Cent ans de la Première Guerre mondiale: La Bosnie commémore dans la division l’attentat de Sarajevo
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Vue prise le 14 janvier 2014 d’un pont de Sarajevo, près duquel le destin de l’Europe a basculé, le 28 juin 1914, avec l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François Ferdinand par le jeune nationaliste serbe bosniaque Gavrilo Princip Elvis Barukcic AFP

MONDE – L’auteur de l’assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche François-Ferdinand, le Serbe de Bosnie Gavrilo Princip, qui fit basculer le monde dans la guerre, divise Serbes et Musulmans…

«Héros» ou «terroriste»: cent ans après la perception de l’auteur de l’assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche François-Ferdinand est au cœur d’une polémique en Bosnie où est célébré ce samedi l’événement déclencheur de la Grand guerre.
Dirigeants absents

A Sarajevo, le centenaire du 28 juin 1914 sera marqué par un concert dans la soirée de l’orchestre philharmonique de Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois, que le jeune nationaliste Gavrilo Princip avait frappé en assassinant François-Ferdinand et son épouse Sophie.

Ce sera le point d’orgue d’une série de manifestations culturelles et sportives financées par l’Union européenne, mais dont les dirigeants seront les grands absents.

Les dirigeants serbes de Bosnie et de Serbie se retrouvent à Visegrad, en Bosnie orientale, où ils rendent hommage à Gavrilo Princip qu’ils considèrent comme un «héros».
Approche «révisionniste»

Dès l’annonce, il y a plus de deux ans, des commémorations européennes à Sarajevo, une ville majoritairement musulmane, les Serbes avaient refusé de s’associer à ces cérémonies, dénonçant une approche «révisionniste» de l’histoire qui qualifie Princip de «terroriste» et fait, selon eux, porter indûment sur les Serbes la responsabilité de la guerre.

«Ma motivation personnelle (pour organiser ces cérémonies) est de s’opposer à des tentatives venant d’Europe occidentale qui, en falsifiant l’histoire, veulent présenter le meurtre d’un tyran comme un acte terroriste», avait déclaré récemment le cinéaste serbe Emir Kusturica, maître des cérémonies pour l’occasion.

Joseph Zimet, directeur de la Mission du centenaire française chargée des commémorations, regrette l’absence des dirigeants serbes à Sarajevo. «Le projet qui se déroule à Sarajevo n’est pas une mise en cause ni de la Serbie, ni de la Republika Srpska. Ce n’est pas non plus un référendum sur Gavrilo Princip», a-t-il assuré.

A Sarajevo, où le souvenir de Gavrilo Princip est associé aux forces serbes ayant assiégé la capitale bosnienne pendant la guerre intercommunautaire, qui a fait près de 100.000 morts entre 1992 et 1995, les gens sont surtout indifférents à l’égard des cérémonies.

«Un événement qui s’est produit il y a un siècle ne provoque en moi aucune émotion. Les disputes insensées pour dire qu’il s’agit d’un terroriste ou d’un héros me dégoutent. Pourvu que ça passe», déclare Nermina Pobric, 36 ans, femme au foyer.

Pour Mme Gospa Petrovic, 68 ans, de Sarajevo-Est, la partie serbe de Sarajevo, «Gavrilo Princip est un héros du peuple serbe». «Tant que nous existons, on se souviendra de celui qui a donné sa vie pour son peuple. Il n’y a pas de martyr plus grand que lui».
C.P. avec AFP
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JDif
Ceux qui nient l’importance de l’histoire, en Bosnie comme en Ukraine, en sont pour leurs frais! Et ils sont malheureusement nombreux sans les sphères européennes. Quand on se laisse aveugler par son idéologie et qu’on refuse de voir la réalité, on n’est évidemment pas capables de trouver des solutions convenables aux problèmes qui se posent!

rogerrobert
En somme, 100 ans plus tard, rien de nouveau.
les mêmes causes produiront elles les mêmes effets ?

justforfun
Le même jour, le lèche-bottes de l’Allemagne était nommé chef de l’Europe par les présidents-carpettes d’angela. Drôle de concours de circonstances !

Toubab69
Il ne faut pas non plus exagérer, l’assassinat de Sarajevo a été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein, mais ce n’est pas, et de loin, la cause majeure du déclenchement de la première guerre mondiale.
La montée des nationalismes, la déliquescence des régimes politiques et les rivalités entre nations étaient déjà bien en place et suffisamment puissantes pour que cette guerre éclate. Sarajevo n’aura été que l’étincelle.

sebastienKB
« La montée des nationalismes, la déliquescence des régimes politiques et les rivalités entre nations étaient déjà bien en place et suffisamment puissantes pour que cette guerre éclate. »

Comme maintenant ?

JDif
Et aussi la montée en puissance économique de l’Allemagne qui inquiétait la France-Bretagne, et aussi les problèmes intérieurs de la Russie et de l’Autriche qui pouvaient penser qu’une victoire militaire raffermiraient leurs monarchies vacillantes… Bref, les raisons d’un conflit ne manquaient pas! Mais il en va presque toujours de même.
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28 juin 1914 : un assassinat, et un mois plus tard, la guerre

Il s’est écoulé un mois entre l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo et la déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie. Voici comment un complot obscur a débouché sur le suicide d’une civilisation.

1Dimanche 28 juin 1914 : un incroyable hasard

La guerre n’aura pas lieu : l’attentat de Sarajevo vient d’échouer. Nedeljko Cabrinovic a bien jeté sa bombe sur le coupé Gräf & Stift décapotable qui transportait l’archiduc François-Ferdinand et sa femme Sophie Chotek. Mais le sort est contre lui.

Le cortège suivait la berge de la rivière Miljacka sous le soleil de juin, acclamé par la foule massée le long du quai Appel. L’archiduc et son épouse pouvaient voir les minarets dressés sur le ciel bleu, les petites boutiques du bazar et leurs auvents de bois, les balcons de Sarajevo pavoisés aux couleurs de l’Empire austro-hongrois, les pentes des montagnes dominant la ville où s’étagent les grosses maisons bourgeoises et les cimetières de marbre blanc qui brillent dans la lumière.

Avec son casque à plume d’autruche, assis droit dans sa voiture découverte, François-Ferdinand est une cible facile. Mais, quand le chauffeur voit la bombe voler vers lui, il accélère. L’engin rebondit sur la capote repliée, roule sur la chaussée et explose sous la voiture suivante : Cabrinovic a manqué son coup.

Il avale du cyanure et se jette dans la rivière. La malchance le poursuit : le poison est éventé, il ne le tue pas ; la rivière est à sec, il tombe sur un banc de sable où la foule le capture. Plein de sang-froid, l’archiduc fait arrêter le cortège et descend de sa voiture pour aller voir les officiers blessés.
« Vous m’accueillez avec des bombes ! »

A l’hôtel de ville, il écoute le discours que le maire n’a pas eu le temps de corriger. Quand il entend : « Les habitants de Sarajevo accueillent Votre Altesse avec l’enthousiasme le plus grand… », il s’écrie : « Je viens ici à votre invitation, et vous m’accueillez avec des bombes ! » C’est le seul moment où il perd son calme.

Massif, imperturbable, rassurant sa femme, l’héritier du trône refuse d’annuler la suite de la visite. Il est venu en Bosnie pour établir un lien amical avec ses futurs sujets. On a beau le mettre en garde contre une autre tentative, lui rappeler que la date du 28 juin est mal choisie – c’est l’anniversaire de la défaite des Serbes face aux Turcs sur le « champ des merles », au Kosovo -, François-Ferdinand n’en démord pas.

Libéral, ouvert, il veut démontrer que les Bosniaques acceptent leur récente annexion à l’empire d’Autriche, que l’agitation entretenue par les nationalistes serbes de Bosnie est marginale, qu’il est l’ami des citoyens de Sarajevo.
Gavrilo Princip monte sur le marchepied et tire deux fois

Le cortège quitte la mairie. Pressé de conseils, l’archiduc a accepté un changement d’itinéraire. Le long du quai Appel, on ne tournera pas dans la rue François-Joseph, où d’autres conspirateurs ont pu se poster, on continuera le long de la Miljacka vers l’hôpital pour visiter les blessés. Par précaution, le comte Harrach se place sur le marchepied du côté de la rivière.

