Le PPE recule mais reste le premier parti du Parlement européen. La gauche radicale d’Alexis Tsipras l’emporte en Grèce, les conservateurs en Allemagne.

La droite européenne recule, mais reste en tête selon les dernières estimations. Parlement européen
La droite européenne recule, mais reste en tête selon les dernières estimations. Parlement européen

Les résultats à travers le continent européen témoignent d’une recomposition en faveur des partis eurosceptiques. Le parti de gauche radicale Syriza arrive en première position en Grèce, ainsi que l’UKIP de Nigel Farage au Royaume-Uni. Le Mouvement 5-Etoiles de Beppe Grillo réalise un score satisfaisant en Italie mais finit loin derrière les sociaux-démocrates. En Hongrie, le mouvement xénophobe Jobbik se maintient avec trois sièges, tandis que les néo-nazis d’Aube Dorée obtiennent 2 sièges en Grèce.

La droite européenne recule mais reste en tête

Le nouveau Parlement européen laisse donc une plus large part aux eurosceptiques, sans métamorphoser outre-mesure le paysage droite-gauche. Le PPE (chrétiens-démocrates) de Jean-Claude Juncker perdrait 62 sièges selon les dernières estimations du Parlement, mais resterait la première formation à Strasbourg. La gauche S&D de Martin Schulz se tasse (-11 sièges), la gauche radicale progresse légèrement (+10), au détriment du groupe libéral de Guy Verhofstadt (-12).

Les eurosceptiques progressent eux aussi, même s’il reste difficile d’imaginer précisément comment la droite populiste se regroupera. Le FN de Marine Le Pen espère notamment former des alliances dans les pays voisins, mais pourrait se heurter au fait qu’un groupe parlementaire européen doit représenter 7 nationalités différentes.

Grèce : la victoire de Syriza

Le parti Syriza, emmené par le leader de la gauche radicale européenne Alexis Tsipras, arrive en tête en Grèce, légèrement devant la droite. Les alliés du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, déjà victorieux la semaine dernière lors du premier tour des élections locales, réalisent près de 28% des voix, à comparer avec leur score de 4,7% lors du scrutin de 2009.

Les néonazis d’Aube Dorée prennent quant à eux la 3e position, avec un score autour de 10%, devant les sociaux-démocrates du Pasok qui poursuivent leur effondrement.

Nigel Farage (UKIP) remporte son pari au Royaume-Uni

En Grande-Bretagne, toutes les estimations annoncent la victoire du parti eurosceptique UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni). La formation du tribun Nigel Farage, qui a déjà réalisé une percée aux élections locales, engrange 27,5% des voix, devant les travaillistes d’Ed Miliband (25,4%) et les conservateurs de David Cameron (23,9%). Les Lib-Dems de Nick Clegg observent un net recul (6,9%) et n’auront qu’un siège, derrière les écologistes (7,9% – 3 sièges).

Au Parlement, l’UKIP aura 23 représentants, contre 18 pour ses deux principaux rivaux.

En Irlande, le parti de gauche radicale Sinn Fein réalise lui aussi une percée (17%) mais reste derrière les libéraux-démocrates (Fianna Fáil) et les conservateurs (Fine Gael).

Le parti d’Angela Merkel tranquille en Allemagne

En Allemagne, où la participation a connu une hausse de 5 points, l’union CDU-CSU d’Angela Merkel (conservateurs) arrive largement en tête (36%) selon le Parlement. Le SPD de Martin Schulz progresse malgré tout avec 27,3% des voix, les Grünen (écologistes) et Die Linke (gauche radicale) sont donnés respectivement à 10,8% et 6,5%, alors que les libéraux du FDP sont les grands perdants de l’élection.

Le CDU restera donc le premier parti au Parlement européen, avec 35 eurodéputés. Compte tenu de la levée de la barre éliminatoire des 3% par la Cour de Karlsruhe, pas moins de 12 partis allemands pourraient être représentés à Strasbourg : parmi eux, les néonazis du NPD remporteraient 1 siège selon l’institut de sondages Infratest Dimap. Le parti de protection des animaux devrait également avoir un élu (comme son équivalent néerlandais). Les eurosceptiques d’Alternative pour l’Allemagne (AFD), avec 7 % des voix, enverront eux 6 députés au Parlement européen.

