TECHNOLOGIES – L’Etat participe au financement d’un nouveau fonds d’investissement destiné à doper la filière robotique française…

«Le robot n’est pas l’ennemi de l’emploi, il en est le fournisseur. Il ne faut pas en avoir peur.» Arnaud Montebourg croit à la réindustrialisation de la France par la robotique de services. C’est-à-dire par la construction de drones, de voitures autonomes, de robots de surveillance, de nettoyage, de sécurité domestique ou encore d’intervention chirurgicale.

Et pour le prouver, le ministre vient d’annoncer la contribution de l’Etat dans un nouveau fonds d’investissement, baptisé Robolution Capital. «Notre participation dans ce secteur à travers la Banque publique d’investissement (BPI), le bras armé du redressement productif en France, est l’une des plus importantes que nous ayons réalisée», explique Arnaud Montebourg.

Doté de 80 millions d’euros et également abondé par de grandes entreprises comme Orange, EDF ou Thales, Robolution Capital va permettre de financer la création et le développement de PME spécialisées dans la robotique de services. La France en compte déjà plusieurs –de nombreuses start-up mais également de grosses PME, comme le Groupe Gorgé, qui emploie 1.300 personnes.

Un marché de 200 milliards d’euros en 2024

«Aujourd’hui, nous ne manquons pas d’idées, mais d’argent», avance Bruno Bonnell, l’un des créateurs du fonds. Comme le précise cet ancien patron d’Atari, aujourd’hui à la tête de Robopolis, société spécialisée dans la robotique personnelle: «Créer des robots nécessite bien plus de financements que le développement de logiciels.»

Concrètement, Robolution Capital investira de 300.000 à 5 millions d’euros par entreprise. «Nous espérons vraiment être copiés et que de nouveaux fonds vont se créer», assure Bruno Bonnell, qui rappelle que «la robotique a des débouchés dans tous les secteurs: agriculture, logistique, défense, santé, etc.» Le marché est en effet potentiellement immense. A l’heure actuelle, il représente près de 17 milliards d’euros dans le monde, mais il devrait atteindre les 100 milliards en 2018 et les 200 milliards en 2024… Soit dans dix ans à peine.

L’enjeu, pour la France, est donc de devenir non seulement une terre de consommation de robots, mais aussi de fabrication. Les retombées en termes d’emplois semblent non négligeables. «En dix ans, la robotique a déjà créé en France plus de postes qu’Internet ne l’avait fait dans le même laps de temps», révèle Bruno Bonnell.

Ne pas prendre de retard

La robotique est d’ailleurs l’un des 34 plans de reconquête industrielle défendus par le gouvernement et présentés en septembre dernier. «Nous sommes un pays ultra-innovant et il y a un archipel d’entreprises capables de conquérir des marchés et de créer des emplois. C’est ça, la réindustrialisation de la France. Les petites entreprises vont devenir grandes et exportatrices», martèle Arnaud Montebourg, qui prévoit également de recourir à «l’arme de la commande publique» pour accélérer le mouvement.

Car il faut aller vite et ne pas se laisser distancer par les compétiteurs américains et japonais… Ni même par les Allemands, avec lesquels la France «a déjà 150.000 robots de retard», rappelle le ministre. En attendant, c’est bien en France, et plus particulièrement à Lyon, que s’ouvrira le 18 mars prochain la quatrième édition d’Innorobo, le premier salon européen dédié à la robotique de service.

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L’Europe met elle aussi le paquet

«Nous croyons au décollage du marché de la robotique», lance Khalil Rouhana, de la Commission européenne. Si les Etats-Unis investissent massivement dans ce secteur, l’Europe n’est pas en reste. Elle a accordé en 2013 un budget de 90 millions d’euros à la recherche dans ce domaine et veut monter en puissance: «Nous envisageons d’investir à présent chaque année de 120 à 150 millions d’euros. Il n’y a aucun autre secteur sur lequel nous misons autant», assure Khalil Rouhana. Qui insiste: «Nous voudrions que les PME françaises soient plus présentes dans nos programmes. Car, pour l’heure, elles sont quatre fois moins nombreuses que les PME allemandes…»

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