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Comprendre la crise du porc avant la réunion cruciale de la filière au ministère de l’Agriculture

PRIX PORC

AGRICULTURE – La rentrée politique va commencer sur les chapeaux de roues pour Stéphane Le Foll. Les acteurs de la filière porcine ont rendez-vous lundi 17 août au ministère de l’Agriculture pour tenter de trouver une issue à la crise de la filière.

Alors qu’on pensait les choses en partie résolues, la crise du porc a connu la semaine passée un nouveau rebondissement avec la suspension de la cotation au Marché du porc breton (MPB) de Plérin dans les Côtes-d’Armor. Cette fois, ce ne sont pas les producteurs de porc qui ont relancé la tension, mais la Cooperl et Bigard, deux des principaux acheteurs du MPB, où est établi le prix de référence national. Que demandent ces industriels et que faut-il attendre de ce nouveau rendez-vous? Éléments de réponse pour comprendre cette crise du porc.

  • Mais au fait, elle n’était pas déjà réglée la crise du porc?

Pour tenter de mettre fin à la crise de l’élevage porcin et après plusieurs actions coup de poing d’éleveurs au printemps, le gouvernement avait à la mi-juin préconisé un prix d’achat du porc à 1,40 euro/kg (la moyenne du coût de production), un prix finalement atteint le 23 juillet au MPB de Plérin. Ce prix vise à permettre aux éleveurs français de garder la tête hors de l’eau en couvrant leurs frais de production.

Mais coup de théâtre la semaine dernière, deux industriels importants du secteur, la Cooperl et Bigard, ont remis en cause ce que préconise le ministère de l’Agriculture. Bigard et la Cooperl (qui achète 10% des porcs dont elle a besoin au MPB, le reste étant fourni par ses 2700 adhérents) ne se sont pas présentés aux séances de cotation de la semaine au Marché du porc breton: ni lundi, ni jeudi, jours habituels, ni vendredi lors d’une séance organisée exceptionnellement pour sortir de la crise. En leur absence, les cotations n’ont pu avoir lieu, privant les éleveurs français d’un prix de référence pour leurs négociations avec les acheteurs.

  • Que reprochent les industriels à ce qui avait été convenu?

Le prix de 1,40 euro/kg préconisé par le gouvernement, « le plus élevé d’Europe », selon le syndicat des industriels de la viande (SNIV-SNCP), n’est pas du goût des entreprises de découpe et de transformation, qui doivent faire face, à l’export, aux distorsions de concurrence générées par les différences de charges sociales et de normes environnementales entre pays de l’UE.

En effet, sur le marché européen, déstabilisé par l’embargo russe, l’Allemagne propose du porc moins cher de 28 centimes au kilo par rapport au cours français, et les Pays-Bas 38 centimes moins cher, a souligné la coopérative Cooperl, leader en France sur le marché du porc et qui exporte 35% de sa production. Du coup la coopérative, qui représente 19% des achats au MPB, y a brutalement suspendu ses achats, se refusant à financer « un cours ‘politique’ pour soutenir la production porcine française ». Même réaction de Bigard/Socopa, le groupe leader du marché de la viande en France, qui représente 7% des achats au MPB.

  • Que faut-il attendre de la réunion de lundi?

Prévue au ministère de l’Agriculture, la réunion réunira les responsables du MPB, les représentants des éleveurs mais aussi des entreprises d’abattage et de transformation. « Cette table ronde va décider de la vie ou de la survie du Marché du porc breton, et évidemment, après ça, de la vie et de la survie de la filière porcine », a souligné vendredi le président du MPB Daniel Picart. La tenue d’un marché à Plérin a été reportée « aux conclusions de la table ronde », a-t-il précisé.

La Cooperl souhaite que soit décidé lors de cette table ronde, à laquelle elle sera représentée, « un retour à un prix de marché libre » qui soit établi en fonction de l’offre et de la demande, a-t-elle indiqué dans un communiqué diffusé samedi. Elle a annoncé en outre qu’elle doit rencontrer mardi, avec Coop de France (qui représente les coopératives agricoles), le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll pour réclamer « des mesures concrètes et urgentes visant à abolir les distorsions de concurrence intra-européennes (…) ».