En Espagne, le bipartisme traditionnel PP / PSOE a subi un spectaculaire camouflet puisque la droite au pouvoir et le principal parti d’opposition perdent respectivement 9 et 8 sièges. La gauche radicale issue du mouvement des Indignés (« Podemos ») fait son entrée au Parlement (5 députés), tandis que les écolo-communistes de Izquierda Plural remportent 6 sièges. Surprise par ailleurs au Portugal où l’opposition socialiste a infligé un sérieux revers aux conservateurs au pouvoir, sur fond d’une abstention monstre (66%).

Italie, Danemark, Pays-Bas, Belgique : hauts et bas des populistes

Ailleurs en Europe, les partis populistes semblent connaître des fortunes diverses. Comme les sondages pouvaient le laisser prévoir, le nationalisme sort vainqueur du scrutin au Danemark : le Parti populaire danois réaliserait plus de 23% des voix, devant les sociaux-démocrates et les libéraux. Malgré sa troisième position en Autriche, le FPÖ, le parti nationaliste de feu Jörg Haider, est lui annoncé à 20,5% et devrait envoyer 4 députés à Strasbourg. Dans un scrutin remporté par la gauche, les eurosceptiques remportent 9,7% des voix en Suède et font leur entrée au Parlement.

Le paysage politique de la Hongrie laisse entrevoir une victoire écrasante des droites dures. Les ultra-conservateurs du Fidesz, le parti de Viktor Orban, remportent 12 sièges (52% des voix), devant le parti xénophobe Jobbik (en recul par rapport aux législatives, avec environ 15% des voix), 3 sièges. Dans un scrutin où 2 voix sur 3 sont allées au nationalisme, les sociaux-démocrates ne remportent eux que 2 sièges.

En Italie, la surprise n’est pas venue de là où tout le monde la guettait. Le Mouvement 5 Etoiles de l’humoriste Beppe Grillo (gauche populiste) a tutoyé un temps l’espoir de prendre la première place, mais a dû s’incliner face au Parti démocrate de Matteo Renzi (centre-gauche), très large vainqueur sous la barre des 40%. Le M5S, lui, totaliserait entre 22 et 25% des voix. Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (droite) arrive troisième, autour des 15%, tandis que les eurosceptiques de la Ligue du Nord, alliés du FN, réalisent 6%.

En Finlande, on annonce une déconvenue pour les « Vrais Finnois », seulement en 4e position (sous les 13%) d’après les sondages de sortie des urnes. Aux Pays-Bas, où le vote a eu lieu jeudi, le PVV de Geert Wilders, allié hollandais du FN, est lui aussi promis à un score décevant. En Pologne, les eurosceptiques du PIS (« Droit et Justice ») arrivent légèrement derrière le centre-droit au pouvoir (« Plateforme civique ») et enverront une vingtaine de députés à Strasbourg. Les deux partis sont crédités de plus de 30% des voix, profitant de la déroute de la gauche.

Les séparatistes flamands de Bart de Wever (N-VA) remportent la mise en Belgique, avec 18,5% des voix et 4 sièges tandis que le Parti socialiste du Premier ministre Elio Di Rupo arrive en tête côté wallon (9%, 3 sièges).

Les droites modérées ont fait une razzia à l’Est, arrivant en tête en Bulgarie, à Chypre, en Croatie, en Lettonie, en Roumanie et en Slovénie. Les sociaux-démocrates se consolent eux avec leurs victoires en Lituanie, en Slovaquie et à Malte.

De manière générale, la participation s’est effondrée en Europe de l’Est (jusqu’à 87% d’abstention en Slovaquie), mais s’est maintenue dans la plupart des grands pays d’Europe de l’Ouest. Le taux de participation aux élections européennes a été de 43,11% dans l’ensemble de l’UE selon des estimations du Parlement européen : un taux stable par rapport à 2009 où elle avait atteint son niveau historique le plus bas (43%).

