Le retour de la Maison du Bluff

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Charlie Hebdo

Devises : grosse fatigue pour la banque centrale suisse ?

Boursier
La réputation de prévisibilité des institutions financières helvétiques a du plomb dans l’aile. La décision prise ce matin par la banque centrale d’arrêter d’empêcher le franc de trop s’apprécier face à l’euro, après trois ans d’un dispositif strictement appliqué, a semé la zizanie sur les marchés financiers. Au niveau boursier, l’annonce a coupé net le rebond des places européennes, qui ont brusquement et profondément plongé dans le rouge. Si à la mi-journée la situation est plus ou moins sous contrôle, ce n’est pas le cas à Zurich ni sur le marché des changes.

Le SMI, le principal indice suisse, accuse en effet un passif de plus de 8,5% autour de 8.403 points peu après midi, soit un plongeon de près de 900 points. Les exportateurs helvétiques, l’une des fiertés de l’économie nationale, sont furieux. « Les mots me manquent », a rapidement déclaré le patron du puissant groupe Swatch, Nick Hayek. « La décision de la BNS est un tsunami, pour l’industrie exportatrice et pour le tourisme, mais aussi pour le pays tout entier », a-t-il estimé. L’action Swatch sombre d’ailleurs de plus de 14% à la mi-séance, quand celle du laboratoire Roche s’enfonce de 8%, ou que le cimentier Holcim, en cours de fusion avec Lafarge, abandonne 12%.

« Mini-krach boursier »

« Personne ne s’attendait à l’abandon du cours du plancher sans mise en garde préalable », explique Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, qui parle d’un « min-krach » sur le marché des changes, avec une parité euro franc passée en quelques minutes de 1,20 à 0,9273. « La crédibilité de la BNS est entamée », selon l’expert, qui s’attend à ce que la dépréciation se poursuive tant que la BNS ne s’est pas justifiée, ce qu’elle a prévu de faire en conférence à 13h15.

La banque centrale est en effet confrontée à une situation de plus en plus inextricable, une « impossible trinité » en jargon économique, « lorsqu’il est impossible de concilier simultanément à la fois un taux de change fixe, la libre circulation des capitaux et la souveraineté en matière de politique monétaire », précise l’économiste de Saxo Bank. La mission de la BNS est d’autant plus compliquée que la Banque centrale européenne n’a cessé d’assouplir sa politique monétaire, ce qui a contribué à affaiblir l’euro. Et comme la BCE devrait lancer un programme inédit de rachat de dettes souveraines le 22 janvier prochain, les spécialistes sont nombreux à penser aujourd’hui que la banque centrale suisse a anticipé une pression qui pourrait devenir trop forte sur son bilan.

© Reuters

Devises : le Franc suisse s’envole après la décision de la BNS

(Boursier.com) — Le Franc suisse s’envole de plus de 15% en ce moment face au dollar, à 1,13$, après avoir atteint 1,37$ dans les secondes suivant la décision surprise de la Banque nationale suisse. Un plus haut depuis l’été 2011. Face à la monnaie unique, le Franc flambe de plus de 16% à 1,01 euro, un plus haut historique. La BNS a abandonné le cours plancher du franc suisse de 1,20 pour un euro. Parallèlement, elle abaisse de 0,5 point le taux d’intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement qui dépassent un certain montant exonéré, le fixant à -0,75%. En outre, elle adapte une nouvelle fois vers le bas, dans la zone négative, la marge de fluctuation du Libor à trois mois, qui est désormais comprise entre -1,25% et -0,25%, au lieu de -0,75% et 0,25% précédemment.

Le taux de change minimum du franc suisse avait été introduit par la BNS en 2011, au plus fort de crise de la zone euro, pour enrayer l’appréciation de sa devise.

À court terme, la pression haussière sur le Franc suisse est susceptible de se poursuivre, notamment dans la perspective de la réunion de la BCE la semaine prochaine, mais Nomura s’attend à ce que la BNS continue à intervenir sur le marché, avec une possible nouvelle baisse du taux directeur, pour tenter d’éviter toute nouvelle appréciation de la monnaie helvète.

La Suisse laisse s’envoler son franc et provoque une tempête financière

La Suisse a décidé jeudi de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s’apprécier, provoquant un mini-krach boursier à Zurich et l’envolée du franc suisse.

Dans un communiqué laconique publié jeudi matin, la Banque nationale suisse (BNS), en charge de la politique monétaire du pays, a annoncé que le taux plancher de conversion du franc suisse, fixé il y a 3 ans à 1,20 CHF pour 1 euro, était abandonné et, qu’en outre, les taux négatifs appliqués aux gros dépôts en francs suisses pour décourager les spéculateurs étaient alourdis.

Cette décision a pris de court les marchés financiers, surprenant fortement les investisseurs dans la mesure où la BNS avait encore réaffirmé ces derniers jours qu’elle n’abandonnerait pas le taux plancher.

La directrice générale du FMI Christine Lagarde elle-même a fait part jeudi soir de sa « surprise », ajoutant qu’elle « réservait son jugement » sur la pertinence de cette mesure.

« C’était un peu une surprise », a déclaré la patronne du Fonds monétaire international dans un entretien à la chaîne américaine CNBC, appelant à plus de « coopération » et de « communication » entre les banques centrales.

« Je réserve mon jugement sur la pertinence de cette décision parce que nous n’en avons pas discuté » avec le directeur général de la Banque nationale suisse (BNS) Thomas Jordan, a indiqué Mme Lagarde, affirmant ne pas avoir été informée au préalable par les autorités suisses.

« J’espère que (cette décision) a été discutée avec d’autres collègues de banques centrales mais je pense pas que cela ait été le cas », a-t-elle également ajouté.

Aussitôt après l’annonce de la BNS, le franc suisse, désormais en roue libre, est parti en flèche et s’est apprécié de près de 30% par rapport à l’euro ou au dollar.

A Londres vers 17H00 GMT, le franc suisse s’échangeait à 1,0425 franc suisse pour un euro et à 0,8982 franc suisse pour un dollar. La monnaie helvétique a même atteint vers 09H50 GMT 0,7406 franc suisse face au billet vert, son niveau le plus élévé depuis août 2011.

– Investisseurs « choqués » –

La Bourse suisse a aussitôt accusé le coup et fait un énorme plongeon. Beaucoup d’entreprises suisses, cotées en Bourse, sont fortement exportatrices et la décision de la BNS les met en difficulté pour écouler leurs produits à l’étranger.

A la clôture, l’indice SMI de la Bourse suisse qui regroupe ses 20 valeurs vedettes chutait de 8,67% à 8.400,61 points, après avoir perdu jusqu’à plus de 12% en séance.

Les plus fortes baisses sont affichées par les valeurs du luxe, telles que Swatch (Breguet, Longines, Tissot) ou Richemont (Cartier, Van Cleef….), dont les produits s’arrachent à l’étranger.

Ces sociétés ont vu leur action reculer respectivement de 16,35% à 382,30 francs suisses et 15,50% à 74,95 francs suisses. En effet, du fait de la hausse du franc suisse, leurs produits sont devenus plus chers de 20 à 30% pour les étrangers, qui risquent de s’en détourner.

« La Banque Nationale Suisse a choqué les investisseurs », a relevé Connor Campbell, analyste chez Spreadex, dans une note, relevant que la réaction immédiate avait été « explosive ».

« Le marché ne l’avait clairement pas vu venir », a commenté pour sa part Andreas Ruhlmann, analyste chez IG Bank, évoquant un changement « drastique » de politique monétaire.

Le Suisse moyen en revanche s’est réjoui de cette mesure. Comme cette quadragénaire qui exhibe fièrement son reçu bancaire, montrant qu’elle a reçu plus de 300 euros en échange de 300 francs suisses quand elle s’est précipitée dans sa banque à Genève pour changer des francs pour des euros.

« J’ai gagné 60 francs suisses en une seconde », a-t-elle déclaré à l’AFP. Pour obtenir ces mêmes 300 euros, elle aurait dû débourser la veille 360 francs suisses.

D’autres sont allés faire la queue devant les bureaux de change, à Genève et dans les autres villes suisses, pour échanger leurs francs contre des euros.

– Vent de panique en Pologne –

La démarche s’explique par le fait que de nombreux Suisses vont faire leurs courses chaque semaine dans les hypermarchés français et qu’ils économisent ainsi plus de 20% sur leurs dépenses outre-frontières hebdomadaires.

Les dizaines de milliers de frontaliers français, italiens ou allemands qui traversent chaque jour la frontière pour travailler en Suisse, sont les grands gagnants indirects de l’opération. En un instant, leur revenu mensuel a progressé de 30%. « Pourvu que ce taux de change tienne jusqu’à la fin du mois, quand je serai payée », a déclaré à l’AFP une Française frontalière travaillant à Genève.

La mesure a eu aussi des répercussions directes à l’étranger, notamment dans les pays de l’est, où de nombreux particuliers ont contracté un prêt immobilier en francs suisses pour financer l’achat de leur maison ou de leur appartement au début des années 2000, à un moment où cela était très avantageux.

Ainsi, un vent de panique a soufflé en Pologne où quelque 700.000 ménages détiennent des crédits immobiliers libellés en francs suisses, avec un zloty décrochant de près de 20% face au CHF.

« Que faire, je ne peux que subir », admet, philosophe, Roman Kwiatkowski, un psychothérapeute de Cracovie. « J’ai pris ce crédit parce qu’il était bien plus intéressant que les crédits en zlotys. Je savais qu’il y avait un risque. Je ne saurais jamais calculer si finalement j’y ai perdu ou gagné. Mon remboursement mensuel passera de 1000 zlotys (230 euros) à 1200 zlotys (280 euros). Par rapport à mes revenus, ce n’est pas une catastrophe ».

L’engouement pour les emprunts en francs suisses, contractés la plupart du temps pour l’achat d’un logement, a été particulièrement fort en Pologne ainsi qu’en Hongrie et en Croatie au début des années 2000.

Taux plancher supprimé : pourquoi le franc suisse s’envole

Le Monde.fr Mathilde Damgé


Le franc suisse se renforce depuis 2010

« 30 % en quelques heures face à l’euro, le franc suisse monte en flèche. En cause : la suppression du « taux plancher ». Décryptage de ce mécanisme mis en place sur le marché des changes.

Ce « taux plancher » n’est pas, comme on pourrait l’imaginer, un seuil minimal pour empêcher une valeur, une monnaie en l’occurrence, de tomber sous un certain seuil et donc de baisser.

C’est même le contraire pour le franc suisse, ou du moins ça l’était jusqu’à ce jeudi 15 janvier : la banque centrale helvète a décidé de supprimer ce seuil qui interdisait à la monnaie de tomber sous 1,20 franc suisse pour un euro… c’est-à-dire de s’apprécier face à la monnaie unique.

Le franc suisse s’envole en « reculant »

Les taux de change entre les monnaies ne sont pas toujours simples à comprendre. Ainsi, ce jeudi, le franc suisse est « tombé » jusqu’à un record historique de 0,7813 franc suisse pour un euro, mais on a parlé d’une « envolée ».

Pourquoi ? Car plus la valeur du taux de change du franc suisse face à l’euro baisse, plus, en fait, la valeur du franc suisse augmente : il faut de moins en moins de franc suisse pour « acheter » un euro. Ce qu’on peut voir sur ce graphique montrant la baisse de l’euro face à la monnaie helvète :

L’euro recule face au franc suisse
plus bas01 jan. 201001 jan. 201101 jan. 201201 jan. 201301 jan. 201401 jan. 20150.811.21.4

Ou, en d’autres termes : plus il faut d’euros pour acquérir un franc suisse, plus la valeur de ce dernier augmente.

Pourquoi ce seuil ?

Il y a trois ans, les autorités helvètes décidaient que la monnaie nationale était déjà assez forte comme cela et craignaient une spéculation sur leur monnaie, considérée comme une valeur refuge pendant la crise.

Ils instaurèrent donc, outre des taux négatifs appliqués aux dépôts, ce « taux plancher » en dessous duquel le franc suisse ne pouvait pas être échangé. Concrètement, on devait payer (les banques commerciales, en l’occurrence) pour laisser des francs suisses dans les coffres de la Banque centrale.

Car une autre crainte apparut : celle de pâtir d’exportations moins compétitives (en raison de leur cherté par rapport aux produits concurrents exportés dans des monnaies moins fortes). Une crainte qui semble se vérifier après la fin de ce mécanisme, si l’on en croit, par exemple, le cours du fabriquant de montres Swatch, qui dévissait jeudi et perdait plus de 16 % :

Lire aussi : La Suisse renonce à bloquer le cours du franc face à l’euro

Quelles conséquences ?

La banque centrale a estimé que le franc suisse n’était plus surévalué sur le marché des changes et pouvait sans risque retirer ce « cours plancher ». Un pari raté… Jeudi, les médias suisses alertaient déjà d’une pénurie d’euros dans certains distributeurs automatiques, comme le quotidien suisse-allemand Blick :

La Une du journal suisse-allemand Blick

Gagnants et perdants font leurs comptes : les Suisses faisant leurs courses en France et les frontaliers venant travailler en Suisse se réjouissent, tandis que les exportateurs helvètes et les expatriés nantis d’autres devises (les Russes notamment, mais aussi les expatriés payés en euros ou en dollars) s’arrachent les cheveux.

Dans les pays de l’Est, où les emprunts en francs suisses sont courants (le taux de change était avantageux au début des années 2000), les inquiétudes grandissent quant à la cherté des remboursements à venir. En Pologne, près de 40 % des crédits immobiliers sont réalisés en francs suisses.

L’économie suisse à l’heure du krach

FINANCES – Qualifiée de « tsunami » par certains, la décision de la banque nationale suisse d’abandonner le taux plancher de conversion du franc suisse avec l’euro a crée la surprise sur les marchés financiers et plongé l’économie helvétique dans le désarroi. Les travailleurs frontaliers, eux, ont de quoi se réjouir.

L'annonce, jeudi 15 janvier 2015, de l'abandon du taux de conversion plancher CHF/euro a surpris les marchés financiers.

L’annonce, jeudi 15 janvier 2015, de l’abandon du taux de conversion plancher CHF/euro a surpris les marchés financiers. Photo : AFP

Panique sur les marchés suisses. La décision de la Banque nationale suisse (BNS) semble avoir pris tout le monde de cours. Jeudi matin, un communiqué de l’autorité bancaire helvétique a annoncé l’abandon du taux plancher en vigueur depuis 2011, qui, à grand renfort d’injections de liquidités, empêchait le franc suisse de s’apprécier au-delà de 1,20 CHF pour 1 euro. Une mesure exceptionnelle qui visait à maîtriser l’envolée de la monnaie suisse au plus fort de la crise financière dans le but de préserver une économie fortement exportatrice.

Ce taux de conversion plancher supprimé, la réaction sur les marchés financiers ne s’est pas fait attendre. Dans la foulée de l’annonce de la BNS, le franc suisse a bondi de 30% par rapport à l’euro et le dollar. La monnaie suisse s’est même échangée dans le cours de la journée à 0,85 CHF pour un euro. « C’est un tsunami » a notamment déclaré jeudi le directeur général de Swatch Group, numéro un mondial de l’horlogerie, Nick Hayek. Comme Swatch, de grands groupes suisses, dont le chiffre d’affaires se fait essentiellement à l’étranger, ont accusé jeudi de très fortes baisses de leurs actions. En milieu de journée, la bourse de Zurich perdait plus de 12% et certains grands noms de l’industrie helvétique plus de 15%.

Sourires aux bureaux de change

Parallèlement à cette annonce choc, motivée par la baisse continue de l’euro face au dollar, la BNS a abaissé le taux d’intérêt de référence à -0,75%, histoire de décourager les spéculateurs susceptibles de faire un peu plus flamber la devise helvétique.

Mais, dans le sillage de l’annonce de la BNS, tous ne sont pas perdants. Si le secteur touristique a de quoi faire grise mine – le coût d’un séjour chez nos voisins alpins s’appréciant d’autant -, les travailleurs frontaliers, payés en franc suisse mais vivant en France, peuvent se frotter les mains. Certains rêvaient jeudi de voir leur pouvoir d’achat s’envoler de 30% à l’issue de cette journée. Pas sûr cependant que l’écart entre la monnaie suisse et l’euro reste aussi élevé jusqu’au jour de la paie. A n’en pas douter, les grands gagnants du jour sont ceux qui se sont présentés aux guichets des bureaux de change pour convertir leurs francs suisses en euros.

Franc suisse : derrière la capitulation de la banque centrale

 Philippe Riès

La capitulation soudaine de la Banque nationale suisse n’est que le dernier en date des chocs à répétition qu’a provoqués la manipulation du prix de l’argent par les principales banques centrales. Le spectacle doit continuer. Analyse.

La manipulation frénétique et irresponsable du prix de l’argent, référence cardinale dans une économie avancée, par les principales banques centrales, n’a pas fini de provoquer des dégâts collatéraux entretenant une instabilité chronique sur les marchés de capitaux… en attendant pire. Dernière victime en date, la tentative désespérée de la Banque nationale suisse de plafonner la hausse de sa devise face à l’euro. La BNS a finalement capitulé mercredi 15 janvier, annonçant brutalement l’abandon du cours plafond de 1,20 franc suisse pour un euro, provoquant dans les minutes suivantes une réévaluation vis-à-vis de la monnaie unique qui a dépassé au plus fort les 40 % (à 80 centimes de FS …

Franc suisse : le pouvoir d’achat des frontaliers bondit de 30%

MONNAIE – L’annonce par la Banque Nationale Suisse (BNS) de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s’apprécier fait le bonheur des frontaliers travaillant en Suisse, dont le pouvoir d’achat dans la zone euro a bondi de près de 30% en quelques minutes jeudi. « J’ai entendu la nouvelle ce matin, je suis si contente! Je suis frontalière et vais changer mes francs pour des euros. C’est Noël qui continue! », s’est exclamée Vanessa qui traverse tous les jours la frontière française pour venir travailler à Genève.

Attendant depuis plusieurs minutes dans une queue d’une vingtaine de mètres sortant d’un bureau de change de la rue du Mont Blanc, en face de la gare de Genève, cette aide-soignante de 28 ans hésitait encore « à changer toutes ses économies de francs suisses pour des euros ». D’autres files d’attente se constituaient devant les bureaux de change de la ville mais certains n’avaient pas le courage de patienter, quittant alors la queue pour retourner travailler.

Quelque 280.000 frontaliers travaillent en Suisse. La moitié d’entre eux habitent en France, 20% en Allemagne et 23% en Italie. Ces milliers de frontaliers français, italiens ou allemands qui traversent chaque jour la frontière pour travailler en Suisse sont en effet les grands gagnants indirects de l’opération. En un instant, leur revenu mensuel a progressé de 30%. « Pourvu que ce taux de change tienne jusqu’à la fin du mois, quand je serai payée », a également déclaré une Française frontalière travaillant à Genève.

A côté de ceux venus immédiatement pour tenter de réaliser une bonne affaire s’ajoutaient ceux qui étaient là un peu par hasard. « Je suis assez étonnée qu’il y ait autant de monde d’ailleurs. Je croyais que c’était pour Charlie Hebdo au début », a avoué Gaëlle Voisin, frontalière de 40 ans venue s’insérer dans la queue. « Je n’étais pas trop au courant. Je devais faire l’échange coûte-que coûte, et puis voilà, effectivement…

Le franc suisse s’envole, la Bourse plonge, le consommateur se frotte les mains

L'Obs avec AFP

La Banque nationale a décidé jeudi de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s’apprécier. Cette décision inattendue a provoqué un krach boursier.

La Suisse laisse s'envoler son franc et provoque un "jeudi noir" à la Bourse helvétique Arne Dedert/AP/SIPA La Suisse laisse s’envoler son franc et provoque un « jeudi noir » à la Bourse helvétique Arne Dedert/AP/SIPA

La Suisse a décidé jeudi 15 janvier de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s’apprécier, provoquant un krach boursier à Zurich et l’envolée du franc suisse.

Dans un communiqué laconique publié jeudi matin, la Banque nationale suisse (BNS), en charge de la politique monétaire du pays, a annoncé que le taux plancher du franc suisse, fixé il y a trois ans à 1,20 franc suisse (CHF) pour 1 euro, était abandonné.

Autre annonce : les taux négatifs appliqués aux gros dépôts en francs suisses pour décourager les spéculateurs étaient alourdis.

Fortes baisses pour les valeurs du luxe

Aussitôt, le franc suisse s’est apprécié de près de 30% par rapport à l’euro ou au dollar. La Bourse suisse a aussitôt fait un énorme plongeon. Beaucoup d’entreprises suisses cotées sont fortement exportatrices, et la décision de la BNS rend le coût de leurs produits à l’étranger plus élevé.

Les plus fortes baisses sont affichées par les valeurs du luxe, telles que Swatch (Breguet, Longines, Tissot) ou Richemont (Cartier, Van Cleef….), dont les produits s’arrachent à l’étranger. Ces sociétés ont vu leurs actions reculer respectivement de -15,91% et -14,99%. Du fait de la hausse du franc suisse, leurs produits sont devenus plus chers de 20 à 30% pour les étrangers, qui risquent de s’en détourner.

Le consommateur gagnant

Les Suisses se sont en revanche réjouis de cette mesure. Comme cette quadragénaire qui exhibe fièrement son reçu bancaire, montrant qu’elle a reçu plus de 300 euros en échange de 300 francs suisses quand elle s’est précipitée dans sa banque à Genève. De nombreux Suisses vont faire leurs courses chaque semaine dans les hypermarchés français : ils vont économiser ainsi plus de 20% sur leurs dépenses outre-frontières hebdomadaires.

Les dizaines de milliers de frontaliers français, italiens ou allemands qui traversent chaque jour la frontière pour travailler en Suisse, sont les autres grands gagnants indirects de l’opération. En un instant, leur revenu mensuel a progressé de 30%.

Vent de panique

Cette décision a pris de court les marchés financiers, surprenant fortement les investisseurs dans la mesure où la BNS avait encore réaffirmé ces derniers jours qu’elle n’abandonnerait pas le taux plancher.

La mesure a eu aussi des répercussions directes à l’étranger, notamment dans les pays de l’Est, où de nombreux particuliers ont contracté un prêt immobilier en francs suisses pour financer l’achat de leur bien, à un moment où cela été très avantageux, au début des années 2000.

Ainsi, un vent de panique a soufflé en Pologne où quelque 700.000 ménages détiennent des crédits immobiliers libellés en francs suisses, avec un zloty décrochant de près de 20% face au CHF.

A contrario, en Autriche, les autorités monétaires se sont félicitées que Vienne ait interdit en 2008 les nouveaux emprunts en devises étrangères.

La Banque centrale suisse provoque un « tsunami »

Le Point –

L’institution a décidé d’abandonner la défense du taux de change de sa monnaie. Le franc suisse explose face à l’euro et menace l’économie du pays.

Le président de la Banque centrale suisse a défendu sa solution radicale, jeudi.
Le président de la Banque centrale suisse a défendu sa solution radicale, jeudi. © ERIC PIERMONT / AFP
 

C’est un coup de tonnerre sur les marchés financiers. Et surtout pour les Suisses. La Banque centrale du pays (BNS) a pris une décision radicale, jeudi, en abandonnant le cours plancher de l’euro face au franc suisse. Depuis le 6 septembre 2011, la BNS protégeait ce cours plancher pour éviter que le franc suisse s’apprécie trop face à l’euro, dans un contexte de crise de la dette en zone euro – et donc de forte aversion des investisseurs pour le risque – dans lequel le franc suisse était devenu une valeur refuge.

« L’introduction du cours plancher a eu lieu dans une période d’extrême surévaluation du franc et de très forte incertitude sur les marchés financiers. Cette mesure exceptionnelle et temporaire a préservé l’économie suisse de graves dommages. Le franc demeure certes à un niveau élevé, mais depuis l’introduction du cours plancher, sa surévaluation s’est dans l’ensemble atténuée. L’économie a pu profiter de cette phase pour s’adapter à la nouvelle situation », s’est justifiée l’institution dans un communiqué.

Une décision totalement inattendue

Pour la Banque centrale suisse, la baisse récente de l’euro face au dollar a entraîné une baisse parallèle du franc suisse face au billet vert, ce qui justifie son retournement de politique de change : « Dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à la conclusion qu’il n’est plus justifié de maintenir le cours plancher », écrit-elle.

Très contestée, la décision de la Banque centrale suisse a surpris tous les analystes et les investisseurs, qui ne s’attendaient pas à une telle brutalité et espéraient en tout cas des mesures transitoires. Résultat, le franc suisse a immédiatement explosé face à l’euro. De plus de 1,20 franc suisse, la monnaie unique s’est effondrée jeudi jusqu’à descendre à 0,92 franc, avant de se stabiliser un peu au-dessus de la parité, à 1,05 franc.

La Banque suisse n’a plus les moyens de défendre le taux de change

Comment expliquer le retournement de veste de la Banque centrale de Suisse ? Elle a eu, semble-t-il, de plus en plus de mal à défendre le taux de change du franc suisse au cours des derniers mois. « Le problème s’est accentué depuis la fin du printemps 2014 sous l’effet des assouplissements monétaires successifs de la Banque centrale européenne qui ont un peu plus encore compliqué la capacité de la BNS à défendre le taux de change », écrit ainsi Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque. Selon lui, la Banque centrale de Suisse ne peut rien face au quantitative easing que s’apprête à lancer la BCE, probablement le 22 janvier, pour lutter contre la déflation de l’économie européenne et qui devrait faire baisser encore un peu plus la valeur de l’euro. Elle aurait donc préféré arrêter les frais avant de se retrouver en échec.

En effet, pour empêcher une surévaluation du franc suisse, la Banque centrale ne dispose que de peu de moyens, sinon d’acheter massivement des valeurs européennes, comme de la dette publique française, pour augmenter la demande d’euros sur les marchés et faire monter sa valeur. « Il est fort probable que [la Banque centrale suisse] annonce une forte dégradation de son bilan, ce qui pourrait justifier l’abandon du cours plancher », considère Christopher Dembik. Une analyse corroborée par le président de la Banque centrale suisse lors d’une conférence de presse tenue à 13 h 15. « Nous avons étudié notre bilan et sommes arrivés à la conclusion que le moment de mettre fin au taux plancher était arrivé, et non pas dans six mois ou dans un an », a expliqué Thomas Jordan.

Le patron de Swatch dénonce un « tsunami »

Pour compenser l’abandon du taux plancher, la BNS a certes annoncé qu’elle abaissait de 0,5 point son taux d’intérêt à – 0,75 %, mais cela est loin d’être considéré comme suffisant pour empêcher les investisseurs de se ruer sur le franc suisse.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. À la fermeture, la Bourse de Zurich était en baisse de 8,67 %. Le directeur général de Swatch Group, Nick Hayek, a dénoncé rien de moins qu’un « tsunami », « aussi bien pour l’industrie d’exportation que pour le tourisme, mais également pour l’ensemble de la Suisse ». Les observateurs et investisseurs craignent que la flambée des cours du franc n’étouffe l’économie en renchérissant le prix des produits suisses à l’étranger et rende le pays inabordable pour les touristes. Mais, pour le président de la Banque centrale suisse, « les exportations suisses pourraient affronter un taux de 90 centimes pour un euro ».

Si la panique est palpable jeudi, la situation devrait quelque peu se normaliser. Les positions en francs suisses « vont devenir très cher aux spéculateurs », justifie Thomas Jordan.

L’euro repasse à son niveau de création

Par LEXPRESS.fr, publié le 14/01/2015 à  11:12, mis à jour à  12:10

La devise européenne passe sous sa première cotation officielle, qui date du 4 janvier 1999, et s’établit à 1,1747 dollar. Une bonne nouvelle?

L'euro repasse à son niveau de création

Le logo de la monnaie unique devant le siège de la Banque centrale européenne, à Francfort

afp.com/Daniel Roland

L’euro repasse sous sa première cotation officielle, qui date du 4 janvier 1999 et s’établit autour de 1,17 dollar ce mercredi. Cela n’était pas arrivé depuis dix ans.

Depuis huit mois, la monnaie européene connaît une baisse de plus de 15%, passant d’1,39 à 1,17 dollar. « Les deux éléments qui expliquent la récente dégringolade de l’euro sont le retour sur le devant de la scène européenne de la crise souveraine et surtout les anticipations des investisseurs à propos du lancement d’un programme d’assouplissement de la BCE afin d’éviter la déflation, explique au Figaro Christopher Dembik, économiste à Saxo Bank.

C’est bon pour l’Europe, si…

Concrètement cela est bon pour nos exportations car un euro faible permet notamment de faire gagner des parts de marché à aux entreprises continentales. Selon l’économiste Véronique Riches-Flores, contactée par L’Expansion, cela pourrait rapporter un point de croissance en plus pour la zone euro en 2015.

Mais pour cela, il faut aussi que la demande suive. « Les exportations dépendent à 80% de la croissance de la demande, plutôt de de celle du taux de change », explique Véronique Riches-Flores. Et la croissance mondiale, jusqu’à présent portée par les pays émergeants (et donc les producteurs de pétrole) souffrent aussi de la baisse du cours du baril, qui profite surtout aux consommateurs occidentaux.

« Idéalement, il faudrait que l’euro baisse plus, jusqu’à la parité avec le dollar. Cela ouvrirait des horizons un peu plus sympathiques », conclut Véronique Riches-Flores

L’euro retrouve son cours d’introduction de janvier 1999

VIDÉO – La monnaie européenne est tombée à un nouveau plus bas depuis neuf ans. La perspective d’une action de la BCE est confortée par les propos de Mario Draghi et une décision favorable de la Cour de justice européenne.

L’euro a pris un coup de jeune. Il est passé mercredi à 1,1727 dollar, sous son cours d’introduction du 4 janvier 1999 à 1,1747 dollar, sur les écrans des salles de marchés du monde entier. «C’est plus symbolique qu’autre chose», estime Gilles Moec, économiste à Bank of America. L’euro est à son plus bas niveau face au dollar depuis neuf ans, mais il est loin de son point bas historique, de 0,8272 dollar, atteint en octobre 2000. À l’époque, la devise européenne, balbutiante, avait été sauvée par une action concertée des banques centrales du G7.

Si l’euro baisse aujourd’hui, c’est en raison de l’action envisagée par la BCE, visant à sortir le Vieux Continent du piège de la déflation renforcé par la chute du pétrole. La Banque centrale européenne envisage de faire marcher sa «planche à billets» pour racheter des dettes d’État, comme le font la Fed, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon, dans les situations de crise. Cette technique controversée de politique monétaire, dite «QE» – quantitative easing en anglais -, revient à créer des euros supplémentaires, ce qui se traduit toujours par une dépréciation du change.

L’hypothèse d’un QE a été renforcée par Mario Draghi, qui plaide à nouveau pour une politique monétaire «expansive» dans un entretien à la presse allemande, ce mercredi. Une action est attendue dès la semaine prochaine, le 22 janvier.

Un autre élément important a pesé sur le cours de l’euro: la décision de la Cour de justice européenne (CEJ) qui a validé, dans ses réquisitions, le fameux «bazooka» de la BCE, brandi en 2012, par Mario Draghi pour venir au secours des États, attaqués sur les marchés. D’après l’avocat général de la CEJ, ce programme de rachat de dettes d’État, baptisé «OMT» (opérations monétaires sur titres), est compatible avec les traités européens. Aux yeux des investisseurs, cela lève la dernière hypothèque légale sur l’action attendue de la BCE, «même si le QE et l’OMT sont deux animaux très différents», rappelle Gilles Moec.

Réticences allemandes

La BCE a salué la décision de la Cour sur son compte Twitter. Mais l’OMT n’a encore jamais été utilisée. Cette arme de «prêteur en dernier ressort», qui permet à la BCE de racheter des dettes d’État en quantité «illimitée», est restée dans les tiroirs de la banque. Son existence même a suffi à éloigner les spéculateurs, mi-2012, lorsque la zone euro était sur le point d’exploser.

En Allemagne, où l’action de Mario Draghi est contestée, des personnalités politiques et économiques, des professeurs de droit, ainsi que le parti de gauche Die Linke ont attaqué le programme OMT de la BCE devant la Cour constitutionnelle allemande, laquelle s’est déclarée incompétente au profit de la Cour de justice européenne, en 2014.

Ce qui pose problème aux Allemands, c’est le financement monétaire des États par la BCE, interdit par le traité de Maastricht. Argument balayé par le parquet de la Cour de justice européenne: les opérations sur le marché secondaire sont légales, dit la CEJ, «faute de quoi l’Eurosystème serait privé d’un outil crucial pour la conduite ordinaire de la politique monétaire».

La Cour pose aussi quelques bornes à l’action de la BCE en temps de crise. Si elle utilise l’OMT, elle devra se justifier en détail et faire preuve de «prudence» afin d’éviter «les comportements spéculatifs». D’après l’avocat général, il faut qu’une différence de prix existe entre le marché primaire (émission de dettes) et le marché secondaire (achat de dettes déjà émises). Il s’agit de garantir «la formation d’un prix de marché des dettes publiques». La BCE devra aussi s’abstenir de participer à un programme de type troïka si elle déclenche une OMT, dans le but de bien limiter son rôle à la politique monétaire, afin que la BCE ne s’immisce pas aussi dans la politique économique des États.

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Vos réactions

Philippe Fonsegrive                                                 Oui c’est le principe du théorème de la bicyclette qui stipule : Plus tu pédales moins vite et moins tu vas plus vite !!!

Lol                                                                           Elle m’aurait presque embrouillė ! A bien du mal avec les inverses. Courage ça va venir Mathilde !

ElSergio                                                                « Les taux de change entre les monnaies ne sont pas toujours simples à comprendre » Ca c’est sur, apparemment le journaliste a eu du mal ! Cà m’a bien fait rire.

Parisette                                                                  Une hypothèse : face à l’incertitude sur l’avenir de l’Euro due aux élections grecques du 25 janvier la Suisse a dėcidė de dėcoupler sa monnaie de l’Euro et de laisser flotter sa monnaie dans une période calme prėcédant la tempête prenant de cours ceux qui s’ apprètaient å anticiper.

 

Amédée Gallo Amédée Gallo
Et tous les crédits qui sont indexés sur le franc suisse vont déguster
C’est très sympathique pour les ménages qui ont souscrits à un crédit et qui ne savent même pas qu’il est indexé au franc suisse.
Bonne année aux futurs endettés.

–                                                    Il aurait mieux valu qu’il ne fut jamais créé. Cela nous aurait éviter la ruine, la chute que nous connaissons actuellement.

–                                                  Il va continuer à baisser jusqu’à 1dollar pour 1Euro d’ailleurs dans les faits il ne vaut pas plus,les Allemands vont avoir peur!

ce moi

@negrepelisse

Sauf que d’un côté on a une bulle virtuelle et de l’autre du concret.
ceux qui avaient investi dans du 500 % au Nasdaq s’en souviennent encore !

solid                                                                 Très bonne nouvelle pour les travailleurs frontaliers de Genève et Vaud… Jura…

Leur salaire augmente de 13% soit 1. 5 mois de salaire en plus…
dommage je ne travaille plus en Suisse…
les commerces frontaliers en France se frottent les mains aussi…


 

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