Un village français : retour de la milice

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Départementales: la droite nettement en tête, le FN toujours à 25%

La droite est arrivée dimanche nettement en tête du 1er tour des départementales devant une gauche divisée qui risque d’être éliminée dans plusieurs centaines de cantons, et loin devant le FN qui obtient 25%, un score sensiblement équivalent à celui de élections européennes

Si le PS, autour de 20%, est largement au-dessus de son score des européennes de 2014 (environ 14%), sa désunion avec le Front de gauche et les écologistes risque de priver la gauche d’un grand nombre de sièges, alors que celle-ci détenait 61 départements. De nombreux conseils départementaux pourraient donc basculer à droite dimanche prochain.

Pour le parti de François Hollande, il s’agirait alors d’un nouveau et sérieux coup de semonce à deux ans de l’élection présidentielle de 2017.

L’ensemble des listes de droite recueillerait de 37,2% à 37,6%, devant l’ensemble des listes de gauche (33,7 à 37,1%), tandis que le Front national, régulièrement annoncé à 30% voire plus dans les sondages ces dernières semaines, recueillerait de 24,5% à 26,4%, selon les estimations disponibles vers 21H30.

Par partis, l’alliance UMP-UDI obtiendrait entre 29,7% et 32,5%, le PS entre 19,7% et 24%. Le Front de gauche recueillerait de 5,9% à 9,7%, les divers gauche entre 4% et 7,7%, les divers droite de 3,8% à 7,8%.

L’ensemble de la gauche, qui pointait à 34,04% au soir des européennes, a plutôt bien résisté alors que les observateurs lui prédisaient une déroute sans précédent dans la droite ligne des municipales et des européennes de 2014.

Le score du Front national sonne aussi comme un encouragement pour Manuel Valls, qui s’était engagé dans la campagne en fustigeant le parti de Marine Le Pen, évoquant sa « peur pour la France » de le voir arriver en tête. « Quand on mobilise les Français, ça marche », s’est-il réjoui depuis Matignon.

Le Premier ministre a appelé au rassemblement de la gauche, « trop dispersée » au premier tour, et appelé au désistement républicain dans les cantons face au FN, un message également porté par le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

« Ce soir, les formations républicaines ont tenu leur place. L’extrême droite, même si elle est trop haute, n’est pas la première formation politique de France », s’est-il félicité.

– Les divisions pourraient plomber la gauche –

Signe que le score de la gauche ne la vaccine pas contre une défaite, elle serait éliminée dans près de 1.000 cantons, soit près de la moitié des circonscriptions, selon le président de l’UDI (centre-droit) Jean-Christophe Lagarde.

Selon une étude du Cevipof, la gauche n’était rassemblée autour d?un binôme que dans 433 cantons, contre 1.285 pour la droite.

Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a reconnu un « risque d’un basculement massif des départements », qui « annonce une large victoire de la droite et de l’extrême droite ».

La gauche contrôlait jusqu’à présent 60 départements (dont 49 pour le PS avec Paris). Les estimations d’avant vote lui prévoyaient la perte de 20 à 30 conseils généraux.

Selon les différentes estimations, le PS, seul, n’aurait recueilli qu’entre 19,7 et 25% des voix.

Le Front National réalise, en pourcentage, un score sensiblement comparable à celui des européennes (24,86%, 4,7 millions de voix), qui l’avaient propulsé au rang bruyamment revendiqué de « premier parti de France ». Il gagne également près de 10 points par rapport aux cantonales de 2011. Mais le parti de Marine Le Pen arrive loin des 30% régulièrement prévus par les instituts de sondages.

Mme Le Pen a toutefois affiché sa satisfaction, affirmant que le FN avait réussi « l’exploit » de dépasser son score des européennes et appelant une nouvelle fois le « chef de campagne » Manuel Valls à démissionner.

Après les municipales de 2014, la droite remporte un nouveau succès à l’occasion de ce premier tour qui constituait le premier rendez-vous électoral depuis l’élection à la présidence de l’UMP de Nicolas Sarkozy.

« Les conditions d’un basculement massif en faveur de la droite et du centre sont réunies », s’est félicité l’ancien président, tout en renouvelant sa consigne de « ni-ni » pour le deuxième tour, à savoir ni FN, ni PS dans les cantons ou la droite est éliminée.

M. Sarkozy peut se prévaloir de ce résultat, qui pourrait pourtant davantage refléter la pertinence de la stratégie d’union avec le centre défendue par son rival pour 2017, Alain Juppé. Ce dernier a évoqué un « désaveu de la majorité » et s’est félicité de l’absence de « vague Bleu Marine ». « La seule force d’alternance » est l’alliance de la droite et du centre, a-t-il jugé.

Le radical de gauche Jean-Michel Baylet a été réélu dès le premier tour dans le Tarn-et-Garonne, tout comme le socialiste Henri Emmanuelli dans les Landes. Le secrétaire d’Etat socialiste André Vallini (Isère) et l’ancien ministre PS de l’environnement Philippe Martin (Gers) sont eux en ballotage.

L’abstention devrait selon les projections avoisiner 48,5% à 49,5%, un taux légèrement supérieur à celui enregistré lors des européennes de mai 2014 et nettement inférieur à celui des élections cantonales de 2011 (55,68%).

Départementales 2015 : l’UMP à 32,5 %, le FN à 25 %, le PS à 21 %

Le Point –

La désunion du PS avec le Front de gauche et les écologistes risque de priver la gauche d’un grand nombre de sièges et de présidences départementales.

Des projections tablant sur 71 départements "probablement à droite", 19 "probablement à gauche" et 3 "sans majorité" à l'issue du second tour dimanche prochain.
Des projections tablant sur 71 départements « probablement à droite », 19 « probablement à gauche » et 3 « sans majorité » à l’issue du second tour dimanche prochain. © WITT/VILLARD/SIPA

La droite est sortie largement en tête du premier tour des départementales, alors que la gauche divisée est en passe de perdre dimanche prochain une trentaine de conseils généraux et que le FN, à plus de 25 %, est qualifié dans plus d’un canton sur deux.

