Armer les Kurdes, solution à double tranchant
LE MONDE

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Des combattants kurdes à proximité de la capitale de la région autonome du Kurdistan, Erbil, dans le nord de l’Irak.

Editorial du Monde. Sur la crise irakienne comme sur les autres, l’Union européenne avance en ordre dispersé tout en recouvrant ses dissensions d’un voile pudique de consensus. Réunis en urgence, le 15 août, à la demande de la France et de l’Italie, les ministres des affaires étrangères des Vingt-Huit se sont félicités… que chacun n’en fasse qu’à sa tête. En clair, faute de parvenir à une position commune, chacun est libre d’envoyer, ou pas, des armes aux Kurdes d’Irak pour combattre les djihadistes de l’Etat islamique.

Comme à son habitude, la France n’a même pas attendu cette réunion pour annoncer qu’elle livrerait des « armes sophistiquées » aux dirigeants du Kurdistan autonome d’Irak ; ceux-ci se plaignent amèrement d’être sous-équipés en armements capables de faire face à des insurgés qui ont saisi les stocks américains de l’armée irakienne.
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réactions

Grobeta
L’Etat irakien n’existe plus depuis que les américains l’ont détruit en toute connaissance de cause en 2003. Il faut donc réfléchir au coup d’après plutôt que de se raccrocher à un passé révolu et ce coup passe par les kurdes tout simplement parce qu’ils sont, avec le régime syrien (eh oui !) le dernier rempart contre le califat auto proclamé. Ne pas les armer serait donc particulièrement stupide.

il gatto rosso
Les kurdes forment un peuple de 30 à 40 millions sans état!!! Sachant que bcp de pays du Moyen Orient ont été distribués (et oui, carrément distribués) par les anglais aux tribus arabes après la 1ère guerre mondiale! Et ils sont les seuls a se battre contre les horreurs des radicaux islamistes!..Vous ne trouvez pas que les kurdes méritent un peu plus de place sur les cartes?!

sarah py
 » Les hommes font l’Histoire mais ne savent pas l’Histoire qu’il font  » Phrase , il semble de R. Aron reprise d’un début de Marx ( il me semble ) qui dans sa simplicité et sa modestie nous dit bien la terrible incertitude des conséquences des choix politiques pourtant à devoir prendre et qu’il faut bien pourtant bien envisager . Alors  » solution à double tranchant  » ou solution au devenir imprévisible ?

patrick davy
La peur de F.W.Stenmeier n’est pas celle de voir les Kurdes retourner leurs nouvelles armes contre l’état Irakien , mais bien contre la Turquie avec laquelle l’Allemagne entretient des relations anciennes avec , en plus , une population Turque immigrée très importante .

Thierry_S
Le risque d’éclatement de l’Irak ? Mais depuis l’attentat de la mosquée d’or, il a éclaté l’Irak. Le kurdistan est en indépendance de fait, en attendant de franchir le cap de la déclaration d’indépendance en droit international. Ce « péril » n’est qu’une raison intelligente pour ne rien faire, comme un minichois de base. Prendre des risques, c’est avoir une politique étrangère. Aider le kurdistan aujourd’hui, c’est parier sur un retour pour Elf et Total demain. Deux bonnes raisons.
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Irak: Les Kurdes peuvent-ils profiter de la crise pour créer un Etat indépendant?

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Des peshmergas, des combattants kurdes, célèbrent la reprise du barrage de Mossoul aux djihadistes de l’Etat islamique.

Des peshmergas, des combattants kurdes, célèbrent la reprise du barrage de Mossoul aux djihadistes de l’Etat islamique. AHMAD AL-RUBAYE / AFP

INTERVIEW – Le rêve d’un Kurdistan autonome remonte à plusieurs siècles, estime le chercheur associé à l’Iris, Karim Pakzad…

Ils sont en première ligne pour combattre l’Etat islamique. Aidés par les raids américains, et les livraisons d’armes européennes, les combattants kurdes ont lancé la contre-offensive. Dimanche, les pershmergas reprenaient le barrage de Mossoul des mains djihadistes.

