L’Egypte dompte les eaux

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Canal de Suez: l’Egypte a investi 7,8 milliards pour le moderniser (sans savoir combien cela rapportera)

(FILES) A picture dated on December 31, 2007 shows an aerial view of the southern entrance of Egypt's Suez Canal.  Egypt on August 6, 2015 inaugurates a

TRANSPORT – Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi va inaugurer ce jeudi 6 août la seconde voie du canal de Suez, un projet hautement symbolique. Il vise autant à relancer l’économie du pays qu’à asseoir la légitimité du pouvoir sur la scène internationale.

Après la vente des Rafales en février, François Hollande sera l’invité d’honneur de l’importante cérémonie d’inauguration, à Ismaïlia, en bordure du canal. Elle intervient un an après l’arrivée au pouvoir de Abdel Fattah al-Sissi, qui a destitué son prédécesseur, l’islamiste Mohamed Morsi, et lancé une répression sanglante contre ses partisans.

Le président égyptien a mis les bouchés doubles pour boucler ce chantier colossal en douze mois. Au total, les travaux ont coûté 7,8 milliards d’euros pour creuser une nouvelle voie de 72 kilomètres, censée permettre de doubler la capacité du trafic entre la mer Rouge et la mer Méditerranée. D’ici 2023, quelque 97 navires pourront emprunter le canal quotidiennement, contre 47 en 2014, selon l’Autorité du canal de Suez.

En théorie, la nouvelle artère doit faire passer les revenus tirés du canal de 5,3 milliards de dollars en 2015 à 13,2 en 2023. Dans la pratique… « Il y aura certainement une hausse des revenus, estime Amr Adly, expert du centre Carnegie pour le Moyen-Orient. Mais les chiffres annoncés sont-ils réalistes et crédibles? On ne sait pas comment ils ont été calculés ».

canal suez – Infogram, charts & infographics

Pour commencer, l’objectif de hausse du trafic est pour le moins optimiste. Pour atteindre le seuil de 97 navires par jour en 2023, il faudrait une progression moyenne de 8,3% par an. C’est loin d’être gagné compte tenu de la conjoncture actuelle. De plus, le canal de Suez est toujours 20% en-dessous de son pic d’activité de 2008. Il voyait alors passer 58 navires par jour.

Certes, le temps de traversée va être réduit, mais ce n’est pas un argument décisif. “A l’heure actuelle, la vitesse n’est pas un facteur clé pour les porte-conteneurs, le secteur qui utilise le plus le canal », a expliqué Michelle Berman, directeur des risques opérationnels chez BMI Research, à Bloomberg Business.

Loin d’être un secteur sous tension, le transport maritime est plutôt en surcapacité. Le Baltic Dry Index, un indice qui fixe le prix du transport du fer, du charbon et du grain (des ingrédients de base de l’acier, de l’énergie et de l’alimentation), flirte depuis le début de l’année avec des plus bas historiques. Ce n’est pas le ralentissement de la croissance chinoise qui va le requinquer…

canal suez

L’Egypte inaugure son nouveau canal de Suez

Challenges.fr

La seconde voie du canal de Suez doit permettre de réduire le temps d'attente des bateaux.© Copyright 2015, Challenges La seconde voie du canal de Suez doit permettre de réduire le temps d’attente des bateaux. Avec un défilé aérien et une parade navale conduite par le président Abdel Fattah al-Sissi, l’Egypte inaugure jeudi 6 août avec faste une seconde voie du canal de Suez, un projet destiné à relancer une économie à genoux. La cérémonie, dont l’invité d’honneur est le président français François Hollande, se tiendra dans l’après-midi à Ismaïlia (nord-est), en bordure du canal. L’émir du Koweït et le roi du Bahreïn figurent parmi les personnalités attendues.

Ouvert en 1869 après une décennie de travaux, le canal relie la mer Rouge et la mer Méditerranée. C’est une des routes principales du commerce mondial –notamment pour le transport du pétrole– et une source précieuse de devises étrangères pour les autorités qui tentent de relancer une économie en crise depuis la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir. L’expansion du canal représente l’un des projets phares de M. Sissi, l’ex-chef de l’armée qui a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi en 2013 et s’est fait élire président un an plus tard.

Longue de 72 kilomètres, la nouvelle voie va permettre de doubler le trafic à l’horizon 2023. A cette date, quelque 97 navires emprunteront le canal quotidiennement contre 49 actuellement. La nouvelle artère permettra une circulation dans les deux sens, réduisant de 18 à 11 heures le temps d’attente des bateaux.

