Cimetière des clandestins

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Cimetière des clandestins

Ces particuliers qui essayent de sauver les migrants face à l’immobilisme de l’Europe

SAUVER LES MIGRANTS

INTERNATIONAL – Un drame quotidien délaissé par l’Europe. Au lendemain d’une série de naufrages en Méditerranée, dans lesquels plusieurs centaines de migrants ont perdu la vie, l’émotion et la colère ont saisi associations, médias et personnalités politiques.

Accusée de passivité et intimée de prendre des mesures à la hauteur du problème, l’Union européenne a décidé de réagir en organisant un sommet extraordinaire à Bruxelles ce jeudi 23 avril. Lutte intensifiée contre les passeurs, renforcement des moyens de surveillance, extension de l’aide au développement feront notamment partie des pistes abordées par les Vingt-Huit.

Si les autorités européennes et les Etats membres de l’UE ont donc promis de faire face au problème à la suite des récents naufrages, leur frilosité et leur manque d’implication ces dernières années ont été montrés du doigt, en particulier par les ONG, Médecins sans frontière allant jusqu’à se lancer dans le sauvetage en mer malgré son manque de savoir faire en la matière. Cliquez ici pour lire leur blog à ce sujet sur le Huffington Post (en anglais).

L’immobilisme européen, certaines initiatives privées ont cependant tenté d’y pallier, chacune à leur manière. Quelques exemples:

• Les patrouilles du Phoenix

sauver les migrants

Regina et Christopher Catrembone à bord de leur bateau le Phoenix, le 25 août 2014 (Darrin Zammit Lupi/Reuters)

Christopher et Regina Catrambone font partie de ces particuliers qui ont décidé de venir en aide à ceux qui tentent de pénétrer la « forteresse Europe ». Ce couple italo-américain millionnaire, dont la société d’assurance est installée à Malte, a déboursé plusieurs millions de dollars pour monter un projet de sauvetage de migrants. Ils ont ainsi acheté un navire de 40 mètres de long, le Phoenix, et créé une équipe d’une vingtaine de personnes, « avec pour but de prêter main forte aux autorités italiennes dans le secours des migrants », explique l’Agence France Presse.

Dans un portrait que le magazine Time lui a consacré, Christopher Catrambone a expliqué qu’il ne faisait pas ça pour sauver le monde, mais pour « aider des personnes qui sont dans une situation désespérée ». « Nous parlons de notre propre perte de la dignité humaine en tant que société », indique-t-il, ajoutant qu’on ne peut ignorer que des gens meurent en mer.

L’ONG qu’ils ont créée, MOAS (pour The Migrant Offshore Aid Station), a ainsi permis en 2014 d’éviter la noyade à près de 3000 personnes, selon le chiffre relayé par l’AFP. Une aventure très coûteuse qui aurait pu s’arrêter faute de financements. A la fin de l’année dernière, Christopher et Regina Catrambone ont fait un appel aux dons pour pouvoir poursuivre leur mission humanitaire. Début avril, MOAS a annoncé qu’elle pourrait poursuivre ses patrouilles en mer grâce à un partenariat avec l’ONG Médecins sans frontières. Ensemble, les deux organisations patrouilleront sur le Phoenix entre mai et octobre.

• D’entrepreneurs à marins sauveurs

Le projet d’Harald Höppner et Matthias Kuhnt, bien que plus modeste, ressemble un peu à celui des Catrambone. Ces deux entrepreneurs allemands ont effectivement investi une partie de leur argent dans l’achat d’un bateau. Avec leur 162.000 dollars, ils ont pu acheter un navire long de 21 mètres. Celui-ci servira à patrouiller sur la mer Méditerranée pour repérer les embarcations en difficulté. Ils ont par ailleurs lancé une plateforme de financement participatif, pour rembourser une partie des frais engendrés par l’achat du bateau.

Ce qui les a décidé à monter ce projet? Au Washington Post, Matthias Kuhnt explique que l’idée a germé au moment de la célébration des 25 ans de la chute du mur de Berlin. « Nous nous sommes rendus compte qu’à seulement quelques centaines de kilomètres de l’Allemagne, nous sommes en train de construire une frontière semblable. Rien qu’en 2014, plus de personnes sont mortes aux frontières de l’Union européenne que pendant les 27 ans durant lesquels le mur de Berlin a séparé l’Allemagne », regrette-t-il.

Les deux hommes ont prévu trois mois de mission à partir de la mi-mai. Et ils ne seront pas seuls. Selon eux, des dizaines de volontaires se sont manifestés pour participer aux sauvetages de migrants. Un sauvetage qui a ses limites. Harald Höppner et Matthias Kuhnt ont précisé qu’ils ne pourront pas faire monter les migrants sur leur bateau sous peine d’être accusés d’être des passeurs. « Quand nous repérerons une embarcation en danger, nous donnerons l’alerte aux garde-côtes italiens ou maltais. Ils auront du mal à ignorer un signal de détresse venant d’un équipage allemand », jugent-ils.

• Le père Zeraï, sauveteur à distance

sauver les migrants

Le père Mussie Zeraï lors d’une conférence de presse après un naufrage de migrants, le 26 novembre 2013 En Belgique (BENOIT DOPPAGNE /AFP)

Mussi Zeraï, lui, n’a pas de bateau. En revanche, il a un téléphone portable et c’est son arme pour sauver ceux qui espèrent une vie meilleure hors de leur pays d’origine. Ce prêtre érythréen installé en Suisse, et dont le numéro de téléphone se transmet de migrants en migrants, contacte les secours italiens dès qu’il reçoit un appel de détresse des migrants en mer.

Le premier coup de fil de ce genre remonte à 2003, raconte-t-il à L’Obs. Cette année là, il visite un centre de détention de migrants en Libye. « Je leur ai donné mon numéro de téléphone. Au cas où. L’un d’eux l’a écrit sur le mur de la prison. Et les gens ont commencé à appeler », explique-t-il à l’hebdomadaire qui précise qu’à l’époque, il avait alerté le Centre de Coordination de Sauvetage maritime (MRCC) sans trop savoir ce qu’il fallait leur dire. Plus de dix ans après, « pas un jour ne passe sans qu’il nous appelle pour nous mettre en contact avec des personnes en mer qui ont besoin de notre aide », raconte le standardiste des gardes-côtes italiens qui l’appelle « le sauveur des migrants ».

