« Votre génération doit s’habituer à vivre avec le terrorisme »

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François Hollande doit se rendre mardi 27 janvier sur le site du camp d’Auschwitz pour assister à la célébration des 70 ans de la découverte de ce camp de la mort nazi en 1945. Avant de se rendre pour la Pologne, le chef de l’Etat se recueillera aussi au Mémorial de la Shoah qui se trouve dans le centre de Paris, dans le IVe arrondissement. A ses côtés se tiendront quelques dizaines de survivants, toujours debout pour témoigner.

Nous avons rencontré à cette occasion Esther Senot déportée en septembre 1943 au camp d’extermination d’Auschwitz. Aujourd’hui, âgée de 87 ans, elle nous raconte l’horreur vécue. Ecoutez son témoignage.

Quelques chiffres pour comprendre le quotidien d’Auschwitz :

  • 27 janvier 1945

C’est le jour de la découverte du camp par des soldats de l’Armée rouge. Selon Annette Wieviorka, directrice de recherche au CNRS, les Soviétiques ne s’attendaient pas à une telle découverte qui est presque faite par hasard.

  • 7.000

C’est le nombre de survivants du camp d’Auschwitz découverts par les soldats soviétiques. Il s’agit des plus faibles, ceux que les nazis, qui fuient l’avancée de l’Armée rouge, n’ont pas pu déplacer avec eux.

  • 80.000

C’est le nombre de documents saisis par les Soviétiques dans le camp et conservés dans les Archives centrales de Moscou jusqu’en 1993, date à laquelle ils ont été rendus accessibles. Ce sont ces écrits qui fournissent la plupart des informations sur le fonctionnement du camp, en plus du témoignage des rescapés bien sûr.

  • 1941

C’est en décembre 1941 que les premiers détenus sont gazés à Auschwitz. Selon les archives du camp, il s’agit de prisonniers dits « irrécupérables », incapables de travailler, mais aussi de prisonniers soviétiques. Après le gazage dans les fausses douches, les cadavres étaient incinérés dans de gigantesques fours crématoires, au rythme parfois ahurissant de 1.000 à 1.500 par jour.

  • 800.000

Environ 800.000 personnes ont été tuées à Auschwitz. C’est l’estimation qui paraît aujourd’hui la plus fiable, grâce aux registres des décès tenus par les fonctionnaires du camp et rendus publics en 1993. Parmi ces 800.000 victimes :

– 630.000, adultes et enfants, sont morts gazés peu après leur arrivée au camp

– 130.000 juifs et non-juifs sont morts de maladie ou d’épuisement par le travail

– 15.000 prisonniers de guerre soviétiques et environ 10.000 Tziganes sont morts de gazage ou du typhus

  • 67

67 des 72 convois de déportés français ont été convoyés à Auschwitz. On estime que 75.000 juifs français ont été déportés sous le régime collaborationniste de Vichy.

  • 3

Au départ, les détenus d’Auschwitz dorment sur des paillasses à même le sol. Les premiers lits en bois, sur trois étages, arrivent fin 41. Le camp est surpeuplé et en général, trois détenus doivent partager la même couchette.

  • 4

Selon les divers témoignages recueillis, les détenus se levaient chaque matin à 04h pour effectuer 11 heures de travail.

  • 1.300 calories

L’alimentation des détenus qui travaillaient étaient très maigre. Sur le papier, il était prévu d’assurer 1.700 calories par jour à ceux qui exécutaient un travail facile et 2.150 calories à ceux qui fournissaient un travail physique. En réalité, les portions variaient entre 1.300 et 1.700 calories. On estime qu’avec une heure d’activité minimum par jour, un homme a besoin de 3.000 calories et une femme 2.500 environ.

  • Tatouage

Les détenus étaient marqués comme du bétail d’un chiffre qui remplaçait leur nom. Jack Rosenthal, aujourd’hui émigré aux Etats-Unis, montre son tatouage indélébile, comme ses souvenirs.

Jack Rosenthal, survivant d'AuschwitzJack Rosenthal, survivant d’Auschwitz

1945 : Le Figaro découvre les camps de concentration nazi

Les déportés de la baraque 56 du camp de concentration de Buchenwald en Allemagne photographiés par le soldat H. Miller le 16 avril 1945 au moment de la libération du camp par les Alliés (sur la couchette du milieu, le 7e à partir de la gauche serait Elie Wiesel).

IL Y A 70 ANS, LA LIBÉRATION DES CAMPS (1/4) – Les premiers témoignages sur les camps nazis dans la presse écrite française ne datent pas de la libération d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, par les troupes soviétiques mais du mois d’avril 1945, quand les Alliés découvrent à leur tour l’horreur concentrationnaire.

«Moscou, 6 fév.- L’agence Tass annonce la libération par l’armée rouge de 4.000 déportés politiques français, belges et hollandais détenus par les Allemands dans le camp de concentration d’Oswiecim. (AFP)» C’est par cette seule dépêche parue dans l’édition du 7 février que Le Figaro annonce la libération du camp d’Auschwitz. La presse dans son ensemble reste muette sur cet événement qui semble a posteriori un moment clé de l’Histoire pour la bonne raison que l’armée russe qui a libéré le camp presque par hasard, ne médiatise pas sa découverte. Les images, en partie reconstituées de la libération d’Auschwitz ne parviendront aux occidentaux que bien plus tard.

Les premiers témoignages sur la déportation sont publiés dans la presse française à la libération des camps par les armées alliées à partir d’avril 1945 (exception faite de L‘Humanité qui dès septembre 1944 publie les photos de rescapés du camp de Maïdanek, en Pologne). La presse écrite est frileuse, hésitant à soumettre aux lecteurs ces terribles récits susceptibles d’affoler les familles en attente de nouvelles d’un parent déporté. Ainsi lorsque le correspondant de guerre du Figaro, James de Coquet, envoie le récit de la libération du camp de Vaihingen en Allemagne, libéré le 7 avril 1945 par l’armée française, le directeur du journal Pierre Brisson prend la plume le 18 avril pour justifier son choix de publier ce «récit hallucinant». Il estime que par-delà les «angoisses» ressenties à la lecture du texte, il est du devoir des journalistes d’ «enregistrer les faits, de les consigner, d’en fixer l’image et de le faire au moment même où l’imminence de la victoire prépare, dans un monde épuisé d’horreur, les voies de l’oubli».

LIRE: Avril 1945: l’insoutenable découverte du camp de Vaihingen

Ce n’est pourtant pas le premier article de James de Coquet sur les camps: le 3 mars 1945 Le Figaro publiait déjà son récit de sa visite du camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace, libéré en novembre 1944 par l’armée américaine. Il y décrivait alors en détails et sans avertissement préalable les expérimentations médicales perpétrées sur les prisonniers dans le «camp des supplices».

LIRE: Mars 1945: la barbarie nazie à l’œuvre dans le camp du Struthof

Le 19 avril, c’est le témoignage d’un rescapé de Buchenwald que recueille Le Figaro. Julien Cain, ancien directeur de la Bibliothèque nationale, tout juste rapatrié à Paris raconte avec beaucoup de réserve sa vie au camp de concentration (ou est-ce édulcoré par le journaliste?) mais il affirme avec force que les camps n’étaient pas «autre chose qu’une organisation scientifique d’extermination». Phrase choc reprise en titre de l’article. Extermination de qui? Ce n’est jamais explicitement dit. Le Figaro dans les premiers mois de 1945 ne fait pas de différence entre les déportés et englobent les juifs dans l’ensemble des «déportés politiques».

LIRE: Avril 1945: un «revenant» de Buchenwald témoigne dans Le Figaro

Avis de recherche parus dans l'édition du 13 juillet 1945 du <i>Figaro.</i>

Finalement, il y aura peu de récit sur les camps de concentration dans cet immédiat après-guerre. La capitulation de l’Allemagne, les tractations diplomatiques, la politique française, l’épuration, les procès suffisent à remplir les deux ou quatre pages qui constituent à ce moment-là Le Figaro (le papier est rare et coûte alors très cher). Ce qu’on peut lire en revanche tous les jours dans les colonnes du journal, ce sont les avis de recherche de déportés aussi bouleversants qu’un article: «Rech. Behar Eliakim Jacques, 49 ans, et ses garçons, Natho, 11 ans, David, 8 ans, arr. Drancy 16-10-42, dép. 3-11-42, dir. Prob. Birkenau. Ecr.: Alice Behar, 9 rue Georgette-Agutte (18e). Marc 05-72.”

