POPULISMES ET EXTRÊME DROITE EN EUROPE. Les Britanniques votent ce jeudi et la formation populiste de l’UKIP pourrait réaliser une importante percée. Au point d’arriver en tête ?

Nigel Farage, leader de l'UKIP, fait la promotion de son parti le 29 avril 2014. (Stephen Simpson/REX/REX/SIPA) Nigel Farage, leader de l’UKIP, fait la promotion de son parti le 29 avril 2014. (Stephen Simpson/REX/REX/SIPA)

D’habitude, les meetings qui se tiennent au Centre Emmanuel, près de Westminster, sont plus oecuméniques. Ce jour-là, les insultes pleuvent à l’entrée du bâtiment. « No Pasaran ! », peut-on lire sur les pancartes des manifestants. « Pourriture raciste ! », scande la petite foule, qui a répondu à l’appel de l’équivalent britannique du Front de gauche. Les forces de l’ordre veillent au grain, mais l’ambiance, à deux semaines du scrutin des européennes, qui, outre-Manche, a lieu ce jeudi 22 mai, est électrique.

Sous le dôme de verre grandiose du Centre Emmanuel, un millier de sympathisants et de candidats du très médiatique parti euro-sceptique UKIP (United Kingdom Independence Party) attendent le leader Nigel Farage. L’homme, « charismatique », « proche de Monsieur Tout-le-monde », disent ses supporters, a su dans cette campagne séduire les foules en incarnant « le discours du bon sens ».  Pour ce meeting londonien, pas moins de six caméras de télévision sont dans la salle et plusieurs journalistes de la presse étrangère sont venus ausculter l’irrésistible ascension, au Royaume de sa Majesté, d’un parti populiste anti-immigration, anti-Europe, anti-élites.

Pour 27% des Anglais, l’UKIP est raciste

Même s’il y a des points communs avec le parti de Marine Le Pen, Nigel Farage a souvent dit qu’il ne s’allierait pas avec elle au Parlement européen. S’il admire le travail de renouvellement qu’elle a accomplit au sein du FN, l’antisémitisme historique que le parti traîne toujours, dit-il, c’est très peu pour lui. D’extrême droite, l’UKIP affirme haut et fort ne pas l’être, même s’il recrute sur le limon fertile de la xénophobie et si, de temps à autre, ses militants dérapent. Comme quand l’un d’entre eux décrit l’islam « comme une organisation criminelle camouflée en religion », ou qu’un autre encourage un célèbre comédien noir (Lenny Henry) « à aller vivre dans un pays noir ». Les affiches de campagne ont elles aussi fait polémique. Sous un index angoissant, ce slogan : « 26 millions de personnes en Europe cherchent un travail ». Sous-entendu: le vôtre. Elles n’ont fait que confirmer l’image d’un parti xénophobe. Et un récent sondage a enfoncé le clou : 27% des personnes interrogées tiennent l’UKIP pour un parti raciste.

Cameron sous la pression de l’UKIP

La grande affaire du meeting de ce soir est donc de marteler haut et fort que le parti n’est pas raciste. Nigel Farage entend répondre à ceux qui décrivent l’UKIP comme un « BNP en blazers ». Le British National Party, la formation ouvertement d’extrême-droite britannique, ne fait plus recette, en partie sans doute parce que l’UKIP a siphonné son électorat.  Alors, sur la scène, on assiste à un défilé très « United-Colors-of-UKIP ». Candidats et soutiens de toutes les couleurs, de toutes les origines, de toutes les religions, défilent pour dire qu’ils se reconnaissent dans le parti de Farage. Au micro, Steven Woolfe, le chargé des questions économiques, mouche un (des nombreux) perturbateur(s) qui taxe le parti de « bidon » d’une réplique pleine d’émotion : « moi, j’ai été traité de ‘nègre’ à l’école et ça, Monsieur, ce n’est pas bidon ». « En tant que femme noire, juive de 60 ans, je sais ce que c’est le racisme », renchérira plus tard à la tribune Paula McQueen, candidate à Tower Hamlets, dans l’Est de Londres.
A peine pris au sérieux il y a dix ans, décrit en 2006 par Cameron comme une bande de « dingos » et de « racistes refoulés », l’UKIP est désormais une force qui compte, qui inquiète les partis établis au point d’influencer leur discours. C’est sous la pression de la formation populiste que David Cameron a remis sur le tapis sa promesse de référendum, maintenant annoncé pour 2017, sur une sortie éventuelle de l’UE.