Lire aussi :

• Quelles solutions pour lutter contre les naufrages de migrants?

• Les précédents naufrages meurtriers en Méditerranée

• Le poignant témoignage de Rio Mavuba, né dans un bateau de migrants

Méditerranée : chiffres et carte pour comprendre la tragédie

Le Monde.fr Camille Bordenet et Madjid Zerrouky

Jusqu’au printemps 2015, le drame de Lampedusa d’octobre 2013 – au cours duquel 366 migrants avaient trouvé la mort –, demeurait la plus grande tragédie migratoire de la Méditerranée de ce début du XXIe siècle.

La disparition d’au moins 700 personnes lors du naufrage d’un chalutier, ce week-end, à laquelle s’ajoute celle d’au moins 400 migrants lors d’un autre naufrage le 12 avril, fait craindre une tragédie bien pire encore : « une hécatombe jamais vue en Méditerranée », selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Les principaux naufrages de migrants depuis janvier 2015 (routes Afrique-Europe)

22 000 C’est le nombre de migrants qui seraient morts en tentant de gagner l’Europe depuis 2000, principalement en traversant la Méditerranée, selon les estimations d’un rapport de Organisation internationale pour les migrations sur les mouvements de migration dans le monde, soit une moyenne de 1 500 morts par an. En 2014, plus de 75 % des migrants qui sont morts dans le monde ont péri en Méditerranée.

Lire : « On ne peut pas faire comme si chaque tragédie allait être la dernière »

1 776 C’est le nombre de migrants portés disparus en mer Méditerranée depuis le 1er janvier 2015, sur les 36 390 arrivés par bateau dans le sud de l’Europe, selon les estimations du HCR.

C’est donc aussi le nombre de morts qui pourrait avoir été atteint en l’espace de seulement quatre mois. Depuis le 1er janvier 2015, 400 morts par mois et, en moyenne, un mort toutes les deux heures si ce bilan se confirme.

Au tiers de l’année 2015, c’est donc  la moitié du nombre de morts recensés sur l’ensemble de l’année 2014 qui pourrait avoir été atteinte.

36 390 C’est le nombre de migrants arrivés sur les côtes européennes depuis le 1er janvier 2015. En 2014, année record, 219 000 personnes ont traversé la Méditerranée. Dix fois plus qu’en 2012.

8 865 C’est le nombre de migrants syriens  arrivés sur les côtes d’Italie depuis janvier. Ce qui en fait la première nationalité. Suivent l’Erythrée, la Somalie et l’Afghanistan (3 363 et 2 908).

150 000 C’est, au moins, le nombre de personnes qu’a permis de secourir l’opération « Mare Nostrum » entre octobre 2013 et octobre 2014, selon la marine italienne, soit plus de 400 personnes par jour en moyenne. L’opération militaro-humanitaire lancée par l’Italie pour surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre la Méditerranée a aussi permis d’arrêter 351 passeurs.

3 millions C’est le budget mensuel, en euros, de l’opération « Triton », lancée le 1er novembre 2014 après la fin de « Mare Nostrum ». La durée de l’opération, qui n’a pas été définie, dépend essentiellement du budget alloué à l’Agence de contrôle des frontières extérieures de l’Europe (Frontex) en 2015 : à hauteur de 114 millions d’euros (soit environ 9,5 millions d’euros par mois, l’équivalent du budget mensuel alloué à la seule opération « Mare Nostrum », de 9 millions d’euros par mois), il demeure modeste.

Les différences entre les opérations "Mare Nostrum" et "Triton".

2 510 000 C’est la superficie en kilomètres carrés de la mer Méditerranée. « Nous ne pouvons pas oublier que la Méditerranée est immense […], on ne peut pas contrôler et surveiller absolument toutes les zones où l’on peut éventuellement avoir des migrants et tenter d’éviter des tragédies », a déclaré lundi 20 avril le directeur adjoint de Frontex, Gil Arias.

Au rang des solutions pour éviter les naufrages de migrants, ce dernier a dit envisager l’ouverture de « nouvelles voies d’immigration légale » pour les personnes fuyant les conflits.

DIPLOMATIE Des passeurs qualifiés d’«esclavagistes»…

Migrants: L’Union européenne prête à lancer une opération militaire contre les passeurs

Des migrants sur le quai du port d'Augusta en Sicile le 22 avril 2015
Des migrants sur le quai du port d’Augusta en Sicile le 22 avril 2015 – ALBERTO PIZZOLI AFP

20 Minutes avec AFP

Les dirigeants européens doivent se prononcer ce jeudi sur une opération militaire contre les trafiquants de migrants en Libye, responsables de la pire tragédie en Méditerranée, dont des survivants commencent à raconter l’horreur.

Il faut « entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », selon le projet de déclaration du sommet extraordinaire convoqué après un nouveau naufrage dimanche, qui a fait quelque 800 morts.

Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient lancer les « préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense », autrement dit une opération militaire. Ce serait une première dans la lutte contre l’immigration clandestine.

L’UE prête à lancer une opération militaire contre les passeurs

 L’Express.fr avec AFP

Ce jeudi, les dirigeants européens doivent s’entendre sur l’opportunité de frapper militairement les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants.

Pas de troupes au sol

« On ne peut pas être sérieux si on ne prend pas en considération la demande de Matteo Renzi », a affirmé un haut responsable européen. Le chef du gouvernement italien a demandé l’examen de la possibilité de mener des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte.

« Personne ne parle d’envoyer des troupes au sol », a assuré une source européenne, tout en soulignant que la question d’un mandat des Nations unies « dépend de l’étendue de la mission ». « Ce ne sera pas une guerre, mais des actions ciblées ».