Mais le désordre s’est mis dans la délégation autrichienne. On oublie de prévenir le cortège du changement de route. A la hauteur de la rue François-Joseph, le chauffeur tourne à droite. On crie. Il s’arrête. La voiture n’a pas de marche arrière. On la pousse pour revenir sur le quai. A l’ombre d’un auvent où il attendait l’archiduc sans y croire, Gavrilo Princip comprend que la chance l’a servi. Il fonce sur la voiture, monte sur le marchepied et tire deux fois.

La première balle frappe Sophie au ventre, la deuxième coupe la veine jugulaire de l’archiduc.
Sophie, Sophie, ne meurs pas ! dit François-Ferdinand. Reste en vie pour nos enfants ! »

Harrach lui demande s’il souffre. Il répond : « Ce n’est rien. » Puis il s’effondre. Un mois plus tard, l’Europe est en guerre.
Du petit conflit balkanique à la guerre mondiale

Perpétré par un obscur terroriste dans une possession mineure de l’empire d’Autriche, cet attentat qui doit tant au hasard a déclenché un conflit mondial. Neuf millions de personnes seront tuées de 1914 à 1918 et vingt millions d’autres blessées à cause de ce petit confit balkanique dont elles ignoraient pour la plupart l’existence.

L’Europe sortira de la guerre exsangue, ravagée, martyrisée. Entre-temps, quatre empires se sont effondrés, un génocide a été commis (celui des Arméniens), la carte du continent a été bouleversée. Et le traité mettant fin aux combats porte en lui la promesse d’une nouvelle guerre, qui éclatera vingt ans plus tard.

Comment un crime secondaire a-t-il pu conduire au suicide d’une civilisation ? Comment une si petite cause a-t-elle pu produire de si grands effets ? Avec l’aide des historiens, notamment celle de Christopher Clark, auteur d’un formidable livre sur l’entrée en guerre (« Les Somnambules », 2013, Flammarion), il faut faire le récit de ce mois de juillet crucial : il gouverne encore notre histoire.

2Mardi 30 juin : ces damnés Serbes…

C’est le comte Berchtold, ministre des Affaires étrangères aux manières raffinées, petite moustache et immense fortune, qui va recueillir la réaction de l’empereur d’Autriche-Hongrie. François-Joseph est un vieil homme aux traits creusés et aux favoris blancs, qui règne depuis plus de soixante ans sur l’empire. Mis sur le trône en 1848 au milieu de la tourmente révolutionnaire, il a gouverné en autocrate, perdu une guerre contre la Prusse, admis le suffrage universel, et maintenu tant bien que mal un empire miné par les revendications nationales.

Son fils Rodolphe s’est suicidé à Mayerling, et sa femme Elisabeth, pleine de vie et d’insolence, « Sissi » la tant aimée, a été poignardée à Genève. Sur son bureau, l’empereur a placé une vieille horloge, un allume-cigare électrique dont il maîtrise mal le fonctionnement, et un buste de Sissi.

Voyant Berchtold, il se lève et serre longuement la main de son ministre pendant que des larmes coulent sur ses joues ridées. « L’Autriche est allée au bout de la patience », dit Berchtold. L’empereur acquiesce. Il n’aimait pas son neveu François-Ferdinand, héritier au caractère emporté et au visage fermé. Mais le courage dont l’archiduc a fait preuve à Sarajevo l’a transfiguré. Son assassinat est un défi lancé à l’empire des Habsbourg.
La petite Serbie veut devenir grande

Dans les Balkans, l’Autriche est en butte aux menées de la petite Serbie, qui veut devenir grande après s’être libérée du « joug ottoman ». Exaltée par la passion nationale, elle veut maintenant réunir dans le même Etat les Serbes dispersés dans les Etats voisins, notamment dans cette Bosnie-Herzégovine que l’Autriche a annexée en 1908.

Pour la presse viennoise, comme pour les journaux allemands, la cause de l’attentat est transparente : c’est le gouvernement serbe qui a armé les terroristes. Il mérite une sanction éclatante, faute de quoi l’empire ne sera plus respecté et courra à sa perte.

En Serbie et en Russie prévaut l’interprétation inverse : les sujets bosniaques opprimés par l’empire d’Autriche ont commis un crime compréhensible, qui exprime leur volonté d’émancipation. Belgrade n’y est pour rien. Dans les journaux serbes, on présente les assassins comme d’honorables patriotes, et les quelques mots de sollicitude qu’on peut lire envers les victimes sont noyés dans un flot de rhétorique nationaliste. Ulcéré, l’ambassadeur d’Autriche entend dans les rues de Belgrade des cris de joie et des chants patriotiques.
Saint-Pétersbourg veut contrer l’influence de Vienne

La presse russe emboîte le pas. Par solidarité slave, l’empire des Romanov se pose en protecteur naturel des peuples des Balkans. Il voit dans cette alliance le moyen pour la Russie d’étendre son influence vers les détroits qui donnent accès aux mers chaudes. Saint-Pétersbourg veut contrer l’influence de Vienne dans la région et encourage les irrédentismes slaves. Les journaux dénoncent eux aussi l’emprise autrichienne et excluent le complot serbe. Toutes représailles contre la Serbie seraient illégitimes et criminelles.

Le reste de l’Europe réagit peu. Cet incident balkanique est lointain, c’est l’affaire des Autrichiens, qui sont au contact de cet Orient compliqué de l’Europe. Même dans les pays qui voleront à son secours un mois plus tard, la Serbie n’est pas populaire. On juge sa vie politique barbare. Une décennie plus tôt, les souverains de Serbie ont été assassinés dans leur chambre et leurs corps mutilés, jetés dans le parc par un groupe d’officiers nationalistes.

Une nouvelle dynastie est née de ce crime sanguinaire. Les Serbes sont tenus pour des fauteurs de troubles plus ou moins arriérés, qu’on soutient pour de strictes raisons géopolitiques.
La France veut récupérer l’Alsace et la Lorraine

Elle aussi agitée de passion nationale, la France craint la montée en puissance de l’Empire allemand et veut récupérer ses provinces perdues en 1870, l’Alsace et la Lorraine. Elle a passé une alliance étroite avec la Russie, qu’elle finance à grands frais par des emprunts massifs. Pour consolider cette amitié franco-russe, qui permet de prendre l’Allemagne en étau, elle est prête à épouser les querelles du tsar, seraient-elles contestables.

L’opinion a les yeux ailleurs. Bientôt va s’ouvrir à Paris le procès d’Henriette Caillaux. Scandalisée par la publication de lettres intimes dans le grand journal conservateur « le Figaro », la femme du ministre des Finances a tué le directeur du quotidien, Gaston Calmette, à coups de revolver. L’affaire passionne les Français, qui ne prêtent guère attention à l’attentat commis dans une ville qu’ils seraient bien en peine de situer sur une carte.

En Grande-Bretagne, aussi bien, on n’a d’attention que pour l’affaire irlandaise et on discute avec acharnement du découpage des cantons de l’Ulster. Sarajevo est loin…
La nécessité des représailles

François-Joseph comprend la nécessité des représailles contre la Serbie. Mais, en vieux monarque avisé, il conseille la prudence. Il faut obtenir l’accord du comte Tisza, ministre de Hongrie, l’autre pilier de la double monarchie. Calculateur, énergique, retors, Tisza ne voit pas d’un bon oeil l’extension de l’empire en terre slave, qui rendrait les Hongrois un peu plus minoritaires dans l’Autriche-Hongrie.

François-Joseph veut surtout une assurance de l’Allemagne, seul soutien de Vienne dans cette Europe partagée en alliances hostiles : France, Russie et Angleterre d’un côté ; Allemagne et Autriche de l’autre. Et pour convaincre l’Allemagne il faut attendre les résultats de l’enquête de Sarajevo, qui doit prouver l’implication de la Serbie dans l’attentat.
3Mercredi 1er juillet : en attendant l’Allemagne

Il y avait sept conjurés sur le passage du cortège de l’archiduc à Sarajevo. Cabrinovic a lancé la première bombe, Princip a tué Sophie et François-Ferdinand. Les autres ont renoncé, gênés par la foule ou saisis par la panique. La police les a tous arrêtés. Ils sont passés aux aveux.

