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6 anecdotes sur Napoléon et la bataille de Waterloo pour briller dans les dîners ce soir

Un million de francs en diamants fins perdus par Napoléon, un chirurgien (presque) fusillé pour sa ressemblance avec Bonarparte… Découvrez les petites histoires derrière la grande.

Franck Samson joue Napoléon dans la reconstitution de ce 18 juin 2015. (AFP PHOTO/Emmanuel Dunand)Franck Samson joue Napoléon dans la reconstitution de ce 18 juin 2015. (AFP PHOTO/Emmanuel Dunand)

Reconstitution, grands discours et petites polémiques… Deux cents ans après s’être entretués dans une effroyable boucherie sur le champ de bataille, les Européens se sont retrouvés ce jeudi 18 juin à Waterloo, près de Bruxelles, dans le but d’afficher leur unité. La Belgique, qui fut pendant des siècles le terrain de guerre privilégié des puissances européennes, a souhaité, à l’occasion de ce bicentenaire, « adresser un message de réconciliation et d’union » en Europe.

Un million de francs en diamants fins perdus par Napoléon, un chirurgien (presque) fusillé pour sa ressemblance à Bonaparte… Si l’histoire de cette bataille, ultime défaite napoléonienne est globalement connue, « L’Obs » vous offre six anecdotes pour briller en société (ou au moins autour de la table du dîner) ce soir.

# « Des dragons sans selle, des cuirassiers sans cuirasse »

11h20, le 18 juin 1815. Un premier coup de canon, côté français, marque le début de la bataille. Elle oppose à cette heure 74.000 Français à 70.000 Anglais et Hollandais, qui seront rejoints par 70.000 Prussiens (les chiffres varient selon les sources, comme l’explique Yves Vander Cruysen, dans son « Waterloo démythifié ! »).

Selon « Le Figaro », lorsque Napoléon est revenu à Paris le 20 mars 1815, quelques mois avant Waterloo, il a découvert une armée affaiblie, aux budgets et effectifs exsangues, divisés par deux durant la Restauration. Pour réduire l’infériorité numérique française, Napoléon aurait rappelé 12.000 officiers et 110.000 soldats et marins en congé ou en demi-solde, mobilisé la Garde nationale, lancé un appel aux volontaires et rassemblé les 80.000 jeunes appelés de l’année 1814 (tous n’ont pas combattu).

Mais l’équipement reste un casse-tête, qui ne sera pas entièrement résolu :

De nombreux soldats seront dotés de capotes ou de vestes aux couleurs non réglementaires, les anciens conserveront leurs uniformes de l’armée de la Restauration, des officiers accrocheront leurs épaulettes à leurs vêtements civils, des dragons partiront sans selle, des cuirassiers sans cuirasse… » écrit « Le Figaro ».

# Un million de francs en diamants fins perdus par Napoléon

Dans la soirée du 18 juin, alors que c’est la débâcle dans les rangs de l’armée française, Napoléon parvient à s’enfuir. Mais il doit abandonner, dans la précipitation, entre 800.000 et un million de francs… en diamants fins. Un véritable trésor, prêté par son frère Joseph, selon l’historien Pierre Branda, spécialiste de l’économie impériale, interrogé par « Le Point ».

Ces diamants se trouvaient dans l’un des deux véhicules personnels de l’Empereur bloqués dans leur retraite par les troupes de la coalition européenne. Sont également volés 2.000 Napoléons d’or, un collier donné par Pauline Bonaparte à son frère à l’île d’Elbe, des vêtements de rechange de Napoléon (redingote et bicorne) et l’épée d’Austerlitz, liste « Le Figaro ».

Quand Napoléon abdique finalement trois jours plus tard et se rend aux Anglais, « il a 320.000 francs dans ses sacoches », poursuit Pierre Branda. « Ses ennemis lui demandent de vider ses poches, il leur laisse 110.000 francs, les Anglais n’en gardent que 80.000. Le reste est savamment camouflé dans sa ceinture et celles de ses compagnons d’infortune ! Cela va lui permettre d’améliorer l’ordinaire de Sainte-Hélène… »

# Le chirurgien Larrey (presque) fusillé pour sa ressemblance à Napoléon

Parmi « les figures héroïques de la bataille de Waterloo », Yves Vander Cruysen s’intéresse notamment à l’épopée du baron Jean-Dominique Larrey, chirurgien en chef de l’armée impériale, « inventeur des ambulances chirurgicale mobiles, capable d’amputer un membre en une minute et à qui, tout au long des campagnes napoléoniennes, des milliers de soldats durent la vie ».

Séparé de ses hommes alors qu’il était en train d’organiser le repli de ses ambulances, le chirurgien est fait prisonnier par les troupes prussiennes.

Trompés par sa petite taille, la capote grise qu’il porte, voire sa ressemblance physique avec Napoléon, les Prussiens pensent avoir capturé l’empereur des Français », écrit l’auteur de « Waterloo démythifié ! » « Avant d’être conduit à un officier supérieur, Larrey est molesté, insulté, presque déshabillé. »

L’officier se rend compte qu’il ne s’agit pas de Napoléon, mais décide tout de même de faire fusiller le Français. Un peloton d’exécution est mis en place… et Jean-Dominique Larrey ne devra son salut qu’à l’homme qui était censé lui bander les yeux : « Chirurgien-major, l’homme le reconnaît. Et pour cause : il a jadis suivi ses cours à Berlin. »

Conduit auprès d’un général prussien, il est sauvé grâce à la réputation qu’il s’était faite « de soigner tous les blessés, qu’ils soient amis ou ennemis, hommes de troupes ou officiers supérieurs ». Parmi ces blessés, le fils du général en question !

# 124 Waterloo dans le monde

Le village de Waterloo n’est pas la seule commune, lieu-dit, ou quartier à porter ce nom dans le monde. Selon « Courrier international », il n’y aurait ainsi pas moins de 124 Waterloo répartis sur les cinq continents : on en trouve par exemple 32 au Royaume-Uni, 30 aux Etats-Unis, 12 au Canada, 25 en Australie, deux en Irlande, quatre en Jamaïque, deux en Sierra Leone, un à Trinidad et un au Zimbabwe.