Mais la « mise en oeuvre prendra du temps », ont averti les diplomates en charge du dossier. « Il va falloir préparer des plans opérationnels, puis mobiliser des moyens militaires », a-t-on expliqué.

Accueil de réfugiés

Les experts se montrent très sceptiques. Atalante, la mission militaire de l’UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes a été lancée en 2008, mais les premières actions contre les bateaux des pirates ont été menées en 2011-2012, a rappelé l’eurodéputé français Arnaud Danjean. « Que peut-on faire pour endiguer ce trafic par la force, la réponse est simple: rien », a assuré à l’AFP l’ex-amiral français Alain Coldefy.

Le plan soumis aux dirigeants européens prévoit aussi de « doubler » de trois à six millions d’euros le budget mensuel alloué à Frontex, l’agence chargée de la surveillances des frontières, pour renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce, afin de leur permettre d’augmenter leurs opérations de surveillance et de sauvetage.

Le troisième volet traite de l’accueil des migrants. Il propose aux Etats d’accueillir « au moins 5.000 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés », dans le cadre d’un projet de réinstallation.

Photo tirée d'une vidéo de la garde côtière du 22 avril 2015 montrant l'opération de sauvetage des migrants au large de la Sicile

Photo tirée d’une vidéo de la garde côtière du 22 avril 2015 montrant l’opération de sauvetage des migrants au large de la Sicile. afp.com

La solution face aux naufrages à répétition en Méditerranée serait-elle militaire? C’est ce que semblent croire les chefs d’Etat européens. Il faut « entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », selon le projet de déclaration du sommet extraordinaire convoqué après un nouveau naufrage dimanche, qui a fait quelque 800 morts.

Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient lancer les « préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense », autrement dit une opération militaire. Ce serait une première dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Les premières consultations montrent « une volonté politique de lancer ce signal fort », a confié à l’AFP une source proche du dossier.

« On ne peut pas être sérieux si on ne prend pas en considération la demande de Matteo Renzi », a affirmé un haut responsable européen. Le chef du gouvernement italien a demandé l’examen de la possibilité de mener des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte.

« Personne ne parle d’envoyer des troupes au sol », a assuré une source européenne, tout en soulignant que la question d’un mandat des Nations unies « dépend de l’étendue de la mission ». « Ce ne sera pas une guerre, mais des actions ciblées ».

Des experts sceptiques

Mais la « mise en oeuvre prendra du temps », ont averti les diplomates en charge du dossier. « Il va falloir préparer des plans opérationnels, puis mobiliser des moyens militaires », a-t-on expliqué.

Les experts se montrent très sceptiques. Atalante, la mission militaire de l’UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes a été lancée en 2008, mais les premières actions contre les bateaux des pirates ont été menées en 2011-2012, a rappelé l’eurodéputé français Arnaud Danjean. « Que peut-on faire pour endiguer ce trafic par la force, la réponse est simple: rien », a assuré à l’AFP l’ex-amiral français Alain Coldefy.

Le plan soumis aux dirigeants européens prévoit aussi de « doubler » de trois à six millions d’euros le budget mensuel alloué à Frontex, l’agence chargée de la surveillances des frontières, pour renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce, afin de leur permettre d’augmenter leurs opérations de surveillance et de sauvetage.

Au moins 5000 réfugiés pour chaque pays européen

Le troisième volet traite de l’accueil des migrants. Il propose aux Etats d’accueillir « au moins 5000 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés », dans le cadre d’un projet de réinstallation.

Depuis le début de l’année, quelque 1750 migrants, hommes, femmes et enfants, ont péri en mer. C’est 30 fois plus que sur la même période l’an dernier, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Plus de 20.000 migrants ont déjà débarqué en Italie depuis le début de l’année. Et rien ne semble devoir les décourager. En 2014, plus de 170.000 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, et 3000 d’entre eux ont péri, indique de son côté l’Organisation maritime internationale (OMI).

500.000 migrants attendus cette année

Un demi-million de migrants pourraient tenter cette année la traversée estime l’OMI. « Si nous ne faisons rien, je crois que cette année nous allons voir un demi-million de migrants traverser la Méditerranée, et dans ce cas, il pourrait potentiellement y avoir jusqu’à 10.000 morts », a déclaré le directeur de l’OMI, Koji Sekimizu, lors d’une conférence maritime à Singapour.

Migrants : pourquoi l’UE veut lancer une opération militaire en Méditerranée

L'Obs avec AFP

L’Union européenne ce prononce ce jeudi sur le lancement d’une « mission de sécurité et de défense », visant à lutter contre l’immigration clandestine.

Des migrants débarquent en Sicile (Italie) le mercredi 22 avril, après avoir été secourus par la marine italienne (Carmelo Imbesi/AP/SIPA)Des migrants débarquent en Sicile (Italie) le mercredi 22 avril, après avoir été secourus par la marine italienne (Carmelo Imbesi/AP/SIPA)

Les dirigeants des 28 pays de l’Union européenne se retrouvent, jeudi 23 avril, pour un sommet extraordinaire convoqué d’urgence après le naufrage d’un chalutier transportant des migrants qui a fait quelque 800 morts. Il faut « entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », lance le projet de déclaration du sommet.

Les dirigeants européens doivent se prononcer sur une réponse forte, qui aille au-delà du renforcement des moyens de surveillance maritime ou d’une meilleure solidarité dans l’accueil des réfugiés.

Les chefs d’Etat et de gouvernement envisagent donc de lancer les « préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense », autrement dit une opération militaire. Ce serait une première dans la lutte contre l’immigration clandestine.

# Lutter contre des « marchands d’esclaves »

L’Italie a demandé à ses partenaires de combattre ensemble les passeurs en Méditerranée, « marchands d’esclaves du XXIe siècle », et d’intervenir à long terme pour aider les pays au sud de la Libye à se stabiliser.

