Jaurès: 100 ans après sa mort, unanimité autour du leader socialiste

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Photo d’archives datée de 1914 du Café restaurant du Croissant où Jaurès a été assassiné le 31 juillet 1914 Il y a 2 heures | Par AFP

Cent ans après l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, « les partis politiques se disputent l’héritage du leader socialiste, séduits par sa stature intellectuelle et politique, son image de héros républicain.

C’est Jaurès que François Hollande a salué en se rendant dans son fief ouvrier de Carmaux (Tarn) au mois d’avril, et c’est à lui qu’il rendra de nouveau hommage jeudi au Café du Croissant, 146 rue Montmartre, lieu de son assassinat en plein coeur de Paris.

« Jaurès, l’homme du socialisme, est aujourd’hui l’homme de toute la France, on se l’arrache, on se le dispute », déclarait à Carmaux le président de la République. C’est aussi l’esprit de Jaurès que Manuel Valls a appelé à la rescousse au mois de juin pour rassembler une majorité éclatée avant le vote du budget rectificatif.

En 2007, Nicolas Sarkozy cite de nombreuses fois le fondateur du journal L’Humanité pendant la campagne présidentielle. Homme de dialogue, passé des républicains aux socialistes, qu’il unifie au sein de la SFIO en 1905, Jean Jaurès est devenu une icône républicaine, plus encore que Georges Clemenceau.

« Tout le monde ne fait pas référence au même Jaurès », tempère Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes: « Il y a le républicain, le laïque et le rebelle, avec sa vision revendicatrice. Depuis la visite du général de Gaulle à Carmaux, en 1960, on cite aussi Jaurès comme un patriote ».

Une de ses citations détournées figurait aussi sur une affiche du Front national pour les élections européennes de 2009, ce parti s’attribuant une part de l’héritage social du tribun.

Le Parti communiste revendique lui l’exclusivité du legs: dans une vidéo publiée le 22 juillet, un acteur jouant un Jaurès ressuscité demande aux socialistes dans « quel fossé ils ont jeté leur courage ». Même tonalité chez Jean-Luc Mélenchon, le coprésident du Parti de gauche, qui termine une tribune dans le dernier numéro du Journal du dimanche par un « Jaurès, reviens! Ils ont changé de camp! », visant ceux qu’il désigne souvent par le sobriquet de « solfériniens ».

– « Bénédiction républicaine » –

Pour Jean-Noël Jeanneney, ex-président de la Bibliothèque nationale de France et coauteur du documentaire « Jaurès aujourd’hui », les partis viennent d’abord chercher une bénédiction républicaine auprès de ce martyr de la paix, panthéonisé en 1924. De plus, « comme Jean Jaurès n’a jamais été au pouvoir, les grands principes qu’il a défendus n’ont jamais dû être affrontés ».

Pour une partie de la gauche, Jean Jaurès apparaît comme un « réformiste progressiste ». Il ne se résout pas à abandonner le marché au capitalisme, mais considère que la bourgeoisie peut participer au progrès social dans l’intérêt de tous. « Dans un pays où les classes moyennes ont pris une grande importance, cette pensée reprend une grande force aujourd’hui », considère M. Jeanneney.

Dans ses textes, Jaurès montre un « vrai sens de l’évolution et de l’histoire », face à des courants politiques qui étaient plus « dogmatiques », assure Gilles Candar. Pour l’historien, Jean Jaurès est surtout un optimiste, aux yeux duquel « les difficultés préparent des solutions d’avenir ».