Etonnant ? A première vue seulement. Car bon nombre de ces lieux auraient été fondés par des vétérans britanniques de la bataille qui avaient été démobilisés après le Congrès de Vienne et reçurent des terres dans les colonies britanniques, explique le journal.

C’est le cas, par exemple, des deux Waterloo en Sierra Leone, créés par des soldats des 4e et 2e West India Regiment, mais aussi d’un surprenant Waterloo sur l’île de Trinidad, au cœur des Caraïbes, fondé par des soldats indiens qui préférèrent tenter l’aventure au loin plutôt que de retourner dans les faubourgs de Bombay. »

Un autre Waterloo fut même fondé en Bretagne par un ancien grognard de Napoléon, assure « Le Point ».

D’autres « Waterloo », comme une commune dans l’Illinois, doivent leur nom à un antagonisme marqué entre deux villages (ici, en plus, un village francophile et un village anglophile).

# Le mythe du « coup en bourse » de Nathan Rothschild

Une légende tenace accompagne la fortune de Nathan Rothschild, premier de la lignée britannique de la famille. Et elle est liée à la bataille de Waterloo. « Les Echos » résumaient ainsi en 2010 ce que beaucoup qualifient de « rumeur » :

« Le 20 juin 1815, Nathan Mayer Rothschild apprit par un réseau d’informateurs inhabituels, ses pigeons voyageurs, selon la légende, que l’armée napoléonienne était en grande difficulté face aux Anglais. Seulement, contre toute attente, il décida de vendre massivement des titres de la dette britannique. Les opérateurs sachant que le financier était toujours très bien informé, interprétèrent cette vente comme le signe annonciateur de la victoire de Napoléon. Ils lui emboîtèrent donc le pas, provoquant une chute massive des cours. C’est alors que Nathan commença à racheter, discrètement et à un cours très bas, de la dette anglaise qu’il revendit ensuite avec une plus-value astronomique quand fut annoncée officiellement la défaite de l’armée napoléonienne à Waterloo. »

Un magnifique coup boursier (accompagné au passage d’un délit d’initié), qui n’aurait cependant jamais eu lieu.  Yves Vander Cruysen reconnaît que Nathan Rothschild « fut bel et bien le premier informé, à Londres, de la victoire de Wellington ». Et il aurait bien « acheté des actions à la Bourse, spéculant sur une hausse inévitable dès l’annonce de la victoire ». Mais il n’aurait pas, selon l’auteur, fait fortune ainsi. En effet, « peu de fonds d’Etat circulèrent ce jour-là » à la Bourse de Londres, assure-t-il, citant Pierre Branda.

Mais de conclure en affirmant néanmoins que la fortune des Rothschild est bel et bien liée aux campagnes militaires britanniques sur le continent. En effet, « près de la moitié des envois de fonds de l’Angleterre vers le reste de l’Europe furent assurés, entre 1813 et 1815, par la famille Rothschild. Et ses membres, bien répartis sur le vieux continent, touchèrent, pour réaliser tous ces transferts, une commission de 2%. »

# La descendance polonaise de Napoléon

L’auteure Claudine Clabots, qui réside, ça ne s’invente pas, à… Waterloo, s’est penchée sur une branche, plutôt méconnue en France, de la descendance de Napoléon.

Dans son livre « Napoléon, Marie et Alexandre, la famille polonaise », elle retrace ainsi la relation amoureuse entre Napoléon et sa maîtresse, Marie Walewska (leur idylle fut le thème d’un film américain en 1937).

L’ouvrage, chargés d’anecdotes, a été écrit avec le soutien du comte Charles-André Colonna Walewski, descendant d’Alexandre et donc de Napoléon.

« Je n’ai fait qu’effleurer les guerres, qui ne sont pas mon sujet de prédilection », explique Claudine Clabots à Lavenir.net. « Certains pourront penser que je flatte la personnalité de Napoléon dans mon livre. Mais je le présente en fait avec le regard de Marie Walewska et de leur fils Alexandre. »

A Waterloo, une cérémonie tout en sobriété à deux pas des festivités

Le Monde.fr Jérôme Gautheret (Waterloo, envoyé spécial)

Reconstitution de la bataille de Waterloo, jeudi 18 juin.

La journée a commencé sous un ciel bas et lourd, comme il y a deux cents ans. Pas de pluie battante susceptible de ralentir une charge de cavalerie, cette fois-ci, mais assez pour tacher de boue, en quelques minutes, le tapis rouge disposé pour les officiels. Les cérémonies protocolaires marquant le bicentenaire de Waterloo se sont ouvertes sous un temps parfaitement fidèle à l’esprit des lieux, jeudi 18 juin, au pied de la butte du Lion.

Lire aussi : Waterloo, la glorieuse défaite de Napoléon

C’est donc sous la vigilance de l’imposante statue surmontant la butte, érigée par Guillaume des Pays-Bas en souvenir de la blessure reçue en ces lieux par son fils, que se sont retrouvés les représentants des belligérants, ainsi que les descendants des principaux protagonistes. Là même où, en quelques heures, s’est effondrée l’armée napoléonienne, balayée par la coalition des troupes britanniques, néerlandaises et prussiennes.

« Les ennemis d’hier sont devenus les alliés les plus solides »

L’heure n’était pas encore aux parades en costume d’époque. La cérémonie se voulait sobre, et visait surtout à célébrer le souvenir des plus de 10 000 morts de la bataille, ainsi qu’à exalter la réconciliation des puissances européennes. Premier à s’exprimer devant les rois et reines de Belgique et des Pays-Bas, le grand-duc du Luxembourg et le duc de Kent, représentant la famille royale anglaise ainsi que les ambassadeurs de France et d’Allemagne, le premier ministre belge Charles Michel a ainsi souligné que « les ennemis d’hier sont devenus les alliés les plus solides », avant de replacer la bataille dans la perspective d’une longue marche vers la paix en Europe, partant du Projet de paix perpétuelle, élaboré par le philosophe Emmanuel Kant pour trouver un achèvement dans l’œuvre des pères de l’Europe.