Si le résultat du PS, à un peu plus de 21 % selon une totalisation partielle du ministère de l’Intérieur, est largement au-dessus de son score des européennes de 2014 (14 %), sa désunion avec le Front de gauche et les écologistes risque de priver la gauche d’un grand nombre de sièges et de présidences départementales, alors que celle-ci détenait 61 départements.

L’institut OpinionWay a publié des projections tablant sur 71 départements « probablement à droite », 19 « probablement à gauche » et 3 « sans majorité » (Pas-de-Calais, Vaucluse, Seine-Maritime) à l’issue du second tour dimanche prochain. Dans 43 départements (sur 98 où le scrutin avait lieu), le FN arrive en tête. Outre ses bastions du Sud-Est ou du Nord/Nord-Est, il termine premier jusque dans les Côtes-d’Armor (19 %), où gauche et droite étaient divisées. Surtout, après 8 élus dès le premier tour, il sera présent au second dans près de 1 100 cantons sur environ 1 900 encore à pourvoir.

Le Nord perdu par la gauche

Pour le PS de François Hollande – dont le fief corrézien reste menacé de basculer à droite – s’annonce un nouveau et sérieux coup de semonce, à deux ans de l’élection présidentielle de 2017. Ne garder qu’une vingtaine de départements correspondrait au scénario du pire redouté par l’exécutif. Symbole de ce revers, le Nord, qui compte le plus grand nombre de cantons et qui est un bastion de la gauche, est ainsi déjà perdu. « Les conditions d’un basculement massif en faveur de la droite et du centre sont réunies », s’est félicité l’ancien président Nicolas Sarkozy, tout en renouvelant sa consigne de « ni-ni » pour le deuxième tour, à savoir ni FN ni PS dans les cantons où la droite est éliminée.

Après les municipales de 2014, la droite remporte un nouveau succès pour le premier rendez-vous électoral depuis l’accession à la présidence de l’UMP de Nicolas Sarkozy. La gauche sera d’ores et déjà absente dans 500 cantons au second tour, « dont une centaine que nous aurions pu remporter, en raison de la division de la gauche », a affirmé le secrétaire d’État Jean-Marie Le Guen. Un chiffre non confirmé à ce stade au PS.

Selon les estimations de l’institut Ipsos, les listes investies par l’UMP ont obtenu 32,5 %. Les listes ayant le soutien du PS emporteraient, elles, 24 %. Le Front de gauche est crédité de 6,5 % des suffrages, tandis qu’EELV émarge à seulement 1,9 %. L’ensemble de la gauche, qui pointait à 34 % au soir des européennes, a pourtant plutôt bien résisté alors que les observateurs lui prédisaient une déroute sans précédent dans la droite ligne des municipales et des européennes de 2014. Elle réalise un score cumulé de 36,2 %, contre 36,5 % pour le bloc de droite, selon le dernier décompte publié vers 2 heures par le ministère. Mais ce coude-à-coude est en réalité purement théorique et ne devrait pas empêcher un revers électoral, en raison des divisions, selon les politologues.

Ainsi, tard dans la nuit de dimanche à lundi, avaient par exemple déjà été élus au premier tour 220 candidats de droite (soit 110 binômes), 56 de gauche, 8 FN et 6 divers. La presse de lundi évoque une « raclée monumentale » pour le PS et retient surtout une « vague bleue » (UMP-UDI) plus que « bleu marine » (FN) qui a déferlé sur le premier tour.

Débat sur le « ni-ni » à droite

Le score du Front national (25,35 %, selon les derniers décomptes du ministère vers 2 heures), nettement inférieur aux 30 % que lui prédisaient plusieurs sondages, peut sonner comme un encouragement pour Manuel Valls. Le Premier ministre s’était pleinement engagé dans la campagne en fustigeant le parti de Marine Le Pen. « Quand on mobilise les Français, ça marche », s’est-il réjoui depuis Matignon.

Marine Le Pen a toutefois affiché sa satisfaction, saluant « l’exploit » de dépasser le score des européennes (24,86 %), qui l’avait vu se revendiquer « premier parti de France ». Le parti frontiste gagne près de 10 points par rapport aux cantonales de 2011. « Objectivement, chacun peut vraiment se réjouir. L’UMP parce que, clairement, ils arrivent à se distinguer du Front national et arriver en première position. Le FN parce qu’il progresse par rapport aux dernières élections. Et puis le PS parce que notamment le surplus de mobilisation leur a permis de passer la barre des 20 % », a souligné Jean-Daniel Lévy, directeur du département opinion chez Harris Interactive.

L’abstention à 49 %

Tous les responsables de gauche ont appelé à faire barrage à l’extrême droite, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis exigeant « la réciproque » à la droite. À droite, le « ni-ni » de l’UMP suscitait déjà le débat. Jean-Christophe Lagarde, président de son principal allié, l’UDI, a appelé à « faire barrage à l’extrême droite » avec un « bulletin républicain ». François Bayrou (MoDem) a lui aussi invoqué les « valeurs » pour justifier son opposition au « ni-ni ». À l’orée d’une dernière semaine de campagne, l’ex-ministre UMP Bruno Le Maire a toutefois appelé son parti à « rester très prudent », car il « reste un défi à relever, celui de battre le Front national » au second tour. Alain Juppé avait jugé un peu plus tôt que « la seule force d’alternance » était l’alliance de la droite et du centre.

Pour sa part, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a reconnu un « risque d’un basculement massif des départements », qui « annonce une large victoire de la droite et de l’extrême droite ». La patronne d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Emmanuelle Cosse, relativisant le faible score de son parti, a reproché au gouvernement et au PS d’être « responsables de la désunion autour d’eux ». Parmi les personnalités politiques candidates, le radical de gauche Jean-Michel Baylet a été réélu dès le premier tour dans le Tarn-et-Garonne, tout comme le socialiste Henri Emmanuelli dans les Landes et Patrick Devedjian (UMP, Hauts-de-Seine). Le ministre des Sports Patrick Kanner (Nord), les secrétaires d’État socialistes André Vallini (Isère) et Ségolène Neuville (Pyrénées-Orientales) sont, eux, en ballottage, souvent favorable.