Ce jauréssien juge que « le plus important, c’est de se confronter à ce qu’il a pu dire. Pour le célébrer vraiment, il faudrait relire une ou deux de ses pages ».
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Comment Jaurès s’est métamorphosé en superstar
Renaud Dély

Hollande et Mélenchon se disputent son héritage. Cent ans après son assassinat le 31 juillet 1914, le fondateur de la SFIO est devenu une icône de la République, à gauche comme à droite. Pourquoi tant d’amour ?
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Discours de Jean Jaurès au Pré-Saint-Gervais, le 25 mai 1913. (©© Maurice-Louis Branger / Roger-Viollet)

Hollande rend hommage à Jaurès pour le centenaire de son assassinat

Saisissante, l’image a marqué ce printemps politique tumultueux. Un président socialiste sifflé, hué, chahuté, à Carmaux. C’était le 23 avril. François Hollande était de retour dans la patrie de Jean Jaurès pour lancer les commémorations du centenaire de la mort du fondateur de la SFIO. Deux ans plus tôt, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, le candidat « normal » avait prononcé dans la même ville, au pied de la statue du grand homme, un discours chaleureusement applaudi par une foule de supporters qui rêvait d’une victoire de la gauche. Cette année, le temps des désillusions venu, François Hollande y fut accueilli sous les lazzis :
Jamais Jaurès ne parlerait comme vous ! »
S’il vous entendait, Jaurès se retournerait dans sa tombe ! »

Quel plus terrible symbole de désamour pour un président de gauche que de se voir renvoyer au visage le nom du pape du socialisme, saint laïque de la gauche et apôtre du pacifisme, mort assassiné le 31 juillet 1914 ? Au jour de son installation à l’Elysée, le 21 mai 1981, François Mitterrand ne l’avait-il pas consacré au coeur de la Sainte-Trinité du « changement », aux côtés de Victor Schoelcher et de Jean Moulin, en allant déposer une rose sur son tombeau, au Panthéon ?
Jaurès, l’exemple pratique

Pour sauver la face, François Hollande s’appliqua ce jour-là à célébrer le Jaurès qui l’arrangeait. Un Jaurès pragmatique, soucieux d’affronter « les résistances du réel » plutôt que de se satisfaire du confort de l’utopie, un Jaurès obstiné, capable d’inculquer « la patience de la réforme, la constance de l’action, la ténacité de l’effort », un Jaurès rassembleur, qui « s’adressait à tous, les artisans, les commerçants, les entrepreneurs », et même un Jaurès qui « ne concevait pas » les réformes sociales « sans la création de richesses ». Alors, social-démocrate, Jaurès ? Et pourquoi pas social-libéral ou carrément hollandais, ami de la « bonne finance », selon l’expression de Michel Sapin, et partisan du pacte de responsabilité, comme l’ose Manuel Valls ?

Evidemment, deux ans plus tôt, le candidat Hollande avait célébré un homme assez différent. Le 16 avril 2012, c’est le porte-parole de la « colère juste » des mineurs de Carmaux, le défenseur du capitaine Dreyfus et le politique capable d’incarner à la tête de la SFIO, qu’il créa en 1905, « la synthèse entre la radicalité et la responsabilité » que le prétendant à l’Elysée était venu honorer. Il reprenait alors quasi mot à mot l’hommage prononcé par François Mitterrand à la veille du premier tour de l’élection présidentielle de 1981. Jean-Luc Mélenchon, son meilleur ennemi à gauche, a, lui, fait ce printemps le pèlerinage au musée de Castres consacré au grand homme pour chanter les louanges du prophète de « l’égalité » et fustiger au passage « l’imposture » de Hollande, venu « jouer une version moderne de ‘J’irai cracher sur vos tombes’ ! ».
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François Hollande, en campagne présidentielle à Carmaux, devant la statue de Jean Jaurès, le 16 avril 2012. (PATRICK KOVARIK/AFP)

Même Marine Le Pen…

Plus inattendu, la droite n’est pas en reste. Nicolas Sarkozy n’avait-il pas cité 32 fois le nom de l’icône du socialisme lors du fameux discours de la porte de Versailles qui lança sa campagne de 2007 ? Le leader de l’UMP allait jusqu’à accuser « la gauche d’avoir trahi Jaurès en dévalorisant le travail ». On aura même vu Marine Le Pen faire main basse sur le « patriotisme » du chef de file socialiste et oser faire inscrire sur les affiches de campagne de son parti, lors des élections européennes de 2009, le slogan « Jaurès aurait voté Front national ».