Aller plus loin:

Usages de la photographie par les médias dans la construction de la mémoire de la Shoah, par Marie-Anne Matard Bonucci, Le Temps des médias 2005/2 (n° 5)

Le site La libération des camps et le retour des déportés par le Mémorial de la Shoah

Exposition Filmer la guerre, le soviétiques face à la Shoah, Mémorial de la Shoah, du 9 janvier au 27 septembre 2015, 17, rue Geoffroy-l’Asnier 75004 Paris .

Mars 1945 : la barbarie nazie à l’œuvre dans le camp du Struthof

Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace est devenu lieu de mémoire et musée.

IL Y A 70 ANS, LA LIBÉRATION DES CAMPS (2/4) – VIDÉO – Le Figaro dévoile en mars 1945 les effroyables expériences médicales nazies effectuées dans le seul camp de concentration situé en territoire français, le Natzweiler-Struthof

Le KL-Natzweiler (konzentrationslager) est le premier camp de concentration découvert par les Alliés le 23 novembre 1944. Malheureusement il est vide quand les soldats américains pénètrent dans l’enceinte, les déportés ayant été évacués dès le 2 septembre vers Dachau et Allach. Créé en 1941 au lieu-dit Struthof dans l’Alsace tout juste annexée, Natzweiler est un camp de travail de catégorie III (parmi les plus sévères) destiné à l’origine à l’extraction du granit rose trouvé sur le mont Louise. Il est composé d’un camp central et de près de 70 camps annexes répartis sur les deux rives du Rhin. Sur les 52.000 déportés environ passés par les camps du Natzweiler, 22.000 y trouvent la mort. En plus des activités d’exploitation des carrières, le camp abrite les expérimentations de médecins nazis de l’université du Reich à Strasbourg. Ces derniers étudient sur les prisonniers devenus cobayes, les effets du typhus et l’impact de l’utilisation les gaz toxiques.

C’est ce que relate en mars 1945 le correspondant de guerre du Figaro après la visite du «camp des supplices».

Lieux de mémoire, les vestiges du camp de Natzweiler à Struthof hébergent aujourd’hui un musée et le Centre européen du résistant déporté. Le site internet, très documenté, offre de nombreuses informations sur l’histoire du Struthof.


Article paru dans Le Figaro du 3 mars 1945

(Le support du texte original étant détérioré, le texte est coupé à certains endroits.)

A Struthof, le camp des supplices où 20.000 détenus périrent en deux ans

De notre envoyé spécial, James de Coquet

«Nous serons inhumains» avait dit Hitler. C’est au Struthof que cet article de son programme s’est pleinement réalisé. Ce qui distingue cet endroit de tous les lieux tragiques qui jalonnent quatre années d’occupation, tels Oradour, Tulle ou Saint-Genis-Laval, c’est qu’ici ces atrocités commises l’ont été non par esprit de représailles, mais à des fins dites scientifiques. Struthof était sans doute le laboratoire d’où devait sortir le surhomme, le Lohengrin qui traversait les rêves wagnériens d’Hitler. Les cobayes qu’on y utilisait étaient de préférence français.

C’est au-dessus du village de Rothau, sur la route qui va de Saint-Dié à Shirmeck, qu’est situé ce que les gens du pays appelaient «le camp des supplices». Imaginez, sous un ciel de plomb, un plateau fouetté par la neige et entouré de sapins. Un fossé, des fils de fer barbelés sur lesquels des projecteurs sont braqués, les tours d’angle où veillaient les mitrailleuses. Bref, tout l’appareil de la liberté confisquée. Mais ce n’était pas seulement la liberté des gens qu’on confisquait. Leur organisme aussi.

Torture scientifique

Des baraques vertes s’étagent dans le camp. Elles sont confortablement agencées et un délégué de la Croix-Rouge leur eût donné son approbation. Seulement, tout en bas du terrain, sur le côté qui surplombe la vallée il y en a une qu’on ne peut visiter sans frémir. Elle contenait les «services annexes» du camp de Struthof. Voici la chambre de désinfection avec sa machine à stériliser le linge. Dans un coin on voit un énorme tas de cheveux, auxquels adhérent encore des parties de cuir chevelu. On a scalpé ici des êtres humains et il est facile de deviner pourquoi: pour se livrer à des expériences de localisation cérébrale. On applique un (sic) électrode sur la partie dénudée du crâne du patient, mieux encore une patiente, car les femmes sont plus «excitables», et l’on peut vérifier à quel embranchement moteur correspond la partie du cerveau sollicitée. Une excitation produite par exemple à un certain endroit du temporal déclenchera des mouvements du pouce. Le professeur Hagen, de l’Université de Strasbourg, celle qui est repliée aujourd’hui en Allemagne, vous l’expliquerait mieux que moi. C’est lui qui présidait à ces expériences. Il était accompagné d’une assistante et de deux autres médecins, le docteur Letz et le docteur Ruhl.

Le four crématoire du camp de Natzweiler-Struthof.

Une petite chambre sans fenêtre avec des murs blanchis à la chaux. Rien n’indiquerait la somme de souffrances que ces murs ont connu si ce n’était cette imposte fermée d’un verre incassable. Il y a aussi ces trous percés dans la porte et qui ont le diamètre d’un canon de pistolet. Oui, c’est par là qu’on envoyait les gaz toxiques et le viseur servait à observer la réaction des sujets. Dans le couloir voisin, il y a un monte-charge […]. Il […] supérieur sur le four crématoire, lequel pouvait contenir sept corps à la fois et servait aussi à fournir de l’eau chaude au personnel spécialisé qui habitait cette baraque avec interdiction de se promener dans le camp.

A ce même étage se trouve la salle d’autopsie au milieu de laquelle se dresse une table de pierre zébrée de rainures pour l’écoulement du sang.

Il y avait les supplices qui servaient à «l’avancement de la science», c’est-à-dire à l’amélioration de la race allemande, et puis il y avait aussi les supplices gratuits. Voici la pièce où l’on suspendait les «punis» tantôt par les pieds, tantôt par les poignets, ceux-ci étant préalablement liés derrière le dos.

Arrêtons-là la visite de Struthof, dont les clients étaient emportés à un rythme vertigineux par de singulières maladies. Le général Frère y mourut à soixante-deux ans d’une diphtérie. Les archives laissées par les Allemands contiennent les fiches de quelques vingt mille morts qui se sont succédé en deux ans dans le monte-charge inspiré des abattoirs de Chicago. A Rothau, j’ai vu un rapport laissé par [des] luxembourgeois […] Ils ont consignés quelques-uns des faits dont ils ont été les témoins. Ils ont noté, par exemple, que le 2 aout 1943, un convoi de 59 personnes arriva du camp de Ravensbrück. Le 11, quinze femmes passaient par la chambre à gaz et le four crématoire. Le 13 quinze autres femmes. Le 17 trente hommes… Il y en a comme ça cinq pages.

70 ans après Auschwitz, l’alerte à l’antisémitisme n’est pas levée

Survivants de l’Holocauste, chefs d’Etat et têtes couronnées se réunissent mardi à Auschwitz pour lancer un nouveau « Plus jamais ça », 70 ans après la libération du camp d’extermination nazi sur fond de craintes de montée de l’antisémitisme en Europe.

Cet appel a retenti dès lundi, sous des formes différentes, lors de multiples rencontres de survivants, souvent nonagénaires, tenues à proximité de l’immense camp couvert d’une épaisse couche de neige fraîche.

En même temps, la chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé à Berlin des incidents anti-juifs dans son pays.

« Il est honteux que des gens, en Allemagne, soient frappés, menacés ou attaqués parce qu’ils disent qu’ils sont juifs ou parce qu’ils prennent parti pour Israël », a déclaré Mme Merkel.

Vingt jours après les attentats meurtriers de jihadistes français contre le journal Charlie Hebdo et un magasin casher, une préoccupation similaire doit être présente chez le président François Hollande qui se rend mardi matin au Mémorial de la Shoah avant de prendre l’avion pour le sud de la Pologne.

– ‘Bannir les Juifs d’Europe’ –

Certains des survivants rassemblés à Auschwitz voient un lien entre les événements en France et les conflits du Proche-Orient. « Ce qui arrive en France est lié à ce qui se passe au Proche-Orient et j’aimerais bien qu’on résolve ce dernier problème, parce que je pense que cela influence l’antisémitisme en Europe », a dit à l’AFP une octogénaire alerte, Celina Biniaz, venue de Californie.

La montée de l’antisémitisme a été évoquée lundi soir par Steven Spielberg, auteur notamment du film « La Liste de Schindler » et père de la Fondation de la Shoah qui a filmé des témoignages de 53.000 survivants de l’Holocauste. Intervenant à Cracovie, aux côtés du président du Congrès juif mondial Ronald S. Lauder, le cinéaste a dénoncé « les efforts qui montent pour bannir les Juifs d’Europe ».