Timothée Vilars (avec agences) – Le Nouvel Observateur

 

Réactions (17)

Albert azzi
Albert azzi a posté le 26 mai 2014 à 11h07

Erreur de chiffre en début d’article : le M5s de Grillo ne fait que 22% et non 28. Un flop, une gifle…Grillo a dit « Ou je gagne ou je pars ». Gageons qu’il restera…
L’analyse de l’article passe à côté de l’essentiel. En effet,les Italiens, contrairement aux Français,ont sanctionné les partis populistes comme le M5s et le parti de Berlusconi. Ils ont en revanche donné une légitimation au Parti Démocrate de Renzi (40%). Comme quoi on peut, cher M.Hollande, oser des réformes et gagner des élections …A trop vouloir ménager la chèvre et le choux, on n’avance pas et personne n’est satisfait. Sauf Marine Le Pen qui avait justement de la contestation à vendre aux mécontents. Il y a un demi siècle, c’était le Parti Communiste qui servait d’exutoire. Les temps ont changé mais on trouve toujours des bonimenteurs pour faire croire qu’ils sont capables de rendre le monde meilleur.

Pflimlin der sheliyekh Pflimlin der sheliyekh a posté le 26 mai 2014 à 11h51
Vous le confirmez Albert Azzi
Suite à ce vote, la France est perdante dans le jeu européen, ce sont les autres pays qui sortent vainqueurs et pourront diriger l’Europe à leur avantage tandis que les Français seront relégués au rôle de râleurs destructeurs (et pour tout dire un peu demeurés… même les Flamands n’ont pas oser se tirer une balle dans le pied, schieten zichzelf in de voet comme ils disent.
Quant à Hollande, mon impression première lorsque j’appris qu’il était en position d’un jour briguer les plus hautes fonctions, était si mauvaise qu’il fallut faire un effort surhumain pour considérer l’héritage au-dessus de cette aversion pour le prétendant. Eh bien – quoique je n’avais guère d’autres choix comme des millions de Français – nous voilà bien récompensés !!

patrick gilles patrick gilles a posté le 26 mai 2014 à 14h44
@Pflimlin
Suis d’accord avec vous. Quasiment n’importe qui ferait l’affaire pour remplacer Flamby, comme son siamois Jean François d’ailleurs.
2 pour le prix d’un.
Je verrai bien le tandem Angela/Wladimir.
Qu’en pensez vous?

ASA ASA ASA ASA a posté le 26 mai 2014 à 11h02
isidor adonis
Ce que vous n’avez encore pas compris, l’essence même de votre existence dépend de l’alliance de l’UE et des USA. Si non depuis fort longtemps vous serez balayés
A force d’avoir un appui aussi musclé, vous avez oublié la fragilité de votre squelette, vous me faites penser au petit garçon qui se croit fort quand il sort dans le quartier avec son papa
La philosophie que l’on vous ingurgite tous les jours, vous oubliez votre dépendance et vous crachez dans la soupe.
Imaginez un instant l’UE et USA dirigé par l’extrême droite ? Je vous invite à méditer.

ASA ASA ASA ASA a posté le 26 mai 2014 à 11h01
Ce que vous n’avez encore pas compris, l’essence même de votre existence dépend de l’alliance de l’UE et des USA. Si non depuis fort longtemps vous serez balayés
A force d’avoir un appui aussi musclé, vous avez oublié la fragilité de votre squelette, vous me faites penser au petit garçon qui se croit fort quand il sort dans le quartier avec son papa
La philosophie que l’on vous ingurgite tous les jours, vous oubliez votre dépendance et vous crachez dans la soupe.
Imaginez un instant l’UE et USA dirigé par l’extrême droite ? Je vous invite à méditer.

Florian DELAUNE Florian DELAUNE a posté le 26 mai 2014 à 11h00
La Gauche Radicale comme Eurosceptique ? Merci du compliment…
Qu’est-ce que l’Europe à l’origine ? L’idée que le commerce peut rapprocher les peuples, les rendre interdépendants et éviter ainsi toute effusion de sang à l’avenir. On en est arrivé bien loin aujourd’hui, quand on arrive à haïr les Allemands pour certains, à vouloir se replier sur soi et vouloir écraser tous les autres afin d’être le seul à s’en sortir économiquement.
Non non non, vouloir une autre Europe que celle qu’elle est devenue, ce n’est pas de l’Euroscepticisme, c’est simplement refuser ce qu’elle est devenue, l’inverse de ce pourquoi elle a été faite (‘fin, officiellement).