Etrangement, leur psychologie ressemble à celle des terroristes d’Al-Qaida. Ce sont de très jeunes gens exaltés par la cause nationaliste, sans liaison féminine, placés sous la coupe d’hommes plus âgés, tous membres d’une organisation secrète aux structures informelles, la Main noire, qui recrute dans la jeunesse serbe. A sa tête se trouve le colonel Dragutin Dimitrijevic, qui est aussi le chef des services secrets serbes. On le surnomme Apis, comme le dieu taureau égyptien, à cause de sa carrure massive et de son fanatisme. Apis a participé au meurtre des souverains dix ans plus tôt. Il a fondé la Main noire pour disposer d’une force d’attaque secrète, indépendante du gouvernement de Belgrade.

Le premier ministre serbe, Nikola Pasic, politicien madré à grande barbe blanche, se méfie de la Main noire et de ses sicaires. Mais il est accusé de mollesse et ne peut réprimer les groupes nationalistes qui pullulent dans son pays. S’il n’approuve pas leurs méthodes, il partage leur but ultime : la création d’une Grande Serbie qui dominerait la région. Apis a un adjoint, Tankosic, qui manipule un troisième homme, Ciganovic, lui-même au contact de Princip et de Cabrinovic, qu’il rencontre dans les cafés enfumés de Belgrade où l’on parle d’actes héroïques et de conspirations tortueuses.
L’assassinat doit causer une commotion, peut-être une guerre

Quand il a appris que François-Ferdinand venait à Sarajevo, Apis a décidé de frapper. L’assassinat de l’archiduc doit ébranler l’empire d’Autriche et causer une commotion, peut-être une guerre, dont la Serbie profitera. La Main noire se met en action. On confie aux jeunes volontaires un pistolet, une bombe ronde et noire munie d’un détonateur et une petite fiole de cyanure. Ils ont ordre de tuer l’archiduc et de se suicider aussitôt après.

Avec la complicité de gardes-frontières serbes, ils passent en Bosnie et se cachent dans Sarajevo. Ils vont méditer longuement sur la tombe de Bogdan Zerajic, un héros serbe bosniaque tombé jadis pour la cause. Puis, le jour venu, ils exécutent le plan, avec l’aide miraculeuse du hasard.

La police autrichienne n’a pas tout compris de la conspiration. Princip et Cabrinovic ont réussi à dissimuler une partie de la vérité. Ils se sont concertés d’une cellule à l’autre à l’aide d’un code sonore qu’ils ont appris dans un roman. Les policiers impériaux croient qu’ils ont affaire à une autre organisation, Narodna Odbrana. Ils ont le nom de Ciganovic, celui de Tankosic, mais ils n’ont pas pu remonter plus haut.

Certes, des gardes-frontières ont aidé les conjurés à pénétrer en Bosnie, certes, les armes viennent de Belgrade, certes, Tankosic est un officier de l’armée serbe. Mais il n’y a pas de preuve décisive de l’implication du gouvernement Pasic.
Il faut déclarer la guerre sur-le-champ

Pour les militaires autrichiens, pour le parti belliciste qui exerce une grande influence à Vienne, pour le bouillant chef d’état-major Conrad Von Hötzendorf, ces indices suffisent largement. Il faut déclarer sur-le-champ la guerre à la Serbie et punir ce petit Etat insolent. Paradoxalement, si le parti guerrier l’avait emporté à ce moment-là, on aurait sans doute évité la guerre.

La Serbie est largement discréditée par l’attentat, l’émotion est forte dans la région : une expédition punitive autrichienne n’aurait pas suscité grande opposition. La Russie n’est pas prête et mettrait des semaines à mobiliser ses troupes. Mais le comte Tisza émet des réserves, et l’empereur veut le soutien de l’Allemagne. On ne fera donc rien sans l’accord de Berlin. Lente et prudente comme son empereur, l’Autriche prend son temps.
4Dimanche 5 juillet : l’erreur de Guillaume

L’empereur d’Allemagne reçoit l’ambassadeur autrichien Szögyényi dans son immense château baroque de Potsdam. Il a quitté à la hâte son yacht et les régates estivales de la mer du Nord pour faire face à la crise. A 55 ans, Guillaume II est un souverain plein de fougue, handicapé par l’atrophie de son bras droit qu’il veut faire oublier par sa volubilité irrépressible et ses rodomontades. Il porte des moustaches en croc qui attestent sa virilité et possède des centaines d’uniformes qu’il porte selon les circonstances, vêtu en garde champêtre quand il part pour un pique-nique, en amiral quand il est à bord de son bateau. Son caractère changeant embarrasse souvent le gouvernement allemand.

Les autres souverains d’Europe, qu’il abreuve de discours interminables, ne sont pas loin de le tenir pour un raseur. Il est néanmoins intelligent, ambitieux pour son pays, promoteur d’une Weltpolitik qui doit porter l’Allemagne au premier rang des nations. Agressif, il sait aussi faire preuve de prudence. Il parle haut quand se profile une crise, mais descend de plusieurs tons dès que la vraie guerre menace.
Le gouvernement allemand croit à une guerre rapide et localisée

Avant le déjeuner, il reçoit l’ambassadeur qui lui tend une note du gouvernement autrichien réclamant des sanctions contre la Serbie et une lettre personnelle de François-Joseph sollicitant son soutien. Guillaume II ponctue sa lecture d’exclamations et assure aussitôt son hôte de son entière sympathie. Il attend de l’Autriche une réaction prompte et énergique. A ce stade, il croit à un conflit restreint et encourage ses alliés à la fermeté, eux qui ont si souvent fait preuve d’une excessive pusillanimité.

Un peu plus tard, il réunit un conseil des ministres, qui prévoit une guerre limitée de l’Autriche contre la Serbie. Et les Russes ? Ils ne bougeront pas, pensent les Allemands. La Serbie s’est mise dans son tort, et l’armée russe n’est pas prête. L’appui de l’Allemagne à l’Autriche la dissuadera d’intervenir. Le lendemain, Guillaume II repart sur son yacht pour une croisière le long des côtes de Norvège. Il interdit tous préparatifs militaires. C’est à l’Autriche d’agir, vite et bien.

Plus tard, Français et Anglais interpréteront cette attitude comme un blanc-seing délivré par l’Allemagne à l’Autriche. On en déduira la responsabilité de l’Allemagne dans le déclenchement du conflit. En encourageant l’Autriche à la fermeté, Guillaume II aurait précipité l’affrontement qu’il voulait secrètement.

En fait, l’affaire est plus complexe. Le gouvernement allemand croit à une guerre rapide et localisée. Il n’imagine pas, à ce stade, que la Russie se mette en travers, et encore moins que la France et l’Angleterre puissent s’en mêler. A ses yeux, cette affaire balkanique ne quittera pas les Balkans…
5Mardi 14 juillet : « Herr Jaurès »

Après d’interminables discussions secrètes, le gouvernement autrichien arrête sa position : on rédigera une note comminatoire à l’égard de la Serbie, qui aura quarante-huit heures pour répondre. Tisza demande que l’ultimatum ne comporte pas de clause trop humiliante qui obligerait la Serbie à le refuser. Le parti de la guerre, au contraire, veut un texte impossible à accepter. On entame la rédaction de la note en prenant son temps.

Le 19 juillet commence une visite officielle du président de la République et du président du Conseil français en Russie. Il ne faut pas que les deux alliés puissent se concerter pour répondre à l’ultimatum autrichien. On attendra le départ des Français. Avant cela, tout restera secret. Ainsi, dans l’Europe qui passe un été tranquille, le mécanisme infernal est lancé.
La guerre s’infiltre en Europe

A l’insu des opinions, dans les coulisses des chancelleries, alors que les principaux responsables des nations européennes sont en vacances, à l’instar de Guillaume II qui a jeté l’ancre dans un sombre fjord de Norvège, la guerre s’infiltre en Europe comme une bête silencieuse venue des profondeurs.