Le ton était le même lundi à Prague, où le Congrès juif européen a tenu une cérémonie parallèle, le forum « Let My People Live » (Laissez mon peuple vivre). « La communauté juive d’Europe est très proche d’un nouvel exode », a affirmé le président de l’organisation Moshe Kantor.

Outre M. Hollande, les présidents allemand Joachim Gauck et ukrainien Petro Porochenko, et le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, ainsi que les familles royales belge et néerlandaise, notamment, doivent assister à la cérémonie principale à Auschwitz mardi après-midi. La Russie doit être représentée par le chef de l’administration présidentielle Sergueï Ivanov. Le président Vladimir Poutine n’a pas souhaité se déplacer – alors qu’il l’avait fait en 2005 – n’ayant pas été officiellement invité.

C’est l’armée soviétique qui a libéré en 1945 le camp d’Auschwitz-Birkenau, où quelque 1,1 million de personnes avaient été exterminées, un million de Juifs de différents pays d’Europe, des Polonais, des Tsiganes et des Russes, notamment.

Si l’extermination organisée comme une industrie par les nazis s’est déroulée essentiellement en Pologne occupée, l’Holocauste avait touché plusieurs autres pays européens où les Juifs ont été arrêtés pour être déportés vers les camps de la mort.

A Budapest, le Premier ministre conservateur Viktor Orban a déploré lundi le rôle de « très nombreux Hongrois », pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui « avaient choisi le Mal plutôt que le Bien et avaient opté pour des actes honteux plutôt que pour une conduite honorable ».

– Prières pour les défunts –

La cérémonie principale est prévue à partir de 14h30 GMT, sous une tente dressée à l’entrée du camp d’Auschwitz II – Birkenau. D’anciens prisonniers et prisonnières, ainsi qu’un représentant des « Piliers du souvenir » – les donateurs généreux du Musée – prononceront de brèves allocutions. Puis retentiront le son du chofar, une corne utilisée dans les rituels israélites, et des prières juives pour les défunts.

Les participants se rendront à pied au monument aux victimes de Birkenau, distant de moins d’un kilomètre, pour y déposer des fleurs et allumer des cierges.

« C’est un dernier anniversaire rond, célébré en présence d’un groupe important de survivants », a relevé Piotr Cywinski, le directeur du musée d’Auschwitz.

« C’est leur voix qui porte la mise en garde la plus forte contre notre capacité de pratiquer l’extrême humiliation, la haine et le génocide. Bientôt, ce sera à nous, les générations de l’après-guerre, de transmettre cet enseignement terrible et les leçons accablantes qui en découlent », a-t-il souligné dans une déclaration sur le site internet du musée.

Soixante-dix ans après l’horreur d’Auschwitz, « plus jamais ça »

Le Monde.fr avec AFP |

D'anciens prisonniers et prisonnières, ainsi qu'un représentant des « Piliers du souvenir » – les donateurs généreux du Musée – prononceront de brèves allocutions.

Le 27 janvier 1945, l’armée soviétique libérait le camp d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne, où 1,1 million de personnes ont été exterminées par les nazis, dont un million de juifs de différents pays d’Europe.

Soixante-dix ans après, survivants de l’Holocauste, chefs d’Etat et têtes couronnées se réunissent, mardi 27 janvier, à Auschwitz, pour lancer un nouveau « Plus jamais ça », sur fond de craintes de montée de l’antisémitisme en Europe. Cet appel a retenti dès lundi, sous des formes différentes, lors de multiples rencontres de survivants, souvent nonagénaires, tenues à proximité de l’immense camp recouvert d’une épaisse couche de neige fraîche.

La cérémonie principale est prévue pour se tenir à partir de 15 h 30, sous une tente dressée à l’entrée du camp de concentration, en présence d’anciens prisonniers et prisonnières, ainsi que d’un représentant des « Piliers du souvenir » – les donateurs généreux du Musée. Les participants se rendront à pied jusqu’au monument aux victimes de Birkenau, distant de moins d’un kilomètre, pour y déposer des fleurs et allumer des cierges.

« LE POINT CRITIQUE A LARGEMENT ÉTÉ DÉPASSÉ »

Survivants de l'Holocauste et chefs d'Etat se réunissent à Auschwitz, pour lancer un nouveau « Plus jamais ça », sur fond de craintes de montée de l'antisémitisme en Europe.

Lundi, la chancelière allemande, Angela Merkel, a tenu à s’exprimer à l’occasion d’une cérémonie organisée à Berlin par le Comité international d’Auschwitz. Vêtue de noir, elle a déclaré : « Auschwitz nous concerne tous, aujourd’hui et demain. Et pas seulement les jours de commémoration. »

François Hollande prononcera un discours, mardi à 10 heures, au Mémorial de la Shoah à Paris, où il rendra hommage, en présence d’une centaine de survivants des camps, aux 75 000 juifs de France déportés sous le régime collaborationniste de Vichy, avant de prendre l’avion pour le sud de la Pologne.

Certains des survivants rassemblés à Auschwitz voient un lien entre les récents événements en France – les attentats meurtriers de djihadistes français contre le journal Charlie Hebdo et un magasin casher – et les conflits du Proche-Orient. Le Conseil représentatif des institutions juives de France a annoncé que le nombre d’actes antisémites avait doublé (+ 101 %) en 2014 par rapport à 2013 en France, avec même une augmentation de 130 % des actes avec violences physiques, estimant que « le point critique a[vait] largement été dépassé ».

Outre M. Hollande, les présidents allemand Joachim Gauck et ukrainien Petro Porochenko, et le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, ainsi que les familles royales belge et néerlandaise, notamment, doivent assister à la cérémonie principale à Auschwitz mardi après-midi. La Russie doit être représentée par le chef de l’administration présidentielle Sergueï Ivanov. Le président Vladimir Poutine n’a pas souhaité se déplacer – alors qu’il l’avait fait en 2005 –, n’ayant pas été officiellement invité.

Si l’extermination organisée comme une industrie par les nazis s’est déroulée essentiellement en Pologne occupée, l’Holocauste a touché plusieurs autres pays européens où les juifs ont été arrêtés pour être déportés vers les « camps de la mort ». A Budapest, le premier ministre conservateur Viktor Orban a déploré lundi le rôle de « très nombreux Hongrois », pendant la seconde guerre mondiale, qui « avaient choisi le mal plutôt que le bien et avaient opté pour des actes honteux plutôt que pour une conduite honorable ».

 Lire nos archives (éditions abonnés) : 27 janvier 1945 : libération d’Auschwitz

Auschwitz, Buchenwald, Dachau… Et le monde découvrit l’enfer

Par

En 1945, la libération des camps par l’Armée rouge provoqua une onde de choc. L’historienne Annette Wieviorka la fait revivre à travers le périple du reporter américain Meyer Levin, premier à prendre la mesure de l’univers concentrationnaire. À la mémoire des survivants succèdera, des années après, une mémoire de la Shoah.

Auschwitz, Buchenwald, Dachau... Et le monde découvrit l'enfer

Dachau: le premier camp de concentration ouvert en 1933. Ici, un Russe de 18 ans en 1945 photographié par Éric Schwab, compagnon de route du reporter Meyer levin.                  AFP PHOTO/ERIC SCHWAB

Le 5 avril 1945, dans le Land de Thuringe, alors que le IIIe Reich, pris en tenaille par les Alliés et l’Armée rouge, s’effondre, deux journalistes au coeur aventureux s’écartent de la division américaine à laquelle ils sont rattachés pour prendre des chemins de traverse. Au volant, Meyer Levin (40 ans), originaire de Chicago, correspondant de la Jewish Telegraphic Agency, une agence de presse alimentant une presse juive alors dynamique et variée. Meyer, qui se fait aussi appeler Mike -plus yankee- est par ailleurs auteur de six romans. Quelques mois plus tôt, il loge à l’hôtel Scribe, à Paris, en compagnie de Hemingway et d’Orwell. C’est là qu’une jeune fille rangée nommée Simone de Beauvoir découvre le spam, le jambon épicé (spicy ham) des boîtes des rations américaines.

>> Notre dossier: 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz

>> Et aussi: La dernière traque des nazis

A la droite du chauffeur, Eric Schwab (35 ans), photographe de la toute nouvelle Agence France Presse : un type « de la race des Capa, de ces reporters intrépides qui s’approchent au plus près du combat, au mépris de leur vie parfois », selon son acolyte. Avant guerre, Schwab est photographe de plateau pour le cinéma, puis de mode. En juin 1940, il est fait prisonnier dans la poche de Dunkerque. Il s’évade et rejoint Paris. On ne sait pas grand-chose de sa vie jusqu’à la Libération et son nouvel emploi.