Arrivés mardi en Sicile, les 28 survivants du naufrage de dimanche, dont les deux passeurs aussitôt arrêtés, ont donné quelques détails sur leur traversée. Entassés à plus de 850 sur ce bateau de 20 mètres de long, seuls 28 d’entre eux ont eu la vie sauve. Les garde-côtes ont repêché 24 corps.

Des centaines d’autres migrants, y compris des femmes et des enfants, sont restés prisonniers à l’intérieur du chalutier. Ils avaient payé entre 330 et 660 euros pour la traversée, selon le Parquet de Catane (Sicile), et, pour certains, ont été parqués pendant plus d’un mois dans une usine désaffectée près de Tripoli avant d’embarquer jeudi soir.

# Lutter contre les passeurs en Libye

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a plaidé pour que les causes des départs soient combattues « à leurs racines ». Il a demandé l’examen de la possibilité de mener des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte. Devant le parlement italien, il a évoqué une présence forte dans les pays au sud de la Libye, citant le Soudan et le Niger, mais sans entrer dans les détails de ce qui pourrait y être fait.

A l’approche du sommet européen, les consultations montrent « une volonté politique de lancer ce signal fort » en ce sens, a confié à l’AFP une source proche du dossier. « On ne peut pas être sérieux si on ne prend pas en considération la demande de Matteo Renzi », a affirmé un haut responsable européen.

Toutefois, l’identification des passeurs ne sera pas aisée. Ils n’ont pas de « profil type », souligne François Gemenne, chercheur spécialiste des flux migratoires au Centre d’études et de recherches internationales au « Figaro« . Les deux passeurs arrêtés après le drame de dimanche sont Libyen et Tunisien. L’expert souligne que les passeurs sont en majorité Libyens, Turcs ou Tunisiens, mais que leurs nationalités et profils changent en fonction des motivations.

Il y a le petit passeur qui souhaite financer son propre voyage, certains passeurs altruistes qui font ça pour aider leurs compatriotes, et surtout des réseaux criminels », pointe également Claire Rodier, juriste et cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop, au quotidien.

Aujourd’hui, « on se retrouve davantage face à des criminels sans foi ni loi, organisés en réseaux mafieux », poursuit François Gemenne, contrairement aux années passées où les passeurs étaient davantage préoccupés par le sort des populations et fonctionnaient comme des « artisans ».

# « Pas une guerre, mais des actions ciblées »

Difficile encore de savoir quelle forme prendra cette opération militaire. « Personne ne parle d’envoyer des troupes au sol », a rassuré une source européenne, tout en soulignant que la question d’un mandat des Nations unies « dépend de l’étendue de la mission ».

Ce ne sera pas une guerre, mais des actions ciblées », ajoute-t-elle.

De toute façon, le recours à la force est illusoire, mettent en garde les experts. « Ceux qui sont déterminés à venir trouveront toujours des points d’entrée », estime Kader Abderrahim, chercheur-associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris). « Ça rapporte tellement d’argent que les trafiquants seront toujours très créatifs en la matière. »

# Quand la mission sera-t-elle lancée ?

La « mise en œuvre [d’une telle opération] prendra du temps », ont averti les diplomates en charge du dossier. « Il va falloir préparer des plans opérationnels, puis mobiliser des moyens militaires. »

Néanmoins, des doutes sont permis. Atalante, la mission militaire de l’UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes a été lancée en 2008, mais les premières actions contre les bateaux des pirates n’ont été menées qu’en 2011-2012, rappelle l’eurodéputé français Arnaud Danjean.

# Une opération militaire sera-t-elle efficace ?

Que peut-on faire pour endiguer ce trafic par la force, la réponse est simple : rien », a assuré l’ex-amiral français Alain Coldefy.

Plusieurs organisations humanitaires considèrent aussi que la force ne réglera pas le problème, mais le déplacera vers un autre point de départ, une nouvelle « route » de migrants. Ils estiment, comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qu’il serait plus utile de traiter les demandes des réfugiés dans les pays de transit, comme le Niger et le Liban. Mais les Européens, redoutant un « appel d’air », sont réticents face à cette éventualité.

Plus de 20.000 migrants ont déjà débarqué en Italie depuis le début de l’année. Mercredi,  1.106 migrants sont arrivés sur les côtes italiennes, rejoignant les 70.507 déjà présents dans des centres d’accueil en Italie, selon les chiffres du ministre italien de l’Intérieur Angelino Alfano.

# En plus du militaire, que va faire l’UE ?

Le plan soumis aux dirigeants européens prévoit également de « doubler » de trois à six millions d’euros le budget mensuel alloué à Frontex, l’agence chargée de la surveillance des frontières, pour renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce, afin de leur permettre d’augmenter leurs opérations de surveillance et de sauvetage.

Un volet traite enfin de l’accueil des migrants. Il propose aux Etats d’accueillir « au moins 5.000 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés », dans le cadre d’un projet de réinstallation.

# L’urgence de la multiplication des drames

Le naufrage de dimanche suit un autre drame où 450 migrants avaient déjà disparus en mer. Depuis le début de l’année, ce sont quelque 1.750 migrants, hommes, femmes et enfants, qui ont péri en mer, dont 450 la semaine dernière. C’est 30 fois plus que sur la même période l’an dernier, selon l’OIM.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé l’Europe de « laisser mourir » les migrants. A Londres, le Premier ministre britannique David Cameron a dit vouloir empêcher les migrants de prendre la mer, afin de « mettre fin à ces cargaisons de la mort ».

Nous devons être plus sévères avec les groupes de passeurs et de trafiquants qui violent les droits humains et ont un comportement inacceptable, [mais] la priorité essentielle est de sauver des vies », a de son côté déclaré le Haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Antonio Guterrez.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et son homologue auprès de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ont exigé que les factions rivales en Libye se mettent rapidement d’accord pour reconstruire un Etat, première étape pour permettre d’endiguer le flux de migrants.

(Avec AFP)

Priver les passeurs de bateaux pour stopper le trafic d’immigrés

Le Point –

Le Conseil européen va examiner la proposition italienne de couler les bateaux des trafiquants d’immigrés. Plus facile à dire qu’à faire.