Tandis que quatre rubans symbolisant les quatre nations en lice tombaient lentement du haut de la butte, les descendants des chefs des principaux contingents se sont avancés, visiblement émus, pour unir leurs mains au-dessus d’un obus symbolisant le terrible affrontement. Napoléon, Wellington et Blucher réunis… Puis le canon retentit quinze fois de suite dans le silence, en symbole de la violence du combat.

La cérémonie finie, la reconstitution pouvait commencer. A une centaine de mètres, les milliers de soldats en uniforme ont commencé à se rassembler pour des parades plus festives et nettement moins protocolaires.

Bicentenaire de Waterloo: cet autre 18 juin qui ne passe pas en France

WATERLOO

HISTOIRE – Comme l’an dernier, l’ancien premier ministre François Fillon commémorera depuis Londres le 75e anniversaire de l’Appel du 18 juin prononcé en 1940 par Charles de Gaulle sur les ondes de la BBC. Cinq avant lui, Nicolas Sarkozy avait été le premier président de la République à célébrer de l’autre côté de la Manche cet événement fondateur de la Résistance.

Si la célèbre adresse du chef de la France libre fait chaque année l’objet d’un hommage national et transpartisan (François Hollande sera au Mont Valérien ce jeudi), faut-il s’étonner qu’un autre 18 juin tout aussi historique soit lui ostensiblement ignoré par la classe politique française?

Et aussi : Quand Elkabbach interviewe… Napoléon

Près de 125 ans avant le message du général, le 18 juin 1815, l’Empereur Napoléon Bonaparte revenu d’exil engageait sa dernière grande bataille à Waterloo (Belgique) face aux forces alliées européennes. Dans cette « morne plaine » détrempée à quelques kilomètres de Bruxelles s’affrontèrent il y a 200 ans près de 93.000 Français et 125.000 britanniques, allemands, belges et hollandais.

Censée durer le temps « d’un déjeuner », la bataille va s’éterniser. A la nuit tombée, la Grande Armée (ou ce qu’il en reste) est en déroute. Les pertes totales sont estimées à 10.000 hommes, les blessés à 35.000. L’ère des guerres napoléoniennes s’achève, ouvrant la voie au nouvel ordre mondial du congrès de Vienne.

Un bicentenaire exceptionnel en Belgique

« D’un côté c’est l’Europe et de l’autre la France ». Deux siècles plus tard, le vers de Victor Hugo prend un tout autre sens. Car si Paris n’a rien prévu pour commémorer l’événement, la Belgique entend bien célébrer en grande pompe la bataille devenue un haut lieu de tourisme.

Préparées depuis des années, les cérémonies du bicentenaire se veulent grandioses. Au pied de la butte surmontée d’un lion construite sur le champ de bataille, l’événement doit réunir autour du roi des Belges Philippe et de la reine Mathilde, le couple royal des Pays-Bas, les grands-ducs du Luxembourg, un représentant de la famille royale britannique (le prince Edward, cousin d’Elizabeth II), ainsi que des descendants des principaux belligérants.

Dans la soirée, un grand spectacle sons et lumières, inspiré du célébrissime poème « L’expiation » de Victor Hugo, doit être joué devant 60.000 spectateurs sur le site, avant deux jours de reconstitutions auxquelles participeront plus de 5.000 figurants en costumes, 360 chevaux et une centaine de canons.

Et la France dans tout cela? Après avoir tenté d’empêcher (en vain) l’émission d’une pièce de monnaie commémorative de Waterloo de crainte qu’elle « engendre une réaction défavorable en France », Paris a finalement dépêché son ambassadeur en Belgique. Pas plus.

La France ne commémore pas ses défaites

Présent en Belgique, le prince Charles Bonaparte juge « dommage » que le président François Hollande ait décidé de bouder les commémorations officielles de la bataille. « Il n’y a aucune de raison d’avoir honte de son histoire. Waterloo, c’est le début d’une légende, Napoléon est un personnage mondialement connu », renchérit le descendant du frère de l’Empereur, Jérôme Bonaparte.

A la décharge du président de la République, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le 18 juin est traditionnellement dédié à la mémoire de Charles de Gaulle. Et la France n’a jamais eu pour habitude de commémorer ses défaites, même lorsqu’elles engageaient un autre régime que la République. « Pour la France, la défaite de Waterloo en 1815 marque la fin de sa puissance hégémonique. Il faut bien se rappeler que depuis 1643 et la victoire à la bataille de Rocroi, la France était la première puissance européenne et sans doute mondiale », rappelle l’historien Dimitri Casali, auteur de « Qui a gagné Waterloo? ».

Orgueil national mal placé? « La bataille de Waterloo est un événement dont la résonance particulière dans la conscience collective va au-delà de la simple évocation d’un conflit militaire », avait expliqué Paris à ses partenaires européens pour empêcher l’émission de la pièce commémorative belge. « L’idée est d’adresser à l’occasion de ce bicentenaire un message de réconciliation et d’union », plaide-t-on en vain du côté des autorités belges.

Mais, à l’instar de la Bérézina, Waterloo reste un synonyme de déroute de ce côté-ci des Ardennes en plus d’une blessure mémorielle pour la France républicaine. Encore tout récemment, l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot qualifiait de « Waterloo moral » la politique d’immigration du gouvernement socialiste. On imagine les commentaires si, dix jours après, François Hollande avait décidé de s’inviter sur le lieu d’un des plus grands désastres militaires de France. Qui plus est au moment même où la classe politique s’écharpe sur la place du « roman national » dans l’enseignement de l’histoire au collège.

Une réconciliation toute symbolique

Au-delà de Waterloo, la figure de Napoléon reste un sujet de controverses. En 2005, les (rares) commémorations du bicentenaire de la victoire d’Austerlitz avaient engendré une polémique entre les admirateurs du stratège militaire et ceux qui l’accusaient d’avoir rétabli l’esclavage. Jacques Chirac et son premier ministre Dominique de Villepin avaient alors boudé la seule cérémonie officielle prévue sur le territoire français.

