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un frein à la pollution

Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite est mort, son demi-frère lui succède

ARABIE SAOUDITE – Le roi Abdallah est mort vendredi. Son demi-frère le prince Salmane, âgé de 79 ans, lui a succédé sur le trône du premier pays exportateur de pétrole.

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite est mort

L’âge avancé du roi Abdallah d’Arabie saoudite, mort vendredi, et ses multiples hospitalisations alimentaient régulièrement les rumeurs sur l’avenir du royaume. Photo : AFP

Le roi d’Arabie Saoudite est mort. Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud, âgé de 90 ans, était hospitalisé depuis plus de trois semaines à Riyad. A 79 ans, son demi-frère Salmane ben Abdelaziz al-Saoud, « prince héritier » et ministre de la Défense depuis 2012, lui succède sur le trône de la puissante monarchie pétrolière.

Abdallah a officiellement gouverné le royaume saoudien pendant une décennie, mais il en tenait en réalité les rênes depuis l’attaque cérébrale dont avait été victime son demi-frère, le roi Fahd, dix ans plus tôt. Ces derniers temps, ses apparitions publiques étaient devenues de plus en plus rares, et il se faisait régulièrement représenter. L’âge avancé du souverain et ses multiples hospitalisations alimentaient régulièrement les rumeurs sur l’avenir du royaume saoudien, allié de Washington et des Occidentaux dans la lutte contre les djihadistes de Daesh et d’Al-Qaïda.

« La vision d’une paix durable »

Le président américain Barack Obama lui a très vite rendu hommage, saluant un ami précieux et un dirigeant « sincère » ayant pris des décisions courageuses au Moyen-Orient. François Hollande a « salué la mémoire d’un homme d’Etat dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays et dont la vision d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d’actualité ».

Le roi sera enterré vendredi après les prières de l’après-midi et les citoyens seront invités à prêter allégeance au nouveau roi et au prince héritier au palais royal.

EN SAVOIR + >> Arabie Saoudite : un « mur » anti-djihadistes pour se protéger de Daech

Mort d’Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud, roi d’Arabie saoudite

Le Monde.fr Gilles Paris

Le roi d'Arabie Saoudite, Abdallah Ben Abdel Aziz, en septembre 2003.

Il devint régent, puis roi, à un âge où beaucoup de ses contemporains se sont déjà retirés des affaires politiques. Longtemps considéré comme un fieffé conservateur, réticent à ouvrir son pays aux évolutions du monde, Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud fut pourtant tout le contraire jusqu’à ce que la vieillesse conjuguée au choc des printemps arabes le ramène à une forme d’orthodoxie. Réformateur comme on peut l’être en terre saoudienne, il tenta d’adapter son royaume aux impératifs des temps. Inlassablement, il s’efforça de limiter les bastions institutionnels concédés aux religieux les plus radicaux par son prédécesseur pour le prix de leur soutien.

Il réagit aux attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des kamikazes dont une majorité était ses sujets en formulant une offre de paix globale avec Israël. Il illustra par une visite historique au Vatican une volonté de dialogue interreligieux destinée à éloigner l’islam des sables mouvants d’un rigorisme et d’un retour à la religion des « pieux ancêtres » qu’il jugeait difficilement compatible avec son titre officiel de « Serviteur des lieux saints ». L’obsession iranienne l’empêcha cependant de normaliser les relations du royaume avec sa minorité chiite et les autres cultes pratiqués dans le royaume notamment par les cohortes d’expatriés restèrent condamnés à la clandestinité.

Né en 1923, Abdallah voit le jour dans un royaume aux contours encore assez éloignés de ceux d’aujourd’hui. Installé à Riyad depuis deux décennies, son père, Abdel Aziz bin Abdel Rahman, troisième fondateur de l’Etat saoudien, vient tout juste d’étendre son territoire aux eaux du Golfe arabo-persique où perdure la myriade d’émirats placés sous l’égide britannique. Il faut attendre encore presque une décennie pour qu’Abdel Aziz, proclamé en 1926 roi du Hejjaz et de ses deux villes saintes, La Mecque et de Médine, puis roi du Nejd en 1927, établisse officiellement le royaume d’Arabie saoudite en 1932.

