Il y a 25 ans, place Tiananmen, 15 minutes d’apocalypse

Neuf clichés exceptionnels d’un étudiant chinois qui a photographié la violence de la répression de juin 1989 et nous a confié ses photos.

Sur l'avenue Chang'an, 11 morts (Le Nouvel Observateur) Sur l’avenue Chang’an, 11 morts (Le Nouvel Observateur)

Il y a 25 ans, au petit matin, des étudiants sont morts sous les chars à deux pas de la place Tiananmen, sur l’avenue de la Paix céleste. Ils étaient les derniers à avoir évacué la place, reculant devant l’avancée des troupes. Ils faisaient partie d’un groupe de quelques dizaines de jeunes gens, épuisés mais pas abattus, poussant leurs vélos et emportant leurs banderoles fatiguées.

Ils ont quitté la place Tiananmen par une petite rue latérale et venaient de rejoindre l’avenue de la Paix céleste (Chang’an en chinois), quand trois chars ont surgi des nuages de fumée et foncé vers eux. Tout ceux qui n’ont pas eu le temps ou la force de sauter les barrières métalliques bordant la chaussée ont été écrasés sous les chenilles. Puis les chars ont continué leur route, laissant au bord du trottoir une scène d’apocalypse.

L’un de ces étudiants était occupé à photographier la séquence historique de la retraite de son groupe. Il a eu la chance d’échapper au carnage. Malgré l’horreur, il a continué à prendre des photos. Plus tard, il a développé clandestinement sa pellicule et annoté les tirages à la main.

Je l’ai rencontré quelques semaines plus tard. Il avait appris par des relations communes que je rentrais en France et m’a demandé si j’étais d’accord pour emporter ses tirages. Il n’avait trouvé aucun autre moyen de rendre ces images publiques car, depuis le 4 juin, un contrôle très sévère s’était abattu à tous les postes-frontières.

En août 1989, j’ai rapporté en France ce mince paquet de photos. Elles ont été diffusées sur les médias. Certaines ont été reproduites dans le numéro spécial des Documents du « Nouvel Observateur » de septembre 1989.

Voici la série des neuf photos qui racontent, presque minute par minute, cet épisode tragique.

Attention, certaines images peuvent être choquantes.

6h10

A pied ou à vélo, des étudiants sont en train d’évacuer calmement la place Tian’anmen vers l’Ouest.

6h12

Le dernier groupe débouche sur l’avenue Chang’an, au carrefour Liubukou, à 50 mètres de Zhongnanhai, le siège du gouvernement et de Parti.

6h12

Au même moment, trois chars venant de la place foncent dans leur direction.

6h15

Sous un nuage de gaz lacrymogènes, les étudiants tentent d’escalader les barrières métalliques pour éviter les chars.

6h17

Le carrefour Liubukou sur l’avenue Chang’an après le passage des chars.

6h20

Pendant que des blindés continuent de circuler sur l’avenue Chang’an, des passants tentent d’aider un blessé qui s’accroche à la barrière. Sur la chaussée, onze morts.

6h25

Deux hommes tentent de poser des garrots sur ce qui reste des jambes d’un des étudiants piégés au carrefour de Liubukou.

On a appris plus tard qu’il s’agissait de Fang Zheng, étudiant à l’Université des Sports, qui avait aidé une jeune fille à sauter la barrière mais n’avait pas eu le temps de se mettre lui-même à l’abri.

Quelques années plus tard, malgré un harcèlement incessant, Fang Zheng a décroché le titre de champion de Chine d’athlétisme pour handicapés. Mais il n’a pas été autorisé à participer à des compétitions internationales.
Il est aujourd’hui exilé en Californie.

Ursula Gauthier – Le Nouvel Observateur

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Réactions (2)
Spoutnik Prostriechii Spoutnik Prostriechii a posté le 4 juin 2014 à 22h17
et c’est toujours le même « régime » là bas, et nos entreprises quittent nos frontières, nos « hommes » d’affaires démocrates y courent…

Jm Lhsse Jm Lhsse a posté le 5 juin 2014 à 14h23

et nous nous précipitons dans les grandes surfaces pour acheter les produits « made in china » pour ne pas dépenser 10 euros de plus

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