Ce passé napoléonien « qui ne passe pas » n’est pas une spécificité hexagonale. Chaque pays entretient le souvenir des grandes batailles à l’aune de sa propre histoire. Si elle commémore chaque année sa « libération de la folie raciste et de la dictature nazie », l’Allemagne n’avait prévu aucun événement d’ampleur pour le centenaire du début de la Première guerre mondiale. Tout au long du XIXe siècle, la Grande-Bretagne célébra le jour anniversaire de la bataille de Trafalgar tout en ignorant la fête d’indépendance américaine du 4 juillet.

Heureusement, les rivalités -même impériales- finissent un jour pas s’estomper. La grande fête du bicentenaire s’est d’ailleurs ouverte ce mercredi par une réconciliation toute symbolique des héritiers des belligérants de 1815. Le duc de Wellington, dont le lointain ancêtre fut le héros britannique de la bataille, le prince Nikolaus Blücher von Wahlstatt, descendant du maréchal prussien dont la détermination permit aux Alliés de finalement l’emporter, et le prince Charles Bonaparte se sont chaleureusement serré la main sous le regard du prince Charles d’Angleterre.

« Ce n’est pas un jour triste pour notre famille. Je ne me suis pas battu ici, nous faisons partie de l’histoire et de la culture, et l’histoire et la culture n’ont rien de triste », a résumé devant la presse Charles Bonaparte. C’est ce qu’on appelle être beau joueur.

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Waterloo, mort et transfiguration

 Marc Riglet

reconstitution-de-la-bataille-de-waterloo_5161733Reconstitution de la bataille de Waterloo      REUTERS/Thierry Roge

Commémoration oblige, les ouvrages sur la défaite et la chute de Napoléon Ier prolifèrent. Plusieurs études se penchent sur la bataille et les faits politiques, d’autres montrent la postérité d’un mythe, révolutionnaire et tyran, figure complexe du héros aussi haï que glorifié.

On se souvient peut-être de l’émoi qu’en 2005 la commémoration de la victoire d’Austerlitz avait suscité. Insuffisamment honorée, pour les uns, apologie scandaleuse d’un tyran esclavagiste, pour les autres. Finalement, cédant aux intimidations, les célébrations de cette victoire s’étaient faites plutôt discrètes. Rien de tel pour la défaite de Waterloo.

C’est que, plus encore qu’Austerlitz et son soleil, Waterloo et son « champ couvert de morts sur qui tombait la nuit » sont légendaires. Car si la bataille du 18 juin 1815 sonne le glas de l’entreprise politique de Napoléon, elle ouvre à sa gloire historique posthume. Si l’Empire meurt à Waterloo, l’Empereur, lui, s’y transfigure. Toutefois, avant de méditer sur les mystères de cette opération magique, il est chaudement conseillé de regarder d’un peu plus près la bataille elle-même.

waterloo-1815-par-thierry-lentz_5356067Perrin

Pour la compréhension de son contexte, pour le détail de son déroulement, pour les réponses à quelques grandes questions controversées, le livre de Thierry Lentz satisfait magistralement nos attentes. Outre ses superbes illustrations, outre le souci pédagogique qui l’anime et qui offre sur les hommes, sur les symboles, sur les lieux, des encadrés lumineux, outre sa belle écriture, le Waterloo de Thierry Lentz, s’élevant au-dessus de la mythologie, nous instruit de l’essentiel.

Tout d’abord, la guerre que cette bataille clôt était « inévitable ». La coalition des adversaires était décidée à en finir avec Napoléon. Dès lors, puisqu’il n’était pas raisonnable d’attendre que leurs armées envahissent le territoire, seule restait l’initiative de l’attaque. La tactique, ensuite, depuis les campagnes d’Italie, était éprouvée. Empêcher, en Belgique, que l’adversaire rassemble ses forces ; battre d’abord les Prussiens de Blücher, puis en finir avec les Anglo-Germano-Hollandais de Wellington. Seulement, Napoléon va manquer, en cette occasion, et d’art et de sens de l’exécution. Il ne sait pas que Blücher et Wellington se sont engagés à se soutenir mutuellement.

Après les succès de Ligny et des Quatre Bras sur les Prussiens, il fait l’erreur d’envoyer Grouchy à leur poursuite et, le jour de l’engagement décisif, il tarde à lui commander de venir à sa rescousse. Le jour même, enfin, de la bataille, il choisit de l’engager trop tard. En milieu d’après-midi, les carrés anglais étaient près de céder et Blücher encore loin. Or, à 18 h 30, le Prussien est là qui prend les Français à revers et tout est consommé. Bref, Thierry Lentz nous convainc que si Napoléon, à Waterloo, est battu, c’est parce qu’il n’est plus le grand capitaine qu’il fut.

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Mais il reste le « grand homme ». Le Waterloo. Acteurs, historiens, écrivains, composé par Loris Chavanette et préfacé par Patrice Gueniffey nous montre généreusement comment la défaite du général constitue le point de départ de la légende de l’Empe-reur. C’est une simple et belle idée que cette anthologie de textes qui rapportent ou ima-ginent l’événement. Elle rassemble, d’abord, les récits de ceux qui l’ont vécu. Napoléon lui-même, ses vainqueurs, Wellington et Blücher, et puis des témoins, grands et petits. Elle rassemble, ensuite, puisés dans les grands travaux historiques du XIXe siècle, des morceaux choisis touchant à la bataille.