Elevé à la Cour, dans des conditions matérielles encore très sommaires (la découverte du pétrole intervient en 1937), Abdallah est le dixième fils du souverain. Il est apparenté de par sa mère, Fahda bint Asi, à la grande tribu des Chammar, présente dans le Nejd, au centre de la péninsule arabique, jusqu’en Syrie, mais il est le seul héritier mâle de cette union, contrairement à certains de ses demi-frères liés par leurs mères, les Jilououis et surtout les Soudeyris.

« Princes libres »

Les débuts politiques d’Abdallah sont assez peu connus. Séduit par le nationalisme panarabe, il est selon certaines sources à deux doigts de rejoindre ses aînés les « princes libres » qui quittent Riyad pour le Caire et le nassérisme en 1961. Il faut attendre la lutte d’influence entre le premier héritier, Saoud, devenu roi en 1953, et Fayçal, le troisième fils d’Abdel Aziz, pour le voir apparaître au premier plan aux côtés du prince contestataire. Lorsque Saoud quitte le royaume officiellement pour raisons de santé, en 1961, Fayçal propulse Abdallah à la tête de la Garde nationale, l’un des instruments chargés de garantir la pérennité de la dynastie, avec la Garde royale et l’armée, après avoir évincé le propre fils de Saoud, Saad. Abdallah, qui dispose de la confiance des tribus qui la composent en fera le bras armé le plus fiable de la dynastie même si elle sera prise en défaut lors de l’attaque contre le sanctuaire de La Mecque par Jouhayman Al-Otaibi, en 1979.

Chaque fois que ses demi-frères tenteront de l’écarter de la succession, ils s’efforceront, en vain, de priver Abdallah de la direction de la Garde nationale qui assure notamment la protection des champs pétroliers. Cette position stratégique ainsi que la nécessaire collégialité qu’implique le mode de succession complexe qui prévaut pour les héritiers d’Abdel Aziz (l’épuisement des candidats de la première génération de prince avant le passage à la suivante) explique la promotion d’Abdallah au poste de second vice-premier ministre au lendemain de l’assassinat de son mentor politique, Fayçal, et de l’accession de Khaled au trône, en 1975.

Héritier en second après Fahd, Abdallah parvient à maintenir ses positions pendant le règne de Khaled en dépit de l’étau du clan des Soudeyris dont les membres les plus éminents (outre Fahd) trustent les postes de responsabilités, Sultan à la défense, Nayef à l’intérieur et Salman au gouvernorat de Riyad. Lorsque Fahd accède au trône après la mort de Khaled, il devient premier vice-premier ministre, et de ce fait prince héritier. En dépit de certaines nuances, les deux hommes cohabitent assez bien. Leur partage du pouvoir (Fahd se charge des contacts avec l’Occident alors qu’Abdallah maintient les liens avec les pays arabes) a tôt fait de classer le prince héritier parmi les conservateurs hostiles à l’Occident. Une impression que la suite de son parcours va dissiper.

Pleins pouvoirs à 82 ans

Discret pendant le séisme que constitue pour la péninsule arabe l’invasion du Koweït par l’armée irakienne, le 2 août 1990, Abdallah est en revanche propulsé au premier rang, à soixante-douze ans, par l’attaque cérébrale dont est victime Fahd le 29 novembre 1995. Il accède de facto aux responsabilités dans les pires conditions. La monarchie est en effet attaquée de toutes parts. Par ceux tout d’abord qui l’accablent pour s’être montrée incapable de défendre le royaume en dépit des gigantesques contrats d’armement passés avec les Occidentaux, et d’avoir été réduite d’accepter sur le sol saoudien des soldats non musulmans. Ensuite par ceux qui estiment au contraire que la dynastie des Saoud, après cet aveu d’impuissance, n’est plus en mesure de s’opposer à une évolution vers plus de démocratie, voire une monarchie constitutionnelle. C’est dans ce climat, et sous la surveillance de ses demi-frères, à commencer par le deuxième vice-premier ministre, Sultan, qu’Abdallah prend progressivement la mesure de la charge.

Dès 1996, l’attentat contre la base américaine de Dahran sonne comme un avertissement. Cette menace se précise en 2001 avec les attentats du 11 septembre perpétrés par Al-Qaida, à New York et à Washington. Quinze des kamikazes enrôlés par Oussama ben Laden sont Saoudiens. Un coup double pour le chef de la nébuleuse terroriste déchu de sa citoyenneté saoudienne et qui frappe du même mouvement « l’ennemi proche » saoudien et « l’ennemi lointain » américain. Aux Etats-Unis, la réaction est virulente contre un royaume accusé d’avoir laissé se développer, voire nourri, une haine absolue des Etats-Unis, allié pourtant historique de la dynastie des Saoud. Le malaise est aggravé par les premières déclarations de dignitaires accréditant les théories du complot les plus folles.