Elle doit faire passer les revenus du canal de 5,3 milliards de dollars (environ 4,7 milliards d’euros) attendus en 2015 à 13,2 milliards de dollars (11,7 milliards d’euros) en 2023.

Jeudi, M. Sissi devrait conduire une parade navale à bord d’un élégant yacht qui appartenait autrefois à la famille royale. Un défilé aérien rassemblera les trois avions de combat Rafale et huit F16 récemment livrés par la France et les Etats-Unis.

Alors que le pays fait face à une vague d’attentats jihadistes sans précédent, 10.000 policiers seront mobilisés à travers le pays pour les festivités. La branche égyptienne du groupe jihadiste Etat islamique (EI) a d’ailleurs menacé mercredi d’exécuter dans un délai de 48 heures un Croate travaillant pour un groupe français, enlevé le 22 juillet dans la banlieue du Caire.

Le creusement du nouveau canal avait été lancé le 5 août 2014 par M. Sissi, qui avait réclamé que les travaux soient terminés sous un ambitieux délai d’un an. Les autorités ont levé neuf milliards de dollars (8,25 milliards d’euros) pour la construction, en vendant des participations aux Egyptiens. Le projet a entraîné le creusement d’un nouveau canal de 37 km ainsi que l’approfondissement et l’élargissement du canal existant sur 35 km.

En 2007, le trafic par le canal de Suez a représenté 7,5% du commerce maritime mondial, d’après le Conseil mondial de navigation.

Les autorités souhaitent également développer la zone qui borde le canal pour en faire une plateforme industrielle et commerciale, avec plusieurs ports et un centre de services pour les flottes commerciales. Elles promettent la création de plus d’un million d’emplois dans les 15 prochaines années. « Il y a une pluie d’investisseurs qui veulent investir » dans ce projet, assure le directeur de l’Autorité du canal de Suez, Mohab Mamish.

La cérémonie de ce jeudi intervient au moment où l’Egypte veut s’afficher en acteur incontournable sur la scène régionale, tandis que ses alliés occidentaux ont tempéré leurs critiques concernant la répression lancée contre les opposants.

Depuis l’éviction de M. Morsi, plus de 1.400 personnes ont été tuées dans la répression, en majorité des manifestants islamistes. Des dizaines de milliers ont été arrêtés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse dénoncés par l’ONU. « Le nouveau régime est engagé dans une lutte politique pour asseoir sa légitimité, à l’intérieur du pays mais aussi à l’étranger », estime Amr Adly, expert du centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

(Avec AFP)

Egypte: une seconde voie du canal de Suez inauguré en grande pompe

Avec un défilé aérien et une parade navale conduite par le président Abdel Fattah al-Sissi, l’Egypte inaugure jeudi avec faste une seconde voie du canal de Suez, un projet destiné à relancer une économie à genoux.

La cérémonie, dont l’invité d’honneur est le président français François Hollande, se tiendra dans l’après-midi à Ismaïlia (nord-est), en bordure du canal. L’émir du Koweït et le roi du Bahreïn figurent parmi les personnalités attendues.

Ouvert en 1869 après une décennie de travaux, le canal relie la mer Rouge et la mer Méditerranée. C’est une des routes principales du commerce mondial –notamment pour le transport du pétrole– et une source précieuse de devises étrangères pour les autorités qui tentent de relancer une économie en crise depuis la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir.

L’expansion du canal représente l’un des projets phares de M. Sissi, l’ex-chef de l’armée qui a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi en 2013 et s’est fait élire président un an plus tard.

Longue de 72 kilomètres, la nouvelle voie va permettre de doubler le trafic à l’horizon 2023. A cette date, quelque 97 navires emprunteront le canal quotidiennement contre 49 actuellement.

La nouvelle artère permettra une circulation dans les deux sens, réduisant de 18 à 11 heures le temps d’attente des bateaux.

Elle doit faire passer les revenus du canal de 5,3 milliards de dollars (environ 4,7 milliards d’euros) attendus en 2015 à 13,2 milliards de dollars (11,7 milliards d’euros) en 2023.

Jeudi, M. Sissi devrait conduire une parade navale à bord d’un élégant yacht qui appartenait autrefois à la famille royale. Un défilé aérien rassemblera les trois avions de combat Rafale et huit F16 récemment livrés par la France et les Etats-Unis.