« Rejoignez l’armée de l’UKIP »

Reste que pour l’instant, le parti de Nigel Farage n’a pas un seul député aux Communes. Alors qu’il avait obtenu 16,5% en 2009 lors du dernier scrutin européens, il n’a pas concrétiser au niveau national l’année suivante (3% aux législatives de 2010). Mais le parti pourrait bien cette fois confirmer son score aux législatives de 2015 (11% d’après les estimations).

« Rejoignez l’armée du peuple qu’est l’UKIP !’, tonne le tribun Farage, qui a su attirer à lui les déçus du parti conservateur, déroutés notamment par la rénovation impulsée par Cameron, mais aussi certains électeurs traditionnels du parti travailliste, qui s’estiment laissés-pour-compte. Pour les militants présents ce soir-là, Cameron, Osborne, le chancelier de l’échiquier, et leur clique, tout droit sortie d’écoles prestigieuses comme Eton n’ont « jamais connu un jour ouvré de leur vie » et sont totalement déconnectés des réalités du pays. Assis dans les hautes travées de l’amphi, arborant fièrement le violet, couleur du parti pour lequel ils votent depuis 2003, un couple de septuagénaires, explique avoir longtemps voté Tory. « Nous sommes dans un pays où la liberté de parole est reine, mais nous, d’après les excités qui sont dehors, nous devrions nous taire, Pas de free speech pour l’UKIP, c’est ça? », s’énervent Sally et Peter Cross,  « passionnés par [leur] pays ». « Je ne veux pas que les décisions soient prises sans avoir mon mot à dire », explique Peter. En cause, la technocratie bruxelloise, anti-démocratique, selon le couple, qui asphyxie les peuples européens. « Nous n’avons jamais signé pour ça! L’Europe, c’était un simple accord commercial au départ ». Et d’invoquer les ancêtres morts au combat pour que la liberté triomphe en Europe, dont un oncle enterré dans les Flandres.

« Je n’ai pas quitté le parti Tory, c’est le parti qui m’a quitté »

Les deux guerres mondiales, le patriotisme figurent haut dans la psyché de l’électeur de l’UKIP, tout comme l’obsession d’une immigration hors de contrôle, qui pèse sur les services publics. Si écoles, hôpitaux sont au bord de l’implosion, c’est simple, c’est sous l’afflux de toute cette population étrangère. « Mon souci, c’est la population indigène déjà sur place, nous explique Nick Lincoln, quadragénaire en lice comme conseiller municipal à Watford, dans la banlieue ouest de Londres, peu m’importe si cette population est verte à pois ». Il rappelle la longue histoire démocratique de la Grande-Bretagne. Avant de prononcer cette phrase qui revient souvent ici: « Je n’ai pas quitté le parti Tory, le parti Tory m’a quitté ».
Depuis la fin mars, les sondages n’ont cessé de progresser en faveur de l’UKIP, donné aujourd’hui à la première place, avec jusqu’à 38%, devant le Labour à 27% et les Conservateurs, rétrogradés à la troisième place, avec 18%. Grands perdants, les très pro-Européens Libéraux Démocrates, annoncés à 8%. D’ailleurs, quand Nigel Farage, sur le podium, remercie chaleureusement Nick Clegg, le leader des Lib Dems, les rires fusent. Le leader de l’UKIP raconte qu’acceptant de débattre avec lui deux soirs à la télévision, Nick Clegg lui a donné un sacré coup de pouce, notamment auprès des électeurs indécis. Un raz-de-marée? Verdict dans les urnes jeudi 22.