Dans le même temps, manière de maintenir la pression sur le terrain, une conférence de presse avec des représentants des syndicats agricoles FRSEA et JA de Bretagne, Pays de la Loire et Normandie, les principaux bassins de production des porcs, est annoncée lundi en fin de matinée, à Rennes. Les éleveurs ont organisé quelques actions symboliques la semaine passée, mais les responsables syndicaux ont appelé vendredi au calme jusqu’à l’issue de la réunion parisienne. « Après la table ronde, on ne pourra pas continuer à rester comme ça », a prévenu Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes-d’Armor. Autant dire qu’il vaut mieux pour le gouvernement que cette réunion aboutisse à un accord solide.

Lire aussi :

• Prix du porc: le gouvernement pris au dépourvu par la décision surprise d’industriels

• Jambon ibérique à la française, porc fermier… ces idées qui pourraient sortir la filière de la crise

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Crise porcine : réunion sous tension pour Stéphane Le Foll

LE MONDE ECONOMIE Edouard Maret (Rennes, correspondance)

C’est un moment clef dans la crise qui secoue la filière porcine. Dans l’après-midi du lundi 17 août, Stéphane Le Foll devait recevoir au ministère de l’agriculture la Fédération nationale porcine et des représentants du Marché du porc breton (MPB), le cadran de Plérin (Côtes-d’Armor). Cette bourse aux cochons, dont les cotations ont été suspendues la semaine dernière, écoule en temps normal près de 15 % de la production de porc commercialisée en France. Mais la décision de deux industriels, Bigard et la Cooperl, de boycotter ce marché a provoqué un nouvel accès de fièvre au sein des producteurs.

Les éleveurs affirment leur volonté de se battre pour que le porc soit vendu à 1,4 euro le kilo. Ce chiffre avait été fixé comme un objectif par le gouvernement, après plusieurs actions coup de poing d’éleveurs au printemps. Il a finalement été atteint le 23 juillet au MPB de Plérin. Cependant, ce tarif ne convient pas aux entreprises de découpe et de transformation. Selon les dirigeants de la Cooperl, elles refusent « un cours politique pour soutenir la production porcine française », – d’où leur retrait surprise du marché, la semaine dernière.

Cette position radicale est le symbole du divorce entre industriels et producteurs. Eleveur de porcs depuis 2001, dans la campagne rennaise, à Vezin-le-Coquet (Ille-et-Vilaine), Pierre-Yves Louazel – 44 ans, marié et père de deux enfants –, dit ne pas attendre grand-chose de la table ronde organisée par le ministre de l’agriculture. Un peu blasé, il s’affirme convaincu que s’il y avait quelque chose à faire pour sauver l’élevage porcin, « le ministère de l’agriculture l’aurait fait depuis longtemps ».

Lire sur Les Décodeurs : Prix du porc : comprendre le rôle du marché de Plérin

Cri d’alarme

Un cochon peint par des éleveurs lors d'une manifestation devant la sous-préfecture de Morlaix en Bretagne, le 13 août 2015.

L’agriculteur ne veut pas entendre parler d’une baisse des prix, alors que la Cooperl a réclamé, samedi 15 août, « un retour à un prix de marché libre », établi en fonction de l’offre et de la demande. « Aujourd’hui, pour moi, 1,40 euro du kilo, c’est déjà la mort ; alors, 1,20 euro, c’est une fin plus rapide, se désole M. Louazel. Très sincèrement, je ne vois pas ce qui peut tomber de la table ronde qu’on nous annonce. »

A la tête d’un élevage de 180 truies, qui produisent chaque année 4 200 cochons engraissés sur son exploitation de 85 hectares, l’agriculteur se plaint en premier lieu du coût des aliments supérieur au prix moyen du porc moyen acheté : « En 2006, on était autour de 170 euros pour une tonne d’aliments. En 2013, on était à 304 euros. Donc, pour les 1 500 tonnes nécessaires à notre élevage, cela fait un surcoût de 201 000 euros que l’on n’a pas pu répercuter à la vente ». Cahier de comptes en mains, M. Louazel observe encore qu’en 2006, il lui fallait débourser 61 euros pour nourrir un porc, contre 113 en 2013. « Qui se rend compte de cela ? » lance-t-il.