Elle excursionne, enfin, dans le roman, la poésie et le théâtre. Ce sont des morceaux de roi que ces mises en littérature de la bataille de Waterloo. Balzac, Nerval, Stendhal, Walter Scott… Ils sont tous subjugués par la dimension tragique de la bataille. Ainsi, s’il revient à l’historien de restituer la réalité de l’événement, c’est bien à l’écrivain qu’il est donné d’en dire la vérité. Lisons donc, en priorité, ces deux ouvrages.

qui-a-gagne-waterloo-de-dimitri-casali_5356085Flammarion

Mais lisons aussi le Qui a gagné Waterloo ?de Dimitri Casali. Il raconte, bien sûr, la bataille, mais, très vite, se concentre sur les mécanismes de la métamorphose qui va faire du guerrier vaincu, le héros du XIXe siècle. On voit bien l’ambivalence de la gloire posthume.

Le despote et le guerrier suscitent la détestation ; l’homme de la Révolution, du Code civil et des « masses de granit », emporte l’admiration. Cette sorte de réflexion historiographique mérite d’autant plus d’être conduite que ce passé napoléonien est de ceux qui continuent de ne pas passer. Si l’on n’y prend garde, en effet, il ne restera bientôt plus de la période napoléonienne, dans les programmes d’histoire, que le rétablissement de l’esclavage dans les Antilles françaises !

comment-les-francais-ont-gagne-waterloo-de-stephen-clarke_5356097Albin Michel

Si vous trouvez, toutefois, Dimitri Casali par trop amoureux de Napoléon, vous disposez d’un antidote. Avec le Comment les Français ont gagné Waterloo de Stephen Clarke, on saura ce que « french bashing  » veut dire. Ne serait-ce que parce que cet Anglais-là manque d’humour, son livre est une curiosité. Il ne décolère pas, par exemple, de constater qu’au musée de Waterloo il n’est question que de Napoléon !

Dès la couverture du livre, la démonstration est faite ! On voit, en vis-à-vis, les profils de Napoléon et de son vainqueur. A regarder cette image, notre Anglais, au fond moins perfide qu’un peu bête, s’est-il seulement avisé que personne au monde jamais se demandera : qui est le type, à côté de Wellington ?

Waterloo. 1815 par Thierry Lentz, 316p., Perrin, 24,90€

Waterloo. Acteurs, historiens, écrivains par Loris Chavanette, 896p., Folio Classique, 9,50€

Qui a gagné Waterloo? par Dimitri Casali, 300p., Flammarion, 21€

Comment les Français ont gagné Waterloo par Stephen Clarke, 300p., Albin Michel, 20€

Waterloo : au coeur de la mêlée pour le bicentenaire

Photo MaxPPP/ Julien Warnand
5000 soldats en uniformes, 300 chevaux, 100 canons, et des têtes couronnées pour une série de spectacles à l’image des rêves de grandeur et de gloire des protagonistes de la célèbre bataille. Un événement unique

Mon empire est brisé comme verre… » : revivre la bataille à travers les fameux vers de Victor Hugo et la revivre encore en retournant sur cette terre meurtrie que foulent chaque année des milliers de visiteurs. Si l’écrivain de génie a pris quelque liberté avec le déroulement des combats, c’est une reconstitution minutieuse qui est offerte au public durant cinq jours sous l’impulsion de l’ASBL « Bataille de Waterloo 1815 ».

Cette association coorganise, depuis plus d’une une vingtaine d’années, les commémorations de la défaite de Napoléon face aux armées coalisées placées sous le commandement de l’Irlandais Wellington, quelques mois, « Cent jours », après son retour de l’Ile d’Elbe.

Des moyens colossaux

L’auteur des « Misérables » faisait sien l’adage selon lequel « On peut violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants », mais la reconstitution programmée dans le cadre du bicentenaire de la bataille Waterloo, se veut particulièrement respectueuse de la vérité historique et des moyens colossaux ont été mis en oeuvre pour projeter cet événement à l’échelle mondiale.

Des têtes couronnées sont attendues, rois, reines, princes et princesses, des historiens, chercheurs, experts de renom, mais tous les passionnés anonymes du Premier empire et du célèbre empereur corse, et de nombreux médias de tous horizons, vont converger du 17 au 21 juin, sur le site de l’ultime bataille, ils viendront de toute l’Europe mais aussi des Etats- Unis, d’Australie, et de Nouvelle Zélande… Impliquées au premier chef dans la réussite de cette manifestation grandiose, la Région Wallone, la province du Brabant wallon et les communes de Braine-l’Alleud, Genappe, Lasne et Waterloo, associées dans une même volonté, faire de ces journées commémoratives un grand moment de mémoire.

Bicentenaire de Waterloo : il ne joue pas à Napoléon, il l’incarne

Depuis dix ans, Frank Samson, avocat parisien passionné par l’épopée napoléonienne, incarne l’empereur lors de reconstitutions historiques. Francetv info l’a rencontré à l’occasion du bicentenaire de la bataille de Waterloo.

Frank Samson incarne Napoléon, le 1er mars 2015, sur la plage de Golfe-Juan, à Vallauris (Alpes-Maritimes), lors du bicentenaire du retour d'exil de l'île d'Elbe.
Frank Samson incarne Napoléon, le 1er mars 2015, sur la plage de Golfe-Juan, à Vallauris (Alpes-Maritimes), lors du bicentenaire du retour d’exil de l’île d’Elbe. (JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP)

Napoléon est sur le pied de guerre, à deux semaines du bicentenaire de la bataille de Waterloo, son ultime combat, celui qui scella son épopée impériale. L’empereur est assailli de toute part par les journalistes. Certains voudraient le voir sur le plateau de leur émission, son célèbre bicorne sur la tête. « Non, je ne viendrai pas en uniforme, ça n’a pas de sens », tranche-t-il.

Habillé d’un costume de ville, sans cravate, il reçoit dans son bureau parisien de l’avenue Kléber, l’une de celles qui mènent à son Arc de Triomphe. Un hasard, assure-t-il. Kléber n’était « pas le meilleur » de ses généraux. A choisir, il aurait préféré la rue Duroc, « l’ombre de Napoléon ».