– Haute sécurité –

Alors que le pays fait face à une vague d’attentats jihadistes sans précédent, 10.000 policiers seront mobilisés à travers le pays pour les festivités.

La branche égyptienne du groupe jihadiste Etat islamique (EI) a d’ailleurs menacé mercredi d’exécuter dans un délai de 48 heures un Croate travaillant pour un groupe français, enlevé le 22 juillet dans la banlieue du Caire.

Le creusement du nouveau canal avait été lancé le 5 août 2014 par M. Sissi, qui avait réclamé que les travaux soient terminés sous un ambitieux délai d’un an. Les autorités ont levé neuf milliards de dollars (8,25 milliards d’euros) pour la construction, en vendant des participations aux Egyptiens.

Le projet a entraîné le creusement d’un nouveau canal de 37 km ainsi que l’approfondissement et l’élargissement du canal existant sur 35 km.

En 2007, le trafic par le canal de Suez a représenté 7,5% du commerce maritime mondial, d’après le Conseil mondial de navigation.

Les autorités souhaitent également développer la zone qui borde le canal pour en faire une plateforme industrielle et commerciale, avec plusieurs ports et un centre de services pour les flottes commerciales. Elles promettent la création de plus d’un million d’emplois dans les 15 prochaines années.

« Il y a une pluie d’investisseurs qui veulent investir » dans ce projet, assure le directeur de l’Autorité du canal de Suez, Mohab Mamish.

La cérémonie de ce jeudi intervient au moment où l’Egypte veut s’afficher en acteur incontournable sur la scène régionale, tandis que ses alliés occidentaux ont tempéré leurs critiques concernant la répression lancée contre les opposants.

Depuis l’éviction de M. Morsi, plus de 1.400 personnes ont été tuées dans la répression, en majorité des manifestants islamistes. Des dizaines de milliers ont été arrêtés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse dénoncés par l’ONU.

« Le nouveau régime est engagé dans une lutte politique pour asseoir sa légitimité, à l’intérieur du pays mais aussi à l’étranger », estime Amr Adly, expert du centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

Canal de Suez: François Hollande, invité d’honneur de l’inauguration

mediaUn cargo emprunte la nouvelle voie du canal de Suez avant l’inauguration du 6 août.REUTERS/Stringer

En Egypte a lieu ce jeudi l’inauguration d’un projet gigantesque bouclé en un an : la seconde voie du canal de Suez qui doit permettre le doublement, d’ici à 2023, du trafic maritime entre la mer Rouge et la mer Méditerranée. Ce chantier, porté par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, doit symboliser le renouveau économique et diplomatique de l’Egypte, avec un accent particulier sur la relation avec la France. Le président français François Hollande est d’ailleurs l’invité d’honneur de l’inauguration à Ismaïlia.

Il y a bien sûr la dimension symbolique de l’événement : le canal de Suez a été construit par des ingénieurs français et fut inauguré en présence de l’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III. Mais la place d’honneur réservée à François Hollande ne s’explique pas seulement par le rôle historique de la France dans la construction du canal.

Elle s’explique également par l’attitude conciliante adoptée par les autorités françaises à l’égard du nouveau pouvoir égyptien, depuis l’été 2013 et la destitution de Mohamed Morsi.

A l’inverse d’autres pays occidentaux, comme les Etats-Unis et l’Allemagne, la France a soigneusement évité de critiquer le bilan d’Abdel Fattah al-Sissi en matière de respect des droits de l’homme. Avec la vente d’une frégate et de 24 avions de combats en février dernier, cette stratégie a très vite permis à François Hollande de trouver de fructueux débouchés pour les industriels de son pays.

Quant au président égyptien, l’attitude adoptée par Paris a été un atout précieux dans sa quête de légitimité sur la scène internationale. Et le résultat est là. « Quel que soit le jugement porté sur le président égyptien, explique aujourd’hui un diplomate français, son pays a retrouvé une place incontournable dans la région. »

Trois avions Rafale et le navire de guerre vendus par la France à l’Egypte participeront à la parade organisée pour l’inauguration de la seconde voie du canal de Suez.

Un symbole du roman national égyptien

Construite il y a 146 ans sous l’impulsion du diplomate français, Ferdinand de Lesseps, cette voie maritime devenu très vite l’une des plus fréquentées au monde. Mais son accaparement pendant près d’un siècle par des compagnies occidentales en a aussi fait un objet particulier du roman national égyptien.