Des corps entassés comme des bûches

Ce 5 avril, les deux journalistes croisent « des squelettes au crâne rasé et aux yeux fiévreux enfoncés dans les orbites » : des « cadavres vivants », diront les premiers articles de la presse internationale. La Jeep débouche sans le savoir sur le camp d’Ohrdruf, près de la ville de Gotha. Au sol, des cadavres répartis en cercles, un trou laissé dans le crâne par la balle qui les a achevés. Dans un hangar, des corps entassés comme des bûches, à hauteur d’homme. Sur une colline, des cadavres brûlant sur une sorte de gril inséré dans une fosse de la taille d’une piscine. « Nous faisions des bûchers comprenant trois rangées de corps séparées par des couches de rondins, leur raconte un témoin. La première couche de rondins était disposée sur deux rails parallèles et nous arrosions avec du goudron avant d’y mettre le feu. Pendant la combustion, nous devions parfois retourner les cadavres pour n’avoir que des cendres une fois le feu éteint. »

UNITED STATES HOLOCAUST MEMORIAL MUSEUM/COURTESY OF HAROLD ROYALL

Le 12 avril, le commandant en chef des forces alliées, Dwight Eisenhower, et les généraux Bradley et Patton visitent ce camp satellite de Buchenwald, passé à la trappe de l’Histoire. « On nous dit que le soldat américain ne sait pas pourquoi il se bat. Maintenant, au moins, il saura contre quoi il se bat », déclare « Ike ». Patton, un « dur », s’éclipse discrètement pour aller vomir derrière un baraquement.

C’est en quelque sorte « embedded » dans la Jeep des deux reporters que l’historienne Annette Wieviorka, grande spécialiste de la mémoire de la Shoah, fait revivre, soixante-dix ans après, la libération des camps, de Paris à Terezin en passant par Buchenwald et par Dachau. Son livre 1945. La Découverte mêle avec brio et concision choses vues, analyse du système concentrationnaire, confrontation des mémoires d’hier et d’aujourd’hui. Eric et Meyer, nous apprend-elle, ont chacun une mission cachée. Le premier est à la recherche de sa mère, une juive de Berlin, séparée de son père, un Français de Nancy. Le second veut témoigner de ce que le grand historien américain Raul Hilberg nommera « la destruction des Juifs d’Europe ». Mais le sujet n’intéresse pas grand monde.

Le premier reportage de Levin, daté du 18 septembre 1944, porte sur le nouvel an juif, Rosh Hashana, célébré dans Paris libéré. Ses dépêches sur la résistance juive et le sort des enfants sauvés par des Français de toutes conditions deviendront les thèmes de recherche des historiens vingt-cinq ans plus tard. Meyer-Mike est un précurseur. Mais, absorbé par sa mission, il néglige la libération des premiers camps : Lublin-Majdanek (24 juillet 1944) et Auschwitz (27 janvier 1945) côté soviétique ; Natzweiler-Struthof (23 novembre 1944), en Alsace, côté américain.

Les camps sont libérés au hasard des opérations militaires. Les Alliés connaissent leur existence, mais en ignorent la réalité et, surtout, ne les considèrent pas comme un but de guerre. La priorité, c’est la capitulation du IIIe Reich. A l’exception d’Auschwitz, où se trouvent encore 7000 détenus (sur une population maximale de 130 000), parmi lesquels Otto Frank, le père d’Anne, et Primo Levi, futur auteur de Si c’est un homme, les camps sont vides. Les détenus ont été liquidés sur place, transférés dans d’autres camps ou envoyés sur les routes dans les « marches de la mort ». Aussi les premiers reportages mettent-ils l’accent sur les « camps de torture » nazis, les « atrocités » allemandes. Rien sur un « univers concentrationnaire ». La formule est utilisée pour la première fois un an plus tard par le résistant David Rousset, qui en fait le titre de son livre-témoignage, prix Renaudot 1946.

http://www.dailymotion.com/embed/video/xyd6lz?syndication=121775

Auschwitz: « À chacun ce qu’il mérite »

Il n’empêche. La découverte d’Ohrdruf est l’objet de ce que l’on n’appelle pas encore une médiatisation intense. « Cette opération est fondatrice d’une image unifiée des camps nazis : tous identiques, tous lieux de mort de masse pour l’ensemble des internés, tous lieux de torture où s’exerçait le sadisme des nazis, souligne Annette Wieviorka. Mais elle gomme les différences entre les camps et entre les internés eux-mêmes. »

Au fur et à mesure de leur avancée, les Alliés découvrent une société complexe, avec une double hiérarchie, assurée parfois par des détenus (chef de Block, kapo…), eux-mêmes en rivalité, « droits communs » contre « politiques », en majorité communistes, s’efforçant de sauver les « hommes de valeur » de la mort (l’ingénieur en aéronautique Marcel Bloch-Dassault est l’un de ces heureux élus).

Buchenwald, libéré une semaine après Ohrdruf, est un camp divisé en deux entités, comme l’a bien senti Meyer Levin : l’une où la vie est malgré tout possible, avec une place pour dormir, une couverture, une place à table pour manger ; l’autre, le « petit camp », lieu d’agonie et de mort, où arrivent les convois d’Auschwitz. L’inscription sur la grille du camp est explicite : « Jedem das Seine » (A chacunce qu’il mérite). Dans les autres camps, « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre).

Environ 250000 personnes furent emprisonnées à Buchenwald et 56000 y trouvèrent la mort.

AFP PHOTO ERIC SCHWAB

Terezin, l’ultime étape de nos reporters motorisés, a aussi ses particularités. C’est un camp ghetto réservé à certaines catégories de juifs du « Grand Reich » (Allemagne, Autriche, protectorat de Bohême-Moravie) : anciens soldats de Guillaume II, fonctionnaires, médecins, artistes, chercheurs, bref, le gratin du judaïsme germanophone. Terezin a une autre fonction : c’est un camp leurre, un outil de propagande qui a berné la Croix-Rouge. C’est là qu’Eric le photographe retrouve sa mère, « une femme frêle, aux cheveux blancs, un bonnet blanc d’infirmière sur la tête ».

La mémoire du génocide confinée aux survivants

De la destruction des Juifs d’Europe, de la « Solution finale », de ce que le langage commun nomme aujourd’hui Shoah, il n’est pas question dans l’immédiat après-guerre. Pas plus que d’Auschwitz. Ne serait-ce que parce que la majorité des témoignages viennent des camps de l’Ouest, alors que l’extermination a eu lieu dans l’Est, dans les camps polonais. La mémoire du génocide est confinée aux survivants.

« Les rescapés sont certes accueillis, mais leurs récits sont inaudibles, remarque l’historienne. Et, aux Etats-Unis, en France, comme en Israël, on leur suggère de se taire. C’est le temps des combattants, des héros, et celui de la suspicion sur les victimes. » L’image dominante est celle du déporté résistant héroïque, interné à Buchenwald, celle de Nuit et brouillard (1955), d’Alain Resnais, le film le plus projeté dans les écoles de la République. Même constat dans la littérature, où l’idée qui prévaut est que seuls les survivants peuvent témoigner. « Les hommes normaux, écrit David Rousset, ne savent pas que tout est possible. Même si les témoignages forcent leur intelligence à admettre, leurs muscles ne croient pas. Les concentrationnaires savent. »

L’interrogation morale domine -comment peut-on en arriver là, que signifie une telle déchéance sur la nature de l’homme? -chez Robert Antelme (L’Espèce humaine, 1947), mari de Marguerite Duras, et Louis Martin-Chauffier (L’Homme et la bête, 1947). Le journaliste Meyer Levin n’est pas en reste : « Les hommes avaient en eux ce qui leur a permis de faire cela et nous étions de la même espèce », écrit-il dans In Search (1951), récit de sa découverte des camps, doublé d’une réflexion sur l’identité juive, bien avant les écrivains de l' »école de New York », Malamud, Bellow, Roth (Philip). L’une des rares tentatives d’appréhender le système est celle d’Eugen Kogon, catholique autrichien déporté de 1939 à 1945, auteur de L’Etat SS, mi-témoignage, mi-enquête.