Six mois plus tard, en février 2002, le prince Abdallah, recevant le journaliste américain Thomas Friedman, dévoile une initiative diplomatique destinée à dissiper le malaise. Abdallah, reprenant dans ses grandes lignes le plan Fahd présenté vingt ans plus tôt, propose une normalisation globale du monde arabe avec Israël pour le prix d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 (la Cisjordanie et Gaza). Cette initiative est endossée par la Ligue arabe quelques semaines plus tard à Beyrouth. En pleine offensive contre l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, se garde bien de donner suite, mais pour Abdallah, l’essentiel est d’avoir pu donner une autre image de son pays.

La mort de Fahd, le 1er août 2005, lui donne enfin les pleins pouvoirs, à 82 ans. L’énergie déployée par le nouveau roi dans ses premières années de règne fait regretter à de nombreux intellectuels et hommes d’affaires cette longue transition de dix ans, synonyme d’immobilisme. Dialogue national étendu à la minorité chiite, débats sur la place des femmes dans la société, création d’un conseil d’allégeance pour encadrer les règles de la succession et préparer le passage à la nouvelle génération : Abdallah multiplie les chantiers. Réputé intègre, il tente de mettre un terme à la corruption notamment engendrée par les contrats d’armement avec l’Occident et dont le dossier Yamamah (entre l’Arabie saoudite et le Royaume-Uni) constitue le symbole. Il s’attaque dans le même mouvement aux excès de la police des mœurs, la redoutée Moutawwa, et n’hésite pas à écarter les oulémas jugés trop conservateurs.

Crainte de l’Iran chiite

Rapportées aux pesanteurs du royaume, les réformes d’Abdallah tranchent par leur hardiesse, mais elles montrent aussi leurs limites d’autant qu’à partir de décembre 2012, le monde arabo-musulman est emporté par une vague de réformes sans précédent dans son histoire moderne. En dépit de ses efforts, Abdallah reste un souverain disposant d’une marge de manœuvre relative au sein de la famille royale. Il ne peut ainsi empêcher l’émergence du prince Nayef, auréolé de son succès contre les djihadistes saoudiens. Le ministre de l’intérieur décrié pour son conservatisme devient en 2009 deuxième vice-premier ministre, héritier en second après un Sultan affaibli par la maladie, puis prince héritier après le décès de son demi-frère, en octobre 2011. C’est sous l’égide de cet homme à poigne qui accorde l’asile au président tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali que l’Arabie saoudite appuie la répression d’un soulèvement à Bahreïn qui menace la dynastie des Khalifa, des obligés de l’Etat saoudien. Lorsque le roi ouvre les vannes de la dépense publique pour éviter la contagion des « printemps arabes », le ministère de l’intérieur et la police religieuse ne sont pas oubliées.

Si la vague des « printemps » voit aussi l’Arabie saoudite d’Abdallah appuyer des révolutionnaires, en Syrie, c’est surtout parce que la crainte ancestrale de l’Iran chiite, qu’exprime sans fard le roi dans les télégrammes diplomatiques américains révélés par WikiLeaks quelques mois auparavant, l’emporte sur le souci de stabilité régionale à tout prix et que cette contestation est un moyen pour affaiblir l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah.
La vieillesse affaiblira la férule du souverain dans un pays où l’absence de contestation publique ne signifie pas une adhésion inconditionnelle au cap choisi. La mort brutale de Nayef, en juin 2012, rebat bien les cartes au sein de la famille royale, mais au profit du dernier Soudeyri de premier plan, Salman, dont la promotion préserve l’horizon à court terme de la maison des Saoud.

Au lendemain de la disparition d’Abdallah, cette dernière repose désormais sur les piliers constitués par les fils du roi Mitab et Mishaal, ceux de Nayef Mohammed et Saud, et surtout sur le prince héritier en second Muqrin bin Abdel Aziz, ancien gouverneur et ancien responsable des services de renseignement, né en 1945. Le dernier fils du fondateur du royaume.

Mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite

RYAD (Reuters) – Le roi Abdallah d’Arabie saoudite est décédé et le prince héritier Salman lui succède à la tête du royaume saoudien, a annoncé la cour royale dans un communiqué diffusé par la télévision publique, vendredi matin.

