Turquie: l’élection annoncée d’Erdogan n’amuse pas ses critiques, surtout féminines

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De sombres nuages s’amonscellent dans le ciel d’Istanbul annonçant un violent orage, le 7 août 2014 | Bulent Kilic

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Un an après, la fronde de 2013 n’est plus qu’un lointain souvenir. Mais, à la veille du scrutin présidentiel de dimanche, l’affaire du « rire des femmes » a ravivé l’ire des Turcs qui redoutent la victoire annoncée du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Le procès n’est pas nouveau. Depuis des années déjà, les tenants de la Turquie laïque fondée par Mustafa Kemal Atatürk en 1923 reprochent au chef du gouvernement sa dérive autoritaire et islamiste.

Dans leur dossier à charge figurent toute une série de mesures, sur la consommation d’alcool ou le port du foulard islamique, qui ont largement alimenté la colère qui s’est déversée contre le régime dans les rues du pays à la fin du printemps 2013.
Il y a deux semaines, un des fondateurs du Parti de la justice et du développement (AKP) a encore allongé la liste de ces griefs d’une nouvelle polémique.
« L’homme doit être moral, la femme aussi », a lancé le vice-Premier ministre Bülent Arinç, en campagne à Bursa (nord-ouest). Avant d’ajouter: « elle ne doit pas rire fort devant tout le monde et doit absolument conserver sa décence à tout moment ».
La sortie de M. Arinç a suscité les commentaires outrés de femmes turques, qui ont inondé les réseaux sociaux de photos d’elles riant aux éclats, assorties des mots clé #kakhaha (#rire en turc) ou encore #direnkakhaha (#résister en riant) sur le modèle des appels à la résistance qui ont accompagné les émeutes d’il y a un an.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, la guerre fait rage entre le Premier ministre, un musulman pratiquant dont l’épouse et les deux filles sont voilées, et les associations féministes de son pays.
Sa volonté de restreindre le droit à l’avortement et l’utilisation de la pilule du lendemain, ses appels répétés pour que les femmes aient au moins trois enfants ou son hostilité aux dortoirs mixtes pour les étudiants ont alimenté de multiples controverses.
Même s’il a été contraint de battre en retraite sur certains de ces projets, l’homme fort du pays n’a jamais renié ses convictions.

– ‘Insultes’ –

Il y a un an, provocateur, il avait répondu aux manifestants qui le défiaient dans la rue qu’il ne recevait d’ordres que « de Dieu ».
M. Erdogan a récidivé sur le même ton le mois dernier à la faveur de sa campagne présidentielle.
En visitant leur dortoir, le Premier ministre a recommandé à un groupe jeunes filles dûment recouvertes d’un foulard islamique de ne pas être trop « difficiles » au moment de se choisir un mari. « Mariez-vous lorsqu’on vous le propose », leur a-t-il suggéré.
Ses propos lui ont valu une nouvelle volée de bois vert. « Aucun gouvernement ne s’en est jamais autant pris aux femmes turques et ne les a jamais autant insultées », s’indigne Deniz Bayram, du Collectif féministe d’Istanbul.
« Et le calendrier des déclarations d’Arinç est tout sauf une coïncidence », ajoute Mme Bayram. « C’est un message sans ambiguïté sur la façon dont ce gouvernement entend bien continuer à peser dans les années à venir sur le comportement des femmes, sur leurs décisions et même sur leur corps ».
Très en colère, la députée Melda Onur, membre du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a jugé que les récentes déclarations du responsable de l’AKP constituaient même une incitation aux violences conjugales.
Une association de défense des femmes a déposé plainte lundi contre M. Arinç pour « discrimination », « diffamation » et « incitation à la haine ». Avant d’appeler avec d’autres à une « manifestation du rire », ce vendredi à Istanbul.
Malgré d’indéniables progrès, les violences faites aux femmes, les mariages forcés et autres « crimes d’honneur » restent un problème endémique en Turquie. Selon un décompte établi par des ONG, plus d’une centaine de femmes sont mortes sous les coups au cours des six premiers mois de cette année.
« Nos hommes politiques veulent simplement dire que les femmes méritent d’être violées, battues, torturées, tuées, privées de leurs enfants ou contraintes à une vie misérable si elles ne se comportent pas correctement », accuse Deniz Bayram.
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réaction

poete34
Femmes, défendez vous vous méritez autant qu’un homme d’être libres, nous sommes tous des humains,ils ne sont pas plus humains que vous, la preuve! meme un chien est davantage respecté! soyez solidaires entre femmes et vous obtiendrez votre liberté, car ils ne respectent que ce qui se fait respecter.
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Turquie: ce que l’élection d’Erdogan pourrait changer dans le système
Par Sevag Tatoyan