L’abstention, qui avoisine les 49 %, est nettement inférieure aux européennes de mai 2014 (57,5 %) et des cantonales de 2011 (55,7 %).

Départementales: l’UMP devance le FN, la gauche distancée

PARIS (Reuters) – L’UMP et ses alliés centristes se sont imposés dimanche en tête du premier tour des élections départementales, devançant le Front national, qui perd le pari du plébiscite, et le Parti socialiste, qui paye le prix de la désunion de la gauche.

L’UMP-UDI-MoDem recueille 30,32% des voix, le PS et ses alliés résistent mieux qu’annoncé avec 21,31%, le FN obtient 25,97%, en légère progression par rapport aux européennes de 2014 (25,47%) mais moins que ne l’espérait Marine Le Pen, selon des résultats partiels du ministère de l’Intérieur.

Le Front de gauche est crédité de 6,83% et les Verts, qui ne s’étaient alliés au PS que dans 20% des cantons et s’étaient rapprochés de l’extrême gauche, s’effondrent, à 1,85%.

Le bloc de droite, sous l’égide de Nicolas Sarkozy, s’affirme comme la première force politique avec 37,75% devant le pôle de gauche (35,02%) et le FN. La participation a été supérieure à celle des cantonales de 2011 (où la moitié des Français avaient voté), autour de 50%.

« Même si le Front national gagne plus de dix points par rapport aux cantonales de 2011, sa progression marque le pas, on semble avoir atteint un plafond », a relevé le PDG de CSA, Bernard Sananès, sur BFM TV.

Ce scrutin local, qui augure traditionnellement du rapport de forces pour la présidentielle, marque pour Nicolas Sarkozy un succès dans la perspective de la primaire de 2016 à droite.

Il s’agissait pour l’ancien chef de l’Etat du premier test électoral d’importance depuis son accession à la tête de l’UMP le 29 novembre dernier.

Le « NI NI » A L’ÉPREUVE DU SECOND TOUR

Il s’est sans attendre projeté en 2017 en déclarant, lors d’une brève allocution au siège du parti d’opposition: « L’alternance est en marche et rien ne l’arrêtera ».

Il a appelé à la mobilisation pour le second tour, le 29 mars, en s’adressant particulièrement aux électeurs du FN, dont il assure « entendre l’exaspération ».

Nicolas Sarkozy a réitéré son opposition à toute alliance avec le FN et réaffirmé la doctrine contestée du « ni ni » (ni FN ni Front républicain) qui risque à nouveau de montrer ses limites localement dimanche prochain.

Alain Juppé, son plus sérieux rival à droite pour la présidentielle de 2017, a poursuivi le duel à distance en estimant que sa stratégie de large rassemblement avec le centre, jusqu’au MoDem, le parti de François Bayrou rejeté par les électeurs sarkozystes, était validée.

« Il apparaît très clairement que la seule force d’alternance crédible aujourd’hui, c’est (…) le rassemblement de la droite et du centre », a dit le maire de Bordeaux.

Le député UMP Bruno Le Maire a invité à la prudence dans son camp, soulignant « la forte poussée du FN dans les zones rurales ». « Nous ne sommes pas assez convaincants et nous laissons le FN gagner du terrain ».

VALLS APPELLE AU RASSEMBLEMENT

Malgré une carte des départements virant nettement au bleu, Manuel Valls, qui avait dramatisé la campagne en l’axant contre le « danger » du FN, a estimé que les formations républicaines avaient « tenu leur place » et s’est réjoui que l’extrême droite ne soit pas « la première formation de France ».

« Les candidats de la majorité ont réalisé des scores honorables », a affirmé le Premier ministre à Matignon.

Il a exhorté au rassemblement au second tour « pour gagner le plus grand nombre de cantons et de départements » et a invité « tous les républicains à faire barrage à l’extrême droite ».

De Pierre Laurent (Parti communiste) à l’écologiste Emmanuelle Cosse, les responsables de gauche lui ont fait écho.

Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, a estimé que la gauche serait absente du second tour dans environ 500 des 2.000 cantons en raison de sa division.

Marine Le Pen s’est félicitée des performances des candidats FN en dépit, a-t-elle dit, d’une « campagne ordurière et violente » de Manuel Valls. Le parti ne comptait qu’un sortant.

La présidente du FN a réclamé le départ du Premier ministre, qui doit « maintenant écouter le message des urnes et avoir la décence de présenter sa démission ».

François Hollande avait déclaré dès avant le scrutin que la ligne politique et le Premier ministre resteraient les mêmes quel que soit le résultat.

Pour ce scrutin inédit, qui remplace les cantonales, quelque 43 millions de Français doivent élire un couple de conseillers dans 2.054 cantons pour renouveler les exécutifs départementaux, à l’exception de Paris, Lyon, Guyane et Martinique.

Le rapport de forces gauche-droite est actuellement de 61-41 sur les 102 départements que compte la France.

Départementales 2015 : « Si le FN a déçu, c’est seulement par rapport aux sondages »

L' Obs

Le politologue Pascal Perrineau analyse les résultats du premier tour : « la tripartition de la vie politique française est confirmée ».

Marine Le Pen KENZO TRIBOUILLARD / AFP Marine Le Pen KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Pascal Perrineau est politologue. Enseignant à sciences Po, il a dirigé le Cevipof. Il est notamment l’auteur de : « La France au Front » (Fayard, 2014).

Quels enseignements tirez-vous de ce premier tour ?

– Le taux d’abstention a été moins élevé que prévu et on a observé un petit mouvement de mobilisation. Mais il faut tout de même rester lucide. Un électeur sur deux s’est abstenu. C’est mieux qu’en 2011. Mais c’est largement au-dessus du taux d’abstention moyen pour ce type d’élection. La première force reste encore l’abstention.

Le FN ambitionnait d’être à nouveau « le premier parti de France » après les élections européennes de 2014. Cette fois, il est devancé par l’UMP.