Le texte précise que Salman, en tant que nouveau souverain, a convoqué le Conseil d’allégeance et a désigné le prince Moukrine comme son héritier et prince de la couronne.

« Son altesse Salman bin Abdelaziz Al Saoud et tous les membres de la famille et toute la nation pleurent le Gardien des deux saintes mosquées, le roi Abdallah bin Abdelaziz, qui est décédé à 01h00 exactement ce matin », annonce le communiqué.

Ses funérailles auront lieu vendredi en présence de plusieurs dirigeants étrangers musulmans, dont le président égyptien Abdel Fattah al Sissi, un de ses plus proches alliés depuis que l’armée a repris le pouvoir au Caire en 2013, et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Conformément aux traditions en vigueur en Arabie saoudite, où les manifestations excessives de deuil sont interdites, le corps d’Abdallah, envelopé dans un linceul blanc, sera porté par ses proches jusqu’à la mosquée, où les prières seront dirigées par le roi Salman, puis jusqu’au cimetière, où il sera inhumé dans une tombe anonyme.

Les dirigeants étrangers non musulmans pourront présenter leurs condoléances et rendre hommage au nouveau souverain et au prince héritier dans les prochains jours, a précisé la famille royale.

Le roi Abdallah, qui serait né en 1924, était hospitalisé à Ryad depuis le mois de décembre en raison d’une pneumonie. Il était monté sur le trône en 2005 après la mort de son demi-frère Fahd.

En réalité, à son accession, il gouvernait de fait le royaume en raison de la mauvaise santé de Fahd victime d’un infarctus.

COUPER COURT AUX SPÉCULATIONS

Le roi Salman, qui serait âgé de 79 ans, était prince héritier et ministre de la Défense depuis 2012. Il avait été gouverneur de la province de Ryad pendant un demi-siècle auparavant.

En désignant immédiatement Moukrine comme héritier au trône, Salman coupe court à toutes les spéculations sur son accession à la tête du premier pays exportateur de pétrole. La désignation de Moukrine doit maintenant être approuvée par le Conseil d’allégeance composé des membres de la famille royale.

Cette succession intervient dans un contexte de tension exceptionnelle au Proche-Orient où l’Arabie saoudite, le principal allié des Etats-Unis dans la région, apparaît comme le premier partisan de l’islam sunnite.

Le roi Abdallah a joué un rôle influent dans le soutien de son pays au gouvernement égyptien après la reprise en main par les militaires en 2013 ainsi que dans l’appui aux rebelles syriens en lutte contre le pouvoir de Bachar al Assad.

Le conflit en Syrie est devenu le théâtre de la lutte d’influence régionale que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran, principal appui de l’islam chiite.

Sur le plan intérieur, le roi Abdallah a introduit des changements de manière prudente, élargissant certains droits des femmes ou pratiquant la dérégulation économique sans toutefois s’engager vers une transition démocratique.

L’arrivée de Salman, qui appartient au cercle de la cour depuis des décennies, ne devrait pas être de nature à remettre en cause les relations entre Ryad et les Etats-Unis, que ce soit sur le plan stratégique ou sur le contrôle du marché de l’énergie.

CONCILIER LES INTÉRÊTS

Lors des cinquante années passées à la tête de la province de Ryad, Salman a montré sa capacité à concilier les intérêts des groupes religieux, ceux des organisations tribales et ceux du pouvoir. C’est cet équilibre qui semble de nature à guider à nouveau la politique saoudienne et garantir de bonnes relations avec les Occidentaux.

Sur le long terme, le pouvoir saoudien va devoir se poser la question d’une population marquée par une forte croissance démographique et touchée par une hausse du chômage dans une économie qui demeure totalement dépendante des revenus pétroliers et est soutenue par de somptuaires subventions.

L’Arabie saoudite, qui détient plus du cinquième des réserves pétrolières mondiales, exerce également une influence sur les 1,6 milliard de fidèles musulmans puisque les deux premiers lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine, se trouvent sur son territoire.

La plupart des membres de la famille royale sont, semble-t-il, favorables à une poursuite de la politique menée jusqu’à présent sur le plan diplomatique et sur le plan énergétique.

Par tradition, le nouveau souverain nomme à son arrivée de nouveaux ministres en charge des portefeuilles les plus sensibles comme le Pétrole ou les Finances.

Le président de la République François Hollande a exprimé sa tristesse à l’annonce du décès du roi Abdallah et a exprimé son attachement à l’amitié entre la France et l’Arabie saoudite, indique un communiqué diffusé par l’Elysée.

