Dénoncés comme les plus chers – et les plus corrompus ? – de l’histoire olympique, les Jeux qui s’ouvrent ce vendredi 7 février en Russie sont également au cœur de polémiques sur l’oppression des homosexuels et des opposants politiques, l’exploitation des travailleurs migrants et de non-respect de l’environnement. Tour de piste des raisons de boycotter les retransmissions télé.

1 La question des « prisonniers politiques »

Malgré les amnisties récentes dont ont notamment pu bénéficier les Pussy Riot ou l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski, de très nombreux détenus d’opinion restent derrière les barreaux. « Cette amnistie a été décidée pour libérer ceux qui fâchaient l’opinion publique internationale à la veille des JO », souligne l’historienne Galia Ackerman. « Mais il ne faut pas oublier tous ces hommes emprisonnés pour des affaires fabriquées qui remplissent encore les geôles du régime. Je pense à ces milliers de Tchétchènes condamnés à des peines de prison très longues avec des charges fabriquées ou très exagérées. »

Citons aussi les victimes d’une justice corrompue, dont « un bon tiers lié est à des affaires fabriquées », affirme Galia Ackerman. « Quel meilleur moyen pour récupérer l’entreprise de son concurrent que de le faire mettre en prison ? », souligne l’historienne.

N’était-ce pas d’ailleurs le cas de Khodorkovski, dont la détention permit au pouvoir de se débarrasser d’un opposant politique et d’opérer un raid contre Ioukos ? Aujourd’hui, parce qu’il était un prisonnier-symbole, l’oligarque est libre. Mais les anonymes restent en prison.

2Malaise autour des droits des homos bafoués

« Vous pouvez rester sereins, mais laissez nos enfants tranquilles s’il vous plaît. » Ces mots de Vladimir Poutine à l’adresse des sportifs ou des touristes homosexuels attendus à Sotchi en disent long sur sa vision des personnes LGBT. Ils ont aussi alimenté un peu plus la polémique sur le sort de la communauté gay de Russie, de plus en plus victime de discriminations.

Vladimir Poutine a, en effet, promulgué en juin 2013 un texte de loi qui sanctionne tout acte de « propagande » homosexuelle – une notion mal définie – d’une amende de 100 000 roubles (2 300 euros), quinze jours de détention et l’expulsion du pays. Une législation dénoncée par des ONG du monde entier comme homophobe et portant atteinte à la liberté d’expression et qui a « déjà incité à des violences homophobes dans tout le pays », dénonçait encore récemment Amnesty international, HRW évoquant « stigmatisations, harcèlement et violences » mais aussi « au moins trois meurtres ».

Il faut dire que l’opinion publique reste profondément homophobe dans le pays. Selon un sondage réalisé en 2010 par le centre Levada, 38 % des personnes interrogées estiment que l’homosexualité est une perversion et 36 % une maladie. Seulement 25 % pensent qu’il faut laisser les homosexuels en paix.

3Accusations de corruption

Début janvier, Gian-Franco Kasper, membre du CIO, a affirmé que près d’un tiers des 37 milliards d’euros dépensés s’était évaporé. Avant de préciser : c’est « ce que tout le monde dit en Russie »… Avant lui, les opposants Alexeï Navalny et Boris Nemtsov ont dit la même chose, précisant qu’une bonne part de l’argent détourné a profité aux amis du régime de Poutine. Parmi eux, Boris Nemtsov cite le conglomérat d’Etat Olimpstroy, la société des frères Rotenberg, amis d’enfance du président et les Chemins de Fer russes, dont le patron Vladimir Yakounine est également un proche de Poutine.

Ce dernier a rejeté ces allégations, affirmant qu’il n’y avait pas eu de faits de « corruption à grande échelle » mais « des tentatives des exécutants, des sous-traitants, d’augmenter les prix « . « Ce qui est certain, c’est que ces JO ont été contrôlés de très près par les plus hautes autorités russes ; il est donc impossible d’imaginer que quelque chose ait pu être volé sans qu’elles le sachent », estime Sergei Guriev, économiste réputé.

4Exploitation des migrants

Pour faire en sorte que les installations soient livrées à temps, la Russie a fait appel à environ 16.000 étrangers employés par les entreprises chargées des constructions sur le site olympique. Plusieurs ONG ont pointé du doigt leurs conditions de travail déplorables, et les comportements xénophobes à leur encontre. Ainsi, Amnesty international a dénoncé la fréquence des arrestations des travailleurs migrants.

Human Rights Watch (HRW), qui a observé les mêmes agissements, assure que les ouvriers ont été détenus dans « des conditions inhumaines, y compris dans un garage ». Concernant leurs conditions de travail, les personnes interrogées par HRW ont déclaré avoir eu de longues journées de travail et très peu de jours de repos, compte tenu de la pénibilité des tâches.

Les logements, proposés gratuitement en complément de leur rémunération, étaient souvent surpeuplés et les repas insuffisants. L’ONG estime que le CIO n’a pas su apporter de solution pour protéger les droits des travailleurs à Sotchi.

5 La question environnementale passée à la trappe

Nouveaux hôtels, nouvelles routes, nouvelles installations sportives, nouvelle gare, nouvel aéroport… Sotchi a été transformé à marche forcée. Une mutation que dénoncent depuis des mois les militants écologistes. S’ils soulignent quelques aspects positifs, comme la rénovation des canalisations de la ville, ils listent bien plus longuement les effets néfastes.

Selon eux, l’équilibre hydrologique de la rivière Mzymta a été modifié par la nouvelle autoroute et la ligne de chemin de fer express ; des déchets et débris des innombrables chantiers ont été enfouis illégalement dans la plaine ; des habitants du village d’Ahshtyr n’auraient plus d’eau depuis quatre ans ; des plages ont disparu ; et une partie du pôle olympique de mer a été construite sur le territoire du Parc national.

Les écologistes dénoncent aussi le non-respect des zones classées, la modification litigieuse des plans d’affectation des sols, les expropriations ou encore les arrestations de militants écologistes qui soulevaient ces scandales !

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