chimulus_burqa1

A Taïwan, la nouvelle présidente veut défendre la démocratie taïwanaise face à Pékin

Le Monde.fr Brice Pedroletti (Taipei, envoyé spécial)

Tsai Ing-wen au milieu de ses partisans, samedi soir.

Lumière allumée sur leurs téléphones portables levés au-dessus des têtes, ils sont des milliers rassemblés, ce samedi 16 janvier au soir, à Taipei devant le siège du Parti démocrate progressiste (DPP), grand vainqueur des élections présidentielles et législatives à Taïwan. Vêtue d’un blazer noir et d’une écharpe verte, la couleur de son parti, Tsai Ing-wen, 59 ans, première femme élue présidente de la République de Chine (RDC, le nom officiel de Taïwan), s’avance sur la scène devant l’écran géant. « Zongtong hao », « Bonjour Madame la présidente » entonne la foule en cadence, agitant des drapeaux blancs et verts frappés du slogan de la campagne. « Light up Taïwan » (éclairer Taïwan) est une référence à la politique de « boîte noire », c’est-à-dire opaque, reprochée au parti rival, le Kouomintang (KMT) qui vient d’être évincé du pouvoir. La petite dame aux lunettes rectangulaires et aux allures de maîtresse d’école, qui aime se comparer à Angela Merkel, reste un moment silencieuse, émue, avant de déclarer de sa voix à la fois posée mais ferme, que « le peuple de Taïwan a aujourd’hui usé de son droit de vote pour faire l’histoire ».

Avec 56,12 % des suffrages exprimés contre 31,04 % pour Eric Chu, son principal rival, Mme Tsai, ex-technocrate et docteur en droit de la London School of Economics, remporte haut la main la présidentielle et assure pour la première fois à son parti une majorité absolue au parlement – dont le KMT n’avait jamais perdu le contrôle depuis la démocratisation, même sous le double mandat de Chen Shui-bian, le président DPP de 2000 à 2008. Cette double victoire va permettre aux « indépendantistes » – comme Pékin appelle le camp « vert » – de disposer d’une plus ample marge de manœuvre face aux nombreux défis qui se posent à la jeune démocratie taïwanaise, pays souverain mais diplomatiquement isolé, dans un contexte géopolitique de crispation américaine face à la Chine. Tsai Ing-wen a bénéficié du plein soutien de la jeunesse contestataire : l’un des nouveaux partis issu de la société civile, le NPP (New Power Party), ou « la force d’une génération » en chinois, fondé il y a huit mois et allié du DPP, a créé la surprise en s’imposant comme le troisième parti au parlement sur les quatre qui y sont représentés.

Avertissement à la Chine

Des taïwanais célèbrent l'élection de Tsai Ing-wen à la présidence de l'île.
Des taïwanais célèbrent l’élection de Tsai Ing-wen à la présidence de l’île. Chiang Ying-ying / AP

Ce raz-de-marée « vert » à Taïwan sanctionne la politique prochinoise du président sortant, Ma Ying-jeou, et les limites d’un KMT auquel la jeunesse taïwanaise reproche ses mauvaises habitudes d’ancien parti unique. Lors de son premier discours, Mme Tsai, qui a plaisanté sur l’image de « femme cérébrale » qu’elle projetait, a promis un gouvernement « plus soucieux d’écouter le peuple, plus transparent et responsable ». Surtout, elle a eu des mots fermes à destination de la Chine au moment d’évoquer « les relations entre les deux rives du détroit » – c’est-à-dire entre la RDC et la République populaire, qui exige son rattachement à la Chine. Tout en s’engageant à maintenir le « statu quo de paix et de la stabilité [dans le détroit] », l’ancienne ministre des affaires avec la Chine (de 2000 à 2004) a rappelé que « les 23 millions de Taïwanais partagent une même détermination de faire de la RDC [Taïwan] un pays démocratique ». « Notre système démocratique, notre identité nationale et notre espace international doivent être respectés. Toute forme de suppression portera atteinte à la stabilité des relations entre les deux rives du détroit », a-t-elle prévenu à l’intention de l’écrasant voisin chinois.