Lorsqu’il est inauguré en 1869 après dix ans de travaux, le canal de Suez donne lieu à des célébrations fastueuses et ce sont des navires européens, britanniques et français en tête, qui le traversent en premier. L’Egypte du vice-roi Ismaïl Pacha n’a alors même pas de flotte. Et lorsque le Caire, endetté par la spéculation autour du canal, est obligé de vendre ses parts aux Anglais, c’est le début d’une séquence d’un siècle où Suez fera la fortune des compagnies françaises et surtout britanniques, notamment la Anglo-Persian Oil Company.

Après la Deuxième guerre mondiale, réparer l’outrage en limitant l’influence étrangère devient une priorité pour les nationalistes égyptiens. En 1956, le président Gamal Abdel Nasser donne le signal de la reconquête du Canal et des revenus qu’il assure à travers les droits de passage. La réaction militaire franco-britannique échoue. Les sociétés britanniques et françaises sont ruinées. Pour autant, l’Egypte ne profite pas longtemps du canal: deux guerres avec le voisin israélien rendront son exploitation impossible. Ce n’est qu’après la paix en 1978 que la reprise du trafic sur le canal assurera un revenu conséquent au pays (4, 7 milliards d’euros attendus en 2015).

Des pages d’histoire que le président al-Sissi n’a pas manqué d’invoquer pour faire vibrer la corde nationaliste et avec un succès certain puisque près de 8 milliards d’euros ont été récoltés par la seule souscription nationale pour le nouveau canal.

L’Égypte veut rappeler sa grandeur avec son nouveau canal de Suez

Les Égyptiens s’apprêtent à inaugurer, jeudi 6 août, la seconde voie du canal de Suez. Un projet fédérateur qui vise à relancer l’économie égyptienne, mais aussi à donner au pays une image d’acteur majeur sur la scène internationale.

Les préparatifs battent leur plein en Égypte. Le pays s’apprête à inaugurer en grande pompe, jeudi 6 août, la seconde voie du canal de Suez. Un projet hautement symbolique qui vise à relancer l’économie égyptienne en berne, mais aussi asseoir la « légitimité » du président Abdel Fattah al-Sissi, sur la scène internationale. « Le nouveau canal de Suez : un cadeau au monde », peut-on lire sur des bannières à l’aéroport du Caire, tandis que le drapeau national est omniprésent dans la capitale.

La fastueuse cérémonie d’inauguration, dont l’invité d’honneur est le président français François Hollande, se tiendra à Ismaïlia, dans le nord-est du pays, en bordure du canal de Suez. Plusieurs autres chefs d’État sont attendus. Elle intervient un an après l’arrivée au pouvoir de Sissi, qui a destitué son prédécesseur, l’islamiste Mohamed Morsi, et lancé une répression sanglante contre ses partisans. Le président égyptien devrait conduire une parade navale à bord d’un élégant yacht. Un défilé aérien est également prévu, rassemblant les trois avions de combat Rafale et huit F-16 récemment livrés par la France et les États-Unis.

Le projet intervient au moment où l’Égypte veut s’afficher en acteur incontournable sur la scène régionale, tandis que ses alliés occidentaux ont tempéré leurs critiques concernant la répression lancée contre toute opposition et dans laquelle plus de 1 400 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers emprisonnées.

Relancer l’économie

L’expansion du canal est l’un des projets phares de Sissi, dont les promesses électorales se concentraient sur une relance de l’économie et le rétablissement de la sécurité. Construit il y a 146 ans et nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser en 1956, le canal de Suez est l’une des voies navigables les plus fréquentées au monde et un point clé du commerce mondial. Longue de 72 kilomètres, la nouvelle voie a pour ambition de doubler la capacité du trafic sur cette artère fondamentale reliant la mer Rouge et la mer Méditerranée. D’ici 2023, quelque 97 navires pourront ainsi emprunter le canal quotidiennement, contre 49 actuellement, selon l’Autorité du canal de Suez. La nouvelle artère va également permettre une circulation dans les deux sens, réduisant de 18 à 11 heures le temps d’attente des bateaux.

Avec la nouvelle artère, le gouvernement égyptien ambitionne de faire passer les revenus du canal de 5,3 milliards de dollars (environ 4,7 milliards d’euros) attendus en 2015, à 13,2 milliards de dollars en 2023. Les autorités souhaitent également développer la zone qui borde le canal pour en faire une plateforme industrielle et commerciale, avec notamment plusieurs ports, et un centre de services pour les flottes commerciales traversant le canal. Un projet qui devrait permettre la création de plus d’un million d’emplois dans les quinze prochaines années.