L'Union européenne pourrait décider de couler les bateaux des passeurs. Photo d'illustration.
L’Union européenne pourrait décider de couler les bateaux des passeurs. Photo d’illustration. © Fethi nasri / AFP
De notre correspondant à Rome,

« Pour faire la guerre aux trafiquants d’êtres humains, il faut détruire leurs embarcations » : dans son discours devant le Parlement transalpin, Matteo Renzi a illustré la proposition phare qu’il entend soumettre aux 28 chefs de gouvernement qui se réuniront jeudi à Bruxelles pour un Conseil européen extraordinaire consacré au drame des naufrages d’immigrés clandestins. L’approvisionnement en embarcations de tout genre – du canot pneumatique de quelques mètres au vieux cargo – est en effet le seul point faible de l’organisation des passeurs.

Depuis le début de l’année, les forces de l’ordre ont séquestré 109 embarcations et en ont coulé 150. Peu au regard des 1 161 traversées qui ont été effectuées au cours des quatre derniers mois par les organisations. Toutefois, les stocks de bateaux commencent à s’épuiser dans les ports libyens. Pour y remédier, les passeurs font souvent sauter les immigrés à l’eau en vue des côtes pour rapatrier leurs embarcations. À quinze occasions, ils ont tranché la corde qui les liait au remorqueur des garde-côtes italiens qui les avaient secourus afin de retourner dans le port de départ. Et ils n’hésitent désormais plus à utiliser la violence. Ils ont tiré sur un navire de la marine italienne qui avait pris possession d’une de leurs épaves des mers et tenté de s’emparer, les armes à la main, d’un chalutier sicilien.

Envoi de troupes à terre ?

Le plan de « search and destroy » qui sera soumis aux 28 chefs d’État s’inspire de l’opération Atlanta mise en oeuvre par l’Union européenne (UE) contre la piraterie au large des côtes somaliennes. Outre la protection des navires de commerce, la mission Atlanta a plusieurs fois conduit à des raids dans les ports somaliens qui servent de refuge aux pirates pour détruire leurs embarcations. Le même type d’opération qu’il faudrait entreprendre contre les trafiquants d’immigrés, car on ne peut pas les attaquer dans les eaux internationales alors qu’ils sont chargés d’immigrés.

Mais en Somalie, l’UE agit sous l’égide d’un mandat des Nations unies et à la demande des autorités de Mogadiscio. En Libye, il n’y a plus d’État légitime crédible susceptible de formuler une telle requête. Une intervention étrangère violerait donc la souveraineté de la Libye. Le haut-commissaire européen, Federica Mogherini, a précisé que l’Union a absolument besoin d’une résolution des Nations unies pour intervenir. Outre le fait que cet accord de l’ONU n’est pas acquis, il nécessiterait de longues semaines avant d’être ratifié.

Au-delà des questions diplomatiques, ce sont les militaires qui s’interrogent sur les raids contre les passeurs. Leurs bateaux sont au milieu de ceux des pêcheurs dans les ports. Il faudrait les identifier avec certitude et il est impensable de les bombarder sans courir le risque d’atteindre les populations. Reste donc l’option d’envoyer des troupes à terre. Avec les risques que cela représente alors que les trafiquants sont en relation avec les milices et que l’Isis est en embuscade. Le remède pourrait s’avérer pire que le mal.

Migrants: l’UE prête à lancer une opération militaire contre les « esclavagistes »

Les dirigeants européens doivent se prononcer jeudi sur une opération militaire contre les trafiquants de migrants en Libye, responsables de la pire tragédie en Méditerranée, dont des survivants commencent à raconter l’horreur.

Il faut « entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », selon le projet de déclaration du sommet extraordinaire convoqué après un nouveau naufrage dimanche, qui a fait quelque 800 morts.

L’Europe se doit d’apporter une réponse forte, qui aille au delà du renforcement des moyens de surveillance maritime ou d’une meilleure solidarité dans l’accueil des réfugiés.

Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient donc lancer les « préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense », autrement dit une opération militaire. Ce serait une première dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Les premières consultations montrent « une volonté politique de lancer ce signal fort », a confié à l’AFP une source proche du dossier.

« On ne peut pas être sérieux si on ne prend pas en considération la demande de Matteo Renzi », a affirmé un haut responsable européen. Le chef du gouvernement italien a demandé l’examen de la possibilité de mener des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte.

« Personne ne parle d’envoyer des troupes au sol », a assuré une source européenne, tout en soulignant que la question d’un mandat des Nations unies « dépend de l’étendue de la mission ». « Ce ne sera pas une guerre, mais des actions ciblées ».

– Séquestration –

Mais la « mise en ?uvre prendra du temps », ont averti les diplomates en charge du dossier. « Il va falloir préparer des plans opérationnels, puis mobiliser des moyens militaires », a-t-on expliqué.

Les experts se montrent très sceptiques. Atalante, la mission militaire de l’UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes a été lancée en 2008, mais les premières actions contre les bateaux des pirates ont été menées en 2011-2012, a rappelé l’eurodéputé français Arnaud Danjean. « Que peut-on faire pour endiguer ce trafic par la force, la réponse est simple: rien », a assuré à l’AFP l’ex-amiral français Alain Coldefy.

Le plan soumis aux dirigeants européens prévoit aussi de « doubler » de trois à six millions d’euros le budget mensuel alloué à Frontex, l’agence chargée de la surveillances des frontières, pour renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce, afin de leur permettre d’augmenter leurs opérations de surveillance et de sauvetage.

Le troisième volet traite de l’accueil des migrants. Il propose aux Etats d’accueillir « au moins 5.000 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés », dans le cadre d’un projet de réinstallation.

Arrivés mardi en Sicile, les 28 survivants de la catastrophe de dimanche, dont les deux passeurs aussitôt arrêtés, ont commencé à donner quelques détails sur leur traversée.