Lire aussi : A Taiwan, « si on dépend trop de la Chine, on sera comme Hongkong »

La nouvelle présidente a alors évoqué les malheurs de la jeune chanteuse taïwanaise Chou Tzuyu, dont les piteuses excuses à la Chine que lui ont arrachées ses managers sud-coréens après qu’elle a diffusé des photos d’elle chérissant un drapeau taïwanais ont provoqué ces derniers jours un profond émoi à Taïwan. « Présidente, je ferai en sorte que plus personne n’ait besoin de s’excuser pour avoir affirmé son identité », a-t-elle promis.

Ce samedi soir à Taipei, la foule dense rassemblée autour du siège du DPP, sis dans la bien nommée « rue de Pékin », était jeune, joyeuse et disciplinée : les Taïwanais ont la victoire sobre, se gardant de tout débordement. Autour du podium, on pouvait croiser les jeunes leaders de la « révolution des Parapluies » de Hongkong – dont Joshua Wong – venus en observateurs avisés. Mais aussi un étudiant de Chine populaire inscrit dans une université taïwanaise. « Les Taïwanais élisent leur président, car ils ont leurs propres attentes », dit-il, reconnaissant que beaucoup en Chine, où le nom de Tsai Ing-wen a été banni samedi des réseaux sociaux par la censure et sa victoire à peine mentionnée dans la presse, « comprennent très mal ce qui se passe ici ».

Lire aussi : Taïwan : vers la fin du statu quo avec la Chine ?

« Les Taïwanais ont changé »

Célébrations après l'élection de Tsai Ing-wen à la présidence de Taiwan.
Célébrations après l’élection de Tsai Ing-wen à la présidence de Taiwan. Ng Han Guan / AP

Exécutant un pas de danse sur un carré d’herbes, une cigarette au bec, Mai Wanting, 29 ans, venue de Beitou, au nord de Taipei, avec une copine, se dit séduite par la nouvelle présidente. « Je ne fais pas confiance aux politiciens. Mais elle, je lui fais confiance ! Elle n’est pas comme les autres du DPP. Et puis en quatre ans, on a vu qu’elle était sérieuse », confie-t-elle, en référence à l’échec de Tsai lors des présidentielles de 2012. Chen Hsi-jung, un publicitaire d’une soixantaine d’années, se félicite de la victoire du DPP car « c’est un parti vraiment local, démocratique. Le KMT vient de Chine, et puis dans son histoire, ils ont tué beaucoup de gens ! Mais bon, on doit penser à l’avenir. Tsai Ing-wen a d’après moi assez de sagesse pour bien gérer les rapports avec Pékin. On espère que ça poussera le KMT à écouter davantage les locaux ».

Le DPP est né du combat pour la démocratisation de Taïwan dans les années 1980, et nombre de ses cadres ont fait de la prison – à l’instar de Chen Chu, la directrice de campagne de Mme Tsai et mairesse de Kaohsiung, qui a passé six ans dans les geôles du KMT. Pour Huang Yan-bo, 37 ans, et employé dans une grande université, « les résultats des élections montrent que les Taïwanais ont changé. Quand ils ont voté pour Ma Ying-jeou et le KMT [en 2008 et 2012], ils l’ont fait par crainte de la Chine, en pensant que le KMT les protégerait. Mais ils ont découvert que c’était le contraire : le KMT n’ose pas. Ils ne font rien » nous confie-t-il. Ajoutant : « Ces élections, elles reflètent la colère que ressent la majorité des gens. »

Lire aussi : A Taïwan, la candidate indépendantiste portée par la jeunesse contestataire

Taïwan: Tsai Ing-wen, première femme élue présidente, défaite historique pour le Kuomintang

TSAI INGWEN

INTERNATIONAL – Historique. La candidate de l’opposition à Taïwan, Tsai Ing-wen, a enregistré samedi une victoire électorale écrasante pour devenir la première femme présidente de l’île, le parti au pouvoir du Kuomintang favorable au rapprochement avec Pékin ayant concédé sa défaite.

« Je suis désolé… Nous avons perdu. Le KMT a subi une défaite électorale. Nous n’avons pas travaillé assez dur et nous avons déçu les attentes des électeurs », a déclaré Eric Chu, candidat du Kuomintang, au siège du parti alors que le comptage se poursuivait, plus de trois heures après la clôture du scrutin.