© France 24

Mais ces promesses laissent nombre d’experts sceptiques. « Il y aura certainement une hausse des revenus », selon Amr Adly, expert du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, cité par l’AFP. « Mais les chiffres annoncés sont-ils réalistes et crédibles? On ne sait pas comment ils ont été calculés », interroge-t-il. Alexandre Buccianti, correspondant de RFI au Caire souligne également que « les experts ne sont pas tous convaincus de la rentabilité de ce second canal de Suez ». Certains estimant ces travaux inutiles, « car il n’y avait pas de demande de la part du commerce mondial, qui stagne ».

Un projet fédérateur

Quoi qu’il en soit, pour l’heure, le projet aura déjà servi à rassembler la population égyptienne. Ce sont en effet les Égyptiens eux-mêmes qui ont financé le projet. Les autorités ont levé 9 milliards de dollars pour la construction. La somme a été réunie en huit jours seulement, dans un « élan de patriotisme populaire », selon Alexandre Buccianti, qui rapporte dans un article sur le site de RFI que les files d’attente ne désemplissaient pas devant les banques et les bureaux de poste.

Au vu de la participation massive des égyptiens, cette entreprise, qui pour beaucoup restaure la grandeur de l’Égypte après quatre années de troubles politiques, semble avoir écarté les divisions de la société égyptienne entre partisans des Frères musulmans ou de Sissi. Selon un article du « Journal du Dimanche », « même le cheikh Mahmoud Azzam, l’oncle du leader d’Al-Qaïda Ayman Al-Zawahiri, islamiste entre les islamistes, voit en ce projet porté par Al-Sissi un « renouveau pour le pays et les Égyptiens ».

Le nouveau canal tend aussi à faire passer au second plan, du moins pour un temps la vague d’attentats jihadistes sans précédent auquel fait face le pays, notamment dans le Sinaï. Pas moins de 10 000 policiers devraient être mobilisés dans toute l’Égypte durant les festivités.

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    Le nouveau canal de Suez

    Le nouveau canal de Suez
    Une drague aspiratrice grignote un banc de sable à proximité d’Ismaïlia, la ville portuaire où siège l’Autorité du canal de Suez. © Enrico Dagnino
    De notre envoyé spécial en Egypte Michel Peyrard

    Pour rendre sa fierté à son peuple, le maréchal Al-Sissi a doublé le Canal. Un exploit pharaonique.

    Assis sur le lit de Ferdinand de Lesseps, Adel el-Soly, 70 ans, a les yeux qui brillent. Au chalet, la modeste bâtisse de celui que les Egyptiens baptisaient « le Grand Français », à une encablure de « son canal », les visiteurs sont rares et, ­aujourd’hui, le conservateur est ­inspiré. Désignant tour à tour le vieux Gramophone et le thermomètre qui, depuis cent cinquante ans, affiche obstinément les mêmes températures caniculaires d’Ismaïlia, cette ville que Lesseps a fait surgir des sables, Adel convoque les fantômes d’un passé glorieux. « Il faut imaginer… » Oui, il faut imaginer ce 18 novembre 1869, quand toute ­l’Europe était venue assister à l’inauguration du canal de Suez. La veille, « L’Aigle », le yacht impérial ayant à son bord l’impératrice Eugénie et ­Ferdinand de Lesseps, s’est engagé dans le chenal reliant la ­Méditerranée à la mer Rouge, un rêve vieux de plusieurs siècles. Quatre-vingts bâtiments, la plupart transportant des têtes couronnées, le suivent. A Ismaïlia, le khédive, vice-roi d’Egypte, s’avance à leur rencontre. Dans la ville pavoisée, 1 200 tentes ont été dressées pour loger les invités. Au chalet de ­Lesseps, l’impératrice Eugénie reçoit les dames de la bonne société. Le soir, c’est elle qui, avec l’empereur François-Joseph d’Autriche, ouvre le bal auquel assistent 5 000 invités, et qui s’achèvera par un feu d’artifice. « Une féerie célébrée par “Aïda”, l’opéra que Verdi composa à cette occasion, soupire Adel, le conservateur. Mais qui n’est rien comparée à celle qui consacrera le doublement du canal, le 6 août ! »

