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Pédiatres, psys ou enseignants, ils appellent à « éloigner les tablettes des enfants »

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO

En janvier 2013, l’Académie des sciences, dans son rapport « L’enfant et les écrans », exprimait un avis favorable concernant l’utilisation des tablettes par les jeunes enfants. Plus de soixante chercheurs avaient vivement réagi.

Malgré leurs protestations, force est de constater que cet objet dont les effets mériteraient d’être soigneusement étudiés se retrouve de plus en plus fréquemment dans les mains des bambins, que ce soit dans la sphère privée ou publique (crèche, école maternelle).

Des scientifiques apportent pourtant leur caution. « Jouer sur une tablette, c’est bon pour les ­bébés », affirme ainsi le professeur Olivier Houdé, chercheur en psychopédagogie.

Aujourd’hui, nous, psychologues, orthophonistes, psychiatres, pédiatres, enseignants, bibliothécaires, infirmières scolaires, chercheurs et parents, faisons le même constat que celui qui a été fait pour la télévision : la tablette cause de sérieux troubles chez l’enfant lorsqu’elle devient le principal outil de stimulation.

Nous observons que l’usage intensif de la tablette :

1 – augmente les troubles de l’attention ;

2 – retarde l’émergence du langage ;

3 – entrave la construction du principe de causalité et des premières notions de temps ;

4 – altère le développement de la motricité fine et globale ;

5 – nuit à une socialisation adaptée.

Ce constat, nous l’avons fait en comparant de nombreux enfants avec d’autres moins exposés, ou en étudiant des enfants dont la consommation a été réduite à la suite des limitations que nous prescrivons.

Ecole numérique: l’OCDE met en garde contre une utilisation intensive des nouvelles technologies

ECOLE NUMERIQUE

EDUCATION – Faire de la France un des pays leaders en matière de « e-enseignement ». Telle était l’ambition de François Hollande quand il a présenté en mai dernier un énième plan pour développer l’école numérique. Le chef de l’Etat promettait alors un milliard d’euros sur trois ans. « Cinq disciplines de collège seront ouvertes en priorité: le français, les mathématiques, les langues étrangères, l’histoire-géographie et, enfin, les sciences », ajoutait le président de la République, souhaitant que « tout soit prêt dès la rentrée 2016 ».

D’ici là, les experts du ministère de l’Education nationale devront avoir jeté un oeil sur un rapport que l’OCDE publie ce mardi 15 septembre. Intitulée « Connectés pour apprendre? Les élèves et les nouvelles technologies », cette enquête Pisa apporte des résultats qui peuvent paraître surprenants.

Pas concernant le taux d’équipement en ordinateurs des enfants et adolescents des pays développés qui ont très largement accès à ces technologies. « En 2012, 96 % des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE indiquaient avoir un ordinateur à la maison », peut-on lire dans le rapport où il est également précisé que plus de 3 sur 4 ont un accès à l’école. La France obtient des bons résultats dans ces deux domaines: 99% des enfants ont un ordinateur à la maison et à l’école (16ème sur 64), il y a 2,9 enfants par ordinateur (26ème) contre 4,7 enfants en moyenne ce qui montre un équipement en nombre suffisant.

Technologie et égalité des chances: ce n’est pas ça

Cependant, et c’est là que la surprise apparaît, utiliser ces outils dans les écoles n’est pas une garantie de succès scolaire. Dans le meilleur des cas, utiliser les nouvelles technologies en classe n’apporte que des résultats mitigés. Si l’étude suggère qu’une utilisation limitée de ces outils est préférable à pas du tout d’utilisation, elle montre aussi que « les niveaux d’utilisation supérieurs à la moyenne actuelle des pays de l’OCDE sont associés à des résultats significativement plus faibles ».

« En moyenne, au cours des dix dernières années, les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les technologies de l’information et de la communication dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences », est-il établi.

Voilà une autre mise en garde à l’encontre des gouvernements qui misent à fond sur le numérique pour combler la fracture éducative. « Les nouvelles technologies ne sont pas d’un grand secours pour combler les écarts de compétences entre élèves favorisés et défavorisés. C’est sans doute le constat le plus décevant de ce rapport », notent leurs auteurs.

Pour eux, la solution aux maux de l’éducation passe par autre chose, notamment un retour aux savoirs de base. « Le fait de garantir l’acquisition par chaque enfant d’un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques semble bien plus utile pour améliorer l’égalité des chances dans notre monde numérique que l’élargissement ou la subvention de l’accès aux appareils et services de haute technologie », énonce l’OCDE.