Contre un rapprochement avec Pékin

D’après les chiffres communiqués en direct par la télévision, la victoire de Tsai Ing-wen prenait la forme d’un raz-de-marée, avec quelque 60% des voix contre 30% à Eric Chu, dont le parti enregistre une défaite historique.

En votant massivement pour le Parti démocratique progressiste (PDP) de Mme Tsai, le principal parti d’opposition, les Taïwanais ont clairement exprimé leur souhait de tourner le dos à des années de rapprochement avec la Chine. Le KMT a mené depuis huit ans une politique inédite de réchauffement avec Pékin sous l’égide de Ma Jing-jeou.

Mme Tsai, une ancienne universitaire de 59 ans, a vraisemblablement bénéficié du malaise croissant suscité par les relations bilatérales avec Pékin et de la frustration d’une partie des 18 millions d’électeurs face à la stagnation économique.

Censuré en Chine continentale

Du côté de Pékin, on semble d’ailleurs peu apprécier ce raz-de-marée. Après la victoire de la candidate de l’opposition, son nom était censuré samedi 16 janvier sur Weibo, le principal réseau social de Chine, Pékin tentant de limiter le traitement médiatique de son élection et les discussions en ligne.

Les internautes chinois qui cherchaient sur Weibo, la très populaire plateforme de microblogs chinoise, le nom de Tsai Ing-wen ou même la simple expression en mandarin « élections de Taïwan » en étaient pour leurs frais. Ils obtenaient pour toute réponse un message signalant le blocage des censeurs: « En raison des lois, règlements et politiques en vigueur, les résultats pour cette recherche ne peuvent être affichés ».

Lire aussi :

• Un horrible ver aquatique ressemblant à Flubber a été filmé à Taïwan

• Cette étrange mode pour chiens venue de Taïwan

Taïwan élit sa première présidente

Les Echos | Source AFP
  • Tsai Ing-wen (Parti démocrate) femme présidente Taïwan.

    Tsai Ing-wen (Parti démocrate) sera donc a première femme présidente de Taïwan. – AFP

Le Parti démocrate enregistre une victoire écrasante sur le parti au pouvoir du Kuomintang (KMT). Ce dernier avait déjà annoncé sa défaite avant la fin du dépouillement.

La candidate de l’opposition à l’élection présidentile à Taïwan, Tsai Ing-wen, sera donc a première femme présidente de l’île. Le Parti démocrate ayant enregistré une victoire électorale écrasante sur le parti au pouvoir. Le Kuomintang, favorable au rapprochement avec Pékin avait, plus tôt dans le soirée, concédé sa défaite avant même la fin du dépouillement.

«  Je suis désolé… Nous avons perdu. Le KMT a subi une défaite électorale. Nous n’avons pas travaillé assez dur et nous avons déçu les attentes des électeurs », a déclaré Eric Chu, candidat du Kuomintang, au siège du parti alors que le comptage se poursuivait, plus de trois heures après la clôture du scrutin.

Une victoire en forme de raz-de-marée

D’après les chiffres communiqués en direct par la télévision, la victoire de Tsai Ing-wen prenait la forme d’un raz-de-marée, avec quelque 60% des voix contre 30% à M. Chu, dont le parti enregistre une défaite historique.

En votant massivement pour le Parti démocratique progressiste (PDP) de Mme Tsai, le principal parti d’opposition, les Taïwanais ont clairement exprimé leur souhait de tourner le dos à des années de rapprochement avec la Chine. Le KMT a mené depuis huit ans une politique inédite de réchauffement avec Pékin sous l’égide de Ma Jing-jeou. Tsai Ing-wen, une ancienne universitaire de 59 ans, a vraisemblablement bénéficié du malaise croissant suscité par les relations bilatérales avec Pékin et de la frustration d’une partie des 18 millions d’électeurs face à la stagnation économique.