– Si le FN a déçu, c’est seulement par rapport aux sondages qui l’annonçaient à 30%. Depuis les dernières cantonales en 2011, son score a augmenté de dix points. Et dans certains cantons, il passe la barre des 50% dès le premier tour. Ce n’est pas le premier parti de France. Mais il est dans une forte dynamique et se retrouve roue dans roue avec le Parti socialiste et ses alliés. Il va pouvoir se maintenir dans au moins une centaine de cantons. Cela n’empêchera pas la reconquête de la droite. Mais la tripartition de la vie politique française est confirmée.

Ensemble, les partis de gauche rassemblent près de 35% des voix. Peut-on dire que la gauche a bien résisté ?

– Non. Elle est passée de 50 à 35% depuis les dernières cantonales. Et la tâche s’annonce compliquée au second tour car même en surmontant  les divisions, elle n’est pas dans une dynamique majoritaire dans beaucoup de cantons. Et n’a quasiment pas de réserves de voix. Elle n’a pas été humiliée. Mais elle n’a pas résisté pour autant.

Comment expliquer cet échec autrement que par un vote sanction de la politique gouvernementale ?

– C’est une élection intermédiaire. Et les partis au pouvoir perdent traditionnellement ces élections. Mais les socialistes n’ont pas su articuler un bilan national positif avec leurs bilans locaux. Manuel Valls a récemment multiplié les discours antifascistes. Cela a peut-être permis d’obtenir un ou deux points. Mais le ressort est amorti.

Surtout, la gauche dans son ensemble a fait une erreur tactique avec son extrême division. La gauche alternative n’en a pas profité. Le Front de gauche et surtout les écolos ont réalisé des scores très faibles. Ces deux formations ne rencontrent presque aucun écho, notamment chez les populations en crise. On ne peut donc pas dire que la gauche est sanctionnée car la politique du gouvernement n’est pas assez à gauche.

Quelle lecture l’exécutif peut faire de ce premier tour ?

– Il y a une urgence. Le président et le Premier ministre ne pourront pas se contenter d’un discours anti-FN pendant des mois. Il y a eu tellement d’effets d’annonce que seuls des résultats positifs tangibles permettront de mobiliser. Auparavant, la gauche pouvait jouer du rejet du FN et du retour raté de Nicolas Sarkozy. Vis-à-vis du premier, son discours ne fonctionne plus. Et le score du bloc UMP-UDI pourrait modifier le regard porté sur le second.

La France n’est vraiment pas à gauche. La victoire de 2012 avait été bâtie sur des succès aux élections locales. La droite fait de même. Elle a déjà gagné les municipales, et continue sur sa lancée.

Dimanche prochain, il y aura beaucoup de duels UMP-FN et PS-FN. Le Front national va nécessairement engranger des élus et poursuivre son implantation locale.

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Départementales : pourquoi Sarkozy a la victoire modeste

Départementales: le FN arrive en tête dans 43 départements

 LEXPRESS.fr

La gauche est éliminée dès le premier tour dans au moins un canton sur quatre. Elle a déjà perdu le Nord et la Seine-et-Marne.

Départementales: le FN arrive en tête dans 43 départements

La présidente du FN Marine Le Pen, le 17 mars 2015 au Pontet(sud)    afp.com/Anne-Christine Poujoulat

La droite bien partie pour une razzia de conseils départementaux dimanche prochain, le Front national solide sur ses bases et un bloc de gauche qui prend une claque moins violente que prévue. Voilà pour les enseignements de ce premier tour des départementales 2015.

>> Revivez la soirée électorale et suivez en direct le lendemain du premier tour des départementales

Selon l’institut Opinionway, 71 départements pourraient être remportés « probablement par la droite », 19 « probablement à gauche » et 3 « sans majorité » (Pas-de-Calais, Vaucluse, Seine-Maritime).

>> Retrouvez les résultats de votre département

Dans 43 départements (sur 98 où le scrutin avait lieu), le FN arrive en tête. Outre ses bastions du sud-est ou du nord/nord-est, il termine premier jusque dans les Côtes d’Armor (19%), où gauche et droite étaient divisées. Surtout, après 8 élus dès le premier tour, il sera présent au second dans près de 1100 cantons sur environ 1900 encore à pourvoir.

La gauche abstente dans 1 canton sur 4

Pour le PS de François Hollande -dont le fief corrézien reste menacé de basculer à droite- s’annonce un nouveau et sérieux coup de semonce, à deux ans de l’élection présidentielle de 2017. Ne garder qu’une vingtaine de départements correspondrait au scénario du pire redouté par l’exécutif.

Symbole de ce revers, le Nord, qui compte le plus grand nombre de cantons et qui est un bastion de la gauche, est ainsi déjà perdu.

La gauche sera d’ores et déjà absente dans 500 cantons au second tour, « dont une centaine que nous aurions pu remporter, en raison de la division de la gauche », a affirmé le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen. Un chiffre non confirmé à ce stade au PS.

Selon les estimations de l’institut Ipsos, les listes investies par l’UMP ont obtenu 32,5%. Les listes ayant le soutien du PS emporteraient elles 24%. Le Front de gauche est crédité de 6,5% des suffrages, tandis qu’EELV émarge à seulement 1,9%.

L’ensemble de la gauche, qui pointait à 34% au soir des européennes, a pourtant plutôt bien résisté alors que les observateurs lui prédisaient une déroute sans précédent dans la droite ligne des municipales et des européennes de 2014.

Elle réalise un score cumulé de 36,2%, contre 36,5% pour le bloc de droite, selon le dernier décompte publié vers 02h00 par le ministère. Mais ce coude-à-coude est en réalité purement théorique et ne devrait pas empêcher un revers électoral, en raison des divisions, selon les politologues.

220 candidats de droite déjà élus

Ainsi, tard dans la nuit de dimanche à lundi, avaient par exemple déjà été élus au premier tour 220 candidats de droite (soit 110 binômes), 56 de gauche, 8 FN et 6 divers.

La presse de lundi évoque une « raclée monumentale » pour le PS et retient surtout une « vague bleue » (UMP-UDI) plus que « bleu Marine (FN) qui a déferlé sur le premier tour.