« Que les enseignant deviennent des acteurs du changement »

Pour expliquer ces résultats, l’organisation avance deux hypothèses:

  • « Le développement d’une compréhension conceptuelle et d’une réflexion approfondies requiert des interactions intensives entre enseignants et élèves. » En clair, la technologie empêche parfois les protagonistes de l’école d’avoir les bonnes relations indispensables au savoir.
  • « En nous contentant d’ajouter les technologies du XXIe siècle aux pratiques pédagogiques du XXe siècle, nous ne faisons qu’amoindrir l’efficacité de l’enseignement. » Pour les auteurs de l’étude, il est possible qu’en l’état actuel des connaissances, on ne maîtrise pas assez le type d’approches pédagogiques qui permettent d’utiliser ces nouveaux outils.

« Afin de concrétiser les promesses des nouvelles technologies, les pays ont besoin d’une stratégie convaincante pour renforcer les capacités des enseignants. (…) Si nous souhaitons mobiliser les appuis en faveur d’une école plus ouverte aux nouvelles technologies, nous devons mettre en place de meilleures stratégies, tant pour communiquer sur la nécessité du changement que pour mobiliser les soutiens en sa faveur. (…) Enfin, il est crucial que les enseignants deviennent des acteurs engagés de ce changement, en participant non seulement à la mise en œuvre des innovations technologiques, mais aussi à leur conception », conclut Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l’OCDE.

Lire aussi :

• « Comment nous passons à côté de la révolution numérique à l’école », par Julien Tartaglia

• « Le numérique à l’école reste à inventer », par Gilles Babinet

• Les régions où les élèves redoublent le plus (et le moins)

Le numérique à l’école ne fait pas de miracle (pour l’instant)

L’introduction des technologies de l’information et de la communication (TIC) est-elle utile à l’école ? Réponse en demi-teinte dans une enquête Pisa, de l’OCDE.

Au groupe scolaire Pasteur de Clichy La Garenne (92), des classes expérimentales testent les nouveaux outils numériques. (E.B./L'Obs)Au groupe scolaire Pasteur de Clichy La Garenne (92), des classes expérimentales testent les nouveaux outils numériques. (E.B./L’Obs)

Trouver un renseignement, prendre un rendez-vous professionnel, échanger au sein de son entreprise… les échanges se font désormais plus souvent par écrit, via internet. L’ordinateur est devenu incontournable. Dans tous les pays, les écoles et les familles ont donc investi des fortunes pour s’équiper en informatique, en connexion internet et en logiciels. Pour quels résultats ?

Une enquête PISA (Program for International Student Assessment) menée en 2012, a évalué la façon dont les élèves maîtrisent l’écrit sur internet. C’est une première, et une douche froide. Le rapport, qui sort le 15 septembre, révèle  » l’immense décalage entre la réalité de notre école et les promesses des nouvelles technologie « , résume Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l’OCDE, dans l’avant-propos.

En 2012, dans la plupart des pays de l’OCDE, 96% des élèves de 15 ans ont un ordinateur à la maison, mais 72% seulement déclarent utiliser un ordinateur de bureau, un ordi portable ou une tablette à l’école. Comment maîtrisent-ils cet outil ? Les enquêteurs de l’OCDE ont conçu autour de Seraing, une ville fictive en Belgique, une simulation de navigateur, avec des sites web, des onglets et des hyperliens, qui a permis d’offrir aux jeunes un environnement numérique contrôlé, et de comparer la façon dont ils l’utilisaient. 38 000 élèves de 32 pays de l’OCDE ont planché sur des épreuves communes.

Sans surprise, on constate d’abord que là où il y a une bonne maîtrise de l’écrit  » papier « , il y a une bonne maîtrise de l’écrit  » en ligne « . Savoir comprendre et exploiter un texte, qu’il soit sur le papier ou sur un écran, requiert les mêmes compétences. Mais il faut en outre savoir naviguer entre des page/écrans, discerner les sources utiles et dignes de confiance dans la kyrielle des offres d’informations, évaluer la pertinence des liens proposés, et ne pas se perdre en chemin. Le test Seraing permettait d’évaluer tout cela. Par exemple, mesurer pour une des tâches qui leur était donnée, combien de pages hors-sujet les élèves ont u ouvrir. Une manière de mesurer leur discernement et leur concentration.

Toujours les mêmes

Dans le classement PISA publié aujourd’hui, on retrouve en tête de liste les pays qui ont traditionnellement les meilleurs scores en compréhension de l’écrit « papier » : Singapour, la Corée, Hong-Kong (Chine), le Japon, le Canada et Shanghai (Chine).