Barack Obama a fait part de ses condoléances personnelles et des sympathies du peuple américain. Il a salué la conviction « constante et sincère » du souverain dans l’importance des relations entre son pays et les Etats-Unis.

Le vice-président américain Joe Biden conduira dans les « prochains jours » une délégation présidentielle en Arabie saoudite afin de présenter les condoléances des Etats-Unis à la famille royale et à la nation saoudienne, indique un communiqué diffusé par la Maison blanche.

Arabie saoudite: le roi Abdallah est mort

Par LEXPRESS.fr avec AFP, publié le 23/01/2015 à  07:22, mis à jour à  07:36

Le demi-frère du roi Abdallah, le prince Salmane, lui succède sur le trône du premier pays exportateur de pétrole.

Arabie saoudite: le roi Abdallah est mort

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite, ici en 2007, est mort ce vendredi.

REUTERS/Dylan Martinez

 

Le roi Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud d’Arabie saoudite est mort ce vendredi. Abdallah a officiellement gouverné le royaume saoudien pendant une décennie, mais il en tenait en réalité les rênes depuis l’attaque cérébrale dont avait été victime son demi-frère, le roi Fahd, une décennie plus tôt.

Souffrant d’une pneumonie, Abdallah, qui était âgé d’environ 90 ans (sa date de naissance exacte est inconnue), avait été hopitalisé le 31 décembre à Ryad. Son état de santé avait nécessité la mise en place d’un tube pour l’aider à respirer.

Succession assurée par le prince Salmane

C’est son demi-frère, le prince Salmane, 79 ans, qui lui a succédé sur le trône. Il avait été nommé prince héritier en 2012. Et Moqren, demi-frère d’Abdallah, est devenu prince héritier.

Abdallah a certes gardé la première puissance pétrolière mondiale à l’abri des crises du monde arabe, mais a déçu les attentes des réformateurs, notamment sur la place de la femme dans la société. De fait, il s’est souvent trouvé tiraillé entre les ailes libérale et conservatrice de la famille royale, ce qui a certainement paralysé son action.

Plus récemment, l’Arabie saoudite avait pris la tête des pays qui avaient lutté avec fermeté pour le maintien à son niveau actuel de la production pétrolière des pays de l’Opep, au risque de voir s’accélérer la chute des prix du brut (-50% depuis juin).

Le roi Abdallah mort, l’Arabie saoudite doit changer

Le Point –

Le caractère multipolaire du pouvoir saoudien permettait toutes les dérives. Sans réformes profondes, la pétromonarchie sombrera.

Le roi Abdallah, ici en juin 2014, est mort. Il avait été hospitalisé fin décembre pour une pneumonie.
Le roi Abdallah, ici en juin 2014, est mort. Il avait été hospitalisé fin décembre pour une pneumonie. © HO/SPA / AFP
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La gérontocratie saoudienne vacille. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite, qui était âgé de 90 ans, est décédé jeudi soir à 23 heures en raison d’une pneumonie. C’est le prince héritier Salmane, son demi-frère, qui lui a succédé sur le trône, à un moment extrêmement sensible de l’histoire de la jeune pétromonarchie : l’Arabie saoudite est directement menacée par la montée en puissance de l’organisation État islamique (EI). Problème, le nouveau monarque est lui-même âgé de 79 ans…

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« Le système de succession en Arabie saoudite est adelphique, contrairement à l’Europe où il demeure patrilinéaire », souligne Nabil Mouline*, grand spécialiste de l’Arabie saoudite au CNRS et à Stanford. À la différence des monarchies « classiques », où le trône se transmet verticalement de père en fils, le règne saoudien passe de frère en frère d’une même génération, à la mort de chacun d’entre eux, selon un ordre préétabli. Lorsque le dernier membre d’une fratrie décède, le relais est alors passé à la génération suivante. « Chaque transition générationnelle donne lieu à des guerres fratricides acharnées où c’est le prince le plus fort qui l’emporte », souligne Nabil Mouline.