Un homme a pressenti le malheur. Au congrès du Parti socialiste qui se tient à Paris, Jean Jaurès a fait voter une motion qui prévoit  » la grève générale ouvrière simultanément et internationalement organisée », en cas de guerre. Le lendemain, la presse nationaliste appelle au meurtre du tribun socialiste, qu’elle nomme « Herr Jaurès » et à propos duquel Charles Maurras écrit dans « l’Action française » : « Jaurès, c’est l’Allemagne. »
6Jeudi 16 juillet : notre ami Nicolas

Sur le cuirassé « La France », Raymond Poincaré et René Viviani voguent vers la Russie en contemplant les vagues argentées de la mer du Nord. Poincaré, président de la République, est un Lorrain froid à la barbichette blanche et aux lunettes cerclées d’acier, patriote viscéral, conservateur et calculateur, persuadé qu’il faudra un jour en découdre de nouveau avec l’Allemagne pour reprendre les provinces perdues.

Viviani, président du Conseil, est un orateur passionné, socialiste indépendant, anxieux et fébrile, qui sent la crise monter et ne peut se résoudre, en humaniste de gauche, à la guerre européenne. Poincaré est effaré par son ignorance en politique étrangère. Sur le pont, ils font les cent pas, l’un enseignant à l’autre les bases de la sécurité française.

Face à l’Allemagne ambitieuse qui s’arme à grande vitesse, il faut une alliance de revers qui complète l’Entente cordiale établie avec l’Angleterre. Venu de l’est, le « rouleau compresseur russe » assurera la défaite des empires centraux en cas de conflit. Prévu de longue date, le voyage a pour objet de consolider l’alliance. Et, pour consolider l’alliance, il faut se tenir aux côtés du tsar Nicolas II dans la crise balkanique.
7Lundi 20 juillet : la prophétie d’Anastasia

Le cuirassé « La France » entre dans l’embouchure de la Neva, dans le bruit des canons de parade et les accents des fanfares. Il jette l’ancre au milieu de l’estuaire, et le tsar vient accueillir ses visiteurs sur son yacht, l' »Alexandria ». Nicolas II est un bel homme aux traits réguliers et à la barbe taillée droit. Il est monté sur le trône de toutes les Russies en 1894, bien qu’il n’aime guère le pouvoir et aspire à une vie familiale et paisible. A 16 ans, il est tombé amoureux d’Alix de Hesse-Darmstadt, 12 ans, dont il fera l’impératrice Alexandra Fiodorovna.

Sous le règne de Nicolas II, la Russie se développe, les paysans s’enrichissent et l’industrie prend son essor. Mais le régime est miné par l’agitation révolutionnaire : en 1905, il a failli succomber avant de se reprendre. Bien secondé par ses ministres, au premier rang desquels Stolypine, le tsar se maintient par un mélange de concessions libérales et d’accès autocratiques. Son fils Alexis lui cause de cruels soucis : il est atteint d’hémophilie.
L’angoisse de la guerre

Nicolas II est le petit-fils de la reine Victoria d’Angleterre et le cousin de l’empereur Guillaume II . Il répugne à tout conflit militaire, mais il doit tenir le rang de la Russie et poursuivre son oeuvre d’expansion vers le sud, notamment dans les Balkans. L’alliance avec la France le garantit contre l’Allemagne et lui permet de tenir la dragée haute à l’Autriche-Hongrie dans le monde slave.

Au cours de la visite, Poincaré et Nicolas II s’entretiennent des affaires du monde. Les liens s’affermissent et les promesses d’assistance en cas de conflit se multiplient. La routine, pour les deux hommes engagés dans une alliance de long terme. Mais, au moment où l’ultimatum autrichien à la Serbie est en préparation, ces déclarations générales prennent un sens immédiat. Miné par l’angoisse de la guerre, sans doute submergé par le poids de ses responsabilités, Viviani est victime d’une crise nerveuse. Lors d’un déjeuner officiel, il reste dans son coin et bougonne à haute voix, éructant et agité, jusqu’à embarrasser l’assistance.

C’est Poincaré, impavide, qui reçoit l’ambassadeur d’Autriche et lui délivre un avertissement solennel resté célèbre :
La Serbie a des amis très chauds dans le peuple russe. Et la Russie a une alliée, la France. Que de complications à craindre ! »

Le soir du 22 juillet, pendant le dîner officiel, Anastasia, princesse de Monténégro, mariée au grand-duc Nicolas Nikolaïevitch, montre aux Français une bonbonnière qui renferme un peu de terre de Lorraine. Elle déclare d’une voix perçante et joyeuse :
La guerre va éclater… Il ne restera rien de l’Autriche… Nos armées se rejoindront à Berlin… Vous reprendrez l’Alsace et la Lorraine. »

La visite devait être protocolaire. Dans la chaleur des discussions, elle se transforme, sans que les partenaires l’aient vraiment compris, en soutien total à la Russie dans la crise balkanique.
8Jeudi 23 juillet : l’ultimatum

Russes et Français se réunissent pour un dîner d’adieu sur le pont de « La France ». Viviani s’est repris. Après tout, il est président du Conseil. C’est lui qui détermine la politique du pays. Il veut ménager les chances de la paix. Il s’est accordé avec Sazonov, le ministre russe des Affaires étrangères. On sait qu’un ultimatum se prépare. On demandera aux ambassadeurs des deux pays de transmettre à l’Autriche un message de modération.

L’ambassadeur anglais accepte de faire de même. Et, dans la rédaction du communiqué commun, Viviani impose une formule floue qui n’engage pas la France à suivre la Russie dans l’affaire des Balkans. On rédige avec prudence. Mais la presse russe interprète la note comme une déclaration de fermeté. En le quittant, le tsar dit à Poincaré : « Cette fois-ci, nous devons tenir bon. »
Partie de poker

Ainsi, dans la partie de poker qui se joue, chacun bluffe et croit qu’une démonstration de fermeté forcera l’autre à abandonner sa mise. L’Allemagne pense dissuader la Russie en promettant son soutien à l’Autriche ; la France pense dissuader l’Autriche en affichant sa solidarité avec la Russie. Forte de cet appui, la Russie se dispose à secourir la Serbie. L’engrenage tourne de plus en plus vite.

Car, à cette heure précise, la crise se précipite. Quand « La France » met le cap sur la haute mer, les Autrichiens transmettent leur ultimatum à la Serbie. Wladimir Giesl, l’ambassadeur autrichien, est reçu par Lazar Pacu, ministre de Nikola Pasic parti en campagne électorale loin de Belgrade. Il lui tend un document de deux pages et exige une réponse dans les quarante-huit heures.

Pacu répond que les ministres sont absents et que le délai est trop court. Giesl réplique : « Au temps du chemin de fer et du télégraphe, dans un petit pays comme la Serbie, le retour des ministres est une question d’heures. » Pacu dit qu’il n’est pas en mesure d’accepter la note. Giesl répond qu’il la laissera sur le bureau et partira. Pacu prend la note. Ils se séparent sans un mot.
Silence de mort

Réunis à la hâte, les ministres présents à Belgrade lisent le texte dans un silence de mort. Personne n’ose parler. C’est le ministre de l’Education qui se lève, arpente la pièce et dit : « Nous n’avons pas d’autre choix que de nous battre. » L’ultimatum est implacable. Il accuse en préambule le gouvernement de Belgrade d’avoir fomenté l’attentat. Suivent dix points qui sont autant de coups de poignard.

Les trois premiers exigent la suppression des journaux irrédentistes et de toute propagande anti-autrichienne. Les points 4, 6 et 8 réclament des actions contre les personnes impliquées dans l’attentat, y compris les militaires serbes. Le point 7 est encore plus précis : il exige l’arrestation d’urgence du major Tankosic et de Ciganovic. Le point 9 demande des explications sur les « inadmissibles propos tenus par les responsables serbes après l’attentat ». Le point 10 demande la notification officielle, sans retard, des mesures prises.

Les points 5 et 6 sont les plus humiliants. Le 5 exige que Belgrade accepte la « collaboration en Serbie des organes du gouvernement impérial et royal [d’Autriche-Hongrie] dans la suppression du mouvement subversif dirigé contre l’intégrité territoriale de la monarchie ».
« Document insolent »

Le point 6 prévoit que « des organes délégués à cette fin par l’Autriche-Hongrie prendront part aux recherches » sur d’éventuelles complicités en Serbie. La police autrichienne enquêterait donc en Serbie, au mépris des règles élémentaires de la souveraineté des Etats.

