LE PLUS. François Hollande « déplore » la une de « Closer » et envisage des « suites, y compris judiciaires ». La rumeur d’une relation entre lui et l’actrice Julie Gayet a été largement évoquée dans la revue de presse d’Europe 1 par Natacha Polony. Un procédé révélateur de l’instrumentalisation politique de la vie privée du président.

En échange, après une citation alibi d’un reportage du « Monde » sur le ghetto de Terezin, contrefeu destiné à faire passer la pilule de la censure du traitement par les journaux de la journée de la veille, pathétique instrumentalisation éditoriale d’une terrifiante histoire, Natacha Polony donne « à penser » en consacrant l’essentiel de sa revue de presse à cet « exclusif » de « Closer », mettant en scène François Hollande et l’actrice Julie Gayet.

Et de se gausser : « Y a des scooters… Y a des allées et venues devant une porte… » et de glousser en citant à l’envi les légendes des photos de « Closer » : « Amoureuse et ponctuelle, c’est toujours Julie Gayet qui arrive en premier… » Et tout le reste à l’avenant, le ton mielleux et cauteleux de l’éditorialiste dissimulant peu son plaisir de nuire – elle ne peut ignorer l’effet de ce traitement – à François Hollande et tous ses proches, sans se préoccuper de leur sort. Gerbant.

Les dégâts politiques de cette publication

Qui a écouté à ce moment-là Natacha Polony a pu alors déjà mesurer les dégâts politiques de ce que l’on peut déjà appeler « l’affaire Closer ».

Ça tombait bien « Closer » pour l’éditorialiste « néocon » ultra-droitière d’Europe 1. « Closer » ! Quelle belle opportunité d’échapper à la nécessité de reconnaître, par confrères et éditoriaux interposés, que Manuel Valls, la gauche, la République, et finalement François Hollande avait remporté la première bataille, la plus décisive, contre Dieudonné.

Car c’était bien ce que la hiérarchie de l’information imposait dans une revue de presse, ce vendredi 10 janvier 2014, à la lecture de la presse du matin : l’obligation de citer les papiers reconnaissant que Manuel Valls avait gagné son pari républicain, qu’il avait terrassé Dieudonné. Une victoire juridique, politique et morale obtenue par le droit, en toute justice, malgré les assurances des avocats du diable Dieudonné, les Philippe Bilger, Maître Eolas, Eric Naulleau et autres Edwy Plenel que le terrible Monsieur Valls nous préparait une horrible dictature, un « État d’exception », tout cela parce qu’il veut réduire au silence ce qui se fait de plus immonde dans la vie publique.

Une opération « dégueulasse »

Heureusement, il y avait « Closer »… « Closer », « c’est dégueulasse » comme l’a bien dit Daniel Cohn-Bendit sur l’antenne (pluraliste, c’est déjà ça) d’Europe 1, juste avant la revue de presse de Natacha Polony, mais même « dégueulasse », cela offre l’occasion inespérée d’une exceptionnelle diversion à tous ceux qui, comme Natacha Polony, voue à François Hollande et la gauche au pouvoir une haine obsessionnelle.

Le procédé de Natacha Polony est exemplaire des dégâts politiques qu’engendre l’affaire « Closer ». Les droites et les extrêmes droites françaises, politiques et/ou médiatiques, se ruent fébrilement sur cet os à ronger car il permet, encore une fois, une fois de plus, de saper la crédibilité politique de François Hollande en le posant en héros de vaudeville et en personnage de Courteline. « Le Fil à la patte » à l’Élysée. Pensez donc ! C’était inespéré pour sortir de la séquence Dieudonné.

Voilà pourquoi entre Natacha Polony et « Closer », la complicité, même de fait, est totale.

La représentation people

Cela étant au-delà de la condamnation morale de l’abject procédé de « Closer », et de son relais complaisant par Polony et d’autres, s’impose la nécessaire lecture politique de l’affaire. Encore une fois, une fois de plus, le corps souverain du roi Hollande est dégradé par la représentation people qui est faite de son corps privé.

Le constat est tragique, mais il est, en l’état, indépassable : politiquement, cette affaire ne va pas permettre de restaurer « l’autorité » présidentielle de François Hollande, d’autant que ce dernier persiste, comme la mise en image de ses vœux du 1er de l’an en atteste, à ne pas vouloir inventer une communication de synthèse, quelque part entre les canons de la Ve République néo-capétienne et les réseaux sociaux du 21e siècle. Depuis un an et demi, la maison communication Hollande est inondée, mais on appelle toujours pas le plombier…

Hélas ! C’est aussi parce que François Hollande donne de lui l’image d’un président trop haï, mais pas craint, que le journal « Closer » s’est affranchi du respect de toute règle juridique et morale.

Une machination

Le 14 janvier prochain, lors de sa prochaine conférence de presse, on attendra « la » question sur le sujet, et qui viendra nécessairement… C’est dire que tout ce que pourra dire François Hollande par ailleurs ne sera ni entendu, ni écouté. Adieu le service après-vente sur la victoire contre Dieudonné, le choc de simplification et tout le reste. À l’exemple de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy en 2008, « avec Carla, c’est du sérieux », on ne retiendra que « la » question et « la » réponse sur l’affaire « Closer ».

La pratique étant le critère de la vérité, disons les choses comme elles sont : ceux qui à « Closer » (et peut être ailleurs) ont conçu, organisé, monté le coup contre François Hollande ont mené une opération dont ils ne pouvaient pas ne pas estimer le sens et la portée politique. La façon dont cette « information » a été accueilie par Natacha Polony, et bien d’autres à droite, notamment sur les réseaux sociaux, le prouve de manière patente. Et nous n’en sommes qu’au début.

Objectivement, cette affaire est une opération politique, une machination redoutable destinée à affaiblir la gauche au pouvoir. Rien de plus, rien de moins. Et si cette opération est bel et bien « dégueulasse », il faut aussi constater qu’elle est, d’ores et déjà, très efficace.

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