Le changement d’angle s’opère en 1961, avec l’ouverture du procès d’Adolf Eichmann, ordonnateur de la « Solution finale », responsable du rassemblement puis du transport des Juifs vers les camps de la mort. Ce procès fait appel aux témoins, « seul moyen, de faire toucher du doigt la vérité », selon le procureur général, l’Israélien Gideon Hausner. Pour la première fois, le sort spécifique des Juifs et la distinction entre camps de concentration et camps d’extermination sont appréhendés. En 1973, les organisations juives américaines se fixent l’objectif de conserver la mémoire de l' »Holocauste » (étymologiquement, « sacrifice par le feu »), avec une majuscule. Les cours sur le sujet se multiplient dans les universités américaines. Quatre ans plus tard, le feuilleton hollywoodien du même nom, croisant le destin de deux familles allemandes, l’une juive, l’autre nazie, est vu par plus de 120 millions de téléspectateurs, ancrant un peu plus le terme dans le monde anglo-saxon.

L’histoire des camps bascule vers celle de la « destruction des juifs »

En France, le passage du déporté-résistant au déporté « racial » s’opère par le biais des publications sur La France de Vichy (1973), titre du livre de l’Américain Robert Paxton, puis de Vichy et les Juifs (1981), coécrit avec Michaël R. Marrus. L’interview par L’Express, en 1978, de l’ancien commissaire général aux Questions juives Darquier de Pellepoix, puis, la même année, l’article du négationniste Robert Faurisson, enfin le procès de Klaus Barbie (1987) et celui de Maurice Papon (1998) font basculer un peu plus l’écriture de l’histoire des camps vers celle de « la destruction des Juifs d’Europe ». Jacques Chirac, dans son discours de 1995 sur la rafle du Vel d’Hiv (« Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français ») officialise en quelque sorte ce glissement de sensibilité.

Entre-temps, le mot hébreu « Shoah » (anéantissement), en usage en Israël, s’impose, avec l’imprimatur de l’Association des professeursd ‘histoire-géographie, puis la diffusion du fil mde Claude Lanzmann, en 1985 : un documentaire de neuf heures trente minutes, l’un des plus longs de l’histoire du cinéma, refusant les images d’archives (« Elles pétrifient la pensée et tuent toute puissance d’évocation »), au profit des témoins rejouant leur « rôle », cheminot, coiffeur…

Malgré les polémiques lexicales (un « holocauste » n’est-il pas un sacrifice offert à Dieu? « Shoah » n’est-il pas utilisé dans la Bible pour désigner des catastrophes naturelles?), l’extermination des juifs, de périphérique, devient centrale tandis que, dans les représentations, Auschwitz se substitue à Buchenwald. Quitte à absorber toute la criminalité nazie, au détriment de ses autres pans. Dans les années 1990, Meyer Levin a gagné son pari : « Faire reconnaître l’identité juive des victimes d’Hitler », conclut Annette Wieviorka. Mais, disparu en 1981, ce « don Quichotte » dont « les ailes du moulin » étaient en « forme d’étoile juive », selon l’expression de sa femme, Tereska Torrès, n’est plus là pour s’en féliciter.

Des proches de déportés témoignent : « Je ne guéris pas de cette barbarie »

Transmettre pour ne pas oublier, même quand la douleur se mêle à l’horreur. A l’occasion des cérémonies commémorant la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, francetv info a lancé un appel à témoignages des personnes qui y ont été déportées ou de leurs proches. Voici quelques-unes de leurs contributions à ce devoir de mémoire.

« Mon père ne m’en a parlé qu’une seule fois »

Le père de Liora a fait partie des Sonderkommandos. Choisis parmi les prisonniers, ils devaient accompagner les victimes dans les chambres à gaz, puis en sortir les corps. Liora nous livre un descriptif détaillé de la déportation de son père.

« Mon père avait 24 ans lorsqu’il est arrivé à Auschwitz, par le convoi numéro 6 du 17 juillet 42. Il a fait parti des Sonderkommandos, a survécu au cachot disciplinaire, a travaillé au revier (le quartier des malades) et a même côtoyé le docteur [Josef] Mengele. Il a ensuite fait la marche forcée qui l’a amené à Dachau, d’où il a été libéré le 30 avril 1945 par les Américains, avant d’être rapatrié à Paris le 20 mai. Il portait le numéro 49597. Il était d’origine polonaise, né à Zdunska Wola, près de Lodz.

Il était venu en France faire ses études de médecine. Sa famille restée en Pologne, ses parents, sa sœur et son frère ont été exterminés, peut-être à Treblinka. Il ne m’a parlé qu’une fois de tout cela, et de façon très détachée. Il est mort en 1991, un an après être retourné en Pologne, et à Treblinka, pour la première fois après la guerre. A son retour, il m’a dit : ‘J’ai marché sur les os de mes parents’. »

« Jamais il ne m’a parlé de ce qu’il avait vécu à Dachau »

Marion Thomas rassemble dans son témoignage les informations parcellaires qu’elle a réussi à récolter sur l’histoire de son grand-père, aujourd’hui décédé. Déporté à Dachau, il n’a « jamais, au grand jamais (...), parlé de ce qu’il a vécu ».

« Je ne dirais pas que sa déportation est un sujet tabou dans la famille, mais il est vrai que nous n’en parlions jamais. Il parlait volontiers de son enfance durant la première guerre mondiale (ça doit être l’un des plus forts souvenirs que j’ai de lui vivant), mais jamais, au grand jamais, il ne m’a parlé de ce qu’il avait vécu à Dachau. Ma mère elle-même n’en sait pas plus, même sur les raisons de sa déportation. Elle et ses frères supposent qu’il a tenté de s’enfuir dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), qu’il a été rattrapé et donc ensuite déporté. Et, malheureusement, les archives de Dachau ne nous ont pas beaucoup apporté de détails.

En tout cas, il a été physiquement marqué par l’épreuve de sa déportation, ayant eu une santé fragile tout au long de sa vie après la guerre. Je pense que sa personnalité a également été impactée par cette expérience : il n’était pas spécialement bavard, assez renfermé sur lui-même. Mais il adorait écrire. Cependant, il n’a visiblement pas couché sur le papier toutes ces choses qu’il a vécues en Allemagne. Nous n’avons rien trouvé de tel dans sa maison, malgré nos espoirs. Cela aurait certainement éclairé ces zones d’ombre du passé de ma famille.« 

« La famille ne s’en est jamais remise »

Une personne, restée anonyme dans les commentaires, nous livre un témoignage bouleversant du calvaire vécu par deux cousins de sa mère, déportés à Auschwitz-Birkenau. Une histoire qui a traumatisé tout le reste de la famille.

« Le premier a été gazé rapidement, mais le deuxième a survécu jusqu’à la libération. Alors que l’Armée rouge avançait, les nazis ont commencé à évacuer les camps. Le cousin survivant a donc été évacué avec les autres, mais les nazis tuaient ceux qui tombaient. Il est tombé. Un soldat l’a alors aspergé d’essence et l’a brûlé vif. La scène a été ensuite rapportée par des témoins survivants. Il est mort au tout dernier moment. S’il n’était pas tombé d’épuisement, il aurait survécu. J’ai entendu cette histoire toute mon enfance. La famille ne s’en est jamais remise. »

« Je ne guéris pas des larmes de mon père »

Nérélé nous explique avec émotion comment la douleur de son père a traversé les générations.

« Ma famille paternelle a été décimée à Auschwitz-Birkenau. Ma grand-mère, sa sœur avec son mari et ses quatre enfants, un autre beau-frère ont été raflés à Paris, entre 1942 et 1944. Un frère et sa femme ont été déportés de Belgique. J’ai aujourd’hui 64 ans, je n’étais pas née à cette époque, mais ce que je voudrais exprimerc‘est le traumatisme qui traverse les générations. Je ne guéris pas de cette barbarie, ni de la douleur visible, même peu exprimée, de mon père jusqu’à sa disparition. Je ne guéris pas de ses larmes, d’homme pourtant fort, lorsqu’il évoquait et, sans doute, idéalisait sa mère.« 

« Mon oncle pesait 30 kilos »

L’oncle de Lynette, trop faible, n’a pas survécu à la Libération. Dans sa famille aussi, son histoire n’était que très rarement évoquée.

« Mon oncle parlait plus de vingt langues et dialectes. Lors de sa déportation, on lui a donc assigné la fonction de traducteur. Il a dû y rester entre deux et trois ans. A la libération du camp d’Auschwitz, il ne pesait que 30 kilos, et il est mort peu de temps après. Je n’ai pas eu plus de détails, le reste de la famille (père, mère, frère et sœur ) étant éparpillé, et le sujet n’ayant été pratiquement jamais abordé. »

« Ils n’étaient ni juifs ni communistes, seulement patriotes »

Les grands-parents d’Arnaud Hubert, habitant à Metz (Moselle), ont été déportés en raison de leur engagement dans la Résistance. Une histoire qu’il a réussi à connaître grâce à un codétenu de son grand-père.