Quand il lit l’ultimatum, le ministre des Affaires étrangères britannique, lord Grey, s’écrie :
Je n’ai jamais vu jusqu’ici un Etat adresser à un autre Etat un document d’un caractère aussi terrible. »

Et Winston Churchill, premier lord de l’Amirauté, de dire : « C’est le document le plus insolent de son espèce qui ait jamais été rédigé. »
9Vendredi 24 juillet : « Une étrange lumière… »

Le lendemain, le gouvernement de Belgrade se réunit à 10 heures pour examiner la note. A la réflexion, la mort dans l’âme, les ministres penchent pour l’acceptation de l’ultimatum ; ils craignent une guerre désastreuse contre l’Autriche-Hongrie. Hésitants, terrifiés, ils télégraphient au gouvernement russe.

A 15 heures, au palais de Krasnoïe Selo, le tsar réunit un conseil des ministres. On est encore dans l’atmosphère qui a présidé à la visite française. Sazonov dit qu’il condamne l’ultimatum autrichien « avec dégoût » et qu’aucun Etat ne peut accepter de telles conditions sans « commettre un suicide ».

Le ministre de l’Agriculture se lance dans une longue diatribe belliciste. Ce sera la fermeté. On demande un délai à l’Autriche, on conseille un retrait de l’armée serbe à l’intérieur pour gagner du temps. Et surtout on décide une mobilisation partielle dans les régions d’Odessa, Kiev, Kazan et Moscou, donc loin des frontières, en signe de retenue.
Quelle est la position britannique dans la guerre des Balkans ?

A Londres, le cabinet se réunit autour du Premier ministre, Herbert Henry Asquith, pour discuter du découpage des comtés de l’Ulster. Mais lord Grey pose la question brûlante : quelle est la position britannique dans la crise des Balkans ? Il ne veut pas de guerre, sauf si la Belgique était attaquée. Il propose une médiation à quatre puissances.

Plus tard, Churchill écrira : « Les communes de Fermanagh et de Tyrone s’effacèrent dans les brumes et les tempêtes de l’Irlande et, peu à peu, une étrange lumière se mit à tomber sur la carte de l’Europe. »
10Samedi 25 juillet : le revirement serbe

Cette fois, la crise est ouverte, menaçante. L’ultimatum expire le soir même à 18 heures. Dans quelques heures, donc, si la Serbie ne se rend pas, la guerre avec l’Autriche éclatera. La logique voudrait que Belgrade cède. L’armée serbe n’est pas en mesure de battre les forces autrichiennes. Quant aux « Puissances », aucun intérêt vital pour elles n’est en jeu. Les Serbes sont considérés comme des demi-voyous dans le jeu international. On est prêt à accepter leur humiliation.

Lord Grey propose de repousser l’ultimatum pour laisser la place à la diplomatie. Il suggère une médiation entre l’Autriche et la Russie. La crise va-t-elle se résoudre comme celles qui l’ont précédée, dans un va-et-vient de négociations serrées et complexes ? Non : la Russie a choisi la fermeté. Ainsi, le bluff autrichien a échoué. Sans la Russie, la Serbie aurait plié. Mais contre toute attente, confortée par la visite des Français, la Russie reste ferme.
Les ministres se précipitent vers la gare

Du coup, le gouvernement serbe change d’avis. Il se préparait à accepter les dix conditions ; il émet maintenant des réserves sur six d’entre elles et refuse la clause essentielle, la participation de la police autrichienne à l’enquête en Serbie. On cherche à affiner la réponse pour montrer qu’on est prêt à des concessions, tout en maintenant le principe de la souveraineté du pays. La rédaction dure, avec rajouts, corrections et ratures.

On veut taper le texte à la machine, mais la machine ne marche pas. On l’écrit à la main. A 17h45, le ministre Gruic remet le texte sous enveloppe à Pasic. La dernière version est encore biffée çà et là. Gruic ne veut pas porter la réponse. Pasic dit : « J’irai moi-même. » Pendant ce temps, les ministres se précipitent vers la gare pour se replier loin de Belgrade.

Le Premier ministre part, à pied, dans les rues de Belgrade vers l’ambassade autrichienne. Il fait beau, les passants se promènent, insouciants. Pasic arrive à l’ambassade. Introduit, il remet le texte à Giesl à 17h55.
Une partie des exigences sont acceptées, dit-il. Pour le reste nous nous en remettons à votre loyauté et à vos sentiments chevaleresques d’officier autrichien. »

Giesl parcourt le texte. L’acceptation n’est pas totale. Il annonce qu’il quitte Belgrade et rentre en Autriche avec tout le personnel de l’ambassade.
11Dimanche 26 juillet : chaque jour compte

A l’annonce du rejet de la réponse serbe, on voit des scènes d’enthousiasme à Vienne et à Berlin. C’est Bethmann-Hollweg, le chancelier allemand, qui réagit le premier. Il fait dire par ses ambassadeurs que les mesures prises en Russie peuvent être considérées comme une menace envers le Reich. Si elles étaient maintenues, elles forceraient l’Allemagne à mobiliser, ce qui conduirait à la guerre. On pouvait croire que la crise se limiterait à une expédition contre la Serbie. La réaction russe, suivie de la réaction allemande, montre qu’il n’en est rien.

Les responsables civils n’ont pas bien saisi la logique des plans militaires. Elle est implacable. Les armées deviennent massives, leur armement est terrifiant, la rapidité de mobilisation est un facteur essentiel. Celui qui mobilise le premier prend un avantage qui peut devenir décisif. Pour les états-majors, chaque jour compte. Les mesures russes communiquent la fièvre aux généraux allemands.
12Lundi 27 juillet : la guerre, donc…

Tapie dans l’ombre, comme l’assassin qui attend son heure, la guerre va-t-elle finalement reculer ? Sur « La France », Viviani veut calmer le jeu. Pour ne pas risquer d’incident avec l’armée allemande, il ordonne aux troupes françaises de se retirer à dix kilomètres de la frontière. A Berlin, Guillaume II, rentré de sa croisière, lit la réponse serbe à l’ultimatum et clame sa satisfaction. Dans son journal, il écrit : « C’est un brillant résultat, un grand succès pour Vienne, il fait disparaître toute raison de guerre. » Ainsi les plus hauts responsables français et allemands inclinent soudain au compromis.

Mais, à Vienne, le vieil empereur François-Joseph, pressé par ses généraux, assiégé par ses ministres, a cédé au parti belliciste. Dans son bureau qui domine la Vienne pacifique, créative et bouillonnante que décrira Stefan Zweig dans « le Monde d’hier », une grande plume oscillant dans sa main tremblante, il signe le lendemain la déclaration de guerre à la Serbie. Le destin bascule.

Laurent Joffrin – Le Nouvel Observateur
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Thierry Moreno
Voir entre autres l’ouvrage de Max Gallo :  » 1914.Le Destin du Monde « …

André-Gérard Holvec
J’ ai lu avec grand plaisir cet article et je remercie Mme Sandrine Moreau pour ces commentaires qui seraient à inclure à ce texte .
En fait il n’ y a eu qu’ une seule guerre mondiale le siècle passé et celle-ci, commencée en 1914 ne s’ est terminée qu’ en 1945 .

Sandrine Moreau
2
l’état en guerre achète des armes en empruntant auprès de la BDF PRIVEE (200 familles) ,
Il s’agit de création monétaire classique, le pret bancaire est de l’argent créé qui va dans les poches de l’industrie d’armement.
L’état doit rembourser (le symétrique de la création , soit la destruction d’argent) à la BDF , avec de l’argent récupéré par des impots. On demande aux paysans un effort de guerre après leur avoir pris leurs fils, des salaires rognés, des cadences plus importantes , il faut sauver la patrie , etc refrain matraqué par la presse privée et soviétiquement unanime sur la question.
Mais je dois surement me tromper, il va bien se trouver un journaliste sur ce site, ou Mr Lordon pour dire que tout cela est un tissu d’anerie…. Peut être qu’en allant vérifier les comptes de Schneider (Le Creusot), ou Renault avant 14 et après 18 on constatera une diminution des fortunes …. Ou que la BDF privée pretait sans interet….