Ce retour en force des Kurdes coïncide avec l’affaissement du pouvoir irakien. Pourraient-ils profiter de la crise pour demander leur indépendance? 20 Minutes a interrogé Karim Pakzad, chercheur spécialiste de l’Irak à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). S’il reconnaît que le désir d’un Kurdistan indépendant remonte à plusieurs siècles, il estime que le projet reste aujourd’hui impossible.
A quand remonte cet espoir d’un Kurdistan indépendant?

Le Kurdistan est une idée très ancienne. Dans cette région géographique comprenant le nord de l’Irak, l’est de la Turquie, le nord-ouest de l’Iran, et l’est de la Syrie, les Kurdes luttent depuis plusieurs siècles pour avoir leur propre Etat. Dès le XIe siècle, on fait état de Kurdes menant des combats contre les pouvoirs en place pour obtenir leur indépendance.
Ou vivent-ils aujourd’hui?

On compte environ 40 millions de Kurdes [Les estimations sont variables]. C’est le plus grand peuple au monde à ne pas avoir d’Etat. 25 millions sont en Turquie, 5 à 6 millions en Irak, autant en Iran, un million en Syrie, et des dizaines de milliers en Arménie, et dans les pays d’Asie centrale. Il faut ajouter aussi la diaspora en Allemagne et en France par exemple.
Les Kurdes n’ont jamais eu leur propre Etat?

Après la Première guerre mondiale les Alliés et l’Empire ottoman signent le traité de Sèvres [1920]. On redessine alors les frontières sur les dépouilles de l’empire ottoman. La création d’un territoire autonome des Kurdes est prévue [au sud-est de l’Anatolie]. Mais le mouvement kemaliste qui prend le pouvoir en Turquie ne veut pas leur abandonner une partie du pays. Lors de la signature du traité de Lausanne [en 1923], les Alliés reviennent sur leur promesse d’Etat. Les Kurdes sont dispatchés dans plusieurs pays. Des mouvements d’indépendance sont créés dans chaque Etat. (PDK en Irak en 1946, le PDK d’Iran en 1945, plusieurs partis en Turquie). Chacun dispose de sa propre stratégie. Les Kurdes sont très divisés, parfois même au sein d’un seul pays, comme en Irak.
Comment expliquer leur union récente pour combattre l’Etat islamique?

Face à cette situation exceptionnelle, il y a eu une sorte «d’union sacrée». Il faut savoir qu’après la chute de Sadam Hussein [en 2003], les Kurdes irakiens ont réussi à s’unir pour obtenir officiellement dans la constitution, la mise en place d’un état fédéral. Ce gouvernement régional du Kurdistan est une réussite et un exemple aux yeux des autres Kurdes. Quand la menace djihadiste contre Erbil [la capitale du gouvernement régional] est devenue pressante, 300 combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) ont rejoint l’Irak depuis la Syrie et la Turquie.
Le président de la région Massoud Barzani a demandé un référendum sur l’indépendance le 3 juillet dernier. Les Kurdes pourraient-ils profiter du conflit pour créer leur Etat?

Je ne pense pas que les Kurdes souhaitent l’indépendance. Le référendum n’était qu’une menace. Une épreuve de force pour que l’ancien premier ministre al-Maliki ne soit pas reconduit. L’autonomie régionale kurde, qui fonctionne déjà comme un Etat, avec un président et un premier ministre, leur suffit. Les Kurdes sont réalistes. Ils savent très bien que la Communauté internationale n’acceptera jamais un changement de frontière. Je ne parle même pas de l’Iran ou de la Turquie. Une telle indépendance ranimerait les velléités de leurs populations kurdes.
Les pershmergas ont pourtant profité de l’établissement de l’Etat islamique…

Quand les soldats irakiens ont abandonné leur position face à l’avancée djihadiste, les Kurdes en ont profité pour envoyer leurs troupes et acquérir des territoires supplémentaires. Notamment la plus grande ville du nord de l’Irak: Kirkouk.
Une ville riche en pétrole…