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    Le « Cyrus II ». Sa tête de coupe creuse jusqu’à 24 mètres de profondeur ; 250 millions de tonnes de matériaux extraites seront déversées dans le désert du Sinaï. © Enrico Dagnino

    L’Egypte s’est toujours pensée en grand. Il n’y a que les Egyptiens pour ne pas se sentir tout petits devant ce que le passé pharaonique a de monumental. Lorsqu’il évoque le chantier dont il a eu la charge, le vice-amiral Mohab Mamish, président de l’Autorité du Canal de Suez, ne cache pourtant pas qu’il lui a valu des nuits blanches. « Nous avons travaillé jour et nuit. Je n’aspire plus qu’à retrouver ma famille à Alexandrie… et à dormir enfin ! » confie-t-il, les yeux cernés, dans son imposant bureau ­d’Ismaïlia. Celui qu’on surnomme parfois « le Ferdinand de Lesseps égyptien » explique avoir compris l’urgence de ce nouveau canal de Suez le jour même de sa prise de fonction, il y a trois ans. « Un bateau tombé en panne bloquait tout le trafic. Depuis près d’un siècle et demi, rien n’avait changé : avec une seule voie d’eau, deux convois quotidiens partent le matin dans la direction nord-sud et sont contraints de jeter l’ancre en route pour laisser ­passer l’unique convoi venant en sens ­inverse. Pour les compagnies maritimes, c’est du temps et, donc, de l’argent ­perdus. A terme, nous risquions même une ­déqualification. J’en ai conclu qu’il fallait agir vite, creuser un nouveau canal, de nouveaux ports permettant l’arrimage et l’entretien des très gros navires, créer un pôle industriel pour les entreprises intéressées par ce débouché immédiat sur l’une des principales routes maritimes. »

    Une armada de dragues et de scarabées technologiques venus du monde entier a déplacé des montagnes

    Cet ancien membre du Conseil militaire, seul sous-marinier à avoir ­commandé la marine égyptienne, constitue aussitôt un groupe de jeunes experts. Et, un soir de mai 2014, profitant d’un appel du président Abdel Fattah ­al-Sissi, il lui fait part de son projet. « J’ai été ­décontenancé par sa réaction. Il m’a dit : “D’accord, merci.” Mais le lendemain, à l’aube, le président m’a rappelé : “Je n’ai pas dormi à cause de ton idée de nouveau canal. Ne passe pas au bureau aujourd’hui, rejoins-moi ­directement au Caire.” » Le vice-amiral Mamish a prévu que cinq ­années ­seraient nécessaires pour percer ce canal parallèle au premier. En optimisant les moyens, il pense pouvoir réduire le délai à trois ans. Mais lors de l’officialisation du projet, le 5 août 2014, tandis qu’il évoque ce thème à la tribune, le ­président Al-Sissi lève son index en ­souriant devant l’assistance ­stupéfaite. « Il a lancé : “Tu as un an !” Je lui ai répondu : “C’est comme si c’était fait !” » Simple mise en scène, prévue de longue date entre les deux hommes pour asseoir la légende ? Probablement, tant le doublement du canal de Suez est une priorité nationale dans cette « nouvelle Egypte » que le maréchal-président veut incarner.

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    L’excavatrice géante, qui retournera le fond avant d’aspirer le sable. © Enrico Dagnino

    Pour tous les Egyptiens, le canal est un symbole, un mythe fondateur. S’il a été pensé par Lesseps, il a été creusé par un million de paysans, dont 100 000 perdirent la vie. Longtemps, il a fonctionné au seul profit des puissances coloniales, avant que Nasser ne le nationalise, ­provoquant la « crise de Suez », en 1956. Et c’est en traversant ses eaux boueuses que, en 1973, l’armée égyptienne surprit ­Tsahal dans le Sinaï, un acte de bravoure que rappellent des dizaines de monuments parsemant ses rives. C’est cette épopée que le président Al-Sissi veut à son tour personnifier, lui qui, contrairement à ses prédécesseurs, n’a pas fait la guerre. Pour le nouveau raïs, le bénéfice est triple. D’abord, le canal, qui rapporte au pays plus de 4 milliards d’euros par an, est une manne vitale pour son économie, sinistrée par la chute du tourisme, et la nouvelle voie pourrait à terme tripler ces revenus. Pareille réalisation, ensuite, ravive sa popularité de président, entamée par la répression dont sont victimes non seulement les Frères musulmans, mais aussi les libéraux et les révolutionnaires de la place Tahrir.