L’un d’entre eux, Abdirizzak, a raconté avoir échappé à la mort parce qu’il se trouvait dans la partie supérieure du chalutier. « Ceux qui avaient le moins d’argent ont été enfermés à fond de cale. J’étais sur le pont intermédiaire, et ceux qui avaient le plus payé étaient au-dessus ».

Des centaines de migrants, y compris des femmes et des enfants, sont restés prisonniers à l’intérieur. Les garde-côtes ont repêché 24 corps.

Le commandant du chalutier, Mohammed Ali Malek, un Tunisien âgé de 27 ans, a été désigné par le Parquet comme le principal responsable de la tragédie. Déjà accusé d’homicides involontaires et d’incitation à l’immigration clandestine, il a été accusé mercredi de « séquestration de personnes ».

Le naufrage a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche à quelque 60 milles (110 km) au large des côtes libyennes. Ce drame s’ajoute à d’autres naufrages qui ont fait près de 450 victimes portées disparues la semaine dernière et a suscité la colère du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a accusé l’Europe de « laisser mourir » les migrants.

– ‘Cargaisons de la mort’-

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et son homologue auprès de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ont exigé que les factions rivales en libye se mettent rapidement d’accord pour reconstruire un Etat, première étape pour permettre d’endiguer le flux de migrants.

A Londres, le Premier ministre britannique David Cameron a dit vouloir empêcher les migrants de prendre la mer, afin de « mettre fin à ces cargaisons de la mort ».

Depuis le début de l’année, quelque 1.750 migrants, hommes, femmes et enfants, ont péri en mer. C’est 30 fois plus que sur la même période l’an dernier, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Plus de 20.000 migrants ont déjà débarqué en Italie depuis le début de l’année. Et rien ne semble devoir les décourager.

Contre l’immigration clandestine, l’UE prête à une opération militaire

Arnaud Focraud (avec AFP)
Contre l'immigration clandestine, l'UE prête à une opération militaire© Reuters Contre l’immigration clandestine, l’UE prête à une opération militaire Un Conseil européen extraordinaire se tient jeudi suite à la répétition de plusieurs naufrages de bateaux d’immigrés en Méditerranée. Les 28 dirigeants de l’UE doivent se prononcer sur une opération militaire contre les trafiquants de migrants en Libye.

L’Europe est prête à apporter une réponse inédite dans la lutte contre l’immigration clandestine. Au-delà d’un renforcement des moyens de surveillance maritime ou d’une meilleure solidarité dans l’accueil des réfugiés. Les 28 dirigeants de l’UE doivent se prononcer jeudi sur une opération militaire contre les trafiquants de migrants en Libye, responsables de la pire tragédie en Méditerranée. Il faut « entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », selon le projet de déclaration du sommet extraordinaire convoqué après un nouveau naufrage dimanche, qui a fait quelque 800 morts.

Pas de « troupes au sol »

Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient donc lancer les « préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense », autrement dit une opération militaire. Ce serait une première. Les premières consultations montrent « une volonté politique de lancer ce signal fort », a confié à l’AFP une source proche du dossier. Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi avait demandé l’examen de la possibilité de mener des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte.

« Personne ne parle d’envoyer des troupes au sol », a assuré toutefois une source européenne, tout en soulignant que la question d’un mandat des Nations unies « dépend de l’étendue de la mission ». « Ce ne sera pas une guerre, mais des actions ciblées ». La « mise en oeuvre prendra du temps », ont également averti les diplomates en charge du dossier. « Il va falloir préparer des plans opérationnels, puis mobiliser des moyens militaires », a-t-on expliqué.

Le budget de Frontex doublé

Le plan soumis aux dirigeants européens prévoit aussi de « doubler » de trois à six millions d’euros le budget mensuel alloué à Frontex, l’agence chargée de la surveillances des frontières, pour renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce, afin de leur permettre d’augmenter leurs opérations de surveillance et de sauvetage. Le troisième volet traite de l’accueil des migrants. Il propose aux Etats d’accueillir « au moins 5.000 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés », dans le cadre d’un projet de réinstallation.

Depuis le début de l’année, quelque 1.750 migrants, hommes, femmes et enfants, ont péri en mer. C’est 30 fois plus que sur la même période l’an dernier, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Plus de 20.000 migrants ont déjà débarqué en Italie depuis le début de l’année. Et rien ne semble devoir les décourager.

Migrants : pour les survivants, le goût amer de l’arrivée en Europe

RFI

AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI© RFI AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI Francesco Rocca est monté à bord du Gregoretti, le bâtiment des gardes-côtes italiens, pour expliquer aux rescapés, avec des médiateurs culturels et des psychologues, de quelle manière ils allaient être pris en charge dans les heures et les jours suivants au centre d’accueil de Mineo, près de Catane. C’est le rôle de l’organisation, qui ne recueille pas les premiers témoignages.

Les traumatismes multiples des survivants

Sur le bateau, le directeur de la Croix-Rouge italienne a été frappé par l’extrême désolation des 27 miraculés du naufrage (le 28e avait été évacué par hélicoptère). Aucune trace sur leur visage du soulagement ou de la joie qu’expriment généralement les rescapés lorsqu’ils sont enfin en sécurité.

« On percevait vraiment le traumatisme du survivant, confie Francesco Rocca. Ces regards perdus, honnêtement, m’ont touché. Dans quelques échanges que j’ai eus, avec l’un d’entre eux notamment, l’homme insistait sur le fait qu’il était le seul à avoir survécu d’un groupe d’une centaine de Gambiens qui se trouvaient sur ce bateau », raconte Francesco Rocca.

Les survivants savaient que la plus grande partie des personnes à bord du bateau était enfermée dans les deux niveaux inférieurs et que ces dernières se sont noyées ainsi, sans avoir une chance de lutter (lire aussi : Mort de 800 migrants en Méditerranée: le parquet charge les passeurs).

Mais les traumatismes subis par les migrants commencent bien avant la traversée. « Cet homme m’a répété à plusieurs reprises :  » Vous n’avez pas idée de ce qui se passe en Libye, vous n’avez pas idée des violences que nous avons subies  » », se souvient encore Francesco Rocca. La Libye est un pays livré au chaos, où les trafiquants peuvent torturer et exploiter les migrants comme bon leur semble.