Ce que souhaitent les Kurdes, c’est de pouvoir exporter du pétrole via la Turquie, et signer des contrats pétroliers avec l’étranger. Une situation inacceptable pour le pouvoir irakien, qui estime que c’est à lui de gérer la manne pétrolière. Le prochain gouvernement devra discuter à la fois avec les sunnites et les Kurdes pour aplanir ce type de divergence. Une chose est sûre: la crise actuelle permettra aux Kurdes de négocier en position de force.
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Propos recueillis par Thibaut Le Gal
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contributions

aubagne
« Je voudrais ben,mais je peux point »…Mais a y bien réflechir et malgré le pétrole,n assisterions nous pas à un nouveau Gazza.

asticoteur
Bien sur, puisqu’ils auront la benediction des Etats Unis et Israel, pour creer leur micro-etat. Toutes les guerres depuis 20 ans dans cette region decoulent du plan Yinon, qui consiste a affaiblir les voisins d’Israel les plus puissants en les fractionnant. Plan qui a bien foire, soit dit en passant, puisqu’il a remplace des dictateurs qui assuraient une certaine stabilite dans la region, par des bandes d’excites qui n’ont que le djihad a la bouche, djihad qui passe bien sur par la « liberation » de Jerusalem (bien noter l’emploi des guillemets).

anti$arkozisme
par contre s’ils revendent le petrole aux russes ou aux chinois on leur reprend

moimetz
Qu’il y aurai t il de scandaleux à ce qu’un peuple aussi grand que les kurdes ait leur propre état ? Mais bon c’est pas gagné même entre eux . . .

utteman
C’est les alliés de l’époque de 14-18 qui ont promis et non la Turquie kemaliste.
De quel droit d’autre pays voulaient redessiner la Turquie.
Avant de donner des terres qui n’appartiennent en aucun cas aux alliés, il aurait fallu que la France donne l’indépendance à la Corse et à la Bretagne, ainsi que la terre qui revient au séparatiste Basque.
De plus trop de sang ont été versé par mes ancêtres pour qu’on donne ne serait-ce qu’un cm carré de terre au kurde.
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Irak: qui sont les peshmergas auxquels la France va livrer des armes?
Julie Thoin-Bousquié

Née dans les années 1990, l’armée kurde semble être la seule force susceptible de contenir les djihadistes. Cette position de domination pourrait permettre au Kurdistan d’Irak de pousser le pouvoir central à accéder à ses demandes.

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Les peshmergas comptent entre 100 000 et 250 000 membres. afp.com/Safin Hamed

Ils sont littéralement « ceux qui défient la mort ». Face à une armée irakienne affaiblie notamment par des problèmes structurels, les peshmergas apparaissent comme le dernier rempart à la progression des djihadistes en Irak. Au point que les Etats-Unis, puis la France, ont décidé de leur livrer des armes « sophistiquées » afin de « rééquilibrer les forces » avec les combattants djihadistes, selon les termes de Laurent Fabius mercredi.
L’armée « la plus puissante » d’Irak

Les combattants kurdes seraient, selon les estimations, entre 100 000 et 250 000. Comme l’explique Frédéric Tissot, ancien consul général de France à Erbil, la capitale du Kurdistan, au Parisien, cette armée est née au début des années 1990 dans l’objectif de protéger les 5,2 millions de Kurdes du régime irakien, qui les a longtemps persécutés. Le Parisien rappelle ainsi que presque 200 000 civils ont été tués au cours du génocide mené par Saddam Hussein à la fin des années 1980.

Alliés logiques des Américains au cours de l’offensive contre Saddam Hussein en 2003, les peshmergas constituent aujourd’hui « la force militaire la plus puissante sur le territoire » irakien, d’après l’historien Michel Goya sur le Huffington Post. Ils l’ont d’ailleurs prouvé au mois de juin, en s’emparant de la ville pétrolière de Kirkouk avant les djihadistes.

Ils sont toutefois mal armés en comparaison de l’arsenal des djihadistes. A chaque prise d’une nouvelle ville, les combattants de l’Etat islamique récupèrent les armes lourdes laissées sur place par l’armée irakienne, souligne RFI. Au contraire, le Kurdistan irakien, comme l’Irak, est soumis à l’embargo militaire décrété en 1990 à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak. Même si cette restriction s’est considérablement assouplie en matière d’achats d’armes par l’armée nationale aux ordres du gouvernement, rappelle Le Monde, l’équipement des peshmergas en porte aujourd’hui encore les stigmates.
Soif d’autonomie ou d’indépendance?