Marie-Hélène Martin – Le nouvel Observateur

 

Réactions (24)

Marco Nour Marco Nour a posté le 15 mai 2014 à 19h18
PAUVRETE : réduction des aides sociales: allocations familiales, aides au logement, assurance-chômage, suppression des subventions aux associations…:

– 21.04.14 La Grande-Bretagne est-elle un pays chrétien ? David Cameron lance le débat
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/04/21/foi-la-grande-bretagne-est-elle-un-pays-chretien-david-cameron-lance-le-debat/
« M. Cameron est revenu sur son projet politique baptisé « The Big Society » qui tend à développer le bénévolat dans la société civile pour réduire progressivement la prise en charge sociale de l’État.
En bref : puisque vous êtes chrétien, « aidez-vous les uns les autres » et « dém….-vous ! »

– 5.04.14 En Grande-Bretagne, les associations s’inquiètent du « retour de la faim »
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/05/en-grande-bretagne-les-associations-s-inquietent-du-retour-de-la-faim_4396317_3214.html

– Personnes en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale :
http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=ilc_peps01&lang=fr
France 19,1 % de la population totale
Roy.Uni : 24,1 %

– 13.06.13 Royaume-Uni: le retour à l’âge des cavernes
http://www.blogapares.com/royaume-uni-le-retour-lage-des-cavernes/
« A Manchester…bon nombre de sans-abri se sont réfugiés dans les grottes environnantes, plus sûres que les rues de la ville. »

– 24.09.13 Un « cocorico » made in USA : la France marche mieux que la Grande-Bretagne
http://www.rue89.com/2013/09/24/cocorico-made-

Marco Nour Marco Nour a posté le 15 mai 2014 à 20h07
– 23.05.12  Europe : jeunes et vieux opprimés par la crise
http://ch.indymedia.org/fr/2012/05/86510.shtml
Royaume-Uni : Conséquence du poids de l’endettement privé :
“confrontés à la dégradation du marché du travail, une partie des jeunes l’a quitté ou n’y est pas entré, ayant souvent cédé au découragement, soit en se réfugiant dans le système éducatif et en prolongeant leurs études, soit en restant inactifs.”
Résultat, les jeunes quittent leur pays.
Expatriés par pays, en millions (situation 2010)
4, 69 Royaume-Uni
4,28 Allemagne
3,62 Italie
1,84 France (peut-être grâce à notre modèle social tant honni par la droite ?)

Sly Obs Sly Obs a posté le 15 mai 2014 à 18h53
Ukip a à son actif plusieurs derapages xenophobes et homophobes – Depuis 2 ans On voit pulluler à vitesse grand V, des cris de ralliements « vote ukip » sur enormement de forums d ‘info anglais , de la meme manière qu on lit ici des « vite marine  » à tire larigot – Bien peur que le ukip fasse un tres bon carton en effet – Ce sera so bad pour le Royaume uni – Mais si le Brixit promis a bien lieu ce ne sera pas forcement une mauvaise chose pour l’Europe . Les multiples chantages, les incessantes pressions et les innombrables vetos britanniques ont aussi bcp participé à conduire l ‘europe vers les drames socio-economiques profonds que nous vivons aujourd hui..

Theo Martin Theo Martin a posté le 15 mai 2014 à 17h46
« Pour 27% des Anglais, UKIP est raciste » – 27% ça ve encore

Patrick X Patrick X a posté le 15 mai 2014 à 18h40
ça signifie que pour 73% des anglais, l’UKIP n’est pas raciste

john spoty john spoty a posté le 15 mai 2014 à 17h37
« Populismes et extrême droite ».. un regard original tiens… Canal +, Libé, Arte, partout les éditocrates sortent les mêmes poncifs, une telle paresse intellectuelle et idéologique est lamentable.
Imaginons une seconde:
– que l’immigration ne soit pas forcément une « chance », un « enrichissement » surtout quand elle n’a pas été demandée , que la crise ( chômage, misère) est là et qu’elle ne s’assimile pas au contraire..
– que le multiculturalisme, vers quoi on se dirige inéluctablement, nos élites nous préparent en douceur, soit un échec, pour reprendre les paroles de 2 extrémistes populistes : Merkel & Cameron.
– que l’UE soit un fiasco
– que l’€-la monnaie qui nous protège-mais qu’il faut sauver soit un boulet.
Qui oserait le dire au risque de passer pour un « populiste-d’extrême droite »?

Patrick X Patrick X a posté le 15 mai 2014 à 18h41
le terme « populiste » est utilisé comme le terme « fasciste » , c’est sensé faire taire l’adversaire quand il n’y a pas d’argument valable à lui opposer.