Pour entretenir les bâtiments, rester aux normes européennes, avoir un revenu correct, payer les assurances, le centre de gestion et faire face aux dettes, l’éleveur estime qu’une fois défalqué le coût des aliments, il lui faudrait pouvoir compter sur 60 euros de marge par porc. « On en est loin ! » s’exclame-t-il. Depuis douze ans, il obtient en moyenne 40 euros de marge par cochon : « Cela coince. Et même, aujourd’hui, je ne suis qu’à 22 euros. »

Une situation qui lui fait pousser un cri d’alarme. « Quand je dis qu’à 60 euros, j’arrive à équilibre, vous imaginez ! Là, en moyenne, il manque 20 euros. Alors, je voudrais poser deux questions à Monsieur Le Foll : l’éleveur de porcs mérite-t-il un salaire et combien ? Si l’on ne peut pas toucher un salaire, alors qu’on nous le dise tout de suite. Et comment la France, et avec quels producteurs, veut-elle travailler ? », s’emporte l’éleveur.

Situation explosive

A son lancement, M. Louazel avait pour projet d’employer deux salariés, mais pour se maintenir il n’emploie plus qu’une seule personne à mi-temps. « Quand j’ai repris l’élevage, en 2001, ils étaient trois, sur trois hectares, pour sortir 3 000 cochons. Et ils en vivaient », regrette-t-il.

L’éleveur constate qu’il ne pourrait pas investir dans un nouvel élevage : pour en créer un de 200 truies, il lui faudrait environ 1,4 million d’euros. « Franchement, si rien n’est fait, on peut très vite voir la production de porcs bretons passer de 14 millions à 6 millions. Si c’est ça que l’on veut, qu’on nous le dise. »

M. Louazel n’est pas un va-t-en guerre mais il mesure bien l’intensité d’une situation explosive. En réaction à l’absence de cotation, les éleveurs avaient organisé quelques actions symboliques la semaine passée, mais les responsables syndicaux les ont appelés vendredi au calme. Pour autant, M. Louazel le dit bien haut : « Le résultat de la réunion de ce lundi, quel qu’il soit, sera très déterminant pour ma carrière. Et je ne voudrais pas que demain on nous fasse chanter : Au Nord, c’était les corons ; à l’Ouest, c’était les cochons ! »

Lire le décryptage : Cinq questions sur le mouvement de protestation des éleveurs

Filière porcine : réunion cruciale au ministère

L’objectif est la reprise de la cotation, interrompue lundi dernier après le refus de deux des principaux acheteurs du marché de participer aux séances.

Source AFP | Le Point.fr

Pour tenter de mettre fin à la crise de l'élevage porcin et après plusieurs actions coup de poing d'éleveurs au printemps, le gouvernement avait à la mi-juin préconisé un prix d'achat du porc à 1,40 euro/kg (la moyenne du coût de production).
Pour tenter de mettre fin à la crise de l’élevage porcin et après plusieurs actions coup de poing d’éleveurs au printemps, le gouvernement avait à la mi-juin préconisé un prix d’achat du porc à 1,40 euro/kg (la moyenne du coût de production).DPA / dpa Picture-Alliance/AFP©MARTIN SCHUTT

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Commentaires

Moi  • 

voilà 10 ct pour 2016

martine s  •

à force de voir ces bêtes allaitantes vivre dans moins de 2m² sans pouvoir bouger ni se retourner ça m’a écoeuré de leur viande !!! je boycotte

LMCSPP  •

A la base, c’est un problème de surproduction. L’embargo russe ne fait que l’aggraver.
Et c’est la conséquence de la dérégulation du marché : Les quotas ont été supprimés partout.
Le cœur du problème est : Quel type d’agriculture souhaitons-nous ? Une agriculture artisanale telle que nous la connaissons actuellement avec un minimum de mécanismes de régulation ? Ou des exploitations géantes où on laisse faire les règles capitalistes ?
Et ces questions personne n’a le courage de les aborder en face.

michel  •

puisque la grande distribution rafle tout les bénefs le gouvernement a juste à prendre la décision de partager ce bénéfice entre les éleveurs , les abattoirs et la grande distribution mais ils n’ont pas le temps ils sont trop occupés à nous calculer de nouveaux impôts pour entretenir la horde sauvage qui déferle sur l’europe et la france en particulier

lapinos  •

CE GOUVERNEMENT EST INCAPABLE, VOIR LE FOLL INCOMPETENT COMME LE KULBUTO !!!