Sandrine Moreau
1
Mr Joffrin ressort la version officielle , l’affreux et implacable enchainement d’alliances la mécanique funeste aboutissant à la misère et au martyr pour l’Europe.
Version qui omet toujours de parler d’argent.
Le modèle économique de la guerre, systématiquement et soviétiquement écarté du débat par les médias, les livres d’histoire, révélant ainsi une formidable arnaque , la face cachée de la république , du libéralisme , est un modèle de consommation tout à fait classique et juteux. On produit des biens de consommations , obus, canons, etc…achetés à des industriels privés. Plus la guerre dure , plus on en vend, plus les actionnaires des marchands d’armes s’enrichissent. On peut à ce propos observer que les américains ont fourni les 2 camps en pétrole. Ils avaient donc bien intégré ce modèle économique de consommation et d’enrichissement durable.
Il faut aussi parler de la banque de France qui comme son nom ne l’indique pas est une banque privée….

Gilles Breteau
Et on donne même instruction à l’artillerie de ne pas détruire l’usine qui est de l’ordre coté du front bien qu’on sache qu’elle tourne pour l’appareil de guerre allemand..
Toutes les guerres ne sont que des histoires de gros sous qui tournent mal

Fred Dassert
Quelles étaient les alliances en 1914 !L’Autriche Hongrie est alliée à l’Allemagne mais la France n’est elle pas alliée à la Serbie !Si on prend la France et l’Allemagne qui a declaré la guerre l’un à l’autre !La France declare la guerre à l’Autriche et tous les accords diplomatiques de defenses mutuels s’enclenchent .On notera qu’en 1940 ,c’est bel et bien la France qui declare la guerre à l’Allemagne pour son agression en Pologne qui a un traité de defense mutuel avec la France et l’Angleterre .Il ne faut pas oublier que la Russie aussi a envahie l’autre moitié de la Pologne ce qui aurait dut amener une declaration de guerre conjointe franco-anglaise contre elle ? Mystere ,pourquoi ça ne c’est pas fait ………..

Ahmed Mouhlay
Juste une petite mise au point : la déclaration de guerre c’était en 1939.

buenaventura danyal
Une guerre voulue et désirée par les banquiers et industriels !!!!!!!!
et qui a payé l’addition ??? le peuple d’en bas ……

Julien Briere
ce n’était qu’un prétexte pour résoudre des conflits d’intérêts capitalistes et impérialistes ; s’il n’y avait pas eu cet attentat ,ils en auraient trouvé un autre
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Ces étés qui ont marqué l’histoire : 1914, un attentat suivi d’une Guerre mondiale

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L’archiduc François-Ferdinand et son épouse, quelques minutes avant leur assassinat, le 28 juin 1914, à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) AFP

HISTOIRE – L’été n’est pas toujours une saison où l’actualité est elle aussi en vacances…

L’été est régulièrement une période creuse pour l’actualité. Une saison creuse où les sujets sur les vacances alternent avec la météo à la une des médias. Mais parfois, les événements, diplomatiques, criminels ou climatiques, se bousculent pendant cette seule période estivale, voire au-delà, et marquent à jamais l’histoire. 20 Minutes revient sur cinq étés marquants des cent dernières années.

Notre série commence il y a presque 100 ans, en 1914, avec un été qui changera l’histoire mondiale à jamais. L’Europe est alors un baril de poudre dont la mèche se trouve dans les Balkans. Fort d’un nationalisme exacerbé, la Serbie réclame au royaume d’Autriche-Hongrie la Bosnie-Herzégovine, où la population est à majorité serbe.
Le 28 juin, la mèche prend feu

Et c’est au début de la saison estivale, le 28 juin, que la mèche prend feu. L’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, est en visite à Sarajevo, la capitale de Bosnie-Herzégovine, avec son épouse. Ils sont attendus par un groupe de jeunes nationalistes serbes qui, après de multiples rebondissements, parviennent finalement à les assassiner en pleine rue.

L’occasion est trop belle pour Vienne de répliquer par la force aux agitations nationalistes serbes en Bosnie, fomentées depuis Belgrade. Profitant de l’aval donné par son puissant voisin et allié allemand, l’Autriche-Hongrie adresse le 7 juillet un ultimatum à la Serbie qui lui impose notamment la présence d’enquêteurs autrichiens sur son territoire afin d’enquêter sur l’attentat de Sarajevo.
«Je m’engage sur le chemin que m’indique mon devoir»

Trouvant cette dernière condition «inacceptable», la Serbie, soutenue par le géant russe, y répond le 25 juillet par un refus catégorique. Trois jours plus tard, l’empereur et roi François-Joseph 1er déclare, «la conscience tranquille», une guerre préventive à Belgrade. L’engrenage peut alors commencer et lancer ce qui sera la Première Guerre mondiale.

La Russie ne veut pas lâcher son «petit frère serbe» et le Tsar Nicolas II ordonne la mobilisation générale le 30 juillet. L’entrée de Moscou va considérablement changer la donne. Le jeu des alliances conclues par les différentes grandes puissances au début du siècle entraîne de facto la France, alliée de la Russie, et l’Allemagne, alliée de l’Autriche-Hongrie, à se mobiliser à leur tour et à se déclarer la guerre durant les jours qui suivent.
Des états-majors va-t-en guerre

Bien que les gouvernements français et allemand aient fait preuve d’hésitation, ne se sentant pas vraiment concernés par le problème balkanique, leurs états-majors sont particulièrement chauds pour en découdre et ont finalement obtenu satisfaction. Le jour-même de sa mobilisation générale, le 1er août, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie et à la France deux jours plus tard.

Pas non plus très motivée dans un premier temps, mais membre de la Triple Entente, la Grande-Bretagne finit par s’inquiéter du péril à venir et déclare la guerre à l’Allemagne le 4 août. La «bataille des frontières» s’ouvre alors avec, ce même jour, le début de l’invasion de la Belgique par l’armée allemande, conformément au plan Schlieffen. Le 6 août, les premières offensives françaises ont lieu en Alsace, sous occupation allemande depuis la guerre de 1870, et en Lorraine.

Mais ce sont les forces allemandes qui vont enchaîner les succès sur le front Ouest et Est. Le 22 août, elles pénètrent en France, à Lunéville. La fin de l’été sonne l’heure de la «Grande retraite» pour les troupes alliées. Le 2 septembre, les Allemands sont à 45km de Paris et le gouvernement français part se réfugier à Bordeaux. Le conflit tourne ensuite à l’affrontement direct avec, les semaines suivantes, la première bataille de la Marne et la «Course à la mer» avant la guerre des tranchées, emblématique de la «Grande Guerre» qui durera quatre étés de plus.
Corentin Chauvel
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zipza
L’attentat n’était pas qu’un prétexte : les pays républico-nationalistes France, Angleterre, Russie défendait le droit des peuples à fonder leur nation (avec une géométrie variable très hypocrite…), contre les pays dynastico-impériaux empire Allemand, Austro-Hongrois, Turc, qui défendait le droit du souverain à hériter des terres conquises.

Cet antagonisme à des racines très profondes liées à la dichotomie du pouvoir européens entre religion et souverain, puis entre catholique et protestant avec pour finir la conflagration générales de la révolution Française où le peuple guillotinat outre son roi, sa femme, fille soeur et cousine des dynastico-impériaux.