Après trois mandats de Premier ministre et 11 années au pouvoir, Erdogan se présente à la première élection présidentielle au suffrage universel direct de son pays. Alors que le rôle de chef de l’Etat était purement honorifique jusqu’à aujourd’hui, comment le chef du gouvernement turc peut-il changer la présidence s’il est élu?
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Turquie: ce que l’élection d’Erdogan pourrait changer dans le système
Erdogan, grand favori des élections présidentielles.Afp

« Durmak yok! » (« Pas question de s’arrêter! ») a lancé le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à une foule de plus de 100 000 personnes, lors d’un meeting de campagne, dimanche dernier, à Istanbul, à une semaine du 10 août, premier tour des élections présidentielles dont il est le favori. L’Etat turc, république à régime parlementaire régie par la Constitution de 1982, va peut-être changer de visage après l’élection présidentielle, en cas de victoire de l’actuel Premier ministre, en poste depuis 2003. Ce dernier, fils spirituel de l’homme politique islamiste Necmettin Erbakan, ne veut pas être un Président « pot de fleurs ».
Pourquoi briguer un mandat de Président?

La présidence s’impose comme le seul choix possible pour Erdogan s’il veut rester au pouvoir. En effet, il arrive au terme de son troisième mandat en tant que Premier ministre, ce qui est le maximum autorisé par les statuts de son parti, le Parti pour la Justice et le Développement (AKP). Ne pouvant plus être chef du gouvernement, le fondateur de l’AKP a donc choisi de briguer la tête de l’Etat. Aux manettes du pays depuis 2003, Recep Tayyip Erdogan compte bien continuer à gouverner son pays d’une main de fer, comme ont pu le montrer les interdictions successives de Twitter et de Youtube en mars dernier. Cependant, le poste de président n’est pas un « poste à responsabilité » en Turquie. En effet, la Turquie est une démocratie à régime parlementaire primo-ministériel, c’est-à-dire que le chef de l’Etat, élu par le Parlement jusqu’en 2007, ne peut rien faire seul: toute décision du Président doit être contresignée par un ministre pour être valide et applicable. Le président ne peut pas non plus dissoudre le Parlement. Mais Erdogan, s’il est élu président, pourra-t-il supporter de voir rogné le pouvoir qu’il détient actuellement?
Un passage à la présidence préparé depuis quelques années

Mettre fin à la limitation des pouvoirs présidentiels fut la raison principale des référendums de 2007 et 2010. Adopté par référendum en 2007, un amendement constitutionnel stipule que le Président de la République turque sera désormais élu au suffrage universel direct tous les 5 ans, au lieu d’un suffrage indirect tous les 7 ans. La réforme constitutionnelle de 2010, qui, elle, modifie 25 articles de la Constitution de 1982, a aussi été adoptée par référendum avec 57,9% de « oui ». Par ces révisions, Recep Tayyip Erdogan, a fait en sorte de consolider le poste de Président. Par exemple, il a réduit le pouvoir d’influence de l’armée – kémaliste – dans la vie politique, qui aurait pu être un frein à son ambition. En effet, initialement conçue par Mustafa Kémal Atatürk, le fondateur de la République laïque, comme une sentinelle du bon fonctionnement de l’administration, l’armée turque pouvait agir ou opérer une pression politique si elle considérait que les fondements de l’Etat étaient menacés (ce qu’elle a fait à deux reprises, en 1960 et en 1980). Aussi en 2010, l’armée a vu son influence réduite à un rôle consultatif : sa présence au sein du Conseil de sécurité nationale (en turc Milli Güvenlik Kurumu) est affaiblie, or c’était de sa présence à ce conseil qu’elle tirait sa force politique. Cette réforme a d’ailleurs été très critiquée par l’opposition kémaliste et certains intellectuels, pour lesquels elle mettait en péril l’idéologie kémaliste sur laquelle ce pays a été fondé, voire la démocratie.
Vers un régime présidentiel?