Le PDP plus méfiant envers Pékin

Ce samedi soir, la foule commençait à se rassembler à Taipei au quartier général du PDP, beaucoup plus méfiant envers Pékin. « La Chine n’a pas le droit de revendiquer Taïwan et c’est ce que nous voulons dire au monde », a lancé Angela Shi, une électrice venue spécialement de San Francisco où elle habite pour voter.

Le dégel des relations avec Pékin avait culminé fin novembre avec le premier sommet depuis la séparation de la Chine continentale et de l’île de Taïwan il y a plus de 60 ans. Malgré la signature d’accords commerciaux et un boom touristique sur l’île, nombre d’habitants estiment qu’en étant devenue dépendante économiquement de Pékin, Taïwan a perdu de son identité et de sa souveraineté. Beaucoup estiment aussi être les laissés-pour-compte d’une politique qui n’a profité qu’aux grandes entreprises.

Une chanteuse de K-pop dans les débats

Mais c’est le sort de Chou Tzu-yu, chanteuse taïwanaise de variété K-pop de 16 ans, qui a dominé les débats ce samedi : les principaux candidats sont montés au créneau pour la défendre après qu’elle eut été contrainte de présenter ses excuses pour avoir agité un drapeau taïwanais et déplu à certains internautes chinois.

Si le territoire vit sa propre destinée depuis 1949, lorsque les nationalistes du KMT s’y étaient réfugiés après avoir été vaincus par les communistes, la Chine considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire qu’elle peut reprendre par la force le cas échéant. Après la mort de Chiang Kai-shek en 1975, Taïwan s’est démocratisée peu à peu.

Pekin met en garde

La candidate de l’opposition, Tsai Ing-wen, a expliqué que Taipei devait mettre fin à la dépendance économique envers Pékin et qu’elle écouterait l’opinion publique en ce qui concerne les relations bilatérales. Signe de son pragmatisme, elle a pris soin de souligner que le « statu quo » serait maintenu, mettant beaucoup d’eau dans le vin du discours traditionnellement indépendantiste du PDP.

Un consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei veut qu’il n’y ait qu’ « une seule Chine » et laisse à chaque partie le loisir d’interpréter cela comme elle l’entend. Il s’agit de tranquilliser Pékin mais aussi les Etats-Unis, principal allié de Taipei, qui craignent pour la stabilité de la région. De plus, Tsai sait que la grande majorité des électeurs veulent aussi la paix alors que le PDP n’a jamais reconnu ce consensus.

La Chine a d’ores et déjà averti qu’elle ne traiterait pas avec un dirigeant qui ne reconnaîtrait pas que Taïwan fait partie d’ « une seule Chine ». La plupart des experts estiment inévitable une certaine dégradation des relations. Mais ils pensent qu’un retour éventuel de bâton ne sera pas immédiat, car s’aliéner Taïwan irait à l’encontre du but ultime de Pékin, la réunification.

«  Les relations vont être plus compliquées, moins prévisibles. Elle vont se détériorer mais l’intérêt de Pékin c’est de maintenir Taïwan dans la dépendance économique », estime Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong.

Avec sa victoire, Tsai Ing-wen va offrir à son parti sa deuxième présidence depuis les deux mandats de Chen Shui-bian (2000-2008). Le PDP espèrait bien aussi surfer sur l’insatisfaction des Taïwanais pour en outre remporter, et pour la première fois, la majorité des 113 sièges au Parlement monocaméral aux législatives qui se déroulaient le même jour.

Taïwan/présidentielle: victoire écrasante de la candidate de l’opposition

La candidate de l’opposition à Taïwan, Tsai Ing-wen, a enregistré samedi une victoire électorale écrasante pour devenir la première femme présidente de l’île, infligeant une défaite cinglante au parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), artisan du rapprochement avec Pékin.

D’après les chiffres communiqués par la télévision, la victoire de Mme Tsai, du Parti démocratique progressiste (PDP), prenait la forme d’un raz-de-marée, avec quelque 60% des voix contre 30% à Eric Chu, dont le KMT enregistre une déroute historique, qui se traduisait aussi par la perte — historique — de sa majorité au Parlement.

Si ce score se confirmait, il s’agirait de la victoire la plus écrasante d’un parti à la présidentielle à Taïwan.