La création de l’Italie par les nationalistes avec le soutien de de la France « régicide » au dépend de l’empire et du pape datait de 50 ans, une blessure vive et fraiche… comme la perte de l’Alsace-Lorraine…

Dans ces conditions, l?assassinat du FILS de la dynastie austro-hongroise par des nationalistes que l’on pouvait soupçonné d’être armé par les républico-nationalistes comme hier l’URSS avec les PC et les USA avec les pustch de Généraux, est tout sauf un prétexte, c’est bel et bien un casus belli entre deux blocs irréconciliables !
Mais chut, il ne faut surtout pas rappeler que les guerres ont une histoire très humaine, et devant la catastrophe, il est si facile d’invoquer le hasard et la faute à pas de chance, si ce n’est celle du perdant…

Ankou29
L’article le précise bien « l’Europe est alors un baril de poudre »

Nonor3
La façon dont sont présentées les choses est assez fausse… Comme si un évènement avait par un hasard de circonstance déclenché une guerre mondiale… Les tensions étaient vives entre tous les pays, et depuis de nombreuses années s’étaient petit à petit mis en place les conditions du déclenchement d’une guerre mondiale. l’assassinat du 28 juin n’est qu’une étincelle mettant le feu aux poudres accumulées depuis longtemps, ce n’est même qu’un prétexte pour les principaux acteurs de cette guerre qui n’attendaient que ça… Certains ouvrages sur ce sujet osent même directement affirmer que c’était un coup monté de toute pièce par l’Allemagne pour déclencher (enfin) les hostilités.

wednesdaysalon
Vietnam, Indochine, guerre mondiale et j’en passe, loin de prendre parti de tel ou de tel, l’histoire est écrite par les vainqueurs…

EnRoutePour2017
Merci 20minutes…elefantomas a raison!
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Ces étés qui ont marqué l’histoire : 1944, la Seconde Guerre mondiale théâtre de reconquêtes décisives
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Photo prise le 28 août 1944 de l’armée américaine défilant sur les Champs-Elysées à Paris, après la libération de la capitale AFP

HISTOIRE – L’été n’est pas toujours une saison où l’actualité est elle aussi en vacances…

L’été est régulièrement une période creuse pour l’actualité. Une saison où les sujets sur les vacances alternent avec la météo à la une des médias. Mais parfois, les événements diplomatiques, criminels ou climatiques, se bousculent pendant cette seule période estivale, voire au-delà, et marquent à jamais l’histoire. 20 Minutes revient sur cinq étés marquants des cent dernières années.

Notre série se poursuit en 1944, lors d’un été qui s’avérera décisif dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale, notamment en Europe, sur le front Ouest, et dans le Pacifique. L’Allemagne et ses alliés sont à bout de souffle à la fin depuis l’année précédente, notamment sur le front Est, et les trois grandes puissances américaine, britannique et russe, représentées par Roosevelt, Churchill et Staline, ont déjà commencé à planifier le futur lors d’une première réunion à Téhéran (Iran) en novembre 1943.
A l’assaut du Mur de l’Atlantique

Au printemps 1944, sur le front Ouest élargi, l’Afrique du Nord est sous le contrôle des Alliés qui ont également bien entamé leur conquête de la péninsule italienne. Mais pour rallier Berlin, il faudra s’attaquer au Mur de l’Atlantique et c’est le 8 mai que la date de l’Opération Overlord est fixée: le 5 juin, paré pour une offensive estivale.

C’est finalement le lendemain, à l’aube, que plus de 130.000 soldats, à majorité britanniques et américains, débarquent sur les plages de Normandie, ajoutés à la dizaine de milliers déjà parachutés au cours de la nuit. Des millions d’autres suivront dans les semaines à venir.

Si les Allemands s’attendaient un jour ou l’autre à une tentative de débarquement sur le front Ouest, d’où la construction d’importantes défenses le long des côtes françaises, la surprise est bel et bien là. C’est plus au nord, dans le Pas-de-Calais, que les Alliés étaient attendus. Cependant, les soldats de la Wehrmacht opposent une forte résistance, bien soutenus par les blindés SS, dans une lutte sans merci qui durera dix semaines.
Résistance coriace des Allemands

L’objectif principal des Alliés en Normandie, Caen (Calvados), ne sera atteint et libéré qu’au début de l’été, le 10 juillet, et ce n’est qu’à la fin du mois que la percée d’Avranches (Manche) permettra enfin à leurs troupes de faire plier définitivement la défense allemande en Normandie. Pendant ce temps, en Allemagne, l’Opération Walkyrie, destinée à assassiner Hitler, échoue le 20 juillet.

Les choses iront beaucoup plus rapidement le mois suivant en France. La Bretagne est libérée lors des premiers jours d’août et le 15, un nouveau débarquement a lieu cette fois en Provence, menant à la libération de Nice (Alpes-Maritimes) le 28 août. Trois jours plus tôt, les Alliés ont atteint Paris avec un général de Gaulle accueilli en héros. Il faudra attendre la fin de l’année 1944 pour voir le territoire français libéré avant que Berlin ne tombe au printemps suivant.
Opération Forager ou la reconquête du Pacifique

L’été 1944 sera tout aussi chaud et décisif dans le Pacifique où les Américains ont fort à faire avec l’armée japonaise, particulièrement offensive, mais en recul depuis le printemps. L’Opération Forager débute en juin avec pour objectif la conquête des Iles Marianne, fondamentale pour installer des bases permettant un bombardement du Japon.

Plusieurs batailles (Saipan, Guam et Tinian) extrêmement rudes et longues vont alors s’enchaîner jusqu’au début du mois d’août pour l’armée américaine, mais à chaque fois couronnées de succès. Dépassés, les Japonais finiront par faire usage de kamikazes à partir de l’automne et il faudra un an de plus aux Américains, et surtout deux bombes atomiques les 6 et 9 août 1945, pour obtenir la reddition définitive du Japon.
Corentin Chauvel
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claude.bredin
et si on parlait un peu de l’été 1214, histoire de ne pas parler de l’automne 2012 ??

Bisontin
Ras le bol avec le passé et encore le passé. Il y a tellement à faire dans le présent.

Sarkothon
L’été 2012 restera dans les esprits comme la progressive dispersion des remugles qui suintaient d’un certain gouvernement inspiré par le pétainisme.

Johan44
Mittérand est parti depuis longtemps !!!

soral
Et George Marchais était travailleur volontaire chez Messerschmitt en Allemagne

Sarkothon
Aux deux clowns ci-dessous :

« Selon son biographe Thomas Hoffnung, Marchais ne fut en fait ni volontaire ni requis du STO, il fut muté en Allemagne par l’entreprise allemande d’aviation qui l’employait déjà en France depuis 1940. Son parcours pendant la guerre ne ferait dès lors que refléter le sort de centaines de milliers de Français, contraints pour survivre de travailler pour les Allemands, soit en France, soit en Allemagne, une très large majorité de l’économie nationale étant de toute façon déjà mise au service des occupants. »

Si vous avez d’autres sources citez-les, au lieu de salir la mémoire d’un mort qui ne peut plus se défendre.

Quant à Mitterrand, je vous le concède bien volontiers, il est des vôtres.
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Ces étés qui ont marqué l’histoire : 1967, le «Summer of Love» ou l’illusion d’une saison de l’amour

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Le premier jour de l’été fêté dans le Golden Gate Park de San Francisco, le 21 juin 1967 AP / SIPA

HISTOIRE – L’été n’est pas toujours une saison où l’actualité est elle aussi en vacances…

L’été est régulièrement une période creuse pour l’actualité. Une saison où les sujets sur les vacances et la météo se partagent la une des médias. Mais parfois, les événements diplomatiques, culturels, criminels ou climatiques, se bousculent pendant cette seule période estivale, voire au-delà, et marquent à jamais l’histoire. 20 Minutes revient sur cinq étés marquants des cent dernières années.

Après deux premiers épisodes consacrés à des années tragiques (1914 et 1944), place à un été rempli de bonheur, de paix et d’amour: le «Summer of Love» de 1967. L’«été de l’amour», consécration du mouvement hippie qui laissera son empreinte culturelle jusque dans les années 1970, a établi son quartier général à San Francisco, et plus précisément à Haight-Ashbury, dans le Golden Gate Park.
«Nous avons une révolution privée en cours»

Héritiers directs des beatniks, les hippies s’inscrivent dès 1965 et sous la houlette du poète Allen Ginsberg, en tant que contre-culture et mouvement de contestation, prônant un mode de vie en complet décalage avec les valeurs traditionnelles américaines (relations sexuelles libres, usage de drogues, pratique de religions orientales). «Nous avons une révolution privée en cours», dit un tract distribué à Haight-Ashbury en 1967, illustrant cette révolte. C’est justement cette année-là que le mouvement prendra véritablement forme à San Francisco, après deux premiers rassemblements fondateurs en 1965 et 1966.