Suprême provocation quand on se souvient de l’attitude de l’extrême droite du vivant du leader de gauche, et plus encore au moment de sa mort. Le 23 juillet 1914, une semaine avant le coup de revolver de Raoul Villain, Léon Daudet menaçait dans « l’Action française » : « Nous ne voudrions déterminer personne à l’assassinat politique, mais que M. Jaurès soit pris de tremblements ! ». Le 1er août, au lendemain du drame, Léon Bloy notait dans son « Journal » : « Assassinat de Jaurès, hier soir. Se trouvera-t-il un quelqu’un pour pleurer ce malfaiteur ? »

Comment une figure si controversée, suscitant une haine qui lui fut fatale, a-t-elle pu devenir une relique consensuelle et rassembleuse ?
Comment Jean Jaurès s’est-il métamorphosé en icône de la République ? Comment s’est-il inscrit dans notre patrimoine national jusqu’à donner son nom à des voies, places ou édifices publics dans près de 3 000 communes du pays – un résultat qui le place au coude-à-coude avec les figures de Pasteur et Hugo et juste derrière celle du général de Gaulle ?
Un homme de notre temps

C’est d’abord parce qu’il s’est plus attaché à la démocratisation de la République qu’à la victoire du socialisme, et que son action ne peut donc être limitée à un camp. C’est aussi, sans doute, parce que « le grand Jaurès est toujours là, présent, presque familier », note Max Gallo (1). Cent ans plus tard, les enjeux qu’il soulève demeurent plus que jamais d’actualité. Il contribua activement à établir la laïcité, en soutenant l’élaboration de la loi de 1905, celle de la séparation des Eglises et de l’Etat. Il fut un défenseur constant des droits de l’homme, de la liberté de la presse, mais aussi de l’éducation des masses. Il fut aussi, lors de sa période socialiste, l’homme d’engagements plus clivants encore comme l’abolition de la peine de mort, qu’il réclame à la Chambre dès 1908, ou le refus de la guerre.

Si Jaurès est toujours de notre temps, c’est parce qu’il a d’abord toujours été du sien. Son existence est un itinéraire, linéaire, cohérent, qui accompagne la marche de son époque. Au fil de ses batailles, Jaurès suit le chemin du progrès et de l’émancipation, sans jamais se tromper de combat.
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Gravure de Jean Jaurès. (ABECASIS/SIPA)

Jeune, il incarne la méritocratie républicaine engendrée par les « hussards noirs » de la IIIeme République naissante qui en fit un normalien et un agrégé de philosophie. Sa thèse, soutenue à la Sorbonne en 1892, porte sur « la réalité du monde sensible », puis est complétée par une autre, en latin, sur les origines du socialisme allemand. Penseur inventif quoique méconnu, intellectuel rigoureux, philosophe généreux, il se met rapidement au service de cette République dont il a l’amour chevillé au coeur. Il le fait d’abord en journaliste, portant haut sa plume d’éditorialiste engagé dans « la Dépêche de Toulouse », puis à « l’Humanité », le quotidien qu’il fonda en 1904 et servit jusqu’au soir même de sa mort dix ans plus tard.

Il la sert aussi en homme politique précoce. Elu dans le Tarn en 1885, il est le plus jeune député de France, à tout juste 26 ans. A la Chambre, son éloquence sans pareille en fait un tribun redouté, éternel pourfendeur des cléricaux, infatigable défenseur des libertés. Quand enfin il devient socialiste pour poursuivre sa triple quête de l’égalité, de la dignité et de la justice sociale, il estime que « le socialisme, c’est la République poussée jusqu’au bout ».
Sa rencontre avec le socialisme

Comme Léon Blum ou François Mitterrand après lui, Jean Jaurès n’est pas né socialiste. Il l’est devenu. Dans les années 1970, à ceux qui doutaient de la sincérité de son engagement à gauche, Mitterrand se plaisait à rétorquer que, si le socialisme n’était pas sa langue maternelle, au moins, il avait appris à le bien parler. Il se faisait le disciple du maître. Jaurès ne se convertit à la foi socialiste qu’en 1892, sous le coup de la révolte qui le saisit devant la longue grève des mineurs de Carmaux.