Erdogan l’a annoncé et répété pendant sa campagne: « Le poste de Président n’est pas un poste fait pour se reposer (…) Le peuple veut voir un président qui s’active et qui transpire ». Ainsi justifie-t-il tout ce qu’il a entrepris ces dernières années. Mais si Erdogan semble vouloir garder en tant que président une grande partie des pouvoirs qu’il a aujourd’hui en tant que Premier ministre, cela ne se fera pas sans difficultés, comme l’explique Jean Marcou, spécialiste de la Turquie, professeur à l’Institut d’Études Politiques de Grenoble et chercheur associé à l’Institut Français d’Études Anatoliennes (IFEA), sur le Blog de l’Observatoire de la Vie Politique Turque (Ovipot) : « il ne s’agit pas tant de modifier la Constitution que de la renouveler, c’est-à-dire d’en élaborer une nouvelle à partir de l’ancienne. C’est en fait le grand rêve de l’AKP depuis toujours. Mais pour cela (en tout cas pour le faire seul) il doit disposer d’une majorité des 2/3 (367 députés) au parlement. Or, (…) le parti gouvernant n’a pu obtenir cette majorité renforcée. Au cours de la présente législature, ses efforts pour faire adopter par le parlement une constitution, qui aurait, entre autres, établi un régime présidentiel, ont été vains, et le projet a finalement été abandonné à l’automne dernier ». Dans l’hypothèse où Erdogan serait élu, une présidentialisation du régime, si elle n’est pas actée en tant que telle dans la Constitution, se mettra en place malgré tout dans les faits, ne serait-ce qu’à cause du caractère ombrageux et autoritaire de l’actuel Premier ministre.

Cependant, les nombreuses révoltes qui ont eu lieu ces dernières années (Gezi récemment), auxquelles s’ajoute la polémique récente sur la déclaration du Vice-Premier Ministre Bülent Arinç -« la femme ne doit pas rire fort devant tout le monde et doit absolument conserver sa décence à tout moment » – pourraient contrarier ces calculs. En effet, cette dernière déclaration de Bülent Arinç a déclenché un mouvement de colère, notamment sur les réseaux sociaux. Deniz Bayram, du Collectif féministe d’Istanbul, explique ainsi à l’AFP : « Le calendrier des déclarations d’Arinç est tout sauf une coïncidence. C’est un message sans ambiguïté sur la façon dont ce gouvernement entend bien continuer à peser dans les années à venir sur le comportement des femmes, sur leurs décisions et même sur leur corps ».

Cette polémique qui agite le pays pourrait-elle être l’étincelle qui mettra le feu aux poudres et plongera la Turquie dans une nouvelle période de révoltes comme en 2013? Jean Marcou tempère cette hypothèse : « De mon point de vue, pas plus que les événements de Gezi n’ont généré une défaite de l’AKP aux élections, les victoires électorales de l’AKP ne vont mettre un terme à l’agitation socio-politique que connaît la Turquie depuis plusieurs années. (…) Une élection est une chose, la dynamique de la société civile en est une autre. Le président, qui sera élu en août prochain, devra s’en souvenir ».
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Commentaires

fevzaky
L’article est subjectif prend un camp et défend l’opposition turque qui n’est soit disante pas musulmane. Celle qui a dirigé le pays pendants des années qui l’a amené en défaut de paiement en 2001. Ce n’est aussi pas devant 100000 mais 2 millions de personnes qui étaient réunis à istambul… J’y étais !! En Turquie la victoire de Erdogan ne fait aucun doute même au 1er tour tellement sa popularité est ici grande mais décrite en occident de façon mensongère. Les tensions sociales n’y sont plus. Et si cet homme est élu depuis plus de 10 ans avec un pourcentage très élevé malgré les soit-disantes manifestations d’une grande partie de la population, je ne comprends d’où viennent les votes. Peut-être que les manifestants lui donnent leurs votes par erreur. Aujourd’hui la dynamique de la société turque est de vouloir une turquie forte sur le géopolitique et cela passe par une meilleure économie un développement du pays ce qui est en cours depuis son arrivée au pouvoir… Mais çela passe pas chez les occidentaux qui ont de grands intérêts économique dans la zone et qui les voit diminuer à mesure que la Turquie se développe !