« Ils ont été déportés car ils faisaient partie d’un réseau de ‘passeurs’ entre la Moselle et la zone franche, arrêté en mars 1942. Mon grand-père a été envoyé à Oranienburg puis Sachsenhausen (Allemagne), puis il a participé, avant la fin de la guerre, à la longue marche de la mort vers la Baltique où il devait être exterminé. Ma grand-mère, quant à elle, a connu les camps de Ravensbrück (où elle a connu Geneviève de Gaulle et Marie-Claude Vaillant-Couturier), puis Mauthausen (Autriche) d’où elle a été libérée par la Croix-Rouge. 

A leur retour, ils ont été élevés au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Mais leur déportation a été assez peu évoquée, ils ne la relataient que par bribes. C’est un codétenu de mon grand-père qui a couché leur histoire sur le papier. J’ai toujours été admiratif de leur attitude face aux nazis. Ils n’étaient ni juifs ni communistes, mais seulement patriotes et amoureux de leur patrie. »

TEMOIGNAGE. D’Auschwitz à Buchenwald, la marche des morts-vivants

L' Obs

La plupart des survivants d’Auschwitz n’ont pas connu la « libération » du camp par les Soviétiques, en 1945. Evacués par les SS, ils étaient en route pour Buchenwald et Dachau. L’un d’eux raconte.

Des visiteurs derrière les barbelés d'Auschwitz-Birkenau, en janvier 2015. (JOEL SAGET / AFP) Des visiteurs derrière les barbelés d’Auschwitz-Birkenau, en janvier 2015. (JOEL SAGET / AFP)

Survivants d’Auschwitz, ils n’ont pas vécu sa libération le 27 janvier 1945. Avant l’arrivée des Soviétiques, 58.000 prisonniers avaient été évacués par les SS pour se rendre à Dachau et Buchenwald. Durant le voyage, la mortalité fut effroyable.

Jacques Zylbermine avait 15 ans lorsqu’il a vécu cette « marche des morts ». En 1995, il racontait son périple à « l’Obs ». Voici son témoignage.

Jacques ZylbermineJacques Zylbermine avec des élèves français à Auschwitz, en 2005 (Janek Skarzynski / AFP)

« Un jour, on nous a dit : demain, on quitte le camp. Pour aller où ? Mystère. C’était en janvier 1945. Les combats se rapprochaient. Les troupes soviétiques n’étaient plus qu’à quelques dizaines de kilomètres d’Auschwitz. On entendait déjà la canonnade… En début d’après-midi, le lendemain, on nous a donné une ration pour la route. Je me suis dit : si je la garde, ou bien je la perds, ou bien on me la fauche. La seule façon de la conserver, c’est de la bouffer. Si nous devons marcher, il vaut mieux avoir le maximum d’énergie dès le départ. C’est ce que j’ai fait. Un réflexe de survie. Car par la suite nous n’avons plus reçu aucun approvisionnement. En fait, nous n’avons rien eu jusqu’à Buchenwald. Quand nous y sommes arrivés, début février, nous avions passé dix-huit jours dehors, par un froid polaire, sans rien boire ni manger que des poignées de neige qui nous brûlaient la gueule.

C’était le 18 janvier. On nous a rassemblés sur la place d’appel, bloc par bloc. Combien étions-nous? Entre 13.000 et 15.000, peut-être. On nous a demandé quels étaient ceux qui ne se sentaient pas capables de marcher. Tout le monde a voulu marcher. La vieille habitude des sélections. Nous étions convaincus que les invalides allaient être liquidés. Les baraques étaient en bois ; il suffisait d’entasser les gens, de fermer la porte… C’est vite fait, un coup de lance-flammes… Enfin, c’est ce qu’on pensait. En fait, ça ne s’est pas passé comme ça. Il fallait rester. Ceux qui sont demeurés sur place – Primo Levi était de ceux-là – ont été libérés par les Russes neuf jours plus tard. Si nous avions su…

« Nous marchions comme des fantômes »

Nous avons quitté le camp, en rangs par cinq, encadrés par les SS et les kapos. Il devait être 4 ou 5 heures de l’après-midi. Ceux qui avaient une couverture l’avaient mise sur leur dos. Le froid était sibérien, on donnait des températures entre -25°c et -30°c. La région d’Auschwitz est l’une des plus froides de Pologne. Il y souffle un vent terrible venu des Carpates qui vous transperce comme une dague.

Aux pieds, nous avions des galoches en bois recouvertes de tissu cloué. Nous avions emballé nos pieds dans du papier-ciment en guise de chaussettes. Le pyjama rayé ne procurait aucune chaleur ; au premier flocon de neige, il était trempé comme une éponge. Nous n’avions pas de pull-over, juste un petit pardessus, aussi fin que le pyjama.

Nous avons commencé à marcher. De temps en temps, des gens venus des autres camps du complexe d’Auschwitz rejoignaient la colonne. Nous traversions un paysage de mort, désolé. De loin en loin, un petit village, cinq ou six baraques en brique abandonnées. Au bout de quelques heures, nous n’en pouvions déjà plus. Nous marchions comme des fantômes, nous heurtant les uns les autres. Il n’y avait plus de rangs, mais des paquets d’hommes. On entendait des hurlements de SS, des aboiements de chiens.

Et puis on a commencé à entendre des claquements. Les types qui tombaient étaient achevés en queue de colonne. Celui qui s’arrêtait n’avait plus la force de repartir. Je souffrais horriblement, j’avais l’impression que les os de mes pieds sortaient de ma peau. Et je me disais : il faut que tu marches, il faut que tu marches… Nous étions comme des fantômes, nous dormions quasiment debout tout en continuant à avancer. Il faisait nuit déjà, et après il a fait jour et nous marchions toujours, et on ne voyait même plus qu’il faisait jour.

« Nous nous sommes retrouvés dans un camp vidé de ses occupants »

Nous ne nous sommes pas arrêtés de la nuit… Je pensais : encore un pas, et puis un autre, et un autre encore… Ne pas s’arrêter. Même pour pisser. Il fallait pisser en marchant. Celui qui avait la dysenterie et qui s’arrêtait, il était foutu. Cinq minutes après, il était mort gelé, s’il n’était pas abattu. Marcher, marcher… A un moment donné, il s’est produit une chose bizarre. Soudain, je ne me suis plus senti du tout. Ni physiquement ni mentalement. Je me suis vu très nettement en dehors de moi, spectateur de moi-même. Je me voyais marcher dans la colonne, je voyais la colonne avancer…

Ça a duré comme ça trois nuits et deux jours – d’autres vous diront deux jours et trois nuits, vous savez, nous avions perdu toute notion du temps. Jusqu’au moment où nous sommes arrivés à Gleiwitz, un important carrefour ferroviaire. Nous avions l’impression d’avoir parcouru 150 kilomètres depuis notre départ. En fait, il y en avait 80.

Là, nous nous sommes retrouvés dans un camp avec des blocs – un camp qui venait d’être vidé de ses occupants. Nous nous sommes entassés dans les baraquements. C’était affreux. Les premiers arrivés avaient de la place – comme j’étais en tête de colonne, j’en faisais partie. Ceux qui venaient derrière voulaient entrer aussi, à toute force. Ça s’est tassé, ça s’est tassé… Les gens crevaient comme ça, les uns sur les autres. Au moins, quand on était à l’intérieur, on avait plus chaud. Les autres sont restés dehors. Par ce froid polaire, c’était quasiment la mort assurée.

Nous sommes restés là, parqués, attendant un train qui devait nous évacuer. Et toujours rien à manger. Au bout de quelques jours, il n’y avait pas un mètre carré de neige sans cadavre. Autour des blocs, on marchait sur les corps gelés. Je me rappelle que plutôt que de m’asseoir sur la neige, je m’asseyais sur un cadavre, ou je m’allongeais dessus pour éviter d’être au contact direct de la neige.

A force d’être tassés dans le bloc, on était obligés de sortir pour ramasser quelques glaçons ou un peu de neige à manger, ou bien on était poussé dehors. Et une fois qu’on était sorti, on ne pouvait plus rentrer. J’ai donc couché dehors, sur la glace. On s’agglomérait par petits groupes, pour se donner un peu de chaleur. Le matin, je ne comprenais pas comment j’étais encore vivant.

« Et tout autour, la neige était rouge »

Comme le train n’arrivait toujours pas, on se préparait à reprendre la marche et ils ont recommencé à faire une sélection, pour voir qui avait la force de repartir et qui ne pouvait pas. On passait devant un SS qui disait: à gauche, à droite… Toujours pareil. Au bout d’un moment, j’ai réalisé que j’étais parqué dans un coin du camp, tout près des barbelés; nous étions quelques centaines, dans un état indescriptible. Des cadavres vivants. Et tous les autres, la grande masse, se trouvaient de l’autre côté. Là j’ai compris : le bon côté, c’était l’autre.

