alternative est peu commode. C’est ainsi qu’est titré l’épilogue du livre Terreur dans l’Hexagone (Gallimard, 2015), écrit par le politologue et spécialiste du monde arabe Gilles Kepel.

Sorti le 16 décembre, l’essai fait déjà beaucoup parler de lui, notamment parce qu’il s’est attiré l’ire de Marine Le Pen. Consacré à la montée du djihadisme en France, le livre évoque en marge une « congruence » entre la montée de l’extrême droite et celle du terrorisme djihadiste.

« Bien sûr ce n’est pas la même chose mais […] [ces phénomènes] se ressemblent », a affirmé mercredi l’auteur interviewé par Jean-Jacques Bourdin. Pour dénoncer ce « parallèle » supposé entre son parti et l’organisation Etat islamique (EI), la présidente du Front national (FN) a publié des photos de propagande de l’EI extrêmement violentes, avec la mention « Daesh [l’acronyme arabe de l’EI] c’est ça ».

« Je lui propose de lire le dernier chapitre de mon livre […] où je creuse cette réflexion comparée sur les replis identitaires », a suggéré Gilles Kepel à la responsable politique après ce geste qui lui a valu des poursuites.

Dans la partie de son livre concernée, l’auteur dénonce une « crise sociale » française. Mis à jour après les attentats du 13 novembre, le texte consacre quelques lignes au score record – anticipé dans les sondages à l’époque – du Front national aux élections régionales. On y lit notamment ceci :

« L’irruption djihadiste, derrière laquelle pointe l’implantation du salafisme, […] n’est pas un phénomène isolé. Les succès électoraux du Front national et l’invasion du Web par les sites identitaires et “conspirationnistes” […] constituent des “fractures françaises” parallèles. »

Lire aussi : Images d’exécution : que risque Marine le Pen ?

« Mobilisations contestataires »

Alain Soral, Dieudonné et la « fachosphère » sont donc également visés. Pour Gilles Kepel, conspirationnisme, islamophobie ou salafisme sont les symptômes d’une même crise sociale. Des réponses parfois opposées trouvent un public auprès d’une frange de la société qui se vit comme délaissée. Elles s’imposent en alternatives :

« Deux types de mobilisations contestataires se sont développées en parallèle : le nationalisme identitaire d’extrême droite et le référent islamique. »

C’est le grand écart de la « kalach’» à « Charles Martel ». La référence au vainqueur de la bataille de Poitiers contre l’émir de Cordoue Abd El Rahman en 732, est un classique dans les rangs de l’extrême droite. « Je suis Charlie Martel », affirmait encore Jean-Marie Le Pen, alors président d’honneur du FN, au lendemain des attentats du 7 janvier.

Gilles Kepel relève « un effet miroir quasiment parfait » : décryptant dans le détail la construction de certaines vidéos de propagande salafistes, l’auteur remarque que le VIIIe siècle est évoqué, là aussi, comme un passé héroïque.

Ces mouvements seraient « porteurs […] d’une forte charge utopique qui réenchante une réalité sociale sinistrée en la projetant dans le mythe où les laissés-pour-compte d’aujourd’hui seront les triomphateurs de demain », explique l’auteur.

Le chercheur évoque aussi une dynamique qui ne souffre plus vraiment de tabou : « l’an 2015 a renforcé la progression d’une extrême droite dénonçant l’“islamisation de la France”. » Ainsi, si la position de chef de guerre a profité temporairement au président de la République, François Hollande, « seul le FN semble désormais en position de profiter quasi mécaniquement de tous les facteurs anxiogènes liés au terrorisme djihadiste », analyse M. Kepel.

Le FN et le radicalisme se nourriraient mutuellement, le repli de l’un servant l’argumentaire de l’autre. Pour Gilles Kepel, le terrorisme a aussi remplacé le Front national « comme l’archétype du mal à terrasser, dont on accuse ses adversaires de faire le jeu ».

Lire aussi : « L’Etat islamique cherche à déclencher une guerre civile »

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Quo vadis ?                                 G. Kepel est un informateur érudit sur le monde arabe, mais un piètre analyste. Son besoin de mise en concepts clairs et élégants l’amène en effet à ce parallèle identitaire entre les djihadistes français et la mouvance d’extrême-droite – dans laquelle il inclut le Front National – qui a tant indigné Marine Le Pen. Mais il n’est pas nécessaire d’être frontiste pour comprendre le ridicule du rapprochement. D’ailleurs, même son analyse des causes du djihad français est d’un sociologisme simpliste.