ericbouhanna
Erdogan est proche des freres musulmans, il preside un etat islamique, c’est sa volonté. Erdogan est ouvertement defenseur du hamas et du djihad islamique. Sa population ne le suivra plus … A moins que les turcs se mettent a preferer le coran a la democratie… De nos jours ils ne faut malheureusement s etonner de rien et s attendre a tout…
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Turquie : Erdogan met en cause une journaliste « effrontée » et lui intime de « rester à sa place »
Le Monde.fr avec AFP

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Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le 25 février à Ankara.
Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a suscité une nouvelle polémique, vendredi 8 août, en s’en prenant à une journaliste turque qu’il a qualifiée de « femme effrontée » en lui intimant de « rester à sa place ».

A deux jours du premier tour d’un scrutin présidentiel dont il est le grandissime favori, M. Erdogan a nommément mis en cause la correspondante du magazine américain The Economist et du quotidien turc Taraf, Amberin Zaman, coupable à ses yeux de l’avoir critiqué lors d’un débat télévisé.

« UNE MILITANTE DÉGUISÉE EN JOURNALISTE »

« C’est une militante déguisée en journaliste, c’est une femme effrontée. […] Reste à ta place ! » lui a intimé le chef du gouvernement lors d’un rassemblement public à Malatya, dans l’est de la Turquie, jeudi soir. « Ils t’ont donné un stylo, tu écris un éditorial dans un quotidien (…) et tu insultes une société musulmane à 99 % », s’est-il emporté.

« Vous lynchez une femme musulmane qui vous décrit tel que vous êtes parce que les femmes sont des cibles, n’est-ce pas ? » lui a rétorqué la journaliste dans son éditorial publié vendredi par Taraf.

M. Erdogan est un habitué des critiques publiques contre les médias de son pays, et est pour cette raison régulièrement épinglé par les organisations de défense de la liberté de la presse.

MENACES SUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Dans un communiqué, la direction de The Economist a apporté son soutien à sa correspondante, « très respectée ». « Sous la règne de M. Erdogan, la Turquie est devenue un endroit où il est de plus en plus difficile de pratiquer un journalisme indépendant », a-t-elle également déploré.

Dunja Mijatovic, représentante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a de son côté jugé que la sortie de M. Erdogan relevait de « l’intimidation » et qu’elle « menace la liberté de la presse ».
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réactions

marie-luce santucci
Journaliste effrontée ?…. Florence Aubenas ? ;-))

OMG
The Economist, un magazine américain? Shocking !

m@m & boof
Un formidable exemple de ce qui se passe quand on confie les clés d’une démocratie à des théocrates. Les élections ne ressemblent à plus rien, les oppositions réduites au silence, les poussiéreux textes des livres religieux remis au goût du jour 600 ans après sans aucune adaptation et les femmes renvoyées à leur cuisine. Si ces dernières ne font rien pour faire évoluer les choses, rien ne bougera. Elles perdront le droit d’étudier et seuls bazaris et orientalistes de pacotille seront heureux.

DANIEL
Voilà qui va plaire à hollande ! Persuadé que l’islam est compatible avec la .. Démocratie !!!!

logique94
Bravo Erdogan, ce monsieur est un exemple pour les tout les gouvernement du monde. Il a fait remonter l’économie de la Turquie, le pouvoir d’achat et tout ce qui va avec! Il a fait tomber un par un tout les corrompus qui ont volé les richesses du pays pendant des décennies! Il faut connaître l’histoire de ce pays pour le critiquer!!!! D’ailleurs a chaque élection il est le grand vainqueur!

fofovi wilson
c’est l’une des faiblesses du suffrage universel. le droit de vote est accordé à des populations peu instruites et qui votent en fonction de la religion ou de l’appartenance tribale.

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