« Comme lui, je vais abdiquer »

Napoléon, ou plutôt Frank Samson. Depuis dix ans, cet avocat réputé, spécialiste du permis à points, installé dans le 16e arrondissement de Paris, endosse le costume de l’empereur lors de reconstitutions historiques retraçant les grandes heures du Ier Empire, comme celle qui doit se dérouler à Waterloo (Belgique) pour les deux cents ans de la bataille, du 18 au 20 juin. Mais à 47 ans, son règne touche à sa fin.

« Je suis très maniaque. Je veux que tout soit parfaitement conforme. Nous sommes sur le bicentenaire de son abdication, eh bien, comme lui, je vais abdiquer », argumente-t-il. « En reconstitution, il faut faire pareil. Donc, je fais pareil. Il faut partir quand on est au sommet. C’est ce que Napoléon a fait. Il a construit sa légende comme ça. » Il concède aussi que son rôle est « très lourd » à porter et qu’il subit « beaucoup de pression ». Il ajoute pince-sans-rire  : « Je ne veux pas encourir le ridicule du : ‘Samson, ce vieux machin, ça fait 25 ans qu’il fait l’empereur’. »  Ses doigts retombent sur son sous-main en cuir frappé d’un discret aigle impérial doré.

Frank Samson, dans son cabinet d'avocats, à Paris, le 4 juin 2015.
Frank Samson, dans son cabinet d’avocats, à Paris, le 4 juin 2015. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

L’homme de loi ne joue pas à Napoléon, il l’incarne. Pour lui rester fidèle, il s’est documenté, a appris à monter à cheval et à parler corse. Il pousse le mimétisme jusqu’à porter son eau de Cologne, Farina 1709, lâcher ses jurons et reproduire ses tics. Il tire sur sa manche, tapote sa botte de sa cravache, passe sa main dans son gilet, accorde une oreille à ses soldats, piétine son bicorne dans un accès de colère – il en a un prévu à cet effet. « L’idée est de donner un tableau historique vivant. Il y a une obligation de crédibilité générale« , explique-t-il.

Sa « ressemblance physique » avec l’empereur en fin de règne est un autre atout. « J’ai la fameuse petite fossette, le nez bien droit, les yeux gris de la bonne couleur. Et je fais 90 kilos, au désespoir de l’impératrice. » Seul défaut : « Je suis beaucoup trop grand. J’ai deux centimètres de trop », fait-il mine de se lamenter. Quant à la coupe de cheveux, ce n’est pas un problème : le quadragénaire chauve enfile une perruque.

Frank Samson dans le rôle de Napoléon, le 20 avril 2014, à l'occasion des 200 ans des adieux de l'empereur à sa garde, au château de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
Frank Samson dans le rôle de Napoléon, le 20 avril 2014, à l’occasion des 200 ans des adieux de l’empereur à sa garde, au château de Fontainebleau (Seine-et-Marne). (FRANCK FIFE / AFP)

Enfin, il revêt « des uniformes impeccables », copies exactes de ceux portés par l’empereur deux cents ans plus tôt. « Je suis très méticuleux », relève-t-il. Une quête de la perfection onéreuse, mais dont il a les moyens. En 2011, il a dépensé quelque 10 000 euros dans la confection de son costume de sacre impérial, fait de fourrure d’hermine et de velours cramoisi et brodé à l’or à la main. « Le maître-mot de la reconstitution, c’est : ‘Il faut faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux.' »

Dans la vitrine de son bureau parisien, les soldats de plomb napoléoniens jouxtent les maquettes de chars de la seconde guerre mondiale, mais aussi un Nautilus et un Goldorak. En Bretagne, dans l’ancienne ferme qu’il habite, il y a des mannequins en uniformes dans le couloir. Les habits impériaux, eux, sont suspendus dans la penderie.

« Napoléon a toujours été à mes côtés »

L’homme aime l’histoire – en particulier « celle des conflits ». Il est aussi attiré par « la chose militaire » et fasciné par les uniformes – à ses yeux  » à leur apogée sous le Ier Empire ». Il est enfin passionné depuis l’enfance par Napoléon, « le plus grand personnage politique de tous les temps », et l’épopée napoléonienne, « sa trajectoire exceptionnelle »« sa grandeur »« Si vous mélangez tout ça, cela vous mène à la reconstitution historique », conclut-il.

« Napoléon a toujours été à mes côtés », analyse Frank Samson. Pourtant, c’est un artisan costumier de Dinard qui fait de lui un empereur, en 2004. « J’habillais des mannequins à l’échelle réelle », raconte l’avocat qui cherche alors de nouveaux uniformes pour sa collection. La ville organise un événement dans le cadre d’une année impériale. Le costumier lui suggère d’y aller en uniforme. Samson se laisse tenter et s’y rend avec « un costume tout pourri ». Sa femme Delphine joue l’impératrice. Il se prend au jeu. Le costumier est toujours le fournisseur officiel de l’avocat-empereur.

Frank Samson dans le rôle de Napoléon, le 20 avril 2014, à l'occasion des 200 ans des adieux de l'empereur à sa garde, au château de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
Frank Samson dans le rôle de Napoléon, le 20 avril 2014, à l’occasion des 200 ans des adieux de l’empereur à sa garde, au château de Fontainebleau (Seine-et-Marne). (FRANCK FIFE / AFP)
A cette époque, le monde de la reconstitution est orphelin de son Napoléon. Sa santé déclinant, le Corse Armand Frascuratti, premier du genre, a laissé le trône vacant. C’est l’occasion pour Frank Samson de se faire introniser. D’abord très remarqué, l’avocat finit par être adoubé, non sans mal, par la sourcilleuse communauté des reconstitueurs. Il est certes « un peu trop sophistiqué » avec « sa cour » et son état-major, aux yeux de certains, mais il reste « plausible ».
A force de travailler son personnage et grâce à un luxe de costumes, Frank Samson réussit même à éclipser l’Américain Mark Schneider, sérieux concurrent au titre avec sa « gueule » de Bonaparte et ses talents équestres, mais handicapé par son accent. Victoire suprême, il s’impose pour les grandioses célébrations du bicentenaire de Waterloo, alors que les reconstitutions historiques autrefois confidentielles deviennent à la mode et attirent des dizaines de milliers de spectateurs.

