Rachida Dati lors d’un déplacement avec NKM à Paris, le 19 septembre 2013 (MEIGNEUX/SIPA).

 

Je ne suis pas souvent d’accord avec Rachida Dati, mais pour une fois, j’ai apprécié ses déclarations sur BFM-TV, quand elle a corrigé vertement son ancien patron Nicolas Sarkozy, qui multiplie les apparitions publiques en jouant perpétuellement sur le suspense de son retour :

 

« Les Français n’ont pas besoin de cartes postales, ils ont besoin de gravité. »

 

La frivolité éclatante de l’ancien président

 

C’est bien envoyé même si, pour certains sans doute, c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Ses amis comme ses ennemis apprécieront évidemment le côté drolatique de cette réflexion de la part d’un personne qui, c’est le moins que l’on puisse dire, n’a pas fait preuve de « gravité » quand elle était aux affaires.

 

Justement, il me semble que c’est là une parole d’expert de la part de quelqu’un qui a toujours préféré la forme au fond, le strass des paillettes au clair-obscur du travail sérieux et désintéressé.

 

Dès lors, il convient de croire sur parole celle qui a longtemps fait partie du premier cercle quand elle dit qu’il a « envie » de revenir mais qu’il s’y prend mal avec les Français qui attendent mieux que de la frivolité de la part de celui qui prétend les gouverner encore en 2017.

 

Personnellement, cette frivolité éclatante, que même Rachida Dati décèle aujourd’hui, a été la principale caractéristique du quinquennat de Nicolas Sarkozy et elle lui colle toujours à la peau maintenant que le voilà débarrassé des habits du président.

 

La fin des numéros de cirque

 

J’ai envie de redire avec elle combien l’éternel candidat au retour est frivole et combien il se trompe quand il pense que nos concitoyens ont les yeux rivés sur lui alors que beaucoup d’entre eux ne savent pas de quoi demain sera fait, s’ils auront encore du travail, de l’argent dans le porte-monnaie pour faire les courses et payer leur loyer à la fin du mois.

 

J’ai envie de redire combien l’expéditeur de ces cartes postales, le jeteur de petits cailloux blancs (choisissez votre métaphore) se fourre le doigt dans l’œil quand il multiplie les gros mensonges pour attirer sur lui l’attention de Français fatigués, désorientés, révoltés aussi par la politique, qu’elle vienne de la prétendue gauche hollandaise ou de la droite d’opposition désormais inexistante.

 

L’objet n’est pas de confirmer ici avec Rachida Dati que François Hollande a détruit la droite (car il a aussi dynamité sa gauche), mais de dire que Nicolas Sarkozy n’a rien compris à la gravité de la situation.

 

Le temps n’est plus aux petits numéros de cirque qui consistent à faire semblant de disparaître et à refaire surface là où on ne l’attend pas, mais au contraire, de dire à nos concitoyens s’ils doivent compter sur lui (ou avec lui) en 2017 ou même avant. Tout le reste n’est que frivolité malvenue, voire même mensonges pervers et narcissiques.

 

Personnellement, j’ai relevé trois de ces petites escroqueries rien que dans les derniers jours, qui viennent étayer les critiques de Rachida Dati.

 

1. L’invitation d’Angela Merkel

 

Le premier mensonge, c’est la vraie fausse « invitation » d’Angela Merkel. L’entourage de Nicolas Sarkozy nous affirme que ce dernier continue de compter parmi les grandes personnalités politiques de la planète puisque Angela Merkel l’a invité à Berlin le 28 février prochain pour, « nous explique « Le Figaro », un « échange de points de vue ».

 

Sauf qu’en creusant un peu le sujet, on s’aperçoit que l’entourage de l’ancien président a un peu forcé la main de la chancelière allemande et que celle-ci a pris son temps et même hésité avant d’accepter la suggestion, en précisant qu’elle ne le ferait qu’à titre privé, et non en tant que présidente de la CDU.

 

Voilà qui ramène cette rencontre à sa juste proportion d’autant que, même sans « l’invitation » de son amie Angela, Nicolas Sarkozy se serait rendu à Berlin le 28 février prochain. Car il devait y aller pour son travail de conférencier rémunéré, afin de venir parler des « relations franco-allemandes » pour honorer un contrat avec… la CDU.

 

On le sait, Nicolas Sarkozy gagne désormais beaucoup d’argent en multipliant les discours à travers le monde à la demande de grandes banques, de fondations de patrons milliardaires ou de partis politiques de droite. Comme Dominique Strauss-Kahn ou Bill Clinton aux États-Unis, il rentabilise devant tous les micros en or de la planète son expérience d’homme politique international à raison de 100.000 euros de l’heure.