    Al-Sissi mise sur le nationalisme et l’orgueil d’un pays qui fut au cœur du renouveau arabe dans les ­années 1950. Les Egyptiens, toutes catégories ­sociales confondues, ont été invités à investir dans le projet. « Dans mes calculs, j’avais prévu de financer les ­travaux sur nos fonds propres, explique Mohab Mamish. Mais le président s’est montré plus avisé : en lui proposant de s’impliquer, il a offert à un peuple en perte de repères un objectif, le sentiment que nous sommes tous dans le même bateau. Et cela a marché ­au-delà de toute espérance : c’est la première fois dans l’histoire de ce pays que des citoyens font la queue pour donner leur argent, et non pour en recevoir. » Mis sur le marché en septembre ­dernier, les certificats d’investissement, dont la valeur allait de quelques livres à plusieurs milliers, se sont arrachés, rapportant en peu de jours plus de 6 milliards d’euros.

    Tous les Egyptiens ont voulu s’offrir des actions

    Mais c’est aussi sur un autre front, militaire celui-là, que le maréchal-président entend engranger les bénéfices de ce formidable défi. Depuis plusieurs mois, des djihadistes formés en Syrie et en Afghanistan affluent dans la péninsule du Sinaï, fief de l’insurrection armée d’un groupe affilié à l’Etat islamique (EI). Ces combattants aguerris, souvent d’anciens officiers de l’armée issus des tribus ­locales, mènent des actions spectaculaires contre les forces de sécurité. Pour ­Al-Sissi, le nouveau canal, protégé par des ­cohortes de soldats dotés d’armement lourd, survolé en permanence par les ­hélicoptères de l’armée, est une manière de reprendre le contrôle d’un territoire.

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    Rupture du jeûne dans la fournaise du mois de juillet. Le travail de ces ouvriers : aplanir les dunes et renforcer les berges. © Enrico Dagnino

    Il suffit de naviguer dans la lumière ocre du crépuscule sur cette artère longue de 72 kilomètres, large de 320 mètres et profonde de 24 mètres, ouverte dans les sables du désert, pour saisir la puissance de ce chantier pharaonique. Quelques jours avant son inauguration, c’est une fourmilière qui s’agite jour et nuit, dominée par les silhouettes de scarabées géants des grues, des excavatrices et des dragueuses. En moins d’un an, 258 millions de mètres cubes de sable sec ont été ­arasés par l’armée, et 250 autres, situés en dessous du niveau de la mer, l’ont été par une armada de dragues, mobilisant plus de 75 % des engins disponibles dans le monde. « Cela ne s’était jamais fait dans l’histoire », confirme Johan Bakker, le ­capitaine du « Cyrus II », une dragueuse-suceuse, dotée de têtes de coupe gigantesques, propriété d’une compagnie hollandaise. « Imaginez que l’on extrait plus de 1 million de mètres cubes de sable par jour : toute ­personne du métier vous confirmera que c’est titanesque. » Sur les rives, des milliers de petites mains s’affairent à consolider les berges, construire une esplanade, aplanir les dunes. « J’avais besoin de faire déplacer une colline de 300 mètres de haut, confirme un entrepreneur étranger. Cela a été un peu ­compliqué, car rien ne se fait sans l’aval de la présidence. Mais, une fois l’accord donné, les Egyptiens l’ont fait. Ils déplacent ­littéralement les montagnes. »

    Le nouveau canal est une manière de reprendre le contrôle du Sinaï

    Une performance qui aurait médusé le bâtisseur visionnaire qui aura mis dix ans à percer l’isthme de part en part. Loin des cérémonies fastueuses du 6 août, la statue de Ferdinand de Lesseps, haute de 10 mètres et lourde de 12 tonnes, trône toujours, incongrue et solitaire, sur un ­terrain vague de l’arsenal de Port-Saïd. Mise à bas au soir du 22 décembre 1956, victime expiatoire de l’insurrection contre le joug colonial, la figure tutélaire de ce diplomate hors pair attend sereinement que l’on décide de son sort. « Il y a ici une majorité d’habitants souhaitant que la statue retrouve son socle à l’entrée du canal », affirme le général à la retraite Medhat Merdam, qui en a la garde. Mais il est peu probable que le président ­Al-Sissi, qui veut entrer dans l’Histoire comme un nouveau Nasser, soit disposé à céder au « Grand Français » le moindre strapontin.