Lutte de factions

À sa mort en 1953, Abdelaziz al-Saoud, premier roi de l’Arabie saoudite moderne, laisse derrière lui une trentaine d’épouses avec lesquelles il a eu une cinquantaine de fils. Cinq d’entre eux – Saoud, Fayçal, Khaled, Fahd et Abdallah – lui succéderont sur le trône jusqu’à aujourd’hui. Pour que les autres frères ne se sentent pas lésés, la famille Saoud a mis en place un système de répartition horizontale du pouvoir. « Le roi n’est pas un monarque absolu », pointe Nabil Mouline. « Chaque prince s’approprie un fief et essaie de thésauriser un maximum de ressources afin de conquérir le plus de pouvoir possible. »

Pour peser au sein de la famille royale, les plus grands princes se réunissent autour de factions regroupant des personnalités influentes du royaume : oulémas (religieux), bureaucrates, hommes d’affaires et intellectuels. Actuellement, les deux plus grandes sont la faction du roi Abdallah – le roi, ses fils, des demi-frères et leurs clients – et celle dite des « Soudayri » : sept frères germains (ils ont la même mère, NDLR) réunis autour du prince Salmane. Par ministères interposés, les deux groupes se livrent une lutte sans merci. « Le plus grand terrain de cette rivalité demeure l’étranger, où chaque faction joue sa propre diplomatie pour mieux la réinvestir sur le plan interne », explique Nabil Mouline.

Menaces de l’État islamique

Or, la multiplication des centres de décision brouille considérablement la diplomatie du pays. La crise syrienne en est le parfait exemple. Officiellement engagée auprès de l’opposition modérée à Bachar el-Assad, l’Arabie saoudite finance aussi certains groupes djihadistes parmi les plus radicaux en raison de la volonté de certains princes à voir le Front al-Nosra (al-Qaida en Syrie) et l’EI obtenir la tête du président syrien. Une politique incendiaire qui se retourne aujourd’hui contre la pétromonarchie, première cible de l’organisation État islamique. Le 5 janvier, un attentat suicide attribué à l’EI a d’ailleurs coûté la vie à trois gardes-frontières saoudiens, dont un haut gradé, à proximité de l’Irak, où est implantée l’organisation.

Du point de vue régional, l’Arabie saoudite, royaume wahhabite (version ultra-rigoriste de l’islam sunnite), demeure en perte de vitesse dans sa « guerre froide » contre l’Iran chiite. En Irak, en Syrie, au Yémen ou encore à Bahreïn, Riyad voit les chiites – pourtant ultra-minoritaires (10 %) dans le monde musulman – gagner en influence dans la région, au détriment des sunnites. « La nature même du pouvoir saoudien empêche le pays de jouer pleinement son rôle régional que lui confèrent pourtant sa taille et ses ressources », pointe Nabil Mouline. Or, la menace résonne jusqu’au coeur de la pétromonarchie saoudienne, régulièrement secouée par des manifestations de sa minorité chiite, présente en grand nombre dans sa province pétrolière du Hasa (est du pays).

Le pétrole, talon d’Achille du royaume

Principale source de revenus de l’Arabie saoudite, le pétrole constitue pourtant aujourd’hui son talon d’Achille. Jusqu’ici, l’alliance pétrole contre protection entre Washington et Riyad, scellée en 1945 par le pacte de Quincy, garantissait la sécurité du royaume. Or, cette entente est remise en cause par les formidables réserves de gaz de schiste désormais exploitées aux États-Unis. L’entrée sur le marché du pétrole américain explique d’ailleurs en partie la chute vertigineuse des cours du brut, qui coûte très cher au royaume : Riyad prévoit un déficit budgétaire de 38,6 milliards de dollars pour l’année 2015.

Si les formidables réserves saoudiennes en liquidités (environ 800 milliards de dollars) accordent indéniablement un sursis à la monarchie, une crise prolongée menacerait, à terme, le pacte rente pétrolière contre paix sociale entretenu avec sa population. Car, contrairement au Qatar et aux Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite est un pays fortement peuplé (21,3 millions de Saoudiens), jeune (47 % de la population a moins de 25 ans) et lourdement frappé par le chômage (25 % de chômeurs). Une bombe sociale à retardement que la gérontocratie saoudienne ne peut se permettre d’ignorer.

Dans ce contexte explosif, la monarchie Saoud n’a pas le droit de rater sa succession. « Pour faire face aux défis régionaux comme internes, l’Arabie saoudite doit absolument se métamorphoser en adoptant un système politique monocéphale autour d’une personnalité nouvelle forte de la famille royale », insiste le spécialiste Nabil Mouline. Une obligation pour le royaume, compte tenu de l’âge avancé du nouveau prince héritier – Moqren, 69 ans -, et surtout de la lutte déjà acharnée que se livre en coulisse la pléiade de petits-fils de la troisième génération Saoud. Dans le cas contraire, la gérontocratie pourrait signer son arrêt de mort.