 

Pas de méprise donc, Nicolas Sarkozy va simplement gagner sa paie à Berlin et, accessoirement, Angela Merkel le recevra, forcée contrainte au nom du passé et pour ne pas insulter l’avenir (on ne sait jamais) : entre deux portes.

 

2. La demande d’audience au pape 

 

La deuxième petite escroquerie que je relève et qui, à mes yeux, conforte le point de vue de Rachida Dati sur les « cartes postales » inappropriées de l’ancien président, c’est la future visite annoncée de Nicolas Sarkozy à Rome, chez le pape François.

 

Soyons précis, cette carte est écrite mais elle n’a pas encore été envoyée aux Français. Et pour cause, il n’est pas du tout sûr que cette rencontre ait lieu. Car si l’ancien président a bien fait une demande d’audience privée, elle est loin d’être acceptée pour des raisons de pure diplomatie. « La Croix » nous explique que « le pape reçoit en audience privée, en règle générale, des chefs d’État ou de gouvernement en exercice ». Mais pratiquement jamais de retraités de la politique.

 

De plus, Nicolas Sarkozy n’est pas le seul à vouloir rencontrer le pape François, c’est même très à la mode puisque Bertrand Delanoë et François Fillon ont fait la même demande, jusqu’à présent sans succès.

 

À ceux qui se demandent ce que l’ancien président espère tirer d’une telle rencontre, j’ai envie de répondre : des voix pour 2017, celles des catholiques qui ont pu être troublés ces derniers temps par la politique de la famille de François Hollande.

 

Car même si la majorité de la communauté catholique est plus moderne qu’on pourrait le croire (voyez ce récent sondage sur l’IVG et le mariage gay), cette carte postale du Vatican serait du meilleur effet. J’imagine combien Nicolas Sarkozy aurait rêvé d’être parmi les invités, en avril prochain, du souverain pontife pour la double canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II et de tremper ainsi son bristol dans l’eau bénite avant de l’envoyer aux électeurs cathos…

 

3. Les concerts-meetings de Carla

 

La troisième petite escroquerie du candidat de 2017 consiste à accompagner Carla Bruni dans la plupart de ses concerts pendant sa tournée en France depuis la sortie de l’album de cette dernière, « Little french songs ». Officiellement, il soutient son épouse en tant que premier fan, mais en réalité, il en tire un bénéfice personnel assez déplacé.

 

Là encore, personne n’est dupe de la façon un peu égoïste et grossière avec laquelle il détourne les spectacles de « Carlita » pour en faire de vrais meetings à sa gloire et tester ainsi l’accroissement de sa popularité.

 

Il suffit de voir la complaisance avec laquelle les chaînes de télévision (info continue en tête) rendent compte de chacun de ces concerts pour s’apercevoir que la star n’est pas celle qu’on croit. Pas sûr d’ailleurs que Carla Bruni apprécie toujours la présence encombrante de celui qu’elle appelle son « chauffeur de salle ».

 

Pas sûr non plus que nos concitoyens approuvent cette présence constante en pointillés dans le paysage politique français. Car répétons-le, comme le remarque à juste raison Rachida Dati :

 

« Les Français n’ont pas besoin de cartes postales, ils ont besoin de gravité.

Nicolas Sarkozy lors de l’inauguration de l’Institut Claude Pompidou à Nice le 10 mars 2014. (Lionel Cironneau/AP/SIPA)

Nicolas Sarkozy, le candidat défait de 2012, le retraité de l’Élysée qui prétendait ne plus faire de politique reprend du service par à-coups. Un peu comme le moteur d’une voiture oubliée au fond d’un garage, il hésite, pétarade, gémit au gré des événements de l’actualité, puis cale de nouveau et retombe dans le silence jusqu’à la prochaine fois.

 

La prochaine fois, c’est aujourd’hui, puisque « Le Parisien » nous raconte comment l’ancien président s’attribuerait la victoire de l’UMP aux municipales et la gifle du Parti socialiste.

 

Sarkozy se prend-il pour de Gaulle ?

 

Pour voir un tel succès de la droite, il faut, aurait-il confié à ses amis, remonter à « 1947 et la victoire du Rassemblement du peuple français du général de Gaulle », rien que ça.