    L’Égypte inaugure son nouveau canal de Suez et affiche ses ambitions

    Manon Malhère

    INFOGRAPHIE – Les autorités du pays espèrent accroître les revenus qu’elles tirent des droits de passage de 4,7 milliards d’euros en 2015 à 11,7 milliards d’euros en 2023.

    Une attente plus courte, une circulation à double sens… Les transporteurs maritimes se réjouissent. Ils pourront franchir le canal de Suez en seulement 11 heures au lieu de 18 grâce à la nouvelle voie construite en un temps record et qui est inaugurée ce jeudi 6 août.

    Ce nouveau canal de Suez va permettre, dès le début, de «fluidifier le trafic et faire gagner du temps», explique Nicolas Sartini, le directeur des lignes Asie-Europe du groupe CMA CGM, troisième transporteur maritime mondial par conteneurs, qui fait transiter 700 bateaux par an. Ce gain de temps devrait permettre aux transporteurs d’alléger un peu leurs coûts. Un grand navire qui coûte aujourd’hui 46.000 euros par jour devrait pouvoir réaliser une économie d’environ 13.700 euros, estime Nicolas Sartini.

    Voie stratégique entre l’Asie et l’Europe, d’une longueur de 193 km, le canal offre un raccourci considérable aux transporteurs maritimes, leur évitant ainsi de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Ce qui leur permet ainsi de réduire leurs coûts de transport de manière importante. Sans Suez, leur trajet serait rallongé de 7 à 10 jours.

    S’il occupe une place importante, le canal n’est pas pour autant vital. Sa fermeture de 1967 à 1975, après la guerre des Six-Jours, avait certes eu des effets particulièrement négatifs sur le commerce maritime international. Mais les entreprises s’étaient adaptées. Les groupes pétroliers, par exemple, avaient mis en service des supertankers pour convoyer de plus grandes quantités de pétrole en un seul chargement et rester compétitifs.

    Aujourd’hui, ce sont quelque 18.000 bateaux qui empruntent chaque année le canal de Suez. Un trafic qui représente environ 8 % du commerce maritime international contre 5 % pour le canal de Panama (Amérique centrale), selon les estimations du groupe CMA CGM.

    Le canal permet d’acheminer toute sorte de marchandises notamment en provenance de la Chine et de l’Inde. En 2013, 4,7 % des produits pétroliers auraient transité par Suez ou par l’oléoduc Sumed qui relie également la mer Rouge à la Méditerranée. Trois types de bateaux le traversent: les grands porte-conteneurs, les pétroliers et les vraquiers qui transportent des marchandises (céréales, granulats, sable).

    97 bateaux par jour

    Avec la construction de cette nouvelle voie, l’Égypte veut désormais se positionner sur le long terme. Aujourd’hui, environ 49 bateaux empruntent chaque jour le canal. Les autorités misent sur un doublement du trafic d’ici à 2023 qui pourrait permettre le passage de 97 bateaux par jour. Les autorités égyptiennes espèrent ainsi accroître les revenus qu’elles tirent des droits de passage de 4,7 milliards d’euros en 2015 à 11,7 milliards d’euros en 2023.

    Objectif ambitieux

    C’est un objectif jugé très ambitieux. «Il est très difficile de dire si la projection du gouvernement est exacte, explique Amr Adly, expert au Centre Carnegie Moyen-Orient. Elle dépend de beaucoup d’autres facteurs comme la croissance attendue pour ce qui est du commerce international durant la prochaine décennie, les prix du pétrole sachant que près d’un tiers de ce qui passe par le canal est le pétrole en provenance du Golfe vers l’Europe.» Les experts demeurent d’ailleurs prudents sur l’impact réel du nouveau canal de Suez sur le commerce maritime mondial. «Le dédoublement du canal ne signifie pas obligatoirement que le trafic sera doublé dès demain», insiste pour sa part Nicolas Sartini.

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commentaire

France Debout  •                La cérémonie, dont l’invité d’honneur est le président français François Hollande. Il compte intervenir pour ce cas ?:
La branche égyptienne du groupe extrémiste Etat islamique (EI) a menacé mercredi d’exécuter dans 48 heures un Croate travaillant pour un groupe français .
J’oubliais, il n’est pas français il ne fait QUE TRAVAILLER pour un groupe français.
Drôle d’époque

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