Quelques SS nous gardaient à distance, avec leurs mitraillettes. On avait déblayé les cadavres et tracé sur la neige une ligne que nous ne devions pas franchir. Je me suis dit : mon compte est bon, ils vont nous abattre. J’avais récupéré un petit peu, je me sentais capable de repartir. J’ai dit aux copains, nous étions une quinzaine : si on ne fait rien, ils vont nous massacrer ; foutu pour foutu, il faut tenter le coup. On fait comme si de rien n’était, on se rapproche de la ligne et, d’un seul coup, on fonce de l’autre côté pour se mêler aux autres. Ils vont nous tirer dessus, mais celui qui passera passera.

Nous nous sommes mis à courir. Ça a crépité de tous les côtés, je sentais les balles qui me frôlaient les oreilles… J’ai été arrêté par les kapos polonais qui nous flanquaient des coups de matraque sur le crâne. J’ai perdu connaissance. J’ai eu l’impression que mon cerveau éclatait, j’ai vu comme une lumière, et puis plus rien.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté sur la neige, peut-être un jour, une nuit, je ne sais pas… Quand j’ai repris connaissance, je pouvais à peine bouger, j’avais le visage en sang. J’ai rampé sur la neige. Il y avait encore quelques copains autour de moi. Et tout autour, la neige était rouge.

« En voulant prendre ma place, le malheureux m’a peut-être sauvé la vie »

A un moment, j’ai réussi à me lever et j’ai aperçu de l’autre côté le professeur Robert Weitz, un agrégé de médecine de Strasbourg. C’était un médecin de renommée internationale, un des rares détenus que les SS respectaient. J’ai vu qu’il regardait dans ma direction. Je lui ai fait signe, j’avais compris qu’il allait essayer de me tirer de là. Je l’ai vu parler à un SS, l’autre a eu un mouvement d’acquiescement, puis Weitz s’est approché du barrage qui était gardé par les SS, il a tendu le bras. Le geste s’adressait à moi. J’allais sortir de ce petit coin où j’étais confiné, destiné à être massacré. Mais quelqu’un, près de moi, s’est précipité à ma place. Un SS l’a mis en joue et l’a abattu en disant : « Toi, espèce de cochon, est-ce que tu ne peux pas enlever ton chapeau ? » En voulant prendre ma place, le malheureux m’a peut-être sauvé la vie. Je ne sais pas si j’aurais pensé à me découvrir…

Alors je suis resté tranquille, je me suis présenté devant le SS, je me suis mis au garde-à-vous, j’ai enlevé mon chapeau, et j’ai commencé à marcher lentement. Je me disais : il va m’envoyer un pruneau, il va m’envoyer un pruneau… Je suis passé à sa hauteur, il n’a pas bougé. Dès que j’ai eu passé le barrage, je me suis mis à courir pour me fondre dans la masse. En fait, je l’ai appris par la suite, les autres, ceux qui étaient restés de l’autre côté de la ligne, n’ont pas été massacrés. Ils sont restés là. Et la plupart des camarades qui avaient voulu forcer le barrage avec moi avaient été tués…

Finalement, le train est arrivé. Enfin, si on peut appeler ça un train. Les wagons étaient de simples plates-formes découvertes qui devaient servir à transporter du sable. On nous a fait monter là-dessus, on nous a entassés, 120 à 130 par plate-forme, debout, plaqués les uns contre les autres. J’ai compris qu’il valait mieux se placer au milieu, parce que ceux qui avaient la malchance d’être contre les parois risquaient d’être écrasés. C’est ce qui s’est passé. Au bout d’un certain temps, ceux qui étaient contre les parois glissaient au sol et mouraient bientôt étouffés sous le poids des autres.

Bon, le train est parti. Nous avons voyagé plusieurs jours, plusieurs nuits, toujours sans être alimentés. Et petit à petit on se hissait sur les cadavres. Il y avait ceux qui mouraient d’inanition, ceux qui avaient attrapé la crève, ceux qui étaient à bout de forces et se laissaient tomber d’épuisement. Le froid faisait le reste. Je me suis retrouvé au sommet d’un wagon rempli de cadavres recouverts de neige.

« Nous étions à Buchenwald »

Un jour, le train s’est mis à ralentir et j’ai pu lire « Praha ». Tiens, ai-je pensé, on passe à Prague, on est déjà en Tchécoslovaquie, on n’est plus en Pologne. Ce devait être tôt le matin ; sur les ponts, on voyait des civils à pied ou à bicyclette qui devaient se rendre à leur travail. Ces gens en nous voyant étaient totalement affolés. Moi, je ne comprenais pas. Je n’avais même plus conscience de l’état dans lequel nous étions. Il m’a fallu un moment pour réaliser que c’était nous qui produisions cet effet : des plates-formes entières remplies de cadavres et de moribonds, ils n’avaient jamais vu ça! Ils larguaient leurs vélos, ils s’approchaient du parapet et regardaient, épouvantés. Certains ont sorti des casse-croûte de leur sacoche et nous les ont jetés. Vous imaginez la bagarre… Cent mains qui se tendent… Un sandwich, mais on se serait tués pour ça ! Je crois me souvenir que j’ai réussi à saisir quelque chose, et puis des mains ont agrippé les miennes. Je n’ai rien eu…

Notre train s’est arrêté en gare de Prague. Il y avait des gens qui allaient et venaient. De nous voir ils étaient comme fous. Alors nous nous sommes redressés, ceux qui étaient encore vivants, et nous avons crié pour dire qui nous étions : « Franzous, Franzous, Franzous… » Pour la première fois depuis longtemps, j’ai croisé le regard d’un SS, et j’ai vu qu’il était rouge de honte. Les SS ont chassé les civils. Et pour laver l’affront, ils se sont mis à nous cogner dessus.

Nous sommes repartis. A un moment, le train s’est scindé. Nous avons roulé, roulé… Une nuit, il m’a semblé que nous étions arrivés au terme de notre voyage. Plus grand-chose de vivant dans le wagon. Je ne savais pas où j’étais, je voyais des lumières avec des barbelés au loin. Nous étions à Buchenwald.

Quand on a déplombé les wagons, il n’y avait quasiment plus personne de vivant. J’ai eu l’impression que quelques personnes bougeaient encore dans ma plate-forme. J’ai senti qu’on me tirait par les bras, j’ai glissé sur les cadavres… J’étais incapable de marcher. Tout tournait autour de moi. Des soldats – c’était des détenus, qui faisaient partie d’une sorte de service d’ordre interne – m’ont attrapé et m’ont aidé à marcher.

Nous nous sommes retrouvés dans le camp, pressés, entassés. Dans la nuit, on voyait une grande bâtisse éclairée vers laquelle on dirigeait les gens. Et au-dessus, une grosse cheminée… Je croyais que c’était un crématoire, avec la chambre à gaz au centre. J’essayais désespérément de m’en éloigner. Je laissais passer les autres, je me faufilais, à reculons, en rampant. Et la foule qui me poussait vers l’entrée du bâtiment. J’étais terrorisé. La nuit, l’éclairage, les aboiements des chiens, les hurlements… J’étais en enfer ! »

70 ans après Auschwitz, l’alerte à l’antisémitisme est loin d’être levée

Le Point –

VIDÉO. Dans l’ancien camp, chefs d’État, têtes couronnées et survivants vont rendre hommage aux victimes et lancer un nouveau « plus jamais ça ».

Survivants de l’Holocauste, chefs d’État et têtes couronnées se réunissent mardi à Auschwitz pour lancer un nouveau « plus jamais ça », 70 ans après la libération du camp d’extermination nazi sur fond de craintes de montée de l’antisémitisme en Europe. Cet appel a retenti dès lundi, sous des formes différentes, lors de multiples rencontres de survivants, souvent nonagénaires, tenues à proximité de l’immense camp couvert d’une épaisse couche de neige fraîche. En même temps, la chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé à Berlin des incidents anti-juifs dans son pays. « Il est honteux que des gens, en Allemagne, soient frappés, menacés ou attaqués parce qu’ils disent qu’ils sont juifs ou parce qu’ils prennent parti pour Israël », a déclaré Angela Merkel. Vingt jours après les attentats meurtriers de djihadistes français contre le journal Charlie Hebdo et un magasin casher, une préoccupation similaire doit être présente chez le président François Hollande qui se rend mardi matin au Mémorial de la Shoah avant de prendre l’avion pour le sud de la Pologne.