Joel  • 

libérez les cochons leur situation est inhumaine…

yvan  • 

Encore une gestion catastrophique de la gauche !

Namata  • 

Chez moi plus de viande depuis belle lurette je ne cautionne pas les méthodes des élevages et la façon dont ces #$%$ d’éleveurs considèrent l’animal …
En votre âme et conscience … ça vous plairait vous qu’on vous enlève votre enfant dès sa naissance ? ou de vivre dans même pas 2m2 ?

XAVIER  • 

Le premier ministre a déclaré le 6 septembre 2014:Les agriculteurs associés dans toute forme sociétaire – notamment les exploitations agricoles à responsabilité limitée, les EARL entre époux – pourront se transformer en GAEC. Ils bénéficieront ainsi des aides comme s’ils étaient agriculteurs à titre individuel. C’est une évolution importante.
C’est à dire qu’on transforme des humains en chaire à saucisse, les gaec sont des sociétés civile de capitaux donc de biens, c’est une évolution de l’agriculture française très important, on va retrouvé dans la viande française des morceau d’humains, allez voir sur le site du ministère de l’agriculture, la France est ses criminelles qui la représentent, douce France chère pays de notre enfance….

pedro  •

Fini le porc , je ne contribue plus à cette souffrance animale . Terminé

                           vous n’avez qu’ a créer votre propre industrie !

 Jean-Yves Le Roy               Je reprocherai au cochon industriel de ne pas être gras. Il paraît me dit-on que le lard est passé de mode, que les »gens » n’en veulent plus… Et bien, il faut vraiment insister pour en obtenir, connaître son charcutier et quasiment devenir très insistant avant qu’il ne consente à vous mettre sur la liste de ses privilégiés et vous vende -hors de prix- ce délicieux morceau, avec couenne, au goût de votre enfance. 🐷🍷

alain Dupont                        Les socialistes français marchent sur la tête, j’allais dire comme d’habitude. Ils veulent fixer un prix planché pour le porc français à l’ère de la mondialisation (du moins de l’européanisation). Cela pourrait matcher en Corée du nord ou même en Chine mais pas en Europe. Ils n’ont rien compris ces socialistes d’un autre âge…
Jean-François ArnaudJean-François Arnaud
Non le consommateur n’est pas responsable des errements du capitalisme ou de ce que vous appelez « la finance mondialisée », mais il est le seul maître de ce qu’il met dans son assiette. Et son acte d’achat, s’il devenait un peu plus responsable, pourrait changer beaucoup de choses, et éviter par exemple que le porc français courre sans pouvoir les rattraper après ses concurrents les moins qualitatifs. Si le client cesse d’avaler tout ce qu’on lui propose, il peut changer les choses. On peut commencer tout de suite ou continuer à vitupérer dans le vide. Qu’en pensez-vous?

Rocher Guillaume                 Votre article comporte un certain nombre d’amalgames qui traduisent à la fois la méconnaissance de nos journalistes mais également de nos politiques de l’agriculture et du monde agricole. Loin du boulevard périphérique, les réalités sont bien plus complexes et beaucoup plus sérieuses pour ne pas se laisser glisser à la caricature. C’est d’ailleurs l’un des premiers dangers pour ce beau secteur d’activité. Challenges nous a habitué à plus de pragmatisme sur les sujets économiques.
Jean Claude Coin              «  » Le consommateur doit prendre ses responsabilités en choisissant des produits français de qualité » ». La ficelle est grosse d’inconséquence.

Sérieusement, quand même, le consommateur serait-il responsable de la crise parce qu’il ne prendrait pas ses responsabilités ? Il ne choisirait pas un produit français de qualité ? Il serait nul, responsable de l’irresponsabilité d’ailleurs ? Enfin comment arriver à de tels commentaires. Hollandais, Allemands, Français produisent la même qualité dès que le mode de production est identique. Pour la filière animale, comme pour l’industrie, l’objectif de la finance mondialisée est de faire baisser les charges -impôt et social – par déplacement de la production ou importation, société de marché, la finance, pour son profit, pour augmenter ses parts de marché, cherche des prix plus bas, et voilà ! Ce mode de production est suicidaire car les pays émergeant feront toujours mieux, la finance s’occupe de la « logistique » l’état des problèmes sociaux, mais sans en augmenter les charges !!!!!
Société de marché !

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