La Croix-Rouge en première ligne

Devant l’ampleur de cette dernière tragédie, le secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Elhadj As Sy, s’est déplacé à Catane pour soutenir les volontaires italiens et mobiliser la communauté internationale.

« Nous sommes là d’abord pour nous rendre compte de visu de la situation qui ne dit pas toute son histoire, parce que ceux qui devraient la dire, en grande majorité, ne sont pas arrivés à bon port. Nous en sommes déjà à des milliers de gens qui ont perdu la vie dans ces traversées, certains mus simplement par un désir de mieux être et la recherche de situations beaucoup plus favorables pour retrouver ce qu’ils ont perdu et qui était le plus cher pour eux, notamment la dignité humaine », explique Elhadj As Sy.

Il précise : « C’est donc en appui de la société nationale de la Croix-Rouge italienne que nous sommes ici, pour vraiment appeler à une halte à l’indifférence notoire qui est en train de se manifester de toute part. Nous sommes également présents, bien entendu, pour apporter davantage de soutien pour une réponse beaucoup plus appuyée en termes de logistique, santé et autres nécessités auxquelles nous faisons face en ce moment. »

• Des drames qui restent sans réponses

A chaque nouveau drame, la question se pose avec toujours plus d’acuité : quelles réponses apporter à l’afflux de migrants en Méditerranée ? Comment éviter les tragédies ? Pour Ségolène Royal, ministre française de l’Ecologie, qui était l’invitée de Mardi Politique sur RFI, il faut tabler sur le développement des pays du Sud et les résultats de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, la COP21.

« On sait bien que c’est en comblant aussi les écarts de développement entre le Nord et le Sud que l’on mettra fin aux migrations de la misère, explique Mme Royal. Et de ce point de vue, la question climatique renforce les risques de toutes ces migrations, parce qu’on parle maintenant de migrations climatiques, c’est-à-dire de populations qui fuient l’avancée des déserts, qui fuient la raréfaction de l’eau potable, qui suivent la déforestation aussi. Et donc, dans l’échéance de la Conférence climat, il y a à mon avis les solutions aussi pour régler le problème de la pauvreté et le problème du sous-développement, le problème de la misère en général.

INFOGRAPHIE. L’ignoble (et très lucratif) commerce des passeurs

Chaque année, ils sont des milliers à fuir leur pays dans l’espoir de rejoindre des contrées plus clémentes en Afrique du Nord ou en Europe. Venus de la Corne de l’Afrique ou de l’Afrique de l’Ouest, du Nigéria ou de Centrafrique, mais aussi de Syrie depuis le début de la guerre… Ils sont environ 55.000, selon l’Office des Nations unies contre le trafic de drogue et le crime organisé (UNODC).
Dans leur fuite, ils financent les réseaux des passeurs. Ces criminels leur font miroiter un voyage sans encombre, parfois des papiers, voire un travail en Europe. Ce trafic génère un revenu de quelque 150 millions de dollars par an.
Pour ces criminels – en témoigne une vidéo fournie par la police italienne il y a quelques jours -, les migrants ne sont qu’une marchandise rémunératrice. Tout ce qui peut être source de revenus dans le voyage de ces personnes désespérées est exploité.

En juin dernier, dans le "Daily Beast", la journaliste Barbie Latza Nadeau reproduisait le témoignage d'un trafiquant d'être humain arrêté peu avant. Il expliquait ses pratiques, le coût de son organisation et ses revenus. Outre la somme versée pour le voyage, tout est motif à soutirer de l'argent aux migrants à bord des navires : un gilet de sauvetage ? 200 dollars. De l'eau et des boîtes de thon ? 100 dollars. Des couvertures ? 200 dollars. Et pour quelques minutes sur un téléphone satellitaires, il en coûtera... 300 dollars.
Ces migrants clandestins sont aussi victimes de graves violations des droits de l'homme. Leur voyage, même entrepris de leur plein gré, peut se transformer en cauchemar. Ils peuvent être entassés dans des espaces très exigus, camions ou embarcations de fortune, car les passeurs cherchent avant tout à maximiser leur "cargaison". Ils sont régulièrement victimes de mauvais traitements, peuvent être violés, enlevés contre une rançon que les familles restées au village ne peuvent payer, battus en route ou laissés pour morts dans le désert, dénonce l'Office des migrations internationales (OIM). Et une fois leur destination atteinte, beaucoup sont victimes de chantage ou de servitude pour "régler leurs dettes".
Ce terrible trafic coûte la vie à des milliers d'êtres humains, alimente la corruption et renforce le crime organisé à toutes les étapes : dans les pays d'origine, dans ceux de transit et dans ceux de destination.
En juin dernier, dans le « Daily Beast », la journaliste Barbie Latza Nadeau reproduisait le témoignage d’un trafiquant d’être humain arrêté peu avant. Il expliquait ses pratiques, le coût de son organisation et ses revenus. Outre la somme versée pour le voyage, tout est motif à soutirer de l’argent aux migrants à bord des navires : un gilet de sauvetage ? 200 dollars. De l’eau et des boîtes de thon ? 100 dollars. Des couvertures ? 200 dollars. Et pour quelques minutes sur un téléphone satellitaires, il en coûtera… 300 dollars. Ces migrants clandestins sont aussi victimes de graves violations des droits de l’homme. Leur voyage, même entrepris de leur plein gré, peut se transformer en cauchemar. Ils peuvent être entassés dans des espaces très exigus, camions ou embarcations de fortune, car les passeurs cherchent avant tout à maximiser leur « cargaison ». Ils sont régulièrement victimes de mauvais traitements, peuvent être violés, enlevés contre une rançon que les familles restées au village ne peuvent payer, battus en route ou laissés pour morts dans le désert, dénonce l’Office des migrations internationales (OIM). Et une fois leur destination atteinte, beaucoup sont victimes de chantage ou de servitude pour « régler leurs dettes ». Ce terrible trafic coûte la vie à des milliers d’êtres humains, alimente la corruption et renforce le crime organisé à toutes les étapes : dans les pays d’origine, dans ceux de transit et dans ceux de destination. ((Céline Lussato, Infographie : Mehdi Benyezzar/Obs))

++

Commentaires

Le Thuriféraire                                         Toutes les 50 secondes 1 personne meurt du paludisme dans le monde, et ça ne gène personne… Si l’argent dépensé pour les migrants était consacré à ce fléau, on sauverait beaucoup plus de gens.