Pour être sacré, il n’y a ni élection, ni coup d’Etat, souligne l’avocat-empereur. « C’est une cooptation des 8 000 à 10 000 personnes qui composent le monde de la reconstitution en Europe. Au cours des reconstitutions, il y a une espèce de plébiscite implicite où on se dit : ‘Tiens, c’est lui l’empereur.' »  

« J’ai tendance à mettre tout le monde en uniforme »

Pour régner sur le monde de la reconstitution, Frank Samson s’est entouré. Son fils aîné, Victor, est lieutenant des carabiniers. Son cadet, Octave, est page impérial. Et quand il a fallu, son épouse « s’est transformée de Joséphine en Marie-Louise ». Il reconnaît qu’il n’aurait jamais pu aller aussi loin dans sa passion sans leur soutien. Dans son association, 1804, qui reconstitue l’empereur et son état-major, « beaucoup des officiers sont d’abord des copains ». « J’ai tendance à mettre tout le monde en uniforme », s’amuse-t-il.

Après sa future abdication, le Belge Jean-Gérald Larcin, surnommé « la doublure » dans le milieu, « paraît assez bien placé pour remporter la couronne », juge-t-il. « Moi, ça ne me déplairait d’être enterré avec mon uniforme », sourit-il. D’ici là, il compte faire voyager sa collection d’une vingtaine de costumes et la présenter au public dans des expositions itinérantes.

« C’est prenant la vie d’empereur »

Du retour d’exil à Golfe-Juan, au bord de la Méditerranée, en mars, à la bataille d’Austerlitz, en République tchèque, en décembre, l’année est chargée. « C’est prenant la vie d’empereur », sourit-il, dénombrant presque une sortie par mois.

S’il est Napoléon, Frank Samson n’est ni un chef de guerre, ni le chef d’orchestre des reconstitutions historiques. « Je ne commande pas les soldats sur le terrain, même si parfois, ils me le demandent. Il m’arrive souvent que des chefs de corps viennent me voir pour prendre leurs ordres. Je leur dis : ‘Faites comme vous le sentez' », rigole-t-il.

Ses plus beaux souvenirs sont « des instants d’histoire fugitifs » où il a eu l’impression d’avoir « réussi à remonter le temps ». Il les vit au présent. « A Austerlitz, après la bataille, nous voilà repartis dans les champs couverts de neige avec mes chasseurs à cheval. On galope comme des cinglés. Il n’y a rien de moderne autour de nous et là on se dit : ‘Tiens, on ne serait pas en 1805 ?' »

Frank Samson en Napoléon, le 1er mars 2015, sur la plage de Golfe-Juan, à Vallauris (Alpes-Maritimes).
Frank Samson en Napoléon, le 1er mars 2015, sur la plage de Golfe-Juan, à Vallauris (Alpes-Maritimes). (JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP)

Il se souvient aussi d’un moment « très personnel, voire égoïste ». « Quand je monte dans la calèche en grande tenue de sacre et que j’y retrouve mon épouse, elle-même costumée. La calèche s’ébranle et nous voilà partis pour la cathédrale pour s’y faire sacrer. On se regarde en se disant : ‘Là, c’est très fort’. »

Frank Samson rejoue le sacre de Napoléon à la basilique de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 28 mai 2011.
Frank Samson rejoue le sacre de Napoléon à la basilique de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 28 mai 2011. (ASSOCIATION EMPIRE 1804)

« Vous connaissez Groland ? C’est pareil ! »

Tel son modèle, Frank Samson a créé un empire. Depuis bientôt 20 ans, il règne sur l’Empire de la Basse Chesnaie, une micronation qu’il a fondée à Saint-Thual (Ille-et-Vilaine), le petit village breton où il réside. Trône, couronne, drapeau frappé de l’initiale de son prénom, mais aussi sujets, constitution et décrets : rien ne manque.

Sa famille occupe les postes-clés, ses amis sont des ministres aux titres fantaisistes et deux oies président la cour de justice impériale. « Vous connaissez Groland ? C’est pareil ! », lance l’homme de loi. « Même si l’inspiration napoléonienne est partout, c’est un empire de pacotille, un jeu intellectuel, parce que j’aime le droit constitutionnel et j’aime écrire du droit. »

Ni démocrate, ni républicain, mais monocrate

Et comme Napoléon, il croit au pouvoir d’un seul. « Je suis convaincu que la construction constitutionnelle de notre pays n’est pas la bonne, que la république démocratique est le pire des systèmes, argue-t-il. La monocratie est bien meilleure, bien plus efficace pour respecter les droits de l’homme. Le bien du peuple n’est pas dans le cri de la masse mais dans le cœur du prince, j’en suis persuadé. » 

L’avocat-empereur tire une leçon de vie de sa passion : « Je crois qu’on vit bien le présent quand on connaît le passé. » Pour autant, il se défend de faire de la politique. « Les hommes politiques modernes ne m’intéressent pas. Je n’ai pas d’opinion sur eux, si ce n’est une opinion générale négative. J’ai l’impression que ces gens-là ne tirent pas les leçons du passé. »

Frank Samson traverse la cour du Louvre à cheval, en costume de Napoléon, le 20 mars 2015, à Paris.
Frank Samson traverse la cour du Louvre à cheval, en costume de Napoléon, le 20 mars 2015, à Paris. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)

Etre Napoléon, « c’est un loisir, strictement bénévole », insiste-t-il. « Je n’ai jamais touché un seul centime. » L’avocat-empereur s’amuse de voir sa tête reproduite sur les tasses, aimants ou porte-clefs de la boutique de souvenirs de Waterloo 2015. Face à l’engouement du grand public, il plaisante. « A Golfe-Juan, je n’avais jamais vu ça. Quand je suis arrivé sur la plage, j’ai cru que j’étais les Beatles. C’était hallucinant. Si Napoléon revient, il reprend son trône les doigts dans le nez. » 

A Waterloo, « on va essayer de frapper fort. Ça va être un déménagement. J’emmène tout : la tente impériale, tout son nécessaire, le lit, le cabinet… » Après, Frank Samson embarquera pour l’île d’Aix, où il fera ses adieux en juillet. L’avocat-empereur ne partira pas pour Sainte-Hélène. Mais en « vacances dans le Sud, comme d’habitude ».