Parmi les personnalités politiques candidates, le radical de gauche Jean-Michel Baylet a été réélu dès le premier tour dans le Tarn-et-Garonne, tout comme le socialiste Henri Emmanuelli dans les Landes et Patrick Devedjian (UMP, Hauts-de-Seine). Le ministre des Sports Patrick Kanner (Nord), les secrétaires d’Etat socialistes André Vallini (Isère) et Ségolène Neuville (Pyrénées-Orientales) sont eux en ballottage, souvent favorable.

Ce qu’il faut retenir des résultats des élections départementales

Le Monde |

Au quartier général du Front national à La Valette (Var), le 22 mars.

Une France bleu horizon. La très nette victoire de l’UMP et le score inédit du Front national dans des élections locales constituent, à en juger les premiers résultats, les principaux enseignements du premier tour des élections départementales, qui s’est achevé à 20 heures dimanche 22 mars.

Lire aussi : Départementales : les chiffres-clés à retenir du premier tour

Le ministère de l’intérieur a dénombré 220 élus de droite élus dès le premier tour des élections départementales, hors Guadeloupe, 56 pour la gauche, 8 pour le Front national. Le second tour devrait donner lieu à 1 536 duels, 314 triangulaires et même une quadrangulaire, en Haute-Vienne.

A ce stade, 286 élus dès le premier tour
Nombre de conseillers généraux élus (2 par cantons), sur 1 994 cantons dépouillés (soit 96 départements)
Union de la droiteUMPUDIDivers droitePSUnion de la gauchePRGFront de gauchePCFDivers gaucheFNDivers0100255075Ministère de l’intérieur / Le Monde

  • L’UMP en tête

Plus de 1 994 cantons ont été dépouillés et validés par le ministère de l’intérieur, soit 94 départements. Selon les décomptes du Monde, l’UMP et ses alliés sont en tête dans 41,18 % des cantons (821 cantons), et les divers droite dans 9,78 % (195) ; le PS et ses alliés dans 25,68 % des cantons (512 cantons), et les divers gauche dans 4,06 % (81 cantons). Le FN, quant à lui, est en tête dans 322 cantons, soit 16,15 % des cantons dépouillés.

Résultats sur 1994 cantons
Cantons en ballotageCantons en têteCantons élus au 1er tourUMP, UDI et alliésPS et alliésExtrême droiteDivers droiteDivers gaucheExtrême gauche / GaucheradicaleDiversCentreEELV010002505007501250Ministère de l’intérieur

Peu après la divulgation des premières estimations, Nicolas Sarkozy s’est félicité que, dans un grand nombre de départements, « les conditions d’un basculement massif en faveur de la droite et du centre sont réunies ». Le président de l’UMP a appelé à la mobilisation pour le second tour, le 29 mars, afin de « conforter la dynamique » en faveur de la droite, alors que la droite a remporté 70 cantons dès le premier tour.

Lire aussi : L’UMP se réjouit d’une victoire « assez large »

Le patron de l’UMP a confirmé qu’il n’y aurait « aucun accord national ou local avec les dirigeants du FN ». Et de préciser la consigne : « Dans les cantons dans lesquels nos candidats ne sont pas présents au second tour, l’UMP n’appellera à voter ni pour le FN, avec qui nous n’avons rien en commun, ni pour le PS, dont nous ne partageons pas les choix. »

Le chef de l’UMP s’est adressé aux électeurs qui se sont tournés vers le parti d’extrême droite : « Aux électeurs du FN, je dis que nous entendons leur exaspération. Mais ce parti, qui a le même programme que l’extrême gauche, qui s’est félicité de l’élection de l’extrême gauche en Grèce, n’apportera aucune solution aux Français. »

Pour les responsables de la droite, cette victoire ne peut que renforcer le président de l’UMP pour son premier test électoral depuis son élection à la tête du parti. « Nicolas Sarkozy a été capable de rassembler le parti et d’être un bon chef d’orchestre pour cette campagne », estime le porte-parole du parti. « Nicolas Sarkozy est le président d’un parti victorieux, donc c’est toujours bon à prendre pour lui », observe M. Darmanin, avant de souligner que ce résultat ne donne pas un avantage définitif à l’ancien chef de l’Etat pour 2017 : « Il faut relativiser, car le scrutin d’aujourd’hui rassemble seulement près de 45 % des votants, alors qu’une présidentielle réunit près de 80 % des Français. »

  • Le FN, deuxième parti de France

Les résultats confirment également l’installation et l’enracinement du Front national, qui, s’il échoue à s’installer dans la position du « premier parti de France » qu’ambitionnait d’occuper Marine Le Pen, fait le meilleur score de son histoire dans des élections locales, avec environ 26 % des votes.

Surtout, le Front national s’enracine. Il est en bonne position dans ses fiefs, et notamment dans les villes qu’il a conquises aux dernières municipales, et participera à un nombre important de seconds tours. Marine Le Pen a pris la parole pour se réjouir de « l’exploit » réalisé par le Front national, qui est parvenu à « dépasser son score des européennes ». « Ce vote montre que les Français veulent retrouver leur liberté et ont compris qu’une autre politique est possible », a affirmé la dirigeante du FN, lors d’une déclaration au siège de son parti.

Lire aussi : Le Var, une demi-victoire pour le FN

Marine Le Pen a affirmé que « le nombre impressionnant de seconds tours auxquels seront présents des candidats FN et l’éviction des candidats PS de mille cantons montrent notre succès ». Dans certains départements comme le Var, le FN fait plus de 30 % dans tous les cantons. Dans le Nord, il sera au second tour dans 37 cantons sur 41.

Le FN a même remporté dès le premier tour plusieurs cantons : celui d’Eurville-Bienville en Haute-Marne (50,35 %), du Pontet dans le Vaucluse (53,70 %), de Fréjus dans le Var (51,17 %), de Vic-sur-Aisne dans l’Aisne (53,80 %). Il y a quatre ans, il n’avait obtenu l’élection que de deux conseillers généraux.