La victoire de Mme Tsai va inévitablement compliquer, voire dégrader, les relations entre Taïwan et la Chine, selon des experts.

En votant massivement pour la candidate du PDP, principal parti d’opposition, les Taïwanais ont clairement exprimé leur souhait de tourner le dos à des années de rapprochement avec Pékin. Le KMT a mené depuis depuis huit ans une politique inédite de réchauffement avec le régime communiste chinois sous l’égide de Ma Jing-jeou.

Le KMT a rapidement reconnu sa défaite samedi soir. « Je suis désolé… Nous avons perdu. Nous n’avons pas travaillé assez dur et nous avons déçu les attentes des électeurs », a déclaré Eric Chu, au siège du Kuomintang alors que le comptage se poursuivait, cinq heures après la clôture du scrutin.

M. Chu a également annoncé que le KMT avait perdu sa majorité au parlement, « un changement drastique et sans précédent » pour son parti. Le PDP a remporté pour la première fois la majorité des 113 sièges au parlement monocaméral aux législatives qui se déroulaient samedi également.

Eric Chu a annoncé sa démission comme chef du parti dans la foulée, s’inclinant profondément en signe de contrition devant les sympathisants en plein désarroi du KMT.

« Nous voulons féliciter le PDP pour sa victoire », a ajouté le dirigeant, « c’est le mandat du peuple de Taïwan » qui est « le plus grand vainqueur », a-t-il dit.

Mme Tsai va offrir à son parti sa deuxième présidence depuis les deux mandats de Chen Shui-bian (2000-2008).

L’ancienne universitaire de 59 ans a bénéficié du malaise croissant suscité par les relations bilatérales avec Pékin et de la frustration d’une partie des 18 millions d’électeurs face à la stagnation économique.

Samedi soir, la foule s’était rassemblée à Taipei au quartier général du PDP. « La Chine n’a pas le droit de revendiquer Taïwan et c’est ce que nous voulons dire au monde », a lancé Angela Shi, une électrice venue spécialement de San Francisco où elle habite pour voter.

Le dégel des relations avec Pékin avait culminé fin novembre avec le premier sommet depuis la séparation de la Chine continentale et de l’île de Taïwan il y a plus de 60 ans.

– Mise en garde de Pékin –

Malgré la signature d’accords commerciaux et un boom touristique à Taïwan, nombre d’habitants estiment qu’en étant devenue dépendante économiquement de Pékin, l’île a perdu de son identité et de sa souveraineté.

Beaucoup estiment aussi être les laissés-pour-compte d’une politique qui n’a profité qu’aux grandes entreprises.

Le territoire vit sa propre destinée depuis 1949, lorsque les nationalistes du KMT s’y étaient réfugiés après avoir été vaincus par les communistes.

Mais la Chine considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire qu’elle peut reprendre par la force le cas échéant.

Mme Tsai a expliqué que Taipei devait mettre fin à la dépendance économique envers Pékin et qu’elle écouterait l’opinion publique en ce qui concerne les relations bilatérales.

Signe de son pragmatisme, elle a pris soin de souligner que le « statu quo » serait maintenu, mettant beaucoup d’eau dans le vin du discours traditionnellement indépendantiste du PDP.

Un consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei veut qu’il n’y ait qu' »une seule Chine » et laisse à chaque partie le loisir d’interpréter cela comme elle l’entend.

Il s’agit de tranquilliser Pékin mais aussi les Etats-Unis, principal allié de Taipei, qui craignent pour la stabilité de la région.

Mme Tsai sait que la grande majorité des électeurs veulent aussi la paix alors que le PDP n’a jamais reconnu ce consensus.

La Chine a d’ores et déjà averti qu’elle ne traiterait pas avec un dirigeant qui ne reconnaîtrait pas que Taïwan fait partie d' »une seule Chine ».

La plupart des experts estiment inévitable une certaine dégradation des relations. Mais ils pensent que s’aliéner Taïwan irait à l’encontre du but ultime de Pékin, la réunification.

« Les relations vont être plus compliquées, moins prévisibles. Elle vont se détériorer mais l’intérêt de Pékin c’est de maintenir Taïwan dans la dépendance économique », estime Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong.