Pourtant, les deux classements –compréhension de l’écrit électronique, compréhension de l’écrit sur papier- ne sont pas toujours raccord. Singapour, par exemple, avec un score de 567 en lecture sur le net (la moyenne de l’OCDE est à 500), fait mieux en maîtrise de l’écrit sur le web, qu’en compréhension de l’écrit sur papier. Même chose pour la Corée (555), l’Australie (521), le Canada (532), les Etats-Unis (511). La France (511) est aussi dans ce cas : elle est classée entre les 10e et 14e rangs pour la compréhension de l’écrit électronique, et entre les 12e et 16e rangs seulement pour la lecture papier. L’honneur est sauf : la France reste au-dessus de la moyenne. Des résultats à rapprocher aussi du suréquipement des familles, dans tous les milieux.

Pas d’effet notable

L’utilisation d’internet à l’école dessine une courbe en cloche : l’absence totale d’ordinateur est associée à un faible niveau de lecture sur le net ; les performances sont optimales quand l’élève utilise la machine une à deux fois par semaine; au-delà, elles s’effondrent, d’autant plus que l’usage de l’ordinateur est plus fréquent.

Pour autant, et c’est la leçon essentielle de ce rapport, les investissements dans les TIC (technologies de l’information et de la communication) éducatifs ont un faible impact sur les résultats scolaires des élèves, tant en sciences, en maths qu’en maîtrise de l’écrit. L’usage de l’ordinateur ne réussit pas non plus à combler les écarts entre élèves favorisés et élèves défavorisés.

Comment analyser ces constats ? Les auteurs du rapport s’y emploient. D’une part, il est fort probable que rien ne remplace l’échange direct entre le professeur et l’élève. D’autre part, l’ordinateur est encore mal utilisé. Les logiciels éducatifs sont rustiques. Les enseignants ne savent pas toujours tirer parti des ressources. Ils ne sont pas assez formés. « Nous ne maîtrisons pas encore assez le type d’approches permettant de tirer pleinement profit des nouvelles technologies », écrit encore Andreas Schleicher.

Lorsque les élèves utilisent leurs smartphones pour copier-coller des réponses toutes faites aux questions qui leur sont posées, il est peu probable que leurs capacités intellectuelles s’en trouvent renforcées « .

A bon entendeur…

Numérique : pas un outil miracle pour améliorer les notes des élèves

Les pays qui ont beaucoup investi dans le numérique n’ont pas enregistré d’amélioration notable des résultats, selon un rapport de l’OCDE.

Source AFP | Le Point.fr

Le numérique ne suffit pas à améliorer les résultats des élèves (photo d'illustration).
Le numérique ne suffit pas à améliorer les résultats des élèves (photo d’illustration).©LYDIE/SIPA

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Commentaires

Cleveland  • 

Plus les années passent et moins les élèves sont intelligents, soit c’est fait exprès soit c’est des générations de nazes… Je penche plus pour la première hypothèse car ces dernières années on pense de plus en plus par nous même et non comme cette pseudo démocratie le voudrait…

martine  •

Hilarant ! en quoi le numérique remplacerait-il le travail ? ce bon vieux truc oublié ?

Serge  • 

Peu importe, l’enseignement dispensé est en totale inadéquation avec ce qui attend les adultes de demain…

~~ Auld Lang Syne ~~  • 

l’odeur du papier , du crayon , de la colle hum.. c’était le bon temps

CD  • 

Le numérique c’est comme les laboratoires de langues il y a 40 ans. C’est un gadget à l’école et ça ne remplace pas le travail et un bon enseignant.

desfaucheux  • 

si l’on enlève, les vacances de juillet (30 jours), août (30 jours), octobre (15 jours), décembre (15 jours), février (15 jours), avril (15 jours), les jours féries (10 jours), les week-end (52 semaines, 2 jours = 104 jours), bien sûr cela est une moyenne et bien l’élève est à l’école environ 130 jours, comment peut on apprendre en 130 jours, et bien soit le programme est nul, soit le programme n’est pas adapté à la réalité

TopLa  • 

Des millions dépensés pour équiper les écoles de Minitel, puis de PC, maintenant des tablettes, bientôt on leur paiera des smartphones pour aller sur Facebook !