Le «Summer of Love» sera précédé du «First Human Be-In», le 14 janvier 1967, qui verra 20.000 personnes déferler à Haight-Ashbury pour écouter les groupes qui constitueront la bande originale du mouvement hippie: Grateful Dead, Jefferson Airplane, etc. «Peu à peu la rumeur va se répandre à travers le pays que quelque chose est en train de se passer dans ce district de San Francisco», explique Aurélien Leblay dans son mémoire Musique et protestation dans la société américaine des années 1960-1970, écrit pour l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence (2004).
«C’était bourré d’horribles adolescents défoncés»

Lorsque l’été arrive, ce sont près de 50.000 personnes qui vivent à Haight-Ashbury, en accord avec leurs principes qui vont inspirer les plus grands artistes de l’époque, précise l’auteur. Deux mois après la sortie de «All you need is love», qui s’inscrit parfaitement dans le cadre hippie, le guitariste des Beatles, George Harrison, débarque le 7 août à Haight-Ashbury avec femme et amis. Son témoignage est édifiant.

«Je suis allé là-bas en espérant trouver un endroit éblouissant plein de bohémiens sympas réalisant des œuvres d’art. (…) Mais c’était bourré d’horribles adolescents fugueurs boutonneux et défoncés. (…) Beaucoup d’entre eux étaient très jeunes, venus de toute l’Amérique dans cette Mecque du LSD», décrit George Harrison dans Anthology, lui qui avait pourtant aussi consommé de l’acide avant sa visite du quartier.
«Foutons le camp d’ici»

Le Beatle raconte que, sur place, des dizaines d’autochtones l’ayant reconnu le suivent tel le «Messie», lui proposant toutes sortes de choses dont de la drogue. Lorsqu’il refuse, la foule se montre soudain hostile. «On a marché de plus en plus vite à travers le parc et on a fini par sauter dans la limousine en disant: « Foutons le camp d’ici ». Et on est retournés à l’aéroport», poursuit-il, profondément désabusé par l’expérience.

L’analyse de George Harrison sur Haight-Ashbury et toute la mythologie qui l’entoure rejoint celle, à plus long terme, d’Aurélien Leblay. La «culture de la drogue» a décrédibilisé le mouvement hippie auprès d’une partie de ceux qui croyaient en son potentiel révolutionnaire et d’ouverture sur le monde. «Le LSD et d’autres drogues qui, en plus de fabriquer une réalité complètement déformée, a mené beaucoup de ces jeunes à une déchéance tragique au bout d’à peine quelques années de consommation intensive», indique l’auteur. «Pour moi, ça a été le tournant. (…) Cela m’a fait réaliser: « Ce n’est pas ça »», conclut le Beatles qui s’est finalement tourné vers la méditation.
Corentin Chauvel
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liomussy
Darcelf : les données proviennent des éléments déclassifiés de la CIA. Déclassifiés grâce au Freedom of Information Act, 5 USC § 552 Renseignez-vous également sur le projet MK ultra.

BadMoonRise
@darcelf vous faites allusion à la beuher alors que le commentaire que vous critiquez évoquait les drogues de synthèses type LSD conçues et élaborées en laboratoires, militaires et privés. Renseignez-vous et voyez.

liomussy
A la même époque les psychiatres de la CIA testaient des drogues sur les campus US. L’agence souhaitait connaître leur l’incidence sur la vie sociale et, le cas échéant, tenir par l’addiction les futures élites du pays. Il ne faut pas imaginer que le mouvement hippie a surgi de nulle part. Ce fut juste le résultat d’une manipulation. Ils ont détruit une génération. Quelques années plus tard, au début des années 80, sous Carter, les USA se sont retrouvés au plus bas : les cadres qui devaient assurer les destinées du pays, n’étaient pas à la barre : la drogue avait eu raison d’eux. Le pays commençait à ressentir les effets de « no future » qui suit la prise des drogues. Une société entière peut sombrer. La génération suivante eut plus de chance.

darcelf
elle doit être bonne la votre: faites tourner !

americum95
Encore un négationniste, un de plus 🙂 Peace, Love, and Happiness !!!

Aimsay
il me semble d’ailleurs que le LSD était donné aux soldats au combat, ça a fait un flop car ces soldats ne voulaient plus tuer en prenant ces substances … c’est bien connu en tout cas que ces drogues de synthèse étaient à la base utilisées à des fins militaires (il n’y a que les incultes pour dire que c’est n’importe quoi) …
d’ailleurs les guerriers massaï prenaient des drogues (naturelles) hallucinogènes quand ils partaient au combat, ça décuple toute capacité entre autre (j’ai pu vérifié par moi même, avec des champi hallucinogènes, que toutes capacités étaient nettement décuplées, ce n’est pas pour rien que politiciens, artistes, etc… tournent à la cocaïne)
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Centenaire 1914-18: Hollande va célébrer les valeurs de la France

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François Hollande à l’Elysée le 4 novembre 2013. SEVGI/SIPA

POLITIQUE – Un moment consensuel dans une période compliquée pour le chef de l’Etat…

Voilà une prise de parole du chef de l’Etat qui devrait être consensuelle. En retrait ces derniers temps, François Hollande lance ce jeudi les commémorations du centenaire de la «Grande Guerre» de 14-18 par un discours solennel à l’Elysée. L’occasion pour le chef de l’Etat, en retrait ces derniers temps alors que les sondages sont catastrophiques, d’évoquer les valeurs de la Nation et de la République. Il abordera aussi les thèmes de la «cohésion nationale, des relations internationales, de l’amitié entre les pays» mais aussi «la grandeur de la France», selon un membre du gouvernement.

François Hollande peut également «faire un lien avec la gravité de la situation actuelle. Mais il ne faut pas qu’il dérive de son discours. On ne peut pas instrumentaliser les Poilus des tranchées», estime un conseiller du président alors que la fronde des Bonnets rouges se poursuit. «C’est un discours qui inaugure un cycle important de commémorations. Il ne faut pas lui donner une autre importance que celle-là» même si le président «peut à cette occasion évoquer les valeurs de la France et de la République», a quant à lui indiqué à l’AFP Aquilino Morelle, conseiller politique du chef de l’Etat.
«Un moment d’unité nationale»

Au plus bas dans les sondages (75% des Français désapprouvent son action selon un récente enquête de l’Ifop), François Hollande se trouve relégué parmi les présidents les plus impopulaires de la Ve république un peu plus d’un an et demi après son accession au pouvoir.

Au-delà de la bataille politique, la célébration de la Grande guerre est conçue pour être un marqueur du quinquennat de François Hollande comme l’a été celle du bicentenaire de la Révolution française, en 1989 pour François Mitterrand. Cette commémoration «doit être un moment d’unité nationale, mais aussi la proclamation de notre engagement pour une construction européenne pacifique et surtout une proclamation que la France est au service de la paix», affirmait François Hollande le 11 novembre 2011, quand encore candidat, il était venu se recueillir sur les champs de bataille de la Marne.
M.P. avec AFP
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joobijooba
Il y a encore des valeurs en France?! Qqun peut me les rappeler, je m’en souviens plus…

MONTFERMY
Si en 14/18 il y eut environ 700 « fusillés pour l’exemple » à ce jour il y a des millions de « fusillés économiques »qui pour certains ne s’en relèveront pas et finiront leur vie dans la rue au lieu du fond d’une tranchée.

Donricardo
Comme d’habitude il est encore a des années lumieres de la situation mélange allégrement poilus de la guerre bonnets rouge il a oublié les otages du Mali avec la barbe et dit et promet toujours des choses qu’il est et sera incapable de tenir .
Pauvre France

jcvial1
lollita vous connaissez très mal votre histoire ; la nation à l’origine est une notion et une valeur de ce que nous appelons aujourd’ hui la gauche . La seule internationale qui existait alors était celle des têtes couronnées …et ce sont les esprits les lumières qu’on peut difficilement situés à droite qui vont parler de nation comme une défense contre les tyrannies

jcvial1
marine le pen pense qu’il est inutile de rendre hommage à ces hommes dont la barbe laisse à penser qu’ils auraient pu être manipulés ….

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