Marco Nour Marco Nour a posté le 15 mai 2014 à 17h26
Le Royaume-Uni ne survit que par le dopage de la « planche à billets » et se trouve dans un état social déplorable.

– taux de croissance 1,9% en 2013, mais… :
– endettement global (privé+public ) bien plus élevé ( 267% du PIB) que celui de la France (230% du PIB ).
– déficit commercial : reste abyssal malgré la £ qui s’est dépréciée de 20% (le rêve de MLP…) depuis 5 ans.
Cette dépréciation a le même effet qu’une baisse des salaire, des pensions, des allocations de chômage.

– taux de chômage : 7,1% en 2013 mais :
– 10.01.13 Nouveaux chiffres : l’incroyable dumping social de l’Allemagne et du Royaume-Uni
http://quoi.info/actualite-economie/2013/01/10/dumping-social-allemagne-et-royaume-uni-nouveaux-chiffres-1158945/
« Alors que les pays les plus riches d’Europe ont une proportion de bas salaires autour de 6 ou 7%, le chiffre monte à 22% pour l’Allemagne et le Royaume-Uni. TROIS FOIS plus ! »

– endettement des ménages : très élevé

– prix de l’immobilier : en forte hausse (risque de bulle)

– déficit public : presque 2 fois plus élevé que le nôtre.

– référendum sur l’Écosse et les risques liés : Goldman Sachs et d’autres menacent de quitter la City (10% du PIB)

– âge de départ à la retraite, porté à 65 ans en moy.

– la moitié des 13 millions vivant sous le seuil de pauvreté ont un emploi (comme les contrats « zéro heure » qui ne prévoit aucune durée du travail).

Patrick X Patrick X a posté le 15 mai 2014 à 19h06
« proportion de bas salaires autour de 6 ou 7%, le chiffre monte à 22% pour l’Allemagne et le Royaume-Uni  »
c’est un choix , la France a choisi le chômage et l’assistanat , le résultat est bien plus mauvais.

Marco Nour Marco Nour a posté le 15 mai 2014 à 21h40
Si vous voulez ce résultat pour la France il faut sauter le SMIC national.
Certains en rêvent… :
– 1.02.10 FN Alsace L’ALSACE, L’EUROPE, LE SMIC, Le CHOMAGE
http://www.fn-alsace.com/index.php?option=com_content&view=article&id=828&catid=108&Itemid=576
« Notre économie est sous perfusion, pour supprimer ce chômage issu du SMIC, il n’y a qu’un seul moyen logique, supprimer le SMIC et le remplacer par des contrats d’entreprises comme en Allemagne….. » (comme avant le SMIC à 8,50 € en 2015 et 2017).

Le vrai problème est celui de la concurrence faussée par le dumping social.
Ainsi la crise de l’agro-alimentaire en Bretagne est principalement due au dumping social de l’Allemagne :

– 15.04.13 Une main-d’oeuvre sous-payée venue des pays de l’Est
http://www.letelegramme.com/ig/generales/economie/une-main-d-oeuvre-sous-payee-venue-des-pays-de-l-est-15-04-2013-2070251.php?xtmc=porc+allemagne&xtcr=4 
« …Ce sont des Roumains, des Hongrois, des Bulgares, des Polonais employés par des prestataires de services qui triment dans les abattoirs, dix heures par jour, POUR DES SALAIRES DE 5, 4 VOIRE 3 €UROS DE L’HEURE, sans sécurité sociale.
« On les loge dans des casernes avec 4 lits pour 8.
Quand les uns travaillent, les autres dorment. …». »

-15.04.13 Porc. Les clés du modèle allemand
http://www.letelegramme.com/ig/generales/economie/porc-les-cles-du-modele-allemand-15-04-2013-2070248.php?xtmc=porc+allemagne&xtcr=5

Nous sommes-là à la limite de l’esclavage

brevard jo brevard jo a posté le 15 mai 2014 à 17h13

On ne pourra plus dire que la France, l’Angleterre ou n’importe quel autre pays européen est raciste puisque l’immigration de masse musulmane pose les mêmes problèmes partout.

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