Tsaï Ing-wen, pro-indépendance, élue à la présidence de Taïwan

TAIPEI, Taïwan (Reuters) – La chef de file de l’opposition taïwanaise favorable à l’indépendance de l’île vis-à-vis de la Chine, Tsaï Ing-wen, a été élue samedi à la présidence au terme d’un scrutin suivi de très près à Pékin.

Dans son discours de victoire, la candidate du Parti démocratique progressiste (DPP) a salué la « démocratie profondément enracinée » dans la société taïwanaise et annoncé qu’elle défendrait la souveraineté taïwanaise.

Le Kuomintang, parti nationaliste au pouvoir depuis la sécession de l’île en 1949 et dont est issu le président sortant Ma Ying-jeou, qui ne pouvait pas briguer un nouveau mandat, avait prévenu les électeurs que la question de la stabilité était le principal enjeu du scrutin.

Son candidat, Eric Chu, a reconnu sa défaite. « Eric Chu a déçu tout le monde. Nous avons perdu. C’est la défaite des nationalistes », a-t-il déclaré, entouré de ses partisans le visage fermé. Il a également annoncé sa démission en tant que président du parti nationaliste.

Le Premier ministre taïwanais, Mao Chi-kuo, a lui aussi démissionné dans la foulée.

Devant le siège du DPP, les partisans de Tsaï Ing-wen pleuraient eux, mais de joie.

« Le peuple taïwanais méprise le parti qui est trop proche de la Chine », a déclaré Jeff Chang, 35 ans. Pour Anita Lin, 37 ans, « l’avenir de Taïwan n’est pas en Chine. Il est dans le monde. »

UN POSTE PARTICULIÈREMENT DANGEREUX

La nouvelle présidente accède à un poste particulièrement dangereux, avec la Chine et ses centaines de missiles pointés sur l’île.

Elle va devoir équilibrer les intérêts de l’hyper puissance chinoise, qui est également le premier partenaire commercial de Taïwan, et de l’allié américain avec le désir d’autonomie des habitants de l’île au régime démocratique.

Pékin, qui a suivi le scrutin de très près et a multiplié ces derniers mois les mises en garde contre toute velléité de déclaration d’indépendance de Taïwan, n’a pas réagi dans l’immédiat.

Depuis l’élection de 2008 qui a vu la victoire du pro-chinois Ma Ying-jeou, les relations entre Taïwan et la Chine s’étaient réchauffées. En témoignent les nombreux accords commerciaux conclus entre Taïpei et Pékin et la rencontre historique de Ma et Xi Jinping en novembre.

Mais si les relations avec Pékin se sont améliorées ces dernières années, cela n’a pas empêché l’économie de l’île d’entrer en récession l’an dernier.

La popularité du DPP s’est envolée après les manifestations de 2014 contre les accords commerciaux signés par le président Ma avec la Chine, dont nombre de Taïwanais redoutent l’influence et les ambitions. Des centaines d’étudiants avaient occupé le Parlement taïwanais pendant des semaines.

Tsaï Ing-wen sait qu’elle a le vent de l’Histoire contre elle. Ni Ma, ni ses prédécesseurs n’ont jamais réussi à mettre sur pied une réconciliation durable avec la Chine, qui considère Taïwan comme une simple province rebelle à reprendre par la force si nécessaire.

Au milieu des années 1970, des tirs étaient encore échangés entre les deux parties.

Taïwan: Après l’élection de la première présidente femme, le spectre des tensions avec la Chine

TAIWAN – Pékin a d’ores et déjà averti qu’elle s’opposerait résolument à toute velléité d’indépendance de Taïwan, qu’elle considère comme partie intégrante de son territoire…

Elle vient à peine d’être élue que se profilent de nouvelles tensions avec la Chine continentale. Tsai Ing-wen, devenue samedi la première femme présidente de Taïwan, a infligé une défaite cinglante au parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), favorable au rapprochement avec Pékin. Cette élection «représente un défi sérieux pour les relations de part et d’autre du détroit de Taïwan» et «soulève des inquiétudes», a réagi la Chine.