Le bicentenaire de Waterloo célébré sans les dirigeants français et allemand

Spectacle pyrotechnique donné à la fin de la commémoration des 200 ans de la bataille de Waterloo, le 18 juin 2015 à Waterloo, en Belgique
Spectacle pyrotechnique donné à la fin de la commémoration des 200 ans de la bataille de Waterloo, le 18 juin 2015 à Waterloo, en Belgique © AFP – EMMANUEL DUNAND

Deux cents ans après s’être entretués dans une effroyable boucherie sur le champ de bataille, les Européens se sont retrouvés jeudi à Waterloo, près de Bruxelles, cette fois dans le but d’afficher leur unité même si la France et l’Allemagne n’ont pas dépêché leurs dirigeants.

« Waterloo, la folie et la grandeur. L’horreur et le génie. La tragédie et puis l’espoir », a déclaré lors d’une cérémonie officielle le Premier ministre belge, Charles Michel.

« En réalité, plus qu’une bataille, c’est une réconciliation que je veux célébrer aujourd’hui », a-t-il ajouté. « Waterloo illustre ce processus par lequel des forces ennemies s’affrontent avec acharnement et vont engendrer un choc tragique ».

« Et c’est ce choc, si violent, qui rendra possible, plus tard, une unité plus vaste et une harmonie plus solide. Cette réalité, c’est le projet européen », a-t-il estimé. « Ce que nous commémorons aujourd’hui, c’est le message de paix, d’harmonie et de concorde », a-t-il insisté.

La cérémonie s’est déroulée sous un ciel chargé au pied de la célèbre « butte du lion », érigée sur le champ de bataille, à l’heure exacte où Napoléon a lancé, il y a 200 ans, les hostilités contre les armées anglo-hollandaises du duc de Wellington.

Si Edward, duc de Kent et cousin d’Elizabeth II, représentait la reine d’Angleterre et le commissaire Frans Timmermans l’Union européenne, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel étaient en revanche représentés par leurs ambassadeurs respectifs.

« On nous reproche, j’entendais cela ce matin, de ne pas y être, le Président de la République et moi » pour « pleurer de nos larmes ce moment redoutable que vécut notre pays », a ironisé jeudi le Premier ministre français, Manuel Valls, au détour d’un discours consacré au numérique à Paris.

« Evitons Waterloo! », a-t-il plaisanté au sujet de ses propositions en matière d’Internet, preuve que le nom de la petite ville située au sud de Bruxelles reste surtout synonyme de défaite en France.

Paris n’avait pas apprécié il y a quelques mois que la Belgique décide de frapper une pièce commémorative de la bataille.

– Boulet de canon –

« Nous n’avons pas de difficulté à partager la même conviction. Les bienfaits de la paix sont plus créatifs que la guerre », ont en revanche affirmé dans une déclaration commune les quatre descendants des chefs d’armées de l’époque.

Le roi des Pays-Bas Willem-Alexander, dont l’ancêtre le prince d’Orange a été blessé à Waterloo, Arthur Wellesley, fils du 9e duc de Wellington, le prince Nikolaus Blücher von Wahlstatt, dont l’aïeul commandait les troupes prussiennes, et le prince Jean-Christophe Napoléon Bonaparte, actuel prétendant au titre impérial, ont déposé, sous un boulet de canon quatre rubans rappelant les étendards de 1815 (orange, rouge, noir et bleu). Ils ont ensuite posé leurs mains sur le projectile, en signe d’union, sous le regard du roi des Belges Philippe.

La bataille de Waterloo s’est déroulée après le retour de Napoléon, déclaré hors-la-loi par les puissances continentales au Congrès de Vienne, de son exil sur l’île d’Elbe, au printemps 1815.

Reconstituée en quelques semaines, l’armée française comptait lors de la campagne de Belgique plus de 93.000 hommes. Pendant une dizaine d’heures, elle a fait face aux forces alliées (britanniques, allemandes, belgo-hollandaises) de Wellington et prussiennes du maréchal Blücher, qui comptaient environ 125.000 hommes au total.

Longtemps indécise, la bataille s’est achevée par la victoire des coalisés et la fuite à Paris de Napoléon. L’empereur abdiquera le 22 juin et mourra prisonnier des Anglais le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène.

Jeudi soir, quelque 11.500 personnes ont assisté au spectacle sons et lumières « Inferno », inspiré du poème « L’expiation » de Victor Hugo. Comme promis, il a eu des feux d’artifice, des cavaliers, des cornemuses et des coups de canons. Mais la succession de tableaux, un peu trop statiques dans l’ensemble, n’a pas réussi a faire honneur au souffle du poème du grand écrivain romantique, à l’exception de trop rares moments d’émotion, comme lorsqu’est évoqué le moment où Napoléon joue son va-tout en faisant donner la Vielle Garde.

Le véritable spectacle est attendu vendredi et samedi soir, quand plus de 5.000 figurants en costumes, 360 chevaux et une centaine de canons rejoueront les moments clés de la bataille.

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Vos réactions

ubu                                      Les libéraux sont bien heureux de fêter waterloo. Mais Napoleon est bien dans nos coeurs car il est celui qui a défendu la révolution et la France que nous aimons…contre les royalistes et les anglais.

unh cé piuunh cé piu           La gloire d’un seul homme valait elle la mort de presque 2 millions de Français sans compter encore plus d’autres nationalités et tout cela pour rien car il a laissé le pays plus petit que celui qu’il avait trouvé ? Pour celui qui dit le contraire et trouve cela normal es tu d’accord de mourir ou de faire mourir ton enfant pour la gloire d’un dirigeant quelque qu’il soit ,et de trouver dans la misère ta famille ensuite ?
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