« Bannir les Juifs d’Europe »

Certains des survivants rassemblés à Auschwitz voient un lien entre les événements en France et les conflits du Proche-Orient. « Ce qui arrive en France est lié à ce qui se passe au Proche-Orient et j’aimerais bien qu’on résolve ce dernier problème, parce que je pense que cela influence l’antisémitisme en Europe », a dit une octogénaire alerte, Celina Biniaz, venue de Californie. La montée de l’antisémitisme a été évoquée lundi soir par Steven Spielberg, auteur notamment du film La Liste de Schindler et père de la Fondation de la Shoah, qui a filmé des témoignages de 53 000 survivants de l’Holocauste. Intervenant à Cracovie, aux côtés du président du Congrès juif mondial Ronald S. Lauder, le cinéaste a dénoncé « les efforts qui montent pour bannir les Juifs d’Europe ». Le ton était le même lundi à Prague, où le Congrès juif européen a tenu une cérémonie parallèle, le forum Let My People Live (Laissez mon peuple vivre). « La communauté juive d’Europe est très proche d’un nouvel exode », a affirmé le président de l’organisation Moshe Kantor.

Outre François Hollande, les présidents allemand Joachim Gauck et ukrainien Petro Porochenko, et le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, ainsi que les familles royales belge et néerlandaise, notamment, doivent assister à la cérémonie principale à Auschwitz mardi après-midi. La Russie doit être représentée par le chef de l’administration présidentielle Sergueï Ivanov. Le président Vladimir Poutine n’a pas souhaité se déplacer – alors qu’il l’avait fait en 2005 – n’ayant pas été officiellement invité. C’est l’armée soviétique qui a libéré en 1945 le camp d’Auschwitz-Birkenau, où quelque 1,1 million de personnes avaient été exterminées, un million de Juifs de différents pays d’Europe, des Polonais, des Tsiganes et des Russes, notamment.

Si l’extermination organisée comme une industrie par les nazis s’est déroulée essentiellement en Pologne occupée, l’Holocauste avait touché plusieurs autres pays européens où les Juifs ont été arrêtés pour être déportés vers les camps de la mort. À Budapest, le Premier ministre conservateur Viktor Orban a déploré lundi le rôle de « très nombreux Hongrois », pendant la Seconde Guerre mondiale, qui « avaient choisi le Mal plutôt que le Bien et avaient opté pour des actes honteux plutôt que pour une conduite honorable ».

Prières pour les défunts

La cérémonie principale est prévue à partir de 15 h 30 (heure de Paris), sous une tente dressée à l’entrée du camp d’Auschwitz II-Birkenau. D’anciens prisonniers et prisonnières, ainsi qu’un représentant des Piliers du souvenir – les donateurs généreux du Musée – prononceront de brèves allocutions. Puis retentiront le son du chofar, une corne utilisée dans les rituels israélites, et des prières juives pour les défunts. Les participants se rendront à pied au monument aux victimes de Birkenau, distant de moins d’un kilomètre, pour y déposer des fleurs et allumer des cierges. « C’est un dernier anniversaire rond, célébré en présence d’un groupe important de survivants », a relevé Piotr Cywinski, le directeur du musée d’Auschwitz. « C’est leur voix qui porte la mise en garde la plus forte contre notre capacité de pratiquer l’extrême humiliation, la haine et le génocide. Bientôt, ce sera à nous, les générations de l’après-guerre, de transmettre cet enseignement terrible et les leçons accablantes qui en découlent », a-t-il souligné dans une déclaration sur le site internet du musée.

Hollande: 70 ans après Auschwitz, « les juifs vivent encore dans la douleur »

Par LEXPRESS.fr, publié le 27/01/2015 à  10:45, mis à jour à  10:50

Avant de se rendre à Auschwitz, François Hollande a rendu hommage aux victimes des camps d’extermination au mémorial de la Shoah. Il a autant évoqué la Seconde guerre mondiale que les récents attentats de Paris.

Hollande: 70 ans après Auschwitz, "les juifs vivent encore dans la douleur"

Discours de Hollande au mémorial de la Shoah le 27 janvier 2015, à l’occasion du 70ème anniversaire de la libération des camps.

BFMTV

Depuis le mémorial de la Shoah à Paris, François Hollande a salué la mémoire de millions de Juifs morts dans les camps d’extermination conçus et tenus par les nazis. Le chef de l’Etat en a profité pour condamner les récents actes antisémites en France, de plus en plus nombreux selon un rapport du Crif.

« Charles Péguy disait: ‘Depuis 50 siècles, les Juifs vivent trempés dans la douleur.’ Comment peuvent-ils encore vivre dans la douleur? », a déclaré François Hollande avant de dresser un parallèle entre la Shoah, les attentats de la rue Copernic (1980) et de la rue des Rosiers (1982), l’assassinat d’Ilan Halimi (2006) et les attentats commis par Mohammed Merah (2012) et Amedy Coulibaly (2015).

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Commentaires

Best  •                                                            Les médias Français oublient de dire que c’est l’armée Russe qui a libéré tous les camps de concentration, forcément quand ce ne sont pas les gentils Ricains ou Anglais, la y plus personne pour faire la Propagande, chuuuut faut pas le dire, faut tenter de réécrire l’histoire, petit à petit !

ka  •                                                                #$%$ alors !!! encore cette histoire !!!!! ça n’en finira jamais !!!! dans mille ans ils vont faire #$%$ le monde avec ça !!!!
Body  •                                                               Auchwitz x10=Gaza
l’oppressé d’hier est l’oppresseur d’aujourd’hui!
Hortense  •                                                      Mardi 17 janvier ? Vraiment ?! Que le journaliste se relise avant de balancer son article sur Yahoo ! Attention aux fautes de frappe !
AndrySmart  •                                                Ce genre d’information est toujours utile à se rappeler.
Lima9966  •                                                    Vive la Palestine!
rhalovely  •                                                     j’espère que Marine Le penovistein sera invitée, c’est un minimum
philippe  •                                                       Bizarre Best…. Comment sais tu toi que c’est les russes qui ont libéré les camps ??? Ben c’est que cela devaient être écrit quelque part !!!! Et en fait suffit de lire l’article ci dessus c’est aussi écrit… T’es encore un bel amateur du complot !!! pff
Waren  •                                                       Ce qu’ont fait les boches à l’époque c’est vraiment MOCHE .Mais les Palestiniens aujourd’hui ne sont pour rien du malheur qu’ont subi les juifs européens .
Radagast  •                                                    …! ……, ………. …. …… ……..!

–                                              Beaucoup de ss se sont réfugiés chez les dictateurs de cette époque, soutenus par un pays ayant participé au débarquement et qui plus est était informé de ce qui se passait sous le régime nazi
  • sens  •                                              Il suffit d’écouter les commentaires des enfants des banlieues difficile qui ont été dans les camps de concentrations pour une visite pédagogique, pour s’apercevoir de l’efficacité nulle de ce bourrage de crâne sur la mémoire.Parfois l’effet contraire se produit au regard de la religion où de l’esprit politique des parents. Utile, évidemment , mais grotesque au regard de la haine mondiale et de ce qui se passe avec les colonisations et la ghettoisation,type Varsovie, en Israël Body  •                                          70 ans après les sionistes occupent toujours la Palestine
    Ashtu                                           « 70 ans après les sionistes occupent toujours la Palestine » et entretiennent l’antisémitisme
  • ty l                                               L’extermination a commencé avec les handicapés, ne l’oublions pas, au gaz d’échappement des camions. Un million Tsiganes/Rom ont perdu la vie et le racisme anti Tsiganes perdure y compris au sommet de l’Etat sans plus d’émotion que cela car seuls les verts réagissent. Le malaise est grandissant en effet…
    KikooLolKewin l                       Les élections approchent. Les vautours aussi…Tiens ! Cela sent l’approche des élections, non ? A chaque fois les vieilles rengaines marteau-thérapeutiques pour orienter les votes de celles et ceux qu’on traite invariablement de racistes, de nazis, d’antisémites, de xénophobes… A force de se voir associer ces sobriquets, même par nos ministres qui voient en la France l’apartheid, il n’est que justice qu’on le devienne, ne serait-ce qu’un peu. Peut importe, en ce qui me concerne, je maintiendrai mon vote FN non pas parce que je suis raciste ou antisémite ou xénophobe… Mais simplement parce que je suis français et nationaliste et que je n’ai pas à m’en excuser dans mon propre pays !
    Exarkun                                                        Une question  : Sans renier quoi que ce soit, je me pose une question : n’y a t il eu que les juifs à avoir été exterminés dans les camps de concentration ?
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