(*) Nabil Mouline, auteur de Les Clercs de l’islam. Autorité religieuse et pouvoir politique en Arabie saoudite (PUF).

Arabie Saoudite : mort du roi Abdallah

Le roi d’Arabie Saoudite est mort tôt vendredi matin à l’hôpital des suites d’une pneumonie. Il avait 91 ans.

Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite est mort vendredi 23 janvier à l’hôpital où il était soigné d’une pneumonie depuis le mois de décembre. « Son altesse Salman ben Abdelaziz Al Saoud et tous les membres de la famille et toute la nation pleurent le Gardien des deux saintes mosquées, le roi Abdallah ben Abdelaziz, qui est décédé à 01h00 exactement ce matin », annonce le communiqué du royaume.

Son frère lui succède

Le roi Abdallah, âgé de 91 ans, était monté sur le trône en 2006 à la mort de son demi-frère, Fahd. C’est son frère Salman, 79 ans, jusqu’ici ministre de la Défense, qui lui succède à la tête du royaume tout en ayant déjà nommé le prince Moukrine comme héritier.

Quel impact sur le pays ?

A l’annonce de la mort du roi Abdallah, les cours du pétrole ont rebondi. Nul ne peut prévoir pour le moment l’impact de ce décès sur la période troublée que vit l’Arabie Saoudite en ce moment. Premier exportateur d’or noir mais deuxième producteur derrière les Etats-Unis, le pays subit la baisse sans précédent des prix du baril depuis l’été 2014.

Les dirigeants occidentaux saluent la mémoire d’un allié

Côté diplomatie, l’Arabaie Saoudite va-t-elle continuer à soutenir officiellement les puissances occidentales dans leur lutte contre Al-Qaïda et Daesh comme actuellement en Syrie et en Irak ? C’est ce qu’espèrent les dirigeants comme Barack Obama qui a déjà missionné une délégation dans le pays pour transmettre ses condoléances. François Hollande, lui, a exprimé sa tristesse et son attachement à l’amitié franco-saoudienne.

Une société toujours très rigoriste

Sur les questions de société, le pays n’a guère avancé sous Abdallah, notamment sur la question des femmes et de la liberté religieuse. Récemment, c’est la condamnation à 1.000 coups de fouet du blogueur Raïf Badaoui pour « insulte à l’islam » qui a soulevé l’indignation dans le monde occidental.

Qui est Salmane Ben Abdel Aziz, le nouveau roi d’Arabie saoudite ?

L' Obs

Prince héritier depuis juin 2012, Salmane Ben Abdel Aziz récupère, après la mort du roi Abdallah le trône du premier pays exportateur de pétrole au monde. Portrait.

Salmane Ben Abdel Aziz devient roi d'Arabie saoudite. (HO/SPA/AFP) Salmane Ben Abdel Aziz devient roi d’Arabie saoudite. (HO/SPA/AFP)

Le prince Salmane Ben Abdel Aziz, 79 ans, qui devient roi d’Arabie saoudite, après la mort d’Abdallah, bénéficie d’une réputation de probité et est considéré comme un arbitre respecté au sein de la famille royale.

Prince héritier depuis juin 2012, Salmane s’est placé sur le devant de la scène ces dernières années, présidant souvent le Conseil des ministres et représentant à l’étranger le roi Abdallah qui, du fait de sa santé fragile, avait considérablement réduit ses activités publiques.

Il était aussi premier vice-Premier ministre, poste obtenu en même temps que celui d’héritier du trône en 2012 à la mort de son frère Nayef. Il cumulait également les fonctions de ministre de la Défense depuis octobre 2011. Numéro deux du royaume, le prince Salmane a multiplié les visites en Occident et en Asie, ajoutant une stature internationale à sa carrière, focalisée jusqu’en 2012 sur les affaires intérieures.

En dépit d’une santé fragile, il a tenu à montrer « sa détermination à devenir roi ou, plus probablement, l’ambition de ses proches pour qu’il apparaisse ainsi », estime Simon Henderson, spécialiste du Golfe au Washington Institute. Sa stature a toutefois été quelque peu fragilisée par la décision prise en mars 2014 par le roi Abdallah de nommer futur prince héritier son demi-frère Moqren, le plus jeune des 35 fils du fondateur du royaume.