Jamais trop tard : « Comprendre les enjeux des élections à Taïwan » https://t.co/zDRShQhfVl— Pierre-Yves Baubry (@pybaubry) January 17, 2016

En portant au pouvoir cette ancienne universitaire de 59 ans, les Taïwanais ont voulu balayer les huit dernières années, au cours desquelles s’est opéré un rapprochement inédit avec la Chine continentale.

«De nouveaux troubles sont à prévoir»

«C’est un séisme politique», estime Jean-Pierre Cabestan, un spécialiste de Taïwan de l’Université baptiste de Hong Kong. «Je ne crois pas que Pékin réagira rapidement, mais de nouveaux troubles sont à prévoir.» «Il serait surprenant que (le président chinois) Xi Jinping, qui a fait preuve de fermeté avec le monde entier, ne se montre pas également ferme avec Taïwan», poursuit-il, tout en ajoutant que l’attitude de Pékin dépendra de celle de Tsai Ing-wen, mais également de Washington, principal allié de Taipei. La Chine a d’ores et déjà réagi en avertissant qu’elle s’opposerait résolument à toute velléité d’indépendance de Taïwan.

L’île, anciennement appellée Formose, suit son propre chemin depuis 1949, année où les nationalistes du KMT s’y étaient réfugiés après avoir été vaincus par les communistes. La Chine considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire qu’elle peut reprendre par la force le cas échéant. L’île n’est jamais allée jusqu’à proclamer son indépendance. Un consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei veut qu’il n’y ait qu’«une seule Chine» et laisse à chaque partie le loisir d’interpréter cela comme elle l’entend.

Sauf que le PDP -qui a déjà donné un président à l’île entre 2000 et 2008- n’a jamais reconnu ce consensus. Signe de son pragmatisme, la nouvelle présidente a pris soin avant son élection de souligner que le statu quo serait maintenu, bien consciente de ce qu’une majorité d’électeurs, bien qu’hostiles à un rapprochement excessif avec Pékin, ne veulent pas non plus la confrontation.

Un sympatisant du parti d’opposition taïwanais brandit un panneau où est dessinée la solhouette de l’île, à Taipei le 15 janvier 2016. – Nicolas Datiche/SIP

Mais si elle a réaffirmé samedi son souhait de relations pacifiques entre les deux rives du détroit de Formose, elle a aussi affirmé à ses partisans survoltés que Taipei ne se laisserait pas intimider. «Ce qu’elle leur a dit, c’est qu’elle était prête à promouvoir la stabilité dans les relations avec la Chine, mais seulement si Pékin se gardait de toute menace de coercition et de toute tentative de resserrer l’étau diplomatique autour de Taïwan», a déclaré John Ciorciari, professeur de sciences politiques à l’Université du Michigan.

Le drapeau qui fâche

Signe des tensions avec la Chine, Chou Tzu-yu, une chanteuse taïwanaise de K-pop de 16 ans, a été contrainte de présenter ses excuses pour avoir agité le drapeau taïwanais et déplu à des internautes chinois. Cette vidéo d’excuses avait été vue plus de 2,6 millions de fois samedi quelques heures après sa publication. Dans son discours de victoire, la nouvelle présidente a vu cette affaire comme «un rappel constant de l’importance d’être forts et unis».

«Cet incident (…) a fait remonter les vieilles rancoeurs à l’égard de la Chine», observe George Tsai, politoloque à l’Université de la culture chinoise de Taipei. «Il a probablement coûté au KMT des centaines de milliers de voix».

=============

Commentaires

Hate and Love  •                      Tsaï va devoir « équilibrer » les intérêts de la Chine ……………….. elle va surtout devoir sortir  son pays de la recension ( au dernier trimestre) .
les exportations avec la Chine son tombées à 20% du fait du ralentissement de celle -ci ( pour 40% auparavant )
la nouvelle Présidente va  devoir trouver d’autres partenaires , le Japon est en pole position