Ce rude conflit dure trois mois et met aux prises 1 500 soldats et 3 000 ouvriers maltraités par un patronat archaïque et brutal qui en appelle à la troupe pour ramener l’ordre. Calvignac, l’un de ces mineurs, est licencié par la compagnie dirigée par Reille et Solages parce qu’il a été élu maire de Carmaux. L’événement suscite la colère de Jaurès. « En faisant du bulletin de vote une dérision, la Compagnie a criminellement provoqué la violence des ouvriers », s’indigne-t-il dans « la Dépêche ». Une préfiguration lointaine du « Indignez-vous ! » qui assurera le triomphe de Stéphane Hessel. Elle fait basculer Jaurès dans le camp de la défense des travailleurs.
Une vie à se battre pour ce qui est juste

Les conversations avec Lucien Herr, le bibliothécaire de l’Ecole normale supérieure, et la rencontre de Jules Guesde, leader marxiste du parti ouvrier, jouent un rôle déterminant dans sa conversion. Mais le socialisme pour lequel il opte est celui des valeurs plutôt que celui de la doctrine, celui de l’émancipation de l’individu plutôt que celui de l’instauration brutale de nouvelles structures sociales et économiques.
Le socialisme, c’était précisément pour lui la justice », rappelait Pierre Mendès France le 20 juin 1959 à l’occasion du centenaire de sa naissance.

On le constate lors de l’affaire Dreyfus. Après avoir hésité, Jaurès s’engage sans réserve aux côtés des dreyfusards qui réclament la réhabilitation du capitaine. Quand une bonne partie du mouvement ouvrier se tient à l’écart d’une « bataille de bourgeois qui n’est pas l’affaire des prolétaires », le député de Carmaux met la lutte contre l’injustice plus haut que les préceptes de la lutte des classes.
Si [Dreyfus] est innocent […], il n’est plus ni un officier ni un bourgeois : il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe ; il n’est plus que l’humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qui se puisse imaginer », écrit-il dans son livre « les Preuves », recueil d’articles publiés par le journal « la Petite République ».
Pour un socialisme uni

Pour peser, influer sur le cours des choses, impulser des réformes, son socialisme se veut également celui de l’unité. Elle arrive enfin salle du Globe, boulevard de Strasbourg, à Paris, le 23 avril 1905, lors du congrès fondateur de la Section française de l’Internationale socialiste (SFIO), grand-messe oecuménique qui rassemble les socialistes français jusque-là essaimés en de multiples chapelles concurrentes. Dépasser les divisions stériles, digérer les querelles intestines, réussir l’unité, préalable indispensable au  » changer la vie « . Le bréviaire fait désormais partie de la liturgie du socialisme français.

On le retrouve lors du congrès d’Epinay-sur-Seine de juin 1971 qui accouche d’un PS refondé et placé sous le magistère de Mitterrand, dix ans avant son arrivée à l’Elysée. On l’observe tout au long de l’ascension de François Hollande, premier secrétaire de la  » synthèse  » et du  » consensus  » à tout prix de 1997 à 2008, avant de devenir, en 2012, le candidat du  » rassemblement  » des socialistes d’abord, de la gauche ensuite, des Français enfin.

Philosophe et journaliste, élu et tribun, Jaurès incarne une synthèse de la gauche, ou plutôt des gauches, de ses combats et de ses doutes, un cocktail inédit de ses sensibilités républicaine et socialiste, humaniste et pacifiste, patriote et internationaliste.

