Ukraine: La Russie prépare une intervention, ferme mise en garde des Américains

Et si la révolution de palais présidentiel en Ukraine déclenchait finalement une guerre? Quelques jours après la chute de Viktor Ianoukovitch, le monde entier a les yeux rivés vers la Russie et la Crimée, cette région du sud de l’Ukraine où Vladimir Poutine songe à envoyer des soldats, au risque de faire basculer les deux pays dans un conflit armé. Les réactions à l’étranger sont très vives. Barack Obama a appelé Vladimir Poutine pour exiger qu’il retire les forces russes déployées en Crimée. 20 Minutes fait le point sur la situation, après la décision du Parlement russe d’approuver l’envoi de troupes russes en Ukraine.

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Qu’a décidé la Russie?

Ce samedi, le Président Vladimir Poutine a obtenu du Parlement russe le feu vert à un «recours aux forces armées» en Ukraine. Une demande justifiée par le chef de l’Etat par «la situation extraordinaire en Ukraine et la menace constituée par les «actions criminelles des ultranationalistes soutenus par les actuelles autorités» ukrainiennes, « pesant sur la vie des citoyens russes, de nos compatriotes, des forces armées russes déployées en Ukraine». Le recours aux forces armées russes durerait «jusqu’à la normalisation de la situation politique dans ce pays», selon le Kremlin. Son éventuelle mise en oeuvre est désormais entre les mains de Poutine: «Pour le moment, il n’y a pas de décision en ce sens», a affirmé son porte-parole.

Que peut-elle faire concrètement?

La Russie peut aussi bien utiliser les forces de la Flotte russe de la mer Noire, qui se trouvent déjà en Crimée aux termes d’un accord bilatéral signé entre Moscou et Kiev et comptent environ 20.000 hommes basés à Sébastopol, qu’envoyer d’autres troupes venant, elles, de Russie.

Comment ont réagi les autorités et opposants ukrainiens?

A Kiev, les nouvelles autorités pro-européennes ont mis plusieurs heures à réagir à ce nouveau tournant. «J’ai donné l’ordre de mettre l’armée en état d’alerte, de renforcer la protection des centrales nucléaires, des aéroports et des sites stratégiques», a déclaré le président par intérim, Olexandre Tourtchinov. «Nous sommes persuadés que la Russie ne lancera pas d’intervention car cela signifierait la guerre et la fin de toute relation entre les deux pays», a pour sa part affirmé le Premier ministre, Arseni Iatseniouk.

D’autres, comme l’ancien boxeur Vitali Klitschko, le parti nationaliste Svoboda et le groupe d’extrême droite Pravy Sector, en première ligne de la contestation, ont appelé à la «mobilisation générale». L’ex-Premier ministre Ioulia Timochenko a appelé au calme et à ne pas entrer dans le jeu de Moscou.

Qu’en disent les grandes puissances étrangères?

Les Occidentaux ont semblé pris de court par la tournure prise par les événements. Barack Obama a appelé Vladimir Poutine à replier les forces russes dans leurs bases en Crimée et l’a mis en garde contre «un isolement international» et contre le «coût» sur la scène mondiale d’une éventuelle intervention russe en Ukraine. Lors d’un appel téléphonique de 90 minutes, le président américain a affirmé à son homologue russe qu’il avait violé la loi internationale en déployant des troupes russes en Ukraine, et l’a exhorté à discuter pacifiquement avec les autorités de Kiev de ses inquiétudes sur le traitement des russophones dans le pays, selon la Maison Blanche. Le président américain s’est également entretenu samedi séparément avec François Hollande et le Premier ministre canadien Stephen Harper, et tous trois ont exprimé leur «profonde inquiétude» au sujet de l’intervention russe en Ukraine.

François Hollande a appelé de son côté Vladimir Poutine à «éviter tout recours à la force» tandis que le Premier ministre britannique, David Cameron, a estimé qu’une intervention n’aurait aucune «justification». Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a quant à elle «déploré» une éventuelle utilisation des «forces armées en Ukraine». A New York, les ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont entamé des consultations à huis clos à la demande du Royaume-Uni.

Peut-on craindre une escalade rapide?

Difficile à dire ce samedi soir, tant que Poutine n’a pas pris de décision définitive sur l’envoi de troupes russes. Sur le terrain, les points chauds se sont multipliés ce samedi dans l’est et le sud russophones de l’Ukraine, selon des correspondants de l’AFP, qui ont observé des irruptions d’hommes armés dans plusieurs sites stratégiques ou d’importantes manifestations pro-russes. Aucun combat n’a toutefois été rapporté. En Crimée, le ministre de la Défense, Igor Tenioukh, a accusé la Russie d’avoir déjà déployé des milliers d’hommes supplémentaires et de près de 30 blindés.

Selon le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, la Russie tente de répéter le scénario mis en oeuvre en 2008 dans la région géorgienne séparatiste d’Ossétie du Sud, où elle avait lancé une opération militaire éclair contre les autorités de Tbilissi, et dont elle a fini par reconnaître l’indépendance.

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