Lire aussi : Marine Le Pen au « Monde » : « Nous avons délogé le PS »

  • Sévère échec pour le PS

Sans surprise, le Parti socialiste subit un revers important, n’arrivant qu’en troisième position alors qu’il partait de très haut pour ce scrutin départemental, qu’il avait emporté en 2011 avec 25 % des voix.

« Ce n’est pas l’énorme défaite, pas si catastrophique », minimisait-on pourtant dimanche soir rue de Solférino, en argumentant que ce résultat, qui confirmait l’installation du tripartisme, « incitait au rassemblement de la gauche dès le premier tour ». « Le bloc de gauche résiste mieux que prévu », voulait croire Carlos Da Silva, porte-parole du PS et proche du premier ministre. « Il va falloir que les autres partis de gauche comprennent qu’on est entré dans une phase de tripartisme, et donc qu’il faut se rassembler. Dans beaucoup d’endroits, si vous additionnez les scores de la gauche, on aurait été largement en tête. »

Manuel Valls a été le premier à commenter les résultats, et à se « féliciter » de voir que « le Front national n’est pas la première force politique de France ». Le premier ministre, très impliqué dans la campagne, a rappelé que « rien n’est joué » avant le second tour, soulignant que le bloc de gauche est « à peu près équivalent à celui de droite », soit un « score honorable ».

Mais malgré ces mots rassurants, le Parti socialiste n’évite pas la déroute. Alors qu’il remporte 15 cantons dès le premier tour, il est largement devancé dans la plupart de ses fiefs, et paye le prix fort de ses divisions avec le Front de gauche et les écologistes. Dans le Nord par exemple, tenu depuis 1998 par le PS, le parti est éliminé dans 27 cantons sur les 41 que compte le département le plus peuplé de France

  • D’importantes disparités dans le reste de la gauche

La chute est rude pour Europe écologie – Les Verts, qui s’effondre par rapport à 2011. Le parti écologiste ne récolte que 1,9 % des voix selon les estimations, très loin des 8,2 % obtenus lors des précédentes élections cantonales. La secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Emmanuelle Cosse, a appelé dimanche soir « les écologistes à se rassembler autour des candidatures de gauche qui le voudront bien ».

Le Front de gauche, lui, parvient à résister. Crédité de 6,5 % des suffrages, le parti a réussi à remporter dès le premier tour trois cantons. Les communistes espérent aussi conserver dimanche prochain le Val-de-Marne, fief du PCF depuis 1976 mais convoité par la droite. « Les résultats du premier tour montrent qu’il y a de très grandes chances que le département reste géré par la gauche et dirigé par un communiste », a déclaré à l’AFP le président PCF sortant du conseil général, Christian Favier.

  • L’abstention moins importante que prévue

François Hollande avait prévenu après avoir voté en matinée dans son fief corrézien de Tulle : « Aujourd’hui, la question, c’est le score du Front national » et « l’abstention ». C’est en effet la dernière surprise de cette élection : les Français se sont davantage mobilisés que lors du précédent scrutin.

Une totalisation partielle du ministère de l’intérieur vers 3 heures du matin (sur 86 % des inscrits) montrait une abstention de 49,82 %. Un niveau nettement inférieur au taux constaté par le ministère de l’intérieur au premier tour des cantonales de 2011 (55,68 %) ou des européennes de 2014, mais très supérieur à celui des cantonales de 2008 (35,13 %).

Si Manuel Valls s’est réjoui, peu après 20h, que « les Français aient voté plus que prévu », il a regretté que « trop de Français (aien)t encore fait le choix de ne pas se rendre aux urnes » et souligné que « notre premier défi est toujours là : mobiliser les électeurs, leur redonner confiance ». La carte des résultats par département confirmait aussi les fortes disparités territoriales, avec par exemple 33,89 % d’abstention en Lozère ou 39,89 % dans le Gers, contre 55,13 % en Moselle et 55,06 % en Seine-et-Marne, illustrant une plus faible fréquentation des urnes en Ile-de-France.

DIRECT – Elections départementales : l’UMP divisé sur la ligne à tenir face au FN

APRES LE VOTE – Au lendemain du premier tour des élections départementales, qui a consacré une première victoire pour l’UMP et de ses alliés, l’heure est aux tractations, calculs et consignes de vote en vue du second tour, dimanche prochain. Résultats, déclarations, polémiques, suivez avec nous tous les moments forts de ce lundi 23 février

Les comptes ne font que commencer dans les états-majors politiques.

Les comptes ne font que commencer dans les états-majors politiques. Photo : AFP

Des logiciels pour déconstruire la rhétorique du Front national et des Le Pen

Rémi Noyon | Journaliste Rue89

Cécile Alduy, coauteure de « Marine Le Pen prise aux mots », a mené l’analyse lexicale des discours de Jean-Marie Le Pen et de sa fille : derrière le vocabulaire rénové, le fond idéologique demeure identique.

Marine Le Pen et ses mots

En librairie, il n’a l’air de rien. Un énième bouquin sur le Front national. Et pourtant, le travail de Cécile Alduy et Stéphane Wahnich (« Marine Le Pen prise aux mots », Seuil, février 2015) mérite d’être lu. S’élevant au-dessus du « bruit » médiatique quotidien, il replace le discours des Le Pen dans le temps long et permet d’en décortiquer les ressorts.

La thèse ? Elle tient en deux phrases :

  • « L’analyse lexicale nous conduit à conclure qu’en dépit de son apport sur les thématiques économiques et l’abandon des références raciales explicites, Marine Le Pen n’a pas fondamentalement altéré le logiciel de pensée frontiste : sa version en actualise la présentation et le vocabulaire, non le fond idéologique. »
  • « Le paradoxe du discours mariniste est d’un côté de manier une novlangue technocratique pour des discussions de politique économique parfois absconses, et, de l’autre de se nourrir d’un récit mythologique et hyperbolique dans la lignée de celui de son père. »

Plus intéressant encore : cette analyse n’est pas sortie du nez d’un éditorialiste. C’est le résultat quasi-« scientifique » atteint grâce à des logiciels qui ont mouliné un très large corpus. Sans surprise, le livre rencontre un beau succès médiatique à l’approche des départementales.