Non, j’aime l’idée Européenne, j’aime l’Europe et c’est bien parce que je l’aime que je continuerai à me battre pour qu’elle change de visage. C’est ça l’amour, non pas le scepticisme. Le scepticisme c’est détruire, ce n’est pas réorienter.

Enver Hoxha Enver Hoxha a posté le 26 mai 2014 à 09h29
Ukip, FN, Syriza…
Dans 10 ans, la democratie en Occident sera un souvenir. Compliments de la globalisation neoliberale.

Tel est pris qui croyait prendre…

anne carrau anne carrau a posté le 26 mai 2014 à 14h31
Le « tel et pris qui croyait prendre » est-il approprié? D’où vient il?

patrick gilles patrick gilles a posté le 26 mai 2014 à 09h24
Félicitations pour votre agilité sémantique, idem pour l’autre journal de vos actionnaires (la Pravda du régime) ! Il y a peu, je crois me souvenir que vous caractérisiez le mouvement Fidesz de néo nazi, puis de fasciste (simple), puis d’extrême droitier, aujourd’hui de simples ultra conservateurs, donc quasiment fréquentable. Qui commence à les inviter à boire un pot à votre rédaction? Le monde ou le N.O.? En poursuivant la courbe, demain, ils seront de droite, puis du centre…(avant de finir à l’extrême gauche ?) (pour boucler la boucle uniquement).
C’est vrai qu’avec 53% des suffrages exprimés, la tôle cuirassée (classe Yamato) qui a été offerte hier à la pitoyable ue, deviendrait proprement inqualifiable si vous restez sur vos premiers qualificatifs du Fidesz.

tite souris tite souris a posté le 26 mai 2014 à 08h44
Voilà ce qui se passe quand on n’écoute pas le peuple, le peuple se tourne vers les extrêmes…
En 2005 le referendum avait envoyé un signal fort. Le PS n’a pas su l’entendre, ni à l’époque, ni ces dernières années. Le PS n’est plus socialiste et à gauche, il est social démocrate, c’est à dire centre droit.
Et on va repartir avec une commission européenne de la droite libérale la plus dure qui va continuer son oeuvre de démolition des peuples en imposant la rigueur et du démantèlement des services publics en Europe au service des puissances de l’argent….
Pourquoi tant de gens ont voté FN ? parce que l’Europe a énormément déçu… Et tant qu’on n’analysera pas les RAISONS profondes de ce rejet qui sont très simples (chômage, rigueur, paupérisation générale, accroissement des inégalités à un niveau jamais atteint, immigration incontrôlée), on ne comprendra rien à ce qui se passe.

christiane toure christiane toure a posté le 26 mai 2014 à 09h18
Je suis d’accord sur les maux qui ont amené les gens à vouloir changer d’Europe, mais en votant FN, ils ont tout simplement reconduit la même équipe, résultat de tous les blablas qu’on entend depuis hier soir : RIEN, rien ne va changer , malheureusement !

anne carrau anne carrau a posté le 26 mai 2014 à 10h31

… ma réponse est partie avant relecture excuses pour le « vrac ». Mais si chaque individu ne se remet pas en question quel droit avons nous à la critique? Je ne sais où vous vivez, mais la vie à Paris (que le connais bien) n’a rien à voir avec la vie en province, incompréhensible marchés des constructeurs immobiliers au milieu de nulle part, course pour du boulot, les courses, les relations, les loisirs, la scolarisation des enfants, la culture, nécessité d’avoir plusieurs voitures par foyer, le monde de la finance se frotte les mains des constructeurs aux marchands de voitures aux banques…. Si vous pensez qu’il reste une place devant l’immense écran plat familial dans le canapé sur lequel tout le monde est « explosé » pour se demander ce qu’il se passe au Parlement Européen, autour de soi, en Europe…
c’est un leurre…. Il est évident qu’il y a eu une volonté politique du monde de la finance venue au moment ou « tout devait se vendre », développement des écoles de commerce et de communication et de stratégies, pour neutraliser la capacité de réflexion de l’être humain et l’abrutir, et même sans religion plaçons l’Amour juste avant la lingerie fine et le viagra et la réussite sociale, qui a elle seule est souvent un échec de la réussite personnelle.

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