Par amour pour la République

Tous ces Jaurès, si divers, sujets de tant d’interprétations et objets de tant de récupérations, se retrouvent en un seul : l’homme qui n’eut de cesse qu’il n’ait affronté la vieille opposition entre l’idéal et le réel, ce triangle des Bermudes où disparurent si souvent les espoirs de la gauche au pouvoir. Il est vrai que Jean Jaurès eut la chance de ne jamais l’exercer. Mais jamais ce confort ne le poussa à fuir le réel pour se complaire dans une pureté doctrinale hors sol. Pour sauver l’essentiel, il juge toujours que les circonstances justifient la recherche d’un compromis. Il plaide ainsi, en juin 1899, pour la participation des socialistes au gouvernement Waldeck-Rousseau, dit de « défense républicaine », quand la plupart de ses camarades s’y refusent. La menace des nationalistes et antisémites autorise à transiger pour s’entendre sur ce qui compte : la sauvegarde du régime républicain.

Marxiste en économie, républicain en politique, Jaurès oscille sa vie durant entre réforme et révolution, misant sur la première pour atteindre la seconde. « Un réformiste de ‘l’évolution révolutionnaire’, défenseur de toutes les améliorations, même minimes, de la condition prolétarienne », selon l’historien Michel Winock (2). Avec toujours en tête la volonté de se coltiner le réel, et l’ambition de le changer.

« Le courage, c’est d’être tout ensemble […] un praticien et un philosophe.[…] Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. […] Le courage […] c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », disait-il le 30 juillet 1903, lors de son discours à la jeunesse, prononcé au lycée d’Albi. Cette vertu ne lui a jamais manqué. Ecoutons-le, lors d’un ultime meeting pour la paix, à Bruxelles aux côtés de Rosa Luxemburg, le 29 juillet 1914 :
[Je] n’ai jamais hésité à assurer sur ma tête la haine de nos chauvins par ma volonté obstinée, et qui ne faiblira jamais, de rapprochement franco -allemand. »

Deux jours plus tard, la haine le tuait, la paix mourait avec lui.

Renaud Dély – Le Nouvel Observateur

(1)  » Le Grand Jaurès « , par Max Gallo, Robert Laffont, 1984.
(2)  » L’Histoire « , n° 397, mars 2014.
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Réactions

Gilles Breteau
Sortir de ce passé suranné et stérile: Jaurès n’a jamais gouverné, jamais rien fait d’autre que des discours creux jamais confrontés aux réalités, bref du pur Hollande

Charles Sabatier
Pauvre Mr DELY contraint semble-t-il de friser le ridicule en faisant de telles assertions .
Aucun des deux « politichiens » cités, n’est en mesure du charisme du premier auquel ILS voudraient tant ressembler .
Pour plagier vous auriez du écrire JAURES, « Cent ans de solitude », dans un monde ou les couleurs politiques ne sont JAMAIS garanties « GRAND TEINT ».

jackie largeaud
Comment les dirigeants du PS osent ils revendiquer l’héritage de JAURES?
Ils feraient mieux de se poser et trouver la réponse à la question que se posait Jacques BREL dans une de ses chansons  » demandez vous , belle jeunesse pourquoi ont ils tué JAURES ».
Nous aurions peut être une autre classe politique actuellement, s’ils avaient su répondre à cette question.
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« Il n’est pas si facile de récupérer l’héritage de Jean Jaurès »

Cent ans après la mort de Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914, l’historien Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes et coauteur avec Vincent Duclert de Jean Jaurès (Fayard, 688 p., 27 €), revient sur l’héritage très disputé, y compris à droite, de cette figure de gauche.

A quel moment l’héritage de Jaurès a-t-il commencé à être revendiqué et par qui ?

Dès le départ. Comme il meurt à la veille de la guerre, deux camps se constituent : ceux qui mettent en avant la défense nationale et ceux qui expliquent qu’il faut se défendre mais pas faire de la guerre un absolu, maintenir un langage internationaliste. Les socialistes essaient de transcender ces différences mais ne peuvent éviter, à la fin de 1920, la scission, avec la création du Parti communiste.