Bâtisseur de Ryad

Né à Ryad le 31 décembre 1935, le prince Salmane a été gouverneur de la capitale pendant près de 50 ans, la plupart des provinces saoudiennes ayant à leur tête des membres de la famille royale avec rang de ministre.

Ce poste lui a donné de l’expérience et il a supervisé l’émergence de Ryad comme capitale », souligne Eleanor Gillespie dans la Gulf States Newsletter basée à Londres.

Il est considéré comme l’artisan du développement de cette cité bâtie en plein désert par la dynastie des Al-Saoud pour en faire une ville moderne. Mais son poste lui a surtout donné l’opportunité de « jouer le rôle d’arbitre très respecté des affaires de la famille Al-Saoud », ajoute Eleanor Gillespie, assurant que le prince Salmane « a une réputation de probité ».

« Considéré comme relativement libéral »

Jane Kinninmont, experte à Chatham House à Londres, précise que Salmane est « considéré comme relativement libéral » et pourrait à ce titre « adopter une approche plus réformatrice, mais dans le cadre des limitations et des lignes rouges du système ».

Selon elle, il pourrait notamment avoir une attitude « plus constructive à l’égard de l’instabilité dans la région que le prince Nayef a toujours considéré comme le résultat des ingérences iraniennes plutôt que de l’expression de revendications locales ».

Le prince Salmane est le 25e fils du roi Abdel Aziz, fondateur du royaume, et fait partie du clan des Soudaïri, les sept fils d’une même mère, Hassa bint Ahmad al-Soudaïri, favorite du roi. Parmi ses frères figuraient le roi Fahd et les princes Nayef et Sultan, tous trois décédés.

Salmane souffre de problèmes de santé et a notamment été opéré en 2010 d’une hernie discale.

Marié à trois reprises, le prince Salmane a 10 fils encore en vie, dont le plus connu est le prince astronaute Sultan Ben Salmane, seul Saoudien à avoir fait partie d’une mission dans l’espace et qui préside actuellement la commission pour le Tourisme et les Antiquités. Un autre d’entre eux, le prince Abdel Aziz, est ministre adjoint du Pétrole.

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Commentaires

– ,                                            Ahh.. Une trés grosse guerre arrive… (À méditer)

–                                                    Un pays extrêmement riche grâce au pétrole dollars, peu de matière grise et assez arriéré.

René B.                                                              Il y a des moments où les titres des journaux s’entrechoquent avec humour : 1er titre : « 1% de la population possèdent 50% des richesses mondiales » 2eme titre : « forte hausse du pétrole à l’annonce de la mort du roi Abdallah » Faut il mettre à la poubelle les traités d’économie ? faut il inclure la lecture quotidienne du bottin mondain dans le cursus des écoles de commerce ?

Andre Angle                                                    Pays dont l’importance dépend de ses richesses pétrolières. Avec le développement des gaz de schiste et d’autres sources d’énergie, elle s’amoindrira de plus en plus et l »Arabie saoudite risque de se perdre dans les sables.

A fond dans le mur !                                      Les démocrates pleurent un des leurs dans un pays libre où la bas au moins la liberté d’expression, de religion, de choix de vie est un exemple pour nous autres empêtrés dans nos querelles stériles sur le PIB ou la croissance. Longue vie au moyen âge !

Juan Manuel CUESTA                                    Perte inestimable pour le moyen-âge que sa monarchie incarne si bien.

Michel KASPRZYK                                          Excellent

PIERRE LOUIS LEDANOIS                             Pas mieux !

urobi&Kapisa                                              « … A même nécessité la mise en place d’un tube pour l’aider à respirer…  » Un tube pour un roi saoudien, cela s’appelle bien un Pipe-Line, non ?
KARL3                                                          Pétrole et Hajj…   N’oublions pas les lieux saints… Le hajj est une rente qui rapporte énormément à ce régime d’un autre temps.
plyrex23

@ ream 1945                                                  Dites vous bien une chose, c’est que si du jour au lendemain, il devait y avoir une quelconque crise au sein du royaume, le prix du baril ferait coefficient 4/5/6/10/20… ! Gardez à l’esprit que c’est le 1er producteur, et de loin

GILLES  •                                        l’Arabite va pleurer cette aurdure !!! j’en suis fort aise !!il va rejoindre en enfer les islamistes qu’il a financés

Falk  •                                                            Un djihadiste de moins.  Il sera enterré aujourd’hui selon la tradition musulmane

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