Jean Pierre  •                              La liberté la chine ne connaît pas .
  • patricia  •                         L’avenir de chaque pays est avec le monde, internet et la mondialisation permettent ça pour ceux qui veulent aller vers l’avenir sans immigrer.
  • Agathos  •                          Personne ne comprendra l’article si on n’éclaire pas cette histoire d’indépendance.
    Taïwan est indépendante de fait mais Pékin refuse de la reconnaître.
    Et Taïwan refuse de reconnaître le gouvernement de Pékin.
    Refusant de reconnaître Pékin, Taïwan a conservé l’ancienne assemblée de la république chinoise avec des députés pour toute la Chine.
    Dans ces conditions, il est impossible que le peuple de Taïwan puisse avoir une majorité à l’assemblée.
    Et donc l’opposition veut juridiquement l’indépendance afin de se débarrasser de ces députés de circonscriptions continentales fantoches.
  • Hircozarus  •                   ça annonce sûrement l’élection d’une indépendantiste française prochainement en France !
    c’est comme Beata Szydlo élue en Pologne l’année dernière contre les intérêts allemands !
  • Marc B  •                        Taïwan démontre que la démocratie n’est pas une idée ou un système incompatible avec la culture Chinoise, comme le répètent les tyrans de Pékin.

    Louis  •                               L’intérêt de Taiwan est l’indépendance tout en conservant de bonnes relations commerciales avec la Chine. Taiwan doit être reconnu par l’ONU. De Gaulle à trahi Tchan Kai Cheik qui était notre allié. Même s’il fallait reconnaître la Chine. Les deux allaient de paire. L ‘Europe doit intégrer le fait d’une Taiwan indépendante. Courber le dos devant la Chine ne sert à rien. Ils nous respecteront mieux si nous sommes fermes. La Chine a plus à perdre de ne plus commercer avec l’Europe.
    Hate and Love  •               le succès de la « révolte des Tournesols » et l’engagement en politique des jeunes …. confrontés à des salaires bas , et l’absence de perspectives d’avenir … chômage à 13%
  • julien  •                                 Il faut bien savoir qu’une immense partie des Taiwanais d’aujourd’hui sont les petits fils du KMT « historique »; ceux qui durent fuir le continent, la queue entre les jambes, laissant tous leurs biens.
    Normal qu’ils nourrissent un fort ressentiment à l’égard du pouvoir central de Beijing.
  • Lucien  •                                De Tchang Kaï-chek à Tsai Ing-wen, l’anti communisme revient mais auront-ils la puissance nécessaire pour rester aussi indépendants qu’ils le croient ? Pas sûr, depuis plus de 65 ans la Chine ne s’est pas affaiblie au contraire !
  • Jean Coule  •                        La seule Chine légitime. J’espère qu’ils vont envahir la Chine communiste…
  • Cocochénou  •                     Vive Taïwan !
  • Deus Vult  •                           tant mieux, c’est une gifle à ces communistes de chintok
  • Denise  •                                je ne m inquiète pas, les américains ont bien dû œuvrer pour cela!
  • kimo  •                                     Bientôt on arrivera au tribalisme….
    WorldNews  •                        Avec les produits chinois les pauvres peuvent acheter et vivent mieux! le monde entier doit remercier la Chine!
    Bigorneau Mayonaise  •   dites moi avec qui la chine s’ entend bien ? tout est question de corruption piston , pression , expropriation , à présent ils cherchent à s’ approprier les iles aux larges des Philippines qui ne leurs appartiennent pas pfffff

Miaou MINOUCHE                     La Chine va bientôt se réveiller, car c’est contagieux ce genre d’idéologie séduisante, et les Chinois de la République Populaire de Chine ne sont pas sourds…. Tant mieux!

Citoyen étonné                              Les investissements de Taiwan sont en Chine. Les usines de Taiwan (Foxconn etc.) sont en Chine. Et la croissance de Taiwan, aussi, est en panne.

aureldunet                                    En vu de son allégeance en vers l’Europe et le US, j’aimerais savoir qui a financé sa campagne… On va vite voir monter la discorde entre cet État et celui de la chine, pour pouvoir provoquer encore un désastre économique dans ce monde, car si la Chine vacille, vous français, aller le ressentir car on nous parlera de crise comme 2008, voire pire, bien pire. Et cette influence occidentale se verra non pas vertueuse, mais destructrice… encore un peu plus de chaos dans ce monde, c’est certainement leur objectif.

Publicités