Par la suite, les premiers comme les seconds s’en réclament. Depuis l’effondrement des systèmes soviétiques, les communistes ont pleinement réinvesti la tradition jaurésienne et mettent l’accent sur son combat prolétarien qui vise des réformes sociales très étendues.

Lire aussi : Mélenchon, Valls, Aliot, Sarkozy… tous jaurésiens !

Les socialistes, eux, insistent sur le versant réformiste et évolutionniste de Jaurès, son humanisme serein. Il était à la fois un homme d’Etat et un rebelle. Certains aimeraient faire la synthèse entre les deux mais cette synthèse jaurésienne est art très difficile à réaliser.

Comment définir le socialisme du fondateur de la SFIO ? Ceux qui se réclament de la pensée socialiste aujourd’hui s’inscrivent-ils dans sa lignée ?

Pour ses contemporains comme pour lui, le socialisme signifie à terme la propriété sociale des moyens de production et d’échange. C’est une société où, estime Jaurès, il n’y aura plus d’injustice puisque tous les hommes seront appelés à profiter des richesses de la planète.

Est-ce toujours la ligne d’horizon ultime des socialistes ? A lire les déclarations de principe du PS, je n’en suis pas sûr. Aujourd’hui, pour nombre d’entre eux, il s’agit plutôt de corriger la société capitaliste que de la remplacer par une société socialiste.

Comment François Mitterrand a-t-il utilisé la figure de Jaurès ?

C’est un Jaurès assez classique, républicain, laïque. Revendiqué par les socialistes comme par les communistes, Jaurès a toujours été le parrain bénisseur des unions de la gauche. Mais Mitterrand s’inspirait peut-être davantage de Blum. Quand on est au gouvernement, c’est toujours plus difficile de se réclamer de Jaurès, qui n’a jamais été ni ministre ni décoré…

Jaurès reste le combattant, proche des mineurs de Carmaux, des paysans de Pampelonne tonnant contre les « lois scélérates » ou démontrant contre la justice militaire l’innocence de Dreyfus, manifestant contre l’exécution de Francisco Ferrer et prenant des coups avant d’être exfiltré. Il n’est pas si facilement récupérable par ceux qui sont du côté des institutions. Ce qui contribue peut-être à sa popularité !

Est-ce la raison pour laquelle François Hollande s’est fait huer en avril à Carmaux en présentant la figure d’un Jaurès réformiste ?

Les procès en légitimité de l’héritage de Jaurès sont anciens. Je ne crois pas que les habitants de Carmaux aient accueilli fraîchement le président de la République en lui reprochant sa présentation d’un Jaurès réformiste. Les critiques portaient sur une politique jugée inefficace et injuste, ce qui fait partie du débat démocratique normal.

Jean-Luc Mélenchon a, lui, critiqué cette visite, jugeant que François Hollande jouait « la version moderne de “J’irai cracher sur vos tombes” »…

Les historiens ne peuvent pas départager les uns et les autres en attribuant des brevets d’authenticité jaurésienne. Nous devons essayer d’analyser, de mettre en perspective. Le citoyen peut se demander si Jean-Luc Mélenchon est bien inspiré de jouer un remake des deux cortèges (l’un officiel, radical et socialiste, l’autre révolutionnaire et communiste) de la panthéonisation de 1924. Ne serait-il pas plus efficace de se concentrer sur le contenu concret de la politique présidentielle et sa critique éventuelle ?

Comment la droite, voire l’extrême droite, peut-elle également se revendiquer de cette figure de la gauche ? Cela ne contribue-t-il pas à le dépolitiser ?

Jaurès reste une référence assez faible à droite. Certes, Nicolas Sarkozy s’en est servi lors de sa campagne présidentielle de 2007 face à une gauche hésitante sur ses références et ses valeurs. Mais on a vu la limite : cinq ans plus tard, il n’en a plus du tout parlé. Nathalie Kosciusko-Morizet dira même que sa campagne de 2012 s’inspirait de Maurras !