 

À la lecture de cette phrase, on se dit que Nicolas Sarkozy ne peut pas penser à lui-même quand il évoque son illustre prédécesseur puisqu’il le répète à l’envi, il est en retrait de la vie politique.

 

Sauf que « Le Parisien » suggère bel et bien le contraire quand il ajoute que « ses amis » lui attribuent le succès électoral des municipales. Et quand Sarkozy confirme d’un ton badin cette hypothèse pourtant loufoque en déclarant : « S’il y a eu un impact, il ne peut pas être mauvais. Je fais une tribune, tout s’arrête… »

 

De là à penser que l’ancien président se prend pour l’homme du 18 juin et qu’il assimile, plus ou moins consciemment, sa tribune dans « Le Figaro« , son brûlot antisocialiste à l’appel à la résistance du général de Gaulle, il n’y a qu’un pas…

 

La tribune de Sarkozy aurait « dopé » la droite

 

Nicolas Sarkozy se targue d’avoir fait exploser les chiffres de vente du quotidien de Serge Dassault (« 122 % de ventes en plus ! 355.000 visiteurs payants sur le site ! 2 millions de mentions « j’aime » sur Facebook ! »). Sans doute, mais peut-il pour autant en déduire qu’il a fait basculé les élections municipales en faveur de la droite et qu’il a, comme il le prétend, « dopé » l’électorat de manière décisive ?

 

C’est oublier un peu vite que dans sa tribune, Nicolas Sarkozy n’a pas répondu aux interrogations des Français, alors qu’il se trouvait empêtré jusqu’au cou dans le scandale des écoutes.

 

Or, au lieu de s’expliquer sur les affaires qui le cernent (Bettencourt, l’argent de Kadhafi, les sondages de l’Élysée entre autres), l’ancien président a préféré jouer les victimes et se dire victime d’un complot organisé par le pouvoir socialiste avec la complicité des juges et des policiers.

 

Personnellement, j’ai relevé pas moins d’une dizaine de mensonges dans ce texte qui m’a paru honteusement décalé et autocentré en ces derniers jours de campagne électorale.

 

Un story telling entretenu par les médias

 

Aujourd’hui, cet article du « Parisien » propose une nouvelle page du « story telling » de Nicolas Sarkozy, un épisode de plus dans ce feuilleton du retour programmé de l’ancien président pour 2017, raconté par l’ensemble des médias de droite.

 

Rien que ces dernières semaines, il a fait la une de « Paris-Match » avec son épouse Carla, posé pour les photographes dans la tribune présidentielle du PSG avec des membres du nouveau gouvernement Valls et multiplié les cartes postales histoire, surtout, qu’on ne l’oublie pas.

 

Mais que Nicolas Sarkozy ne s’inquiète pas, on ne risque pas de l’oublier, avec toutes ces affaires qui, les unes après les autres, sont révélées, au gré du décryptage des écoutes ordonnées par les juges d’instruction et des enregistrements pirates de son ancien conseiller.

 

Sarkozy, la DCRI et DSK

 

Le 4 avril dernier, on apprenait ainsi par « Le Monde » que l’ancien président avait cherché à s’informer sur l’évolution du dossier Kadhafi en téléphonant au patron des services de renseignement du ministère de l’Intérieur.

 

Et voilà que quelques jours plus tard, le 10 avril, Médiapart fait d’autres révélations, liées cette fois aux enregistrements clandestins réalisés par Patrick Buisson à l’insu de Nicolas Sarkozy : ce dernier aurait utilisé les fonds de l’Élysée, autrement dit, l’argent des contribuables, à des fins personnelles.

 

Il aurait commandé à son conseiller un sondage en 2011 afin de savoir quel était l’état de la popularité de Dominique Strauss-Kahn, alors patron du FMI et son principal concurrent en vue de la présidentielle de 2012. L’enquête devait permettre de découvrir l’impact réel de la prestation de DSK sur TF1, le 26 février 2011…

 

On le voit, Nicolas Sarkozy a beau jouer encore et toujours les matamores, s’attribuer la victoire des municipales et même se comparer au général de Gaulle, plus grand monde n’est dupe de ses excès de mégalomanie.

 

L’ancien président écrira-t-il une nouvelle tribune avant les élections européennes (comme le suggère « Le Parisien »), histoire de récupérer à son profit la nouvelle défaite annoncée du PS ?

 

Bruno Le Maire a raison de l’encourager à se taire, car nul doute que le seul bénéficiaire d’une telle initiative, ce ne serait ni l’Europe, ni la France, ni la droite, mais bien Nicolas Sarkozy lui-même.

 

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