Phd                                                          C’est pas pour dire, mais la fameuse carte de l’animation grabouillée au crayon de couleur et ses chiffres carrément illisibles sur l’écran sont du dernier franchouilleux, si l’on me permet ce commentaire d’esthète pragmatique 😉

Nous sommes en guerre                         Mais à chaque minute, un Africain passe et 5000 $ tombent dans la caisse des passeurs (qui sont forcément liés à la mouvance islamiste, impossible autrement). Le chiffre d’affaires de ce trafic ne doit plus être loin du montant du budget français de la Défense. Or, nous sommes en guerre.

Louise Martin                                        L’humanité et la charité nous imposent de secourir ces migrants, mais les sacrifices à consentir seraient probablement mieux acceptés si l’on arrêtait de nous seriner que c’est une chance pour notre pays quand c’est une tragédie subie. Cesser les interventions qui ont amené le chaos que fuient ces gens serait également bénéfique.

jcl                                                           Entre un commentaire qui déclare que 5% de mortalité sur le flux total des migrants, c’est pas finalement peu, un autre qui parle de ses impôts gaspillé à sauver des paumés, un dernier qui propose de laisser couler les naufragés, ça donne envie de vomir…

furusato l’empathie et son avenir     Oui , 5 % c’est peu mais si on le voit sous l’angle des vies humaines c’est tragique.Cependant la vraie question est la suivante : avons-nous ( pour certains pays européens ) envie de devenir une part de l’Afrique ?

Miaou MINOUCHE                                C’est HONTEUX, tout simplement, ce genre de commentaires. Quelle Europe, vraiment, incapable de gérer tout ceci.En +, pas mal de pays d’Europe du Nord commencent à prendre un virage nationaliste. Attention, danger de contamination par la connerie humaine….

Habitant du 93

@ jcl :                                                     je vous invite à venir vous installer en banlieue nord de Paris pour comprendre ce que signifie l’arrivée et l’installation d’immigrants clandestins en continu face à des autorités locales dépassées ou parfois complices. Alors vous pourrez vous permettre de donner des leçons de morale. Et ce qui s’y passe est à toute petite échelle par rapport à ce que vit déjà l’Italie et ce que risque de connaître demain l’Europe.

JEAN-CLAUDE MEYER                          ehh le grand moraliste: vous accueillez combien de migrants chez vous? vous ne payez peut-être pas d’impôts et vous ne vivez surement pas dans des quartiers plein d’illégaux et hors la loi. notre capacité d’accueil en Europe est clairement dépassée. vous suggérez quoi? qu’on ouvre grand nos bras et que nos enfants crèvent avec eux? cela suffit les oeuillères bienpensantes. nous faisons face à un énorme défi et ce n’est pas en faisant de l’auto-culpabilisation que nous résoudrons ce problème!

Aurel 

@JC Meyer :                                       Bon, c’est pas tout mais du coup vous en laissez couler combien? 10%? 20%? Il faudrait qu’on s’accorde sur des choses concrètes, hein!

Bouche Bée                                      Ces bonnes âmes pour des hospices au large des plages lybiennes, c’est vraiment honteux. C’est plutot au sud du Sahara que l’Europe « a le devoir » d’envoyer de larges contingents de sauveteurs – pour sauver les exilés d’Afriquesubsaharienne du chaos lybien et exactions, ou des tortures et rançons islamistes dans le Sinaï. Insensibles aux morts et abus dans les oceans de sables, ceux qui parlent de sauvetage en mer manquent de coeur – sans pitié ils ne proposent rien pour la traversée des deserts

–                             Les pays européens sont un attrait pour les migrants qui fuient la pauvreté et la guerre dans leur pays. Quand à la solution de faire des frappes militaires sur les bateaux des passeurs, je n’y crois guère car les passeurs vont se protéger en mettant des migrants sur ces bateaux et les pays ne vont certainement pas accepter que des frappes soient réalisées sur leur territoire. Il faut agir et surtout étudier pourquoi ces migrants veulent quitter leur pays pour partir à l’aventure qui peut être sans lendemain.

@Matth31 :                                           notre ancien président les a bien aidé en libye, on voit le résultat, en syrie on a destabilisé le pouvoir en place résultat identique, l’egypte reprend un pouvoir fort pour éviter de sombrer dans le meme chaos

–                                             Qui va payer? Ni les pauvres, ni les riches, ni les entreprises qui ne veulent plus payer les salaires de leurs employés.

–                            C’est pas la solution frapper les bateaux.c’est à mon avis une fuite en avant et un refus pour les 28 de prendre leur responsabiliter.il convient de lutter contre ce trafic à la base c’est à dire chercher à stabiliser les pays en conflit. en l’occurence la libye.lutter contre la pauvreter en afrik sub saharienne. Le chômage des jeunes est la principale motivation de cette prise de risque. Prendre un risque au péril de sa vie est une énorme responsabilté que ces immigrés prennent.il faut traiter ce probleme avec beaucoup de lucidité

–                        La solution logique c est de laisser les immigrés en Lybie plutôt qu’ en Europe… On préfère cacher l’impérialisme et la misère sous le tapis! Bravo pour cette idée fabuleuse… On paye des gens pour réfléchir à ça ? Faudrait peut être les payer au rendement on économiserait énormément de denier public que l’on pourrait utiliser pour lutter efficacement contre la misère.

                           Et les migrants seront bloqués en Libye, pays en guerre rappelons le ! Il faut aussi se soucier de leur sécuritémarc-claude  •

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