A l’extrême droite, les nationalistes qui cherchent à incarner une certaine dimension plébéienne s’en servent parfois. Mais si on s’intéresse à Jaurès, à sa défense de la République, à ses combats pour l’émancipation et à son internationalisme, la contradiction apparaît vite. On ne récupère pas Jaurès si facilement.

Que vaut la pensée du député de Carmaux aujourd’hui, à une époque où la classe ouvrière n’est plus majoritaire ?

Avant 1914, la France est majoritairement rurale et la classe ouvrière n’est encore qu’une minorité. Jaurès ne parle pas seulement à la classe ouvrière. Son analyse de la société se réfère à l’exploitation du travail par le capital. C’est son terrain d’entente avec Marx mais il fonde le socialisme sur une revendication de justice qui dépasse la lutte de classe.

Il participe aussi sur le plan doctrinal et pratique de cette génération qui apporte au socialisme son ancrage rural. La France est habituée à avoir une définition large du monde ouvrier et c’était celle de Jaurès.

Et quelle que soit notre pensée sur la forme de la propriété ou de la société de l’avenir, le combat pour les droits, la dignité, l’émancipation des milieux populaires, ouvriers et autres, demeure d’actualité.

Selon vous, Jaurès est-il toujours cité comme une référence indépassable justement parce que certains de ses combats restent d’actualité ?

C’est ce que je crois. Même si la société a beaucoup changé, de nombreux problèmes du XXIe siècle émergent dès le début du XXe siècle. La mondialisation des échanges était déjà présente, tout comme les migrations de population. Il y a déjà un million d’étrangers dans la France de 1914. Pour Jaurès, c’est une question extrêmement importante et il se bat pour la défense des droits des travailleurs immigrés.

Il y a aussi quelque chose d’extrêmement moderne chez lui : sa façon de faire de la politique qui sort du cadre parlementaire. Son but : que tous les citoyens prennent en charge le débat politique. S’il y a une question qui se pose au XXIe siècle, c’est bien celle-ci.

Raphaëlle Besse Desmoulières

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François Hollande au Café du croissant

François Hollande doit présider jeudi 31 juillet une cérémonie d’hommage à Jean Jaurès au Café du croissant, rue Montmartre, dans le 2e arrondissement de Paris. Le chef de l’Etat déposera une gerbe et prononcera un discours en hommage à l’homme de Carmaux devant cet établissement qui vit, il y a tout juste cent ans, l’assassinat de Jaurès par Raoul Villain. Une plaque commémorative située sur la façade vient rappeler cet événement. La table sur laquelle s’affaissa alors le fondateur de L’Humanité, touché d’une balle à la tête, a depuis été classée monument historique et transférée à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), ville d’Albert Thomas, un proche de Jean Jaurès. La cérémonie devrait donner lieu à une bataille d’héritage. La maire de Paris, Anne Hidalgo, rendra aussi hommage au grand homme, en compagnie du maire du 2e arrondissement, l’écologiste Jacques Boutault. Les communistes, par la voix du directeur de L’Humanité et député européen, Patrick Le Hyaric, suivront. Ces derniers dénoncent la volonté des socialistes de se placer dans les pas de Jaurès. Enfin, ce sera au tour du premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, de déposer une gerbe.
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réactions

JR
N’oublions pas que le mot « socialisme » début XX ème siècle était celui de Marx. La scission du Parti Socialiste en 1920 en France donna une majorité qui s’appela « Parti Communiste » adhérant à la 3ème Internationale (léniniste), la minorité restant « Parti Socialiste » adhérant à la 2nde Internationale (celle des marxistes de 1886). Jaurès, de famille bourgeoise, défendit des idéaux très légalistes et absolument pas révolutionnaires ; d’où cette aspiration à une justice sociale.

bertrand
Ces  » grands hommes » (Jaures, comme Clemenceau, De Gaulle, etc…) ne regardaient pas derriere eux en permanence pour determiner leurs actions. Ces references au passe sont un symptôme du passéisme national, une recherche dans le passe d’un destin que nos politiciens ne savent pas dessiner.