  • roger s  •

    ……doter tous les collégiens d’un outil numérique d’ici à 2018. Que ça sonne bien ! Cela apporte -t-il vraiment quelque chose ou pas ? On a eu les maths … l’apprentissage de la lecture …. et curieusement on est toujours revenu aux fondamentaux. Mais on va  » doter » > un don de l’état , tous les > ( égalité – puissance de la dotation , on ne fait pas dans la dentelle ) , un outil ( wow ! c’est technique donc garant de réussite ) d’ici à (quelle dynamique ) ! Le marketing , quel bel outil !

    sfdsdf s  • 

    Najat, Fleur….DEHORS !
    VIVE CLAUDE ALLÈGRE !

    Mival87  • 

    Même avec un stylo en or, un âne ne saura pas écrire ! Pareil pour le matos informatique ! Il faudrait pouvoir mettre le disque dur et la mémoire vive dans leur crâne !

Karim                                   Quel article, quel appel au secours de la part de ses spécialistes! Brr, j’en frémis… « Entre feutres et ­tablette, pas d’hésitation : l’enfant choisit ce qui scintille, bouge, etc. » Il a bien raison. Parce que le feutre est dépassé. Article excessivement alarmiste, bourré d’évaluations et d’estimations hasardeuses. La tablette tue l’attention? Les livres aussi! « Et parmi eux, beaucoup ont l’écran comme principale source de stimulation. » Ils appellent ça une étude…

Jean-Claude P                      Les enfants idiots, dont la culture du père se limite au foot et celle de la mère aux people, deviendront encore plus idiots, et les enfants dont les parents s’intéressent à l’éducation seront encore plus instruits et familiers avec le monde moderne. Comme dit plus haut Umbolt, le conservatisme et la technophobie de cette tribune sont atterrants. Pour être aussi conservateur; je dirai que dans mon enfance, il n’y avait pas de « pédopsychiatres », et que ça n’allait pas plus mal !

Lucine                                   Il serait souhaitable également de rappeler que les tablettes mettent les enfants en contact étroit avec des nano-particules, qui ont la propriété de traverser la peau sans difficulté, de passer dans le sang, dans le cerveau et finalement de pénétrer dans le noyau des cellules dont elles peuvent modifier l’ADN. Cela ne peut qu’aggraver les problèmes de motricité des enfants, voire affecter leur intelligence tout court.

Grégoire                               J’ai exactement la même opinion des livres d’images. Je ne parle même pas des livres à colorier. Les jeunes enfants sont des petits animaux, peut être mignons et encore. Qui ne savent même pas lire et écrire, c’est dire leur état primitif. Et tout çà coute des fortunes à la société. çà suffit…

Christine 

@Umbolt :                              il existe un nouveau conservatisme qui considère que toute remise en cause des usages du numérique est conservatrice. Bien sûr que le pouvoir de fascination de l’écran empêche les enfants de vivre d’autres expériences et d’acquérir d’autres savoirs. Quant aux vertus pédagogiques des jeux vidéo, permettons nous de douter ! Il faut mieux utiliser les écrans et ne pas les donner aux jeunes enfants. Raisonnable et intelligent.

Un étudiant                           Sur quoi se basent les gens vous pour douter des vertus du jeu-vidéo? Leur vision arbitraire du phénomène? http://www.scienceshumaines.com/les-jeux-video-sont-ils-bons-pour-le-cerveau_fr_15191.html http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/12/jeux-video-bienfaits-sante_n_4264120.html Essayez de jouer à Minecraft ou Fallout par exemple, et osez encore douter des qualités que peut avoir le jeu-vidéo! Par contre, questionner la nocivité des préjugés n’a jamais fait de mal à personne…

Louis de Saint-PriestLouis de Saint-Priest
« …. pas progresser pour l’instant »….
supposons qu’il faille dix ans pour que les « progrès » se remarquent, ce sera une génération scolaire sacrifiée sur l’autel de la co…… à la portée de tous et sur le tapis vert des marchands de tablettes etc…
Un professeur demi-c.. + un ordinateur ne sont donc pas encore la panacée du savoir…
un professeur habile et cultivé + un ordinateur de temps en temps sont donc plus efficaces mais ô combien plus coûteux en complications sociales ….

ravachol                                  Taper sur un clavier numérique… n‘a jamais donné l’intelligence et le savoir ; les bases mathématiques classiques, l’orthographe et la grammaire… En sont le support. Et ce n’est pas le clavier qui vont le donner…
Hpets                                       Un milliard de jeté par la fenêtre… C’est tout. Les enseignants ne sont et ne seront pas formés, ils ne veulent pas du numérique car les supports pédagogiques n’existent pas, ce n’est pas en 3 jours qu’ils vont être mis au point. Quand bien même les supports existeraient la grande majorité des enseignants n’en veut pas car elle ne voit pas l’intérêt que cela apporte à l’enseignement.
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