Damien Lozach                          C’est surtout qu’en étant frontiste, on est déjà incapable de voir le rapprochement. Maintenant, il propose une thèse, il l’argumente, et c’est convaincant. Vous, vous partez sur de l’ad hominem sans preuve et sans convaincre. On va garder son avis à lui en référence hein.

Quo vadis ?                                  Que vous soyez « convaincu » n’est pas une preuve de pertinence de sa thèse. N’ayant en rien les moyens d’expression de G. Kepel, je vous incite juste à considérer – non la « congruence » elle-même – mais les effets concrets des deux « replis identitaires » qu’il croit judicieux de rapprocher. Peut-être apercevrez-vous alors leur différence de nature, et donc « le ridicule » . Pour le « sociologisme simpliste », contentez-vous d’observer les autres communautés, celles qui connaissent les mêmes conditions.

 

 JACQUES MULLER             A propos du repli identitaire toujours évoqué à propos du FN. Faisons une analogie entre une cellule et un pays. Une cellule vivante possède une membrane (repli identitaire) qui joue le rôle d’un filtre sélectif par rapport au milieux extérieur. Quand elle meure la membrane se détruit (ouverture). De même un pays vivant possède une frontière qui joue le rôle d’un filtre(repli identitaire?),frontière que les puissantes forces de la mondialisation s’efforcent de dissoudre (ouverture ?)

jeff D.                                      Réduire le spectre de l’analyse à la France seule et en tirer des conclusions n’est pas pertinent dans le cas de l’Islamisme radical et du Djihad qui recrute sur la planète entière. Vous pourriez tirer les conclusions inverses si vous prenez des pays musulmans. Enfin confondre le repli identitaire avec la lutte contre le terrorisme est potentiellement très dangereux et conduit en effet à la montée progressive de ces mouvements…

Gâteau de Riz                         Excellent, je vais lire le livre de Kepel, comme beaucoup de lecteurs, de toute évidence.

Renée Dulées.                          L’intéressante étude de GK participe de la vérité sans prétention à être LA vérité, ne s’érige pas en système, n’exclut pas d’autres visions. C’est précisément cette notion de relativité de la pensée qui est intéressante dans les réactions. Celle de MLP est la marque de quelqu’1que la pensée même dérange car bouscule l’absolu artificiel du système doctrinaire étroit qu’elle déverse et sa réaction abjecte et déplacée va de pair avec cette intolérance absolue de la différence qu’elle quelle soit. Les réactions ici soulignent hélas la dangereuse incapacité de la société au relatif

aloes                                      +1 ça s’appelle débattre ,et Kepel que je lis régulièrement , et qui est un véritable spécialiste du sujet, se garde bien de poser des diagnostics définitifs et incontestables .A titre d’exemple , il expliquait sur une radio , avec humilité, qu’il avait l’intuition ou l’impression que Daech était allé trop loin avec les attentats de Paris et que sa propagande auprès des jeunes étaient peut être devenue contre-productive et il ajoutait , il faut attendre ,je ne suis sûr de rien ….


tatamarre                               C’est ce qui s’appelle être entre le marteau et l’enclume … :-/

halimata                                  Il y a des musulmans qui sont nés en France et considèrent que la France est leur pays comme les autres français des différentes souches. Pourquoi stigmatiser les musulmans français? Ou est le droit de l’Homme dans un pays de Droit de l’Homme? D’ailleurs vous avez des musulmans d’origine française Où voulez vous qu’ils partent? Quelle est leur terre de hijra? Où est la liberté de croyance?.

whess888                              Je pense qu’ils doivent se réjouir de tout cela!!!

Rose Flamingo ·         Ils choisissent de mettre en valeur les seuls opposants qui par betise, pourraient leur donner de l’importance. C’est une stratégie qui ne trompe personne. Les deux sont similaires dans leurs capacités à hair le monde et la terre entiere.
Isabelle Kuhn              halalala, il va falloir les protéger maintenant … pfff. mais bon

Michel Chauder

@Isabelle Kuhn:                      il les a protégés aussi les 150 personnes dcd votre bouffon de hollande… sacré charlotte ….
Imagine Unpeu ·           il va falloir protéger 43 % de français ?

Zang Liliane ·                seulement43%? Et les autres?
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