Corrigez svp
Lu en Une, annonçant cet article : « Il y a cent ans, Jean Jaurès mourrait assassiné. » Il y a un « r » de trop. Cela a pour effet de transformer ce qui devrait être un indicatif imparfait en conditionnel présent ! Le sens obtenu, pour qui sait lire, est amusant… Ecrivez donc « mourait ». De là où il est, Jaurès vous en remerciera.

Remake idéologique
Qu’est-ce que les conseillers ne vont-ils pas inventer à l’Elysée ! Cent ans après il y a belle lurette qu’il n’y a plus d’héritage ( Mitterrand a d’ailleurs en son temps déjà utilisé le même truc ). Notre grand homme, le défunt Jaurès est seulement utilisé comme moyen politique de rassemblement de la gauche autour du gouvernement socio-libéral de Hollande … qui en a bien besoin.

L’usure du temps
Pas très instructif ni motivant de voir tous ces grands enfants de gauche prétendre récupérer l’héritage d’un patriarche dont les idées datent d’un siècle. Son modèle idéologique ne correspond plus aux mentalités de notre époque. Il est donc nécessaire de réinventer, tant au niveau national que mondial … mais réinventer quoi en définitive ?
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Pour Mélenchon, « Jaurès, c’est le contraire de Hollande »
Par LEXPRESS.fr

Invité sur RTL ce jeudi matin, Jean-Luc Mélenchon a établi une comparaison entre François Hollande et Jean Jaurès, 100 ans après la mort de ce dernier. Il a mentionné « un planqué de l’esprit » face à une « intelligence engagée ».
Pour Mélenchon, « Jaurès, c’est le contraire de Hollande »
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Jean-Luc Mélenchon a évoqué Jean Jaurès sur « RTL », à l’occasion du centième anniversaire de sa mort.
REUTERS/Charles Platiau

Jean Jaurès « est le contraire de François Hollande » et que tout l’échiquier politique se réclame de l’ancien dirigeant socialiste « est une autre manière de l’assassiner », a déclaré jeudi sur RTL Jean-Luc Mélenchon, 100 ans jour pour jour après sa mort.

« Jaurès, c’est pas Hollande. Ce n’est pas le baratin fumeux pour dire des mots qui veulent dire le contraire de ce qu’ils veulent dire et à la fin être pris par personne », a lancé le coprésident du Parti de gauche. « C’est le contraire de Hollande, a-t-il enchaîné, c’est une intelligence engagée, tandis que François Hollande, c’est avant tout un planqué de l’esprit. C’est quelqu’un qui cherche à (ne pas) aller au combat, à passer son temps à fuir ».
« François Hollande rabougrit tout ce qu’il touche »

« Il y a une phrase qui m’amuse de lui (Jaurès), a poursuivi Jean-Luc Mélenchon. On voit le goût un peu de la provocation que je peux partager avec lui. Il dit ‘je ne vais pas vous faire un discours en demi-teinte, nous sommes en 1793, c’est le printemps, moi je m’assoie à côté de Robespierre à la Montagne pendant la grande Révolution’. Vous imaginez François Hollande en train d’expliquer qu’il va s’asseoir à côté de Robespierre? Il n’a déjà pas le courage de s’asseoir à côté de Mélenchon. »

« Il ne faut pas, a-t-il dit, annuler l’esprit (de Jaurès) par la célébration » autour du centenaire de sa mort, le 31 juillet 1914, sous les balles d’un nationaliste fanatique français, à quelques heures du début du premier conflit mondial. « François Hollande rabougrit tout ce qu’il touche. Il touche la France, il la rabougrit. Il touche Jaurès, il le rabougrit et il le fait même changer de camp », a-t-il encore lancé.

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