J’ai passé un coup de fil à Cécile Alduy, prof de littérature, pour causer des résultats mais aussi – et c’est peut-être tout aussi important – de la méthode employée, plutôt neuve dans les sciences politiques.

La couverture du livre « Marine Le Pen prise aux mots », Seuil, 2015

Rue89 : Comment résumeriez-vous votre démarche ?

Cécile Alduy : Nous utilisons sur un corpus de textes politiques les outils de l’analyse littéraire traditionnelle et de la sémiologie assistée par des logiciels informatiques.

Vous avez été surprise par certains résultats ?

Je ne pensais pas que le vocabulaire de Marine Le Pen changeait si profondément en fonction du média où elle s’exprime. Avec le logiciel Hyperbase (voir plus bas), nous sommes en mesure de créer des sous-catégories et donc de comparer des discours prononcés à la radio, à la télévision ou en meeting (1er mai, université d’été, etc.). La différence entre ces « lieux » est très claire.

A la télévision ou à la radio, quel que soit le thème, le discours est extrêmement normalisé, abstrait, très technocratique, connoté positivement. A l’inverse, les discours des meetings sont presque superposables à ceux de Jean-Marie Le Pen. C’est un quasi-calque du « graphe » de son père.

C’est la thèse de votre livre : la dualité entre cette langue technocratique aseptisée et le récit mythologique sous-jacent, qui, lui, est bien ancré à l’extrême droite ?

Oui. Même dans les discours en apparence technocratiques, où Marine Le Pen s’adapte à la langue politique commune, il y a des mots qui sont riches d’allusions à un sous-texte idéologique.

Lorsqu’elle passe à la radio ou à la télévision, Marine Le Pen joue à un double niveau. Elle s’adresse à tous en adoptant un langage très policé, qui ne dépareille pas tellement du langage politique « classique ». Mais la base traditionnelle du Front national pourra quand même se reconnaître dans cette version adoucie car il y a des mots codés qui renvoient à un corpus idéologique plus marqué.

Par exemple, quand elle parle de la famille, « cellule de base de la société », ça n’a l’air de rien, mais c’est un credo fondamental de la vision du monde maurassienne et contre-révolutionnaire. C’est une vision héritée de l’Ancien Régime. L’individu est déterminé par sa naissance, par son sang, son appartenance à une identité collective héritée (famille, nation) et non par sa raison et sa capacité d’autodétermination individuelle.

Jean-Marie Le Pen explicitait les principes de sa philosophie. Il parlait d’inégalité des civilisations. Il entrait frontalement dans le débat sur les fondamentaux alors que Marine Le Pen se focalise sur la gestion des affaires courantes. Elle se défend d’être idéologique et veut donner une image très pragmatique. Alors qu’il est bien évident qu’aucun discours politique n’est exempt d’idéologie.

C’est sa force d’ailleurs. Faire sens à partir d’un vocabulaire « techno », qui touche aussi à l’économie, alors que le PS et l’UMP semblent plus « asséchés »…

Tout à fait. Les autres partis se sont tellement concentrés sur le côté « gestionnaire » qu’il n’y a plus de politique. Il n’y a que de l’économique, de la gestion, du management. Marine Le Pen est capable de prendre du recul pour donner du sens : la sauvegarde de la civilisation, la survie de la France. Elle réinjecte des enjeux qui semblent en valoir la peine. Dans un monde complexe et insaisissable, ce récit collectif permet de redonner des repères identitaires. Elle donne des clés de compréhension et fonde sa politique là-dessus.

Il y a une expression qui recouvre cela dans votre livre : « la rhétorique de l’allusion ». Il n’y a plus besoin de prononcer le mot « race » pour comprendre de quoi on parle. Mais cela déborde le FN. Je pense à Gérald Darmanin, le député-maire UMP de Tourcoing, qui a traité Christiane Taubira, de « tract ambulant pour le FN »…

L’énoncé de Darmanin est ambigu : est-ce que Christiane Taubira est un « tract ambulant pour le FN » parce qu’elle a une politique judiciaire trop « laxiste » ou parce que sa personne est un repoussoir ? C’est à l’auditeur d’y mettre le raisonnement sous-jacent. Jean-Marie Le Pen fait les choses de manière plus grossière. Quand il dit qu’il fera « une fournée » à propos de Patrick Bruel, c’est de la rhétorique de l’allusion pas très allusive… Marine Le Pen est beaucoup plus subtile.

L’autre expression que vous mettez en avant est celle d’« entrisme lexical »…

Tout le monde connaît l’entrisme politique des trotskistes. L’entrisme lexical, c’est le fait d’aller sur le terrain de l’adversaire pour changer les mots de l’intérieur. L’exemple le plus flagrant, c’est la laïcité. C’est un terme qui n’appartient pas du tout historiquement à la famille politique de Marine Le Pen. Mais elle est allée se positionner sur le terrain adverse pour transformer ce terme de l’intérieur, pour en proposer une interprétation maximaliste.

Mais on reste à la surface ? Cela n’affecte en rien sa vision du monde ?

Absolument. Pour elle, la laïcité, c’est une partie d’un héritage civilisationnel voire ethnoculturel « judéo-chrétien » plutôt qu’une définition juridique neutre d’une régulation des sphères du politique et du religieux.

Revenons sur la méthodologie. Vous dites que cela apporte un regard neuf sur les sciences politiques. C’est vraiment nouveau comme méthode d’analyse ?

Ce n’est pas complètement nouveau, mais c’est assez rare comme démarche du fait des divisions disciplinaires qui empêchent généralement ce genre de travaux croisés.

Il faut des compétences en informatique, en sciences politiques et en linguistique et sémiotique, donc des équipes pluridisciplinaires.

Il y a eu quelques travaux sur quelques corpus. C’est en train de se développer. Notamment parce qu’on a aujourd’hui des logiciels d’analyse de textes extrêmement puissants.

Le gros problème en France est de trouver le financement pour constituer le corpus. Cela prend énormément de temps. Les corpus ne sont pas dans la nature en train de nous attendre. Il faut récupérer les discours, les transcrire, les indexer, les nettoyer, les préparer.

D’ailleurs, comment avez vous constitué ce corpus ?

L’Ina répertorie toutes les interventions télé et radio de plus de cinq minutes et tous les discours publics. Nous avons fait un relevé exhaustif de toutes les interventions publiques de Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, à partir de son investiture à la tête du FN. Nous voulions des choses comparables : la parole des présidents du parti.

Puis nous avons fait une ponction sur ces milliers de textes afin de représenter proportionnellement les différents supports médiatiques et le temps de parole des deux personnages. Cela a pris au moins un an, avec des étudiants qui nous ont aidés à retranscrire les vidéos.

Quels logiciels avez-vous utilisés ?

Nous avons utilisé trois logiciels principaux. Termino, un logiciel canadien très ancien des années 90. Il s’est avéré utile mais insuffisant. Il compte la fréquence des mots. On peut ainsi dire que le mot « France » est le premier substantif utilisé chez les deux personnages. Mais qu’est-il dit de ces sujets ?

C’est là qu’intervient Hyperbase, qui permet de connecter les mots entre eux et de repérer des constellations lexicales. Par exemple le mot immigration. Pour Jean-Marie Le Pen, c’est immigration « de masse », « massive », « insécurité », etc. On peut comparer avec Marine Le Pen pour voir si elle dit la même chose sur ce thème.

Enfin, nous avons utilisé Voyant-tools qui permet de visualiser des nuages de mots et de suivre l’évolution d’un terme à travers le temps. Cela contextualise l’approche lexicale qui sinon peut aplatir les choses historiquement.

Extrait du livre « Marine Le Pen prise aux mots »

Bref, cela permet de percer la brume de la communication et de dépasser le bruit de l’info, la succession des petites phrases ?

Oui. Pour la promotion du livre, je suis beaucoup dans les médias. Je suis atterrée de ce dont on parle. On se braque sur la dernière petite phrase. Notre méthode permet de replacer tout cela dans l’histoire des idées, l’histoire des mots, des valeurs.

C’est d’autant plus nécessaire que le FN se situe dans la longue durée, à la fois par sa vision de l’histoire de France et par sa stratégie politique qui n’est pas de gagner les prochaines élections, mais, à long terme, de convaincre et de distiller sa vision du monde dans la société.

L’une des critiques que l’on peut vous faire est que vous réduisez la politique à un discours. Mais peut-on imaginer coupler votre méthode d’analyse à l’exploitation de données « factuelles » ? Les paroles et les actes ?

Il serait très intéressant de comparer ce qui est dit et ce qui est fait. On pourra le faire. La seule limite, c’est le temps nécessaire pour constituer les corpus.

A l’Assemblée nationale, les débats parlementaires et actes législatifs sont en open data et on pourrait assez facilement repérer qui a été à l’origine de tel amendement, de tel texte de loi, et comparer cela aux déclarations publiques du même homme politique. Ce serait un très beau projet. Aux Etats-Unis, cela commence à se faire.

D’autant que cet outil peut être utilisé par tout le monde ?

Le logiciel Hyperbase est gratuit. A terme, tout le monde pourra faire notre travail de repérage. Depuis janvier, je passe les nouveaux discours de Marine Le Pen au crible du logiciel. Cela « objectifie » les données. C’est particulièrement important pour Marine Le Pen, car elle a une parole qui brouille les repères, qui va à droite et à gauche.

C’est d’ailleurs ce qui est à la base du livre, une sincère interrogation : qu’est-ce qu’elle dit ? Avec cette méthode, nous avons pu reconstituer la cohérence sous-jacente pour comprendre que sa vision de l’homme reste celle de la tradition historique du FN.

==

–                                                                      Il est évident que le FN est le 1er parti de France car lui il est SEUL !!l les autres s’associent pour la comptabilité!! Exemple—UMP+UDI (L’Union des démocrates et indépendants (UDI) est un parti politique )- si on séparait chaque parti le FN est en tête !! ces manipulations sont grotesques!!

Quand Domingo51 dit que le FN va bloquer la gestion des départements, j’aimerais qu’il m’explique. ..merci

–                                           Quel désarroi au PS ,depuis hier , ce matin , sur les médias , ils en appellent à l’électorat de droite pour les sauver au 2eme tour. Avec l’appui du triumvirat , Lagarde,Jego,Bayrou, , mais ça nous le savions , c’est la planche pourrie de la droite, celle qui ne saura jamais s’impliquer , seulement farfouiller pour obtenir des strapontins en 2017. Les électeurs de droite , sont matures , vaccines, Sarkozy dit nini ,mais beaucoup laisseront la perméabilité FN/UMP se concrétiser ,pour gagner et non regarder placides , la descente aux enfers de notre pays.Les politiques ont beau dire , tancer , manipuler , inciter , conseiller , les électeurs savent ce qu’ils leur reste à faire et bien.

–                                                Attention à ne pas sous-estimer la performance du FN qui présentait, dans la plupart des cantons, des candidats peu connus et peu crédibles ! Si son enracinement se confirme, on verra sans nul doute émerger des candidats mieux connus et mieux formés qui « doperont » les résultats. Le danger FN est grand et risque de paralyser la gestion des départements demain, des régions après-demain.

– ,                                                     Il y a quand même un truc que je ne comprends pas. Losque les médias parlent de résultats ils annoncent 37% pour l’UMP, alors que c’est l’UMP+UDI+MODEM, parle du FN avec 24% et du PS à 19%. Pourquoi ne pas comptabiliser pour le PS l’ensemble des résulats de la gauche comme pour l’UMP, ce qui pour le coup place la gauche cote à cote avec la droite. Si un journaliste pouvait m’expliquer cette façon de compter pour l’un et pour l’autre cela m’arrangerait merci.

–                                                                   Dans le language politicien , un nouvelle notion vient d’apparaitre : Le Bloc Bloc de droite et bloc de gauche qui semble bien être les freins flambant neufs d’une caisse bringuebalante

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