Reste que, pour les Kurdes, cette position de force des peshmergas est une aubaine. Située au nord-est de l’Irak, la région kurde nourrit une animosité tenace à l’égard du pouvoir central irakien, comme en témoigne le reportage de France 24. C’est la raison pour laquelle le Kurdistan s’efforce depuis plusieurs années d’acquérir une plus grande autonomie.

En 2005, la nouvelle constitution adoptée à la faveur de l’intervention des Etats-Unis avait déjà permis au Kurdistan irakien de disposer de larges pouvoirs. Mais la prise de contrôle de Kirkouk représente une avancée de taille pour les Kurdes. Considérée comme la capitale historique du Kurdistan par les peshmergas, selon France 24, Kirkouk est aussi une grandes plus villes pétrolières du pays. De quoi assurer une certaine indépendance à la région kurde, en matière économique cette fois-ci, et lui permettre de réclamer encore plus d’autonomie. Voire peut-être, à terme, sa constitution en Etat indépendant, une ambition largement alimentée par le retour du conflit avec les djihadistes en Irak cette année.
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Commentaires

andreau –
Si si, on a des Mas 36 en grande quantité et pas mal d’armes de la seconde guerre, ça fera l’affaire.

morouan –
Le gouvernement nous aurait menti ? Ça serait bien la première fois.

ericbouhanna –
Information à verifier, un éa parlé hier sur i-tele, il a dit que la france n’a pas assez d’armes pour sa propre armée, il concluait que c’etait impossible de livrer ce qu on n’a pas…. Il etait categorique… Qui dit vrai ?
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Syrie : la communauté internationale divisée

Paris a bien livré des armes à des « rebelles syriens » – 1 (© AP)
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21 août 2014 – François Hollande a confirmé aujourd’hui la livraison d’armes par la France à des « rebelles syriens » pris « en tenaille » entre le régime de Bachar al-Assad et l’Etat islamique, lors d’une visite à La Réunion.

« Aujourd’hui encore, c’est terrible ce qui se passe en Syrie »

Ces livraisons sont intervenues « il y a plusieurs mois, quand des rebelles syriens faisaient face à la fois aux armées du dictateur Bachar al-Assad et au comportement de ce groupe terroriste, l’Etat islamique », a déclaré le chef de l’Etat. « On ne pouvait pas laisser les seuls Syriens, qui préparaient la démocratie (…), être sans armes », a-t-il fait valoir devant la presse, sur l’aéroport de Pierrefonds, à Saint-Pierre (sud).

Le président Hollande, qui avait déjà évoqué ces livraisons dans une interview au Monde parue lundi, a précisé avoir pris cette décision « conformément » à ses « engagements » et « aux règles de l’Union européenne », affirmant que la France avait livré « un certain nombre de matériels autorisés à ces rebelles » syriens.

« Aujourd’hui encore, c’est terrible ce qui se passe en Syrie », a-t-il poursuivi, avec « d’un côté, l’Etat de Bachar al-Assad qui continue de pilonner et de massacrer, (de l’autre) l’Etat islamique et, au milieu, celles et ceux qui étaient supposés préparer l’avenir et qui sont pris en tenaille ». « Donc nous ne devons pas relâcher le soutien que nous avions accordé à ces rebelles qui sont les seuls à participer à l’esprit démocratique », a enchaîné François Hollande.

La France, a-t-il toutefois ajouté, ne peut « pas le faire seul » et « ça se fait en bonne intelligence avec l’Europe et les Américains ».

Évoquant cette fois les livraisons d’armes françaises aux forces kurdes engagées contre les combattants de l’Etat islamique dans le nord de l’Irak, le président français a observé que « paradoxalement, les terroristes sont mieux armés que les pays organisés qui les combattent ». Ce n’est toutefois, selon lui, « qu’un paradoxe apparent, parce qu’ils ont